La vie monastique aujourd’hui
Bulletin n° 126, 2024
Sommaire
Éditorial
Dom J.-P. Longeat, osb,
Président de l’AIM
Lectio divina
« Va, vends ce que tu as… » (Mt 19, 21ss) Dom J.-P. Longeat, osb
Perspectives
• La vie monastique aujourd’hui, réponses au questionnaire de l’AIM
• Quelques éléments de synthèse des réponses au questionnaire
Équipe internationale de l’AIM
Nouvelles
Voyage au Canada et aux États-Unis
Dom J.-P. Longeat, osb
Réflexions
Une tentative pour une vision partagée
Dom Jeremy Driscoll, osb
Témoignage
Vivre une communauté monastique multiculturelle
Dom Paul Mark Schwan, ocso
Art et liturgie
La saga de la salle capitulaire de Santa Maria de Ovila
Dom Thomas X. Davis, ocso
Grandes figures de la vie monastique
Sœur Judith Ann Heble, seconde modératrice de la CIB
Mère Maire Hickey, osb
In memoriam
Mère Lazare de Seilhac (1928-2023)
Sœurs bénédictines de Saint-Thierry
Recensions
Dom J.-P. Longeat, osb, Président de l’AIM
Éditorial
À la suite de la publication de « Un miroir de la vie monastique aujourd’hui » et du « Rêve monastique », l’Équipe internationale de l’AIM a voulu lancer une grande consultation auprès d’un certain nombre de responsables monastiques pour recueillir leurs principaux points de préoccupation actuels, leurs priorités, l’aide qu’ils attendent de l’AIM et quelques exemples significatifs de réalisations récentes.
Parmi les personnes consultées, certaines ont été surprises par ce questionnaire de l’AIM. L’Alliance Inter-Monastères est souvent perçue comme une simple source de financement pour des projets qui lui sont adressés par les jeunes communautés d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, d’Océanie et d’Europe de l’Est. Mais il faut rappeler ici que l’Alliance Inter-Monastères, selon ses statuts approuvés par le Congresso des abbés bénédictins de 2004, a pour mission aussi de réfléchir sur le sens de la vie monastique et de souligner son originalité dans les différentes cultures (art. 6). L’AIM a toujours le souci de favoriser une prise de conscience de la valeur du monachisme dans les communautés elles-mêmes, dans l’Église et dans la société (art. 7).
En ce sens, on a pu dire parfois que l’AIM est comme un observatoire des évolutions de la vie monastique dans le monde, et pouvait aider à en restituer les questions et les principaux enjeux. Il faut souligner aussi que l’AIM est, avec le DIM-MID (Dialogue interreligieux monastique), le seul lieu où les trois Ordres qui suivent la règle de saint Benoît, tant pour les communautés d’hommes que de femmes, travaillent ensemble. L’AIM œuvre aussi en lien étroit avec les associations monastiques dans le monde entier : cela lui permet d’avoir une compréhension précieuse de ce qui se vit dans ces régions et de mettre en lumière les différentes manières d’aborder les réalités de la vie monastique aujourd’hui.
Pour toutes ces raisons, l’AIM est investie de plus en plus d’une mission prophétique qui, loin de faire concurrence aux rôles propres des Ordres et des Congrégations, ne cherche au contraire qu’à les aider de manière complémentaire à mieux répondre à l’appel du Christ dans la vie monastique.
Outre ces réponses au questionnaire, on pourra trouver dans ce bulletin, le récit d’un voyage dans des monastères de la côte Ouest des États-Unis, un témoignage sur la vision partagée en matière de gouvernance, et sur le défi de l’interculturalité dans une communauté monastique. Une rubrique d’art autour de l’église de l’abbaye de Vina (New Clairvaux, Californie), et une évocation de la vie de sœur Judith-Ann Hebble, seconde modératrice de la Communion Internationale des Bénédictines. On trouvera aussi dans ce bulletin quelques mots sur sœur Lazare de Seilhac, bénédictine de Saint-Thierry (France, congrégation de Sainte-Bathilde), qui a si fidèlement contribué à la vie de l’AIM et, surtout, à la formation de plusieurs générations de moines et de moniales pour l’interprétation de la règle de saint Benoît, en attendant un article plus développé sur cette belle figure de la vie monastique aujourd’hui. Une recension des deux livres du père Denis Huerre (Pierre-Qui-Vire) reprenant ces commentaires de la règle de saint Benoît à sa communauté clôture ce volume.
En ouverture du Bulletin, est proposée ici une lectio sur le texte de l’homme riche dans les Évangiles, à l’origine de la vocation de saint Antoine, père des moines.
Dom Jean-Pierre Longeat, OSB
Président de l'AIM
Articles
« Va, vends ce que tu as… » (Mt 19, 21ss)
1
Lectio divina
Dom Jean-Pierre Longeat, osb
Président de l’AIM
« Va, vends tout ce que tu as,
donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi. »
(Mt 19, 21ss)
Le dialogue entre Jésus et le jeune homme de l’Évangile, en Matthieu 19, 16-26, ne manque pas de nous émouvoir tant il rejoint nos aspirations les plus profondes. Nous nous reconnaissons dans ce fidèle de la religion juive, et nous sommes profondément atteints par les réponses de Jésus qui nous donnent comme une clé de lecture pour pouvoir mener une vie de disciple, une vie de moine, de moniale, conforme à sa propre vie. Laissons-nous prendre par ce texte, laissons-nous conduire par l’Esprit pour entendre cette parole déterminante qui peut nous faire aller de l’avant.
La question du jeune homme porte sur ce qu’il y a à faire pour avoir la vie éternelle : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » (Mt 19, 16)
Dans un premier temps, la réponse de Jésus rappelle la référence à quelques commandements à la base des devoirs religieux du croyant. Mais dans un deuxième temps, sur l’insistance de son interlocuteur, la réponse est toute différente. Prenons le temps d’examiner ces deux réponses de Jésus et regardons où nous en sommes nous-mêmes en considérant l’attitude du jeune homme.
1re réponse : Jésus cite quelques commandements pour résumer les devoirs religieux du croyant. Il rappelle simplement les derniers commandements du Décalogue, et il ne les cite pas dans l’ordre où ils sont donnés dans la Bible (en Exode 20 ou en Deutéronome 5). Il supprime le dernier de la liste du Décalogue et il rajoute une prescription du Lévitique (19, 18) en guise de synthèse : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tous ces commandements portent sur le comportement moral : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage ». Comme le jeune homme riche, un grand nombre parmi nous pourrait répondre à Jésus : « Tous ces commandements, je les ai gardés ». Notre perspective religieuse est assez bien caractérisée par de telles dispositions éthiques qui sont déjà très remarquables. Beaucoup s’en satisfont et leur vie est hautement louable.
Mais d’autres ont l’impression qu’il doit y avoir un enjeu plus fort dans la vie humaine, et que notre devenir n’est pas lié uniquement à un bon comportement moral, aussi vertueux soit-il.
Le jeune homme insiste donc : « Que me manque-t-il encore ? » C’est à cet endroit que le terme « jeune homme » apparaît dans notre texte. En posant cette question cruciale, cet homme se présente vraiment comme quelqu’un qui veut du nouveau. C’est ce que traduit l’expression « jeune homme », c’est littéralement un homme « nouveau », comme un nouveau-né. Il laisse émerger en lui le désir profond qui l’habite. Jésus, par sa parole et son comportement, favorise cette émergence chez les autres ; pour lui, il n’y a rien de plus important que cela dans la vie : les zones profondes de notre être sont appelées à venir au jour et à mettre en œuvre une constante nouveauté par l’action de l’Esprit Saint.
Et voici ce que répond Jésus. Il fait connaître le fond de sa pensée : il parle d’accomplissement et non plus simplement de devoir à accomplir. Voici donc la pointe du récit : « Va vendre tout ce que tu tiens sous ta main (littéralement) et donne-le aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et marche avec moi ».
En parlant ainsi, Jésus rejoint la première partie du Décalogue que l’on oublie constamment : « Tu n’auras pas d’autres dieux, tu ne te feras aucune idole, tu ne prononceras pas le nom de Dieu à faux, observe le jour du sabbat ». Il s’agit là de ne s’enfermer dans aucune possession trop humaine. L’idole en effet, c’est bien ce que l’on tient sous la main et que l’on retient pour soi-même, sans laisser la vie libre d’aller et venir entre les créatures et le Dieu de toute liberté. Ainsi, « Va vendre tes idoles et partages-en le prix aux pauvres pour bien manifester que tu dis adieu à tout cela et que tu te rends disponible pour l’acquisition d’un trésor du ciel ».
La difficulté pour nous tous dans la réponse à l’appel que Dieu nous adresse se situe bien à cet endroit. Si l’on ne quitte pas, si l’on ne renonce pas à toutes nos idoles, à tout ce que nous tenons bien en main et qui est comme le moteur de notre vie, parfois même, le dictateur de nos actes et de nos pensées, alors nous manquons le rendez-vous essentiel auquel Dieu nous convie et notre vie s’installe dans une perspective où la tristesse a souvent le dernier mot, tellement les promesses de nos idoles ne sont jamais tenues.
En effet le jeune homme, entendant la parole de Jésus, « s’en alla plein de tristesse, car il avait beaucoup de possessions ». Il est intéressant de noter que le terme employé ici est d’une portée très élémentaire. Le jeune homme considère ce qui constitue son avoir propre comme de simples possessions ; Jésus envisageait les choses tout autrement, il parlait de tout autre chose : il s’agissait d’une réalité très fondamentale qui habite nos consciences et que l’on considère comme notre but en ce monde, jusqu’à tout y sacrifier.
Mais j’entends bien sûr les protestations. Ce n’est pas possible ! D’autant plus que Jésus insiste : « Il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux ; il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux ». Avec cependant : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu, tout est possible ». La comparaison employée par Jésus n’est pas à prendre au pied de la lettre, elle cherche simplement à réveiller les consciences. Plutôt que d’en rester à des comportements humains appuyés sur des représentations et des possessions idolâtriques, il est plus nécessaire de renoncer à toute fermeture sur soi-même et sur ce que l’on croit posséder en propre, pour vivre vraiment la liberté, la joie et la beauté du commandement de l’amour : c’est là l’unique trésor du Ciel. Oui, pour les humains, cela est impossible mais pour Dieu tout est possible.
Si nous suivons l’itinéraire du jeune homme, nous constatons qu’au début du passage il est désigné par la simple dénomination de « quelqu’un » : « Et voici que quelqu’un vient vers Jésus ». Ce quelqu’un se présente comme autonome ; dans l’expression « quelqu’un », il y a le mot « un ». Celui-là veut savoir ce qu’il peut faire de bon pour avoir la vie éternelle. Jésus le renvoie à l’Un qui est Dieu et en qui réside le Bon : « Un seul est bon », c’est donc dans la relation avec lui que l’on peut accomplir sa vie, et non dans les seuls actes de perfection à réaliser pour répondre à des devoirs religieux. Lorsqu’il laisse émerger son désir profond, il est appelé « jeune homme. » Il est à la veille de renaître. Cette renaissance d’en haut dont on sent bien qu’elle est toute proche, est particulièrement touchante chez ce jeune homme. Enfin lorsqu’il se retire, c’est un homme plein de tristesse. Alors que la joie caractérise au contraire celui qui décide de vraiment marcher avec Jésus.
Il reste à nous approprier concrètement ce texte pour aujourd’hui.
Nous aussi, nous aspirons à la vie. Nous cherchons ce qui nous manque car la seule application d’une morale religieuse ne nous dynamise pas suffisamment. Jésus nous propose de nous détacher de tout ce à quoi nous nous cramponnons. Jésus dit à ce propos : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » (Lc 16, 13). Il montre aussi comment on doit se quitter soi-même, ou plus exactement l’illusion que l’on a de soi, car souvent nous nous trouvons plus attachés à ces choses extérieures qui font de nous des personnages qui ne sont pas vraiment nous-mêmes. Se quitter soi-même touche à toutes les dimensions de notre vie jusqu’à la faire naître d’en haut. Il n’est pas possible d’expérimenter une telle dimension sans se défaire de ses idoles.
Réfléchissons donc bien à ce que sont aujourd’hui les idoles qui nous empêchent d’être dans une libre relation avec Dieu afin de témoigner vraiment de la joie pascale qui nous tire du marasme d’une vie livrée à elle-même.
Oui, il y a une joie extrême à tout vendre pour avoir un trésor dans le ciel et pour le partager en amour avec tous les pauvres de Dieu. À quoi bon se retenir, si c’est bien là que Dieu nous promet l’accomplissement total de nos vies ? C’est le témoignage que nous avons à rendre au salut de Dieu. Si Dieu nous a créés, c’est pour goûter sa propre vie au cœur même de l’itinéraire terrestre auquel nous sommes voués : ne perdons plus de temps, le Royaume de Dieu est là, entrons dans la joie que Dieu nous donne et soyons-en les ministres pour que le plus grand nombre trouve dès maintenant l’accomplissement de sa vie. C’est là notre vocation et c’est un immense bonheur d’y répondre.
Réponses au questionnaire de l'AIM
2
Perspectives
Équipe internationale de l’AIM
La vie monastique aujourd’hui,
réponses au questionnaire de l’AIM
Voici les réponses reçues au questionnaire de l’AIM sur la vie monastique aujourd’hui, suivies d’une brève synthèse.
Mère Marie-Thérèse Dupagne, présidente de la congrégation de la Résurrection
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Nous pensons que l’une de nos principales préoccupations est de contribuer à une meilleure compréhension du vivre ensemble en Europe en prenant soin les uns des autres, en se soutenant mutuellement, en façonnant certains aspects de notre vie ensemble et en apprenant les uns des autres. Nous voulons comprendre comment l’histoire a façonné les communautés dans leurs pays, ce qui les anime particulièrement, ce à quoi elles s’engagent. De cette manière, nous élargissons nos propres horizons vers une plus grande unité.
Quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Nos priorités sont de vivre l’idéal monastique dans le monde d’aujourd’hui et ainsi de témoigner de notre espérance auprès de tous. Nous voulons faire cela :
– en tant que femmes d’aujourd’hui,
– dans l’Église d’aujourd’hui, dans une perspective synodale,
– dans nos communautés telles qu’elles sont aujourd’hui : des petites communautés,
– dans le monde d’aujourd’hui : c’est une nouvelle réalité qui évolue très vite (points de vue politiques, sociétaux ; insécurité croissante – avec la guerre en Europe, etc.), face à la crise des migrants et à la crise climatique,
– avec l’appel à la solidarité.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Peut-être qu’un soutien à certains projets serait possible, également pour la formation (exemple : nous savons qu’il y a une bonne formation sur le leadership à Rome, mais c’est plutôt une formation managériale). En ce qui nous concerne, nous avons besoin d’un soutien pour les supérieures dans nos communautés : c’est un autre contexte qu’en Afrique, Asie, etc. : les supérieures ont affaire à de petites communautés, la plupart du temps avec beaucoup de vieilles sœurs, et à la recherche de nouveaux revenus. Certaines ont signalé la nécessité des rencontres de formation à la vie monastique, des études théologiques, mais aussi des compétences professionnelles (pour organiser ces formations, ou les accompagner). Certaines citent la nécessité de se former à la communication, à construire des communautés dans un autre contexte que par le passé, à construire des relations…
L’AIM pourrait aussi organiser une plateforme de partage sur l’accueil des migrants dans nos maisons d’hôtes.
Dans ce monde où les migrants ne sont pas les bienvenus, le nouveau sens du A de l’AIM (Alliance et non plus Aide, même si l’aide fait bien sûr partie des objectifs de l’AIM) prend une actualité nouvelle : une des missions de l’AIM pourrait être de créer des ponts entre les communautés du Nord et du Sud… Serait-il bon d’organiser des échanges entre communautés ? Nous commençons déjà à ressentir combien il est bon que certaines sœurs de nos communautés partent pendant quelques mois, ou même une ou deux années, partager la vie dans une autre communauté de la Congrégation. Serait-il bon d’ouvrir de tels échanges entre communautés extra-européennes ? On voit par exemple que les Philippins sont nombreux dans nos pays (venant en tant que travailleurs), serait-il bien qu’ils puissent trouver aussi des Philippins dans nos communautés ?
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Nous avons expérimenté combien la phase de connaissance et de contact les unes avec les autres nous a connectées, et combien il a été fructueux de construire notre Congrégation, d’écrire ensemble nos Constitutions les plus larges possibles pour être respectueuses de la spécificité de chaque communauté. Nous ressentons vraiment que la créativité vient de notre diversité, et que tenter d’arriver à l’uniformité aurait détruit la vie.
Mère Maoro Sye, prieure générale des Sœurs Bénédictines Missionnaires de Tutzing

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
– Le déplacement des centres de vitalité de notre Congrégation de l’Europe/Amérique du Nord vers l’Asie et l’Afrique : un soutien est nécessaire, il y a des ponts à construire entre les missionnaires internationales et les dirigeantes locales.
– Nous sommes soucieuses d’une bonne formation pour les formatrices, les économes et les responsables.
– Il y a des communautés vieillissantes en Europe, en Amérique, et même parfois, cela commence en Asie, et en même temps, il y a des communautés très jeunes en Afrique.
– Le manque de personnes-ressources nous préoccupe.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
– L’interculturalité dans les contextes très diversifiés de la Congrégation,
– vivre en bénédictines et missionnaires,
– le renouvellement de notre charisme dans une perspective d’unité de la Congrégation : encourager le partage inter-prieurés, le partage de personnes-ressources entre nos propres prieurés et les réalités d’un autre pays, même parmi les jeunes professes.
– Les rencontres locales et rencontres internationales (rencontre des prieures, semaines internationales de rencontre, rencontre internationale des économes, rencontre internationale des formateurs, programme international des Juniors, programme de renouveau missionnaire dans notre premier pays de mission).
– Ateliers d’approfondissement pendant les visites canoniques.
– Soutenir les communautés fragiles dans les différentes régions visitées par les membres de la Maison généralice.
– Visites fréquentes des communautés par des membres de la Maison généralice et accompagnement en ligne.
– Faire des efforts pour l’envoi régulier de missionnaires à long et à court terme.
– Partager des ressources spirituelles (ex. : conférence mensuelle).
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
– Continuer à publier du matériel pour la formation et la vie communautaire.
– Poursuivre le financement des réunions régionales (BEAO, Cimbra, séminaire RB à Tagaytay – Philippines).
– Parrainer des études des jeunes sœurs pour qu’elles puissent devenir des personnes-ressources à l’avenir.
– Parrainer des rencontres internationales et de formation continue.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
– Le programme international pour les jeunes professes à Rome (les jeunes sœurs des différents prieurés sont invitées à participer à un programme d’un an au cours duquel elles vivent, travaillent, prient et étudient ensemble en vue d’une formation interculturelle).
– La rencontre des prieures, la rencontre des formatrices et les ateliers de visite canonique à la manière synodale : où la conversation spirituelle nous a rassemblées, unies dans la diversité, alors que nous faisions l’expérience de l’Esprit Saint.
Sœur Asha Thayyil, présidente de la congrégation de Sainte-Lioba (Inde)

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Nous, sœurs bénédictines de Sainte-Lioba, formons une congrégation de femmes consacrées, enracinées dans le Christ et engagées pour le bien-être de l’humanité, en particulier des pauvres, des opprimés et des marginalisés de la société.
Les préoccupations majeures de notre Congrégation sont d’utiliser au mieux nos capacités et de nous équiper pour relever les différents défis de notre mission. L’avenir de notre Congrégation dépend de la synodalité qui inclut d’abord tous les membres, nos collaborateurs, puis s’adresse à tous les membres de la société. Nous devons être prêtes à lire et à comprendre les signes des temps et à opérer avec courage les changements nécessaires dans notre vie personnelle, communautaire et apostolique.
Dans le véritable esprit de la synodalité, gardons de côté nos préjugés, nos préférences ou nos intérêts personnels, le cas échéant, et marchons ensemble en recherchant l’unité dans la diversité. À l’instar de saint Benoît, « écoutons » la voix de Dieu et planifions un programme non seulement sur une courte période, mais sur le long terme, afin qu’il y ait une longévité quant à la continuité et l’efficacité dans ce que nous planifions et faisons.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Je pense que nos priorités sont les suivantes :
– Pratiquer quotidiennement la contemplation à partir de l’appel à la vie consacrée en se concentrant sur les différents apostolats.
– Améliorer les connaissances et les compétences grâce à la lecture de livres et à la découverte des personnes et des lieux.
– Accorder un maximum d’attention au développement des ressources humaines des membres des communautés à travers différents programmes de formation au sein de la Congrégation et à l’extérieur.
– Créer des établissements d’enseignement, des centres de travail social en formant les jeunes à devenir des leaders visionnaires dotées d’éthique et de sensibilité à la société.
– Donner à celles qui travaillent dans le monde de la santé et l’apostolat social une formation actualisée. Former plus de personnes pour ce ministère.
– Établir une collaboration avec d’autres groupes dans divers ministères, dans le respect mutuel et le partenariat.
– Utiliser les ressources humaines optimales en fonction de l’aptitude et de la qualification de chacune.
– Former les sœurs avec la meilleure éducation et développer leurs connaissances, leurs compétences dans une attitude positive.
– Puisque nous avons investi un maximum de ressources dans le travail de l’éducation, nous avons à nous concentrer au maximum sur une éducation de qualité et la construction des étudiants qui nous sont confiés. Notre priorité doit être donnée à la construction de la nation, sans se fixer sur le seul gain économique.
– Toutes les politiques que nous formulons doivent être destinées au meilleur intérêt de chaque membre de la Congrégation et de l’apostolat.
– Dans la phase initiale, nous nous concentrerons sur l’acquisition de connaissances de première main sur la vie et la mission dans nos communautés, sur l’apprentissage des relations interpersonnelles entre les membres et sur la préparation d’un système de soutien pour créer de meilleurs liens entre les membres.
– Pour le fonctionnement efficace de l’institution, les directeurs ou directrices d’établissement doivent disposer de suffisamment de temps pour établir de véritables relations avec la population de la localité. La stabilité des membres dans la communauté est un facteur déterminant pour renforcer l’institution. Nous devons faire le moins de transferts possibles. Cependant, un système d’évaluation régulière de transparence et de participation de tous les membres sera rendu obligatoire. Les institutions éducatives, sociales et médicales devraient être précurseurs dans tous les domaines.
– Il est important d’éviter les incitations des éditeurs pour faire de la publicité pour nos établissements en matière de visites et d’hébergement. Chaque fois que nous devons assister à une réunion ou à un séminaire dans des endroits lointains, il est important de régler les frais des institutions respectives et de défendre ainsi notre dignité et notre honneur.
– Nos maisons et institutions religieuses doivent être des centres de dialogue et de partage. Par conséquent, ils doivent être des lieux où les gens peuvent avoir accès à des sœurs pour obtenir des conseils et du soutien. Nos infrastructures doivent être au service de la qualité humaine.
– Il est impératif d’étudier le droit canonique et civil de chacune de nos institutions. Exemple : enregistrement de sociétés dans différents États, bonne tenue de la comptabilité, contrats avec un diocèse et une autre congrégation religieuse, gestion de conflits de propriété, etc.
– Le Chapitre est un organe décisionnel et le Conseil est l’organe exécutif. Par conséquent, les conseillères disposent d’une plus grande capacité exécutive. Elles élaborent un plan d’action dans un format bien défini pour un an, et un budget est approuvé pour chaque apostolat qui est assigné aux sœurs.
– Il y a une équipe dirigée par une conseillère pour chaque ministère, pour le bon fonctionnement et l’efficacité de l’apostolat.
– Nous proposons une évaluation annuelle des ministères de toutes nos institutions. De même, une évaluation libre et franche du travail de la prieure et de l’équipe des responsables pour apprécier la performance des membres de la Congrégation. Une critique constructive est nécessaire à notre croissance.
– L’évaluation doit être menée dans le bon esprit et basée sur la vision, les objectifs et les mises en œuvre. Il ne devrait y avoir aucune place pour les critiques négatives et les commérages. Ce processus permettrait aux sœurs d’analyser la situation et de rassembler courage et confiance pour apporter leur contribution à travers des suggestions, des opinions et des confrontations.
– L’expansion de la mission n’est pas la priorité actuelle. Notre objectif est de renforcer ce qui existe déjà.
– Nous ne devons pas nous laisser emporter par l’illusion de lancer des missions à l’étranger dans un souci d’autosuffisance. Si les ressources humaines sont utilisées correctement et placées dans nos propres institutions, les salaires seront suffisants pour nos besoins. Cela améliore la qualité du service et l’image positive de nos institutions.
– Nos sœurs aînées sont de grands atouts pour la Congrégation. Il est bon d’utiliser leur expertise et leur expérience pour enrichir la jeune génération de la Congrégation. Elles grandiront avec l’intuition originelle de la Congrégation en s’informant mutuellement.
– Les conflits et les différences sont inévitables dans la vie communautaire et dans l’apostolat. Ces problèmes doivent être résolus entre les membres de la communauté au lieu de demander à l’équipe de direction de les résoudre. Ce serait une pratique saine de former une équipe qui possède les compétences innées et acquises pour résoudre de telles situations et régler les griefs : ils peuvent advenir à tout moment.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Voici à titre d’exemple, deux besoins urgents, par ordre de priorité :
– Bourse pour deux moniales afin de participer à la formation continue à Rome.
– Une maison pour les sœurs dans une région éloignée.
S’il vous plaît, faites tout ce que vous pouvez. Votre réponse signifiera plus que vous ne pouvez l’imaginer pour nos familles monastiques en Inde.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
La gratitude et la reconnaissance sont au cœur de toute relation solide. Il en va de même pour les relations avec l’AIM. Nous vous sommes toujours reconnaissantes pour l’aide importante et bienvenue que vous nous attribuez avec discernement lorsque nous vous présentons des demandes. Que Dieu bénisse tous vos bons efforts.
Mère Cecile A. Lañas, présidente de la congrégation des Sœurs Bénédictines du Roi Eucharistique (Benedictine Sisters of Eucharistic King)

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
– la formation des jeunes sœurs, et la formation permanente des sœurs perpétuelles,
– l’accompagnement des sœurs malades et âgées,
– la promotion des vocations via les réseaux sociaux,
– la réparations de bâtiments.
Quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Tout ce qui précède est nos priorités.
Pour la formation, nous avons fait de notre mieux pour profiter des webinaires gratuits et autres séminaires et conférences en ligne gratuits. Certaines de nos jeunes sœurs ont fait leurs études en ligne, mais nous avons postulé pour des programmes de bourses. Certains ont été accordés, d’autres non.
Pour le soin et l’accompagnement des sœurs malades, nous utilisons le peu d’argent qui vient de la pension versée par la Sécurité Sociale, mais c’est très maigre. C’est pourquoi nos sœurs affectées à l’étranger donnent une subvention : malheureusement une de nos missions (Jakobsberg) a dû fermer.
Pour la promotion des vocations, comme toute autre congrégation, nous sommes également confrontées à des difficultés. Nous avons essayé d’y remédier grâce aux médias sociaux, mais nous ne sommes pas en mesure de maintenir cet effort.
Pour les réparations des bâtiments, nous demandons de l’aide à des sources extérieures car nous ne pouvons vraiment pas compter sur nos propres ressources. Certaines de nos sœurs encore capables sont envoyées en mission dans les paroisses, les écoles et les diocèses, mais elles reçoivent des compensations très faibles. Nous comptons toujours sur la providence de Dieu.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
L’AIM peut nous aider financièrement, surtout dans notre formation et aussi dans la promotion des vocations. Nos bâtiments ont besoin de réparations. Pour nos sœurs malades et âgées, nous avons rénové une partie du bâtiment du noviciat pour l’infirmerie.
Nous sommes également reconnaissantes pour les livres qui nous ont été envoyés par l’AIM et pour les autres soutiens que nous avons reçus.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Lorsque la pandémie de Covid 19 atteignait son apogée, nous avons essayé de nous rassembler en tant que communauté via les réseaux sociaux. Nous avons utilisé la plateforme Zoom afin de voir, évaluer, partager notre vie monastique et notre mission dans différentes maisons et zones d’affectation. Nous avons de grandes communautés, ici, aux Philippines. Nous avons une communauté en Israël, en Allemagne (qui doit fermer malheureusement) et également une maison de formation à Nangahure, en Indonésie. Chaque communauté a partagé ses expériences, ses bénédictions et ses défis à travers des présentations vidéos. À travers ce rassemblement en ligne, chacune a ressenti un besoin de renouveau et de fraternité. Nous avons également ressenti le besoin de faire campagne pour plus de vocations. Ce fut une expérience très enrichissante et unique.
Sœur Jeanne Weber, présidente de la congrégation de Sainte-Gertrude (USA)

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Nos membres deviennent de plus en plus âgés et sont de moins en moins nombreux. Nous attirons très peu de vocations, et ce sont généralement des femmes plus âgées.
Le nombre de sœurs susceptibles de diriger un monastère et la Congrégation diminue.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
– Encourager les membres à croître continuellement dans le mode de vie monastique face aux défis mentionnés ci-dessus. En soutenant les prieures dans la direction pastorale de leurs communautés monastiques.
– Aider les sœurs à traiter et à intégrer la peine qu’elles vivent à cause de tant de pertes. Dans certains cas, nous avons encouragé les communautés à travailler avec des thérapeutes en santé mentale pour ce travail.
– Nous avons pris conscience qu’il est trop dur pour les sœurs de voir leurs monastères dissous et les membres transférés lorsqu’il n’y a plus d’issue. Cela implique dans de nombreux cas une dispersion de la communauté et une séparation de plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres pour les sœurs. De plus, nous n’avons pas assez de monastères avec de jeunes membres pour accueillir toutes ces sœurs. Nous restructurons donc la gouvernance sur le plan civil et canonique de ces communautés monastiques, et développons des structures pour prendre soin des membres jusqu’au décès de la dernière sœur. Cela leur permet de continuer à vivre ensemble dans, ou du moins à proximité, de leur monastère d’origine.
– Faire face à la crise du leadership. Comme les monastères n’ont plus leur autonomie, nous ne pourrons plus nommer d’administrateurs résidentiels à plein temps. Au lieu de cela, une sœur le fera à temps partiel, depuis son propre monastère, ou une sœur se verra attribuer plusieurs monastères. Nous encourageons les monastères à planifier cet avenir en prenant des décisions qui simplifieront le fardeau du leadership. Au niveau de la Congrégation monastique, nous devons aborder cette question.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Réponse non fournie.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Une de nos communautés monastiques a récemment demandé à la Présidente et au Conseil de la Congrégation de suspendre sa gouvernance monastique régulière et de nommer un Commissaire. Ces sœurs ont perdu leur prieure à la suite d’une mort subite en 2020 et n’avaient personne d’autre pouvant être élue. Avant et depuis cette époque, elles ont courageusement fait face à la situation dans laquelle elles se trouvaient. Elles ont travaillé avec un administrateur canonique nommé par la Congrégation pour vendre leurs biens restants, fermer leurs activités apostoliques et prendre des dispositions pour leurs soins à long terme. Elles continuent de vivre la vie monastique dans une partie de leur monastère, tandis que le diocèse local, qui a acheté leurs bâtiments et leurs terrains, utilise le reste pour ses bureaux diocésains et son centre de retraite. J’admire énormément ces sœurs pour la manière dont elles ont relevé les défis et les changements auxquels elles étaient confrontées.
Sœur Patty Fawkner, présidente émérite de la congrégation des Sœurs du Bon Samaritain (Sisters of Good Samaritan, Australie)
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Notre congrégation, les Sœurs du Bon Samaritain de l’ordre de Saint-Benoît, fut la première congrégation fondée en Australie en 1857 par le premier évêque d’Australie, le bénédictin anglais John Bede Polding. Nous avons désormais des communautés en Australie, au Japon, aux Philippines et à Kiribati. Nos jeunes sœurs viennent des Philippines et surtout de Kiribati. Nos sœurs australiennes vieillissent et diminuent en nombre. La direction de notre Congrégation dans le futur est un enjeu majeur pour nous.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
– Comment rester concentrées sur la mission alors que nos ressources humaines diminuent. C’est l’un des thèmes centraux du Chapitre de cette année. Nous examinons actuellement les signes des temps dans notre monde et la manière dont nous pouvons y répondre de manière réaliste, compte tenu de nos ressources.
– Questions de leadership et de gouvernance. Nous avons employé du personnel laïc qualifié et dévoué pour partager la plupart des responsabilités de l’administration pratique. Nous avons toujours été engagées dans la formation permanente.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Il est toujours utile d’être en réseau, surtout lorsque nous partageons bon nombre de mêmes problèmes, par exemple comment rester concentré sur la mission compte tenu des limites de nos expériences humaines et financières.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Nous avons une longue tradition d’éducation, du pré-scolaire au supérieur. Nous avons également une longue tradition de direction et d’accompagnement spirituel. Nous avons toujours eu comme priorité l’épanouissement de la femme.
À mesure que nos sœurs vieillissent, la plus grande majorité ne peut plus être engagée comme enseignante. Nous avons développé le programme d’études et de mentorat du Bon Samaritain (SAM) par lequel nous apportons une contribution financière aux femmes laïques mûres qui souhaitent étudier la théologie ou l’éducation religieuse. Le programme comporte également une composante de direction spirituelle et de mentorat. Notre programme SAM en est maintenant à sa troisième année et s’est avéré très fructueux. Nous avons contacté des congrégations religieuses masculines pour offrir une contribution financière à ce programme et elles ont été très généreuses.
Dom Jeremias Schroeder, président de la congrégation de Sankt Ottilien

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
– Quatre communautés fragiles,
– faible leadership dans plusieurs monastères,
– une atmosphère de frustration et de lassitude dans certaines maisons européennes,
– l’égocentrisme de certaines communautés.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
– Maintenir l’unité et la cohésion : développer de nouveaux moyens de communication et d’échange, faisant de la Congrégation une réalité palpable dans toutes les communautés.
– Renforcer le sens de la mission : favoriser la nomination d’agents de mission locaux. Privilégier les projets qui sont une expression de la mission.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
L’AIM peut nous aider en rappelant à notre Congrégation que nous faisons partie d’un réseau de plus en plus vaste : la Confédération et la Famille monastique bénédictine/cistercienne.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
J’ai apprécié mes récentes interactions avec les deux Abbés généraux et avec la Modératrice de la CIB. Je vois une réelle opportunité de collaboration mondiale.
Dom Johannes Perkmann, président de la congrégation autrichienne
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
– Collaboration dans la formation.
– Amélioration du Collège Saint-Benoît.
– Projets de mise en œuvre de Laudato Si’.
– Préparation du jubilé de la Congrégation.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
– Transmettre nos valeurs et nos habitudes spirituelles à la prochaine génération.
– Publications, séminaires, accueil.
Comment AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Échanges et rencontres internationales.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Processus de mise en œuvre de Laudato Si’.
Dom Franziskus Berzdorf, président de la congrégation de Beuron

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
La plus grande préoccupation est le manque de jeunes dans nos monastères. Cela s’applique aussi bien aux monastères masculins qu’aux monastères féminins (nous sommes une congrégation mixte). Les novices de tous les monastères participent aux semaines de formation organisées par l’association des sœurs bénédictines d’Allemagne. La sœur responsable est d’un de nos monastères. L’expérience est bonne.
La plupart des communautés réfléchissent actuellement à la manière dont une partie de leurs bâtiments, dont elles n’ont plus besoin, pourrait être utilisée à bon escient ailleurs. La question principale est la même que celle d’un jeune chrétien dans le monde : comment trouver un partenaire avec qui je peux bien vivre et qui partage autant que possible ma vision du monde ?
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Les priorités de chaque monastère résident souvent dans la gestion de la petite routine quotidienne ; ils n’ont pas le souffle nécessaire pour entreprendre de plus grandes entreprises. Les organes de la Congrégation aident les monastères qui le souhaitent, ou lorsque cela semble judicieux ou nécessaire à l’Abbé Président et à son Conseil.
Par exemple : Les monastères doivent fournir chaque année certains chiffres au Conseil économique de la Congrégation. Sur la base de l’évolution de la situation, le Conseil peut attirer l’attention relativement rapidement sur les dangers économiques.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Les monastères de la Congrégation beuronaise ne sont pas riches par rapport aux normes européennes, mais ils ont (pour la plupart) un budget équilibré. Certains couvents reçoivent une aide du diocèse respectif. En cas de dépenses extraordinaires, comme la rénovation de bâtiments classés, ils reçoivent des subventions de l’État.
Il existe suffisamment de possibilités pour la formation de la prochaine génération, ainsi que pour la formation continue des moines et des moniales. Je ne vois donc pas la nécessité pour l’AIM d’apporter son aide à l’heure actuelle.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
La coopération entre les couvents d’hommes et de femmes de la Congrégation s’est encore intensifiée ces dernières années : participation des moniales au Conseil de l’Abbé Président et aux Commissions, visiteuses secondaires dans les couvents d’hommes, etc. Il n’y a plus que quelques obstacles pour parachever l’égalité. Tous ces obstacles n’ont pas été levés par Rome malgré plusieurs tentatives de notre part pour y parvenir.
Dom Alessandro Barban, prieur général émérite de l’ordre des Camaldules de saint Benoît

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
En ce qui concerne les préoccupations les plus importantes dans notre congrégation camaldule, notre attention se tourne vers l’avenir du christianisme et vers la manière dont la présence monastique peut rester un levain fécond dans l’Église et dans le monde. Nous craignons que le monachisme perde la saveur de son sel, perde la lumière de son charisme, ne soit plus significatif dans le présent et dans le futur. Et notre futur dans les décennies à venir s’articulera autour de trois questions : la qualité de nos relations fraternelles et humaines au sein de nos communautés monastiques ; la qualité de notre lectio divina et de notre liturgie communautaire ; la qualité de notre accueil dans nos hôtelleries. Nous essayons de donner de la qualité à notre monachisme, mais cet élan exige une vie spirituelle intense, profonde et pleine de sens. Il ne suffit plus d’observer la Règle, mais de redécouvrir le sens bénédictin de la vie chrétienne, en la vivant dans une expérience spirituelle concrète au sein de nos communautés. Peut-être que nous devrons fermer certaines maisons ou que nous aurons moins de vocations, mais ce ne sont pas nos vrais problèmes. La question réside dans la réalité évangélique de notre vie.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Une nouvelle proposition sur la formation est nécessaire. Les jeunes d’aujourd’hui ne comprennent pas et n’acceptent plus nos hiérarchies relationnelles et mentales. Et ils ne comprennent pas notre langage théologico-spirituel qui appartient aux deux derniers siècles. La formation monastique doit être renouveler et, dans l’Église, il est nécessaire de prévoir un nouveau programme d’études pour la théologie. Au monastère, avant de se soucier de transmettre des contenus comme s’il s’agissait de notions à apprendre conceptuellement, l’important, c’est d’abord de partager un choix de vie. Il est donc nécessaire de présenter concrètement le style de vie monastique dès les premiers jours où le jeune entre au postulat et au noviciat. Nos communautés sont aujourd’hui confrontées à la question anthropologique des jeunes de notre temps.
Un autre enjeu est la question économique, et par conséquent l’importance du travail dans nos communautés. Nous ne pourrons certainement pas garantir de garder le standard bourgeois actuel.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
L’AIM devra contribuer au financement de projets innovants de formation monastique, tant en Europe que sur d’autres continents, notamment les plus pauvres. La pauvreté d’aujourd’hui n’est pas seulement économique, mais avant tout culturelle. Les moines et les moniales doivent recevoir une formation humaine et théologique adéquate, sinon nous ne comprendrons plus le chemin futur du monde. Nous perdrons le lien avec la culture de plus en plus scientifique et technique d’aujourd’hui. À mon avis, l’AIM doit concentrer son aide notamment sur la formation. Nos communautés commencent aussi à avoir des difficultés à envoyer leurs jeunes dans les écoles théologiques de leur pays. Les coûts augmentent alors considérablement lorsque l’on étudie à l’étranger.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
C’est difficile à dire. Les expériences significatives sont différentes. En ce qui nous concerne, elles se concentrent toutes sur les études à proposer après le noviciat. Par exemple, nos jeunes Tanzaniens veulent non seulement étudier la théologie, mais aussi étudier l’agriculture et savoir planter des plantes et des arbres. En Tanzanie, nous avons commencé à planter une forêt de milliers d’arbres contre la désertification, en protégeant et en gardant les sources d’eau. En Inde, dans notre ashram de Shantivanam, la prière typique de l’ashram s’accompagne de nouvelles activités de travail qui nécessitent de nouvelles technologies.
Je tiens à remercier l’AIM pour tout ce qu’elle fait en faveur des communautés monastiques qui ont le plus besoin d’aide (pas seulement économique). Votre fraternité et votre sensibilité dans l’écoute et le discernement des aides sont un grand cadeau.
Dom Benito Rodríguez Vergara, président de la congrégation du ConoSur
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Dans notre Congrégation, je pourrais souligner les aspects suivants qui me semblent les plus pertinents aujourd’hui car ils touchent toutes les communautés :
– La tension entre tradition reçue (identité) et nouveauté.
– La diminution des vocations.
– L’augmentation de l’âge des membres des communautés et leurs besoins de soins.
– La préoccupation des parents des moines, des moniales, qui vieillissent et exigent que leurs enfants les assistent.
– L’exercice de l’autorité par l’abbé.
– La formation continue.
– Le bon usage des réseaux sociaux au monastère. L’utilisation et la juste mesure de l’information qui transite par ces médias.
– Le dialogue entre la culture monastique et la culture du monde qui est introduite dans le monastère par différents moyens. Déterminer correctement les « frontières » de notre enceinte, également dans le domaine virtuel – internet.
– Le changement climatique a été fortement ressenti dans certaines régions de nos pays, affectant gravement les économies de certaines de nos communautés en raison du manque de précipitations et de l’augmentation excessive des températures.
– Un contexte ecclésial, politique et social complexe.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Dans notre vie bénédictine, nous courons le risque de veiller beaucoup à l’ordre matériel des choses et, par conséquent, à ce que les membres en formation « fonctionnent » bien dans tout ce qui doit être fait. Je pense que, sans négliger cet aspect, il faut donner la priorité au fondement des personnes et de la communauté sur le Rocher qu’est le Christ, en étant fidèle à prendre l’Évangile pour guide. Cela n’est jamais acquis, c’est une priorité qui doit être sans cesse concrétisée. Nous essayons de le faire, bien qu’encore très imparfaitement, avec les conférences spirituelles hebdomadaires des différents membres de la communauté, avec une journée mensuelle de retraite communautaire, à travers les lectures au réfectoire, en veillant à un certain niveau dans les conversations pendant les récréations. […] En bref, et bien sûr, dans les autres aspects caractéristiques de notre vie bénédictine que souligne la règle de saint Benoît.
Dans les valeurs qui s’imposent aujourd’hui dans notre société, nous percevons une absence de Dieu et, par conséquent, une certaine décadence des mœurs. Notre priorité est aussi d’évangéliser le monde qui vient au monastère à travers les hôtes et les personnes qui, pour diverses raisons, nous sont liées. Je pense que la beauté de notre vie bénédictine est l’élément principal que nous pouvons apporter à cette nouvelle évangélisation dont le monde d’aujourd’hui a besoin. La beauté d’une vie qui essaie simplement de prendre comme guide l’Évangile dans nos relations les uns avec les autres, dans ce cadre d’austérité et d’harmonie qu’enseigne la règle de saint Benoît, et que ceux qui viennent à nous apprécient et valorisent beaucoup.
Les personnes qui souhaitent entrer dans la vie monastique apportent leurs propres circonstances de vie qui nécessitent une capacité d’accueil et d’accompagnement que parfois nous ne sommes pas en mesure d’offrir. Il faut aider celui qui arrive à faire un chemin de connaissance de soi, de guérison, de réconciliation. Initier le nouveau venu à un chemin filial, lorsque cette dimension est brisée ou endommagée, représente un grand défi pour le formateur, car parfois le formateur lui-même ne l’a pas encore bien résolu pour lui-même. Enfin, c’est une question d’humilité et de foi, avant tout de la part du formateur, même lorsqu’une aide thérapeutique précieuse de la part de professionnels est disponible. Aider à discerner l’authenticité de la recherche de Dieu de la personne, au-delà de sa situation humaine de précarité, est aujourd’hui une grande exigence, tant pour le formateur que pour le formé.
L’exercice d’un leadership selon l’esprit de RB constitue également un défi important dans nos communautés. Clarifier quel est le rôle de l’abbé dans une communauté monastique, sa mission, ce que le Seigneur lui a confié. Lorsque l’abbé est trop protagoniste, il peut maintenir une forte cohésion dans la communauté, ce qui peut être une valeur, mais les gens ne se développent pas individuellement, l’exercice créatif et joyeux de leur propre don diminue, ce qui nuit non seulement à l’individu mais aussi à l’ensemble de la communauté. Et quand l’abbé disparaît en déléguant totalement les responsabilités, chaque moine se développe individuellement, mais on vit une certaine atomisation, désintégration, le monastère fonctionne bien matériellement, mais la communion en souffre. La priorité est que l’abbé soit un serviteur de la communion des frères, permettant en même temps que chacun puisse exercer son propre don en le mettant au service de l’ensemble.
Dans certaines de nos très petites communautés, formées de trois moines, se pose la question de savoir comment exercer le leadership alors qu’aucun d’entre eux n’en a réellement les possibilités. La réponse est peut-être que dans ces cas-là, il faut un leadership synodal plus consensuel, donnant encore plus de pertinence.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Nous aider à prendre conscience de la façon dont la vie monastique est vécue dans le « reste » du monde, c’est-à-dire au-delà du cadre géographique de notre Congrégation dans le Cône-Sud, avec ses difficultés et aussi avec ses valeurs. Je crois que l’AIM peut avant tout nous aider à être plus solidaires avec les besoins d’autres communautés dans d’autres parties du monde qui vivent peut-être dans des contextes encore plus difficiles que le nôtre.
Je pense aussi que l’AIM peut aider financièrement en ce qui concerne la formation, à travers les différentes initiatives du SURCO (rencontres, cours, retraites), dans l’édition de la revue Cuadernos Monásticos, et dans l’organisation et la participation à la rencontre de l’EMLA.

Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Je crois que l’expérience la plus significative que nous avons vécue en tant que Congrégation plus récemment est le dernier Chapitre général tenu en mai 2023. Nous avons pu y ressentir, parmi les participants, un très fort esprit de communion. Nous avons réalisé qu’aujourd’hui, comme les communautés sont plus petites, cela nous fait apprécier encore plus d’être membres d’un corps qui nous fait tous sentir que nous faisons partie de quelque chose de plus grand, qui nous transcende et qui nous soutient également. Dans notre Congrégation, la communion se construit dans la complémentarité de la diversité des communautés, et nous la percevons également dans la relation riche et fraternelle que nous vivons entre les moines et les moniales. Je considère que c’est la chose la plus significative que nous ayons vécue récemment.
La solidarité manifestée par nos communautés plus petites et plus fragiles envers les besoins matériels et spirituels des quartiers dans lesquels elles se trouvent est touchante, et plusieurs exemples pourraient être évoqués ici.
La créativité, l’efficacité et les efforts des communautés pour gérer leurs propres économies dans des contextes nationaux très complexes méritent également d’être mentionnés.
Dom Markus Eller, président de la congrégation bavaroise
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
La plus grande préoccupation de notre Congrégation est le manque de jeunes. Nous sommes également préoccupés par les effets de la crise du Coronavirus. Les domaines de l’exploitation de l’hôtellerie et de la restauration ont souffert. L’une des conséquences de cette crise est le manque de personnel, de sorte que ces secteurs et d’autres ne peuvent souvent pas fonctionner à plein rendement.
Un problème relativement aigu est la forte augmentation des coûts de l’énergie. Cela nous frappe très durement avec nos grands bâtiments, qui sont également coûteux à entretenir en raison de la préservation des monuments historiques.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Rechercher des opportunités de rencontrer des jeunes et leur permettre de vivre avec nous pendant un certain temps de manière simple. Peut-être que la recherche de possibilités pour maîtriser les problèmes écologiques offre également une opportunité de s’adresser aux jeunes : agriculture écologique, énergies nouvelles, produits régionaux.
La règle de saint Benoît propose certainement des approches pour un style de vie simple et alternatif.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
L’AIM pourrait peut-être établir des contacts avec des régions où se trouvent des problèmes ou des défis similaires. Les solutions ne seront probablement trouvées qu’au niveau régional, localement.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Considérer les problèmes comme des défis qui offrent également des opportunités, la recherche de quelque chose de nouveau et la force du lâcher prise pour dire adieu à certaines formes.
Dom Giuseppe Casetta, abbé général de la congrégation de Sainte-Marie de Vallombrosa
Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
1. Surmonter la crise de la vocation monastique dans notre Congrégation.
2. Résoudre l’instabilité financière des monastères.
3. Développer la fraternité monastique.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Ma première préoccupation et priorité est de développer la fraternité monastique entre les monastères et les moines de la Congrégation, afin que les moines puissent aider d’autres communautés qui manquent de vocation monastique et qui se trouvent dans une situation économique instable. Mes fréquentes visites et exhortations aident les moines à être dans un même esprit et un seul cœur.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Si l’AIM pouvait soutenir économiquement nos communautés qui sont financièrement instables, cela pourrait nous aider beaucoup.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
La grande aide fraternelle que nous avons échangée à l’occasion des maladies graves des confrères.
Dom Guillermo Arboleda Tamayo, président de la congrégation de Subiaco-Mont-Cassin

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
La nécessité d’adapter notre législation au moment actuel et à la réalité de nos communautés. La législation actuelle répond à une époque d’expansion, maintenant nous vivons une époque de réduction.
La « crise du leadership », il est difficile de trouver des supérieurs pour les communautés.
La formation des « jeunes » communautés, je veux dire avant tout les communautés du Vietnam, qui ont de nombreux membres.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Les priorités sont les mêmes que celles énumérées ci-dessus. Nous sommes maintenant en train de réviser la législation pour présenter la proposition de sa réforme au prochain Chapitre général.
– Faire face à la crise du leadership : Quoi qu’il en soit, il y a toujours quelqu’un pour prendre en charge les communautés. Cela nécessite des visites, une confiance humble, tant envers ceux appelés par les communautés pour les conduire, que envers les communautés elles-mêmes pour les soutenir.
– Formation : Nous offrons la possibilité à certains membres de nos communautés d’approfondir leur formation, notamment dans les monastères français ou à Saint-Anselme, afin qu’ils puissent ensuite contribuer à la formation dans leurs communautés ; et nous encourageons à profiter des opportunités de formation théologique qui existent déjà dans les pays où sont situées les communautés. Mais nous insistons également sur la meilleure organisation de la journée monastique, afin que la lectio divina et l’étude soient prioritaires.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Continuer à soutenir les programmes de formation par région.
Planifier quelque chose de spécifique pour le Vietnam pourrait être d’une grande aide.
Continuez également à soutenir certains moines avec des bourses.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Peut-être la plus récente : lors de la visite au Vietnam en octobre, en plus de rencontrer une difficulté particulière due à la démission du Visiteur, nous avons pu tenir une « assemblée » de tous les supérieurs des monastères, y compris les maisons dépendantes, avec les délégués des communautés. Ce fut une journée particulièrement significative avec de bons résultats, grâce à la nomination d’un Visiteur, après un discernement commun, et surtout grâce à la conscience des participants de la nécessité d’assumer avec plus d’engagement la responsabilité de leur propre province, sans attendre de nous que nous résolvions les choses de l’extérieur. Il a été possible d’établir un programme de travail conjoint au sein de la Province, et c’est déjà un bon début.
Dom Geoffroy Kemlin, président de la congrégation de Solesmes

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
La principale préoccupation de notre Congrégation est d’être fidèle à sa vocation monastique dans un monde aux multiples facettes et en rapide transformation. Nous essayons de vivre nos valeurs monastiques d’une manière qui donne un véritable témoignage de notre foi et de notre appel monastique, mais en même temps nous voulons être audibles dans notre culture actuelle. Dans les cultures occidentales par exemple, la vie monastique est à peine connue et si c’est le cas, cela ressemble à une vie sur une autre planète pour de nombreux jeunes, même lorsqu’ils sont catholiques. Notre Congrégation ayant des monastères en Afrique et aux Antilles, il devrait être plus facile d’élargir notre horizon au-delà du monde occidental et d’éviter une compréhension trop occidentale de tout. L’une de nos autres préoccupations est la diminution du nombre de moines dans plusieurs de nos communautés.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Mes priorités tournent autour de l’unité des communautés, vivant de manière plus synodale, et de l’unité de notre Congrégation dans laquelle de nombreuses options différentes peuvent être trouvées. Nous essayons de mettre en pratique le fait que les différences ne sont pas une menace mais enrichissent chaque membre de la communauté et de la Congrégation. Je pense aussi que les supérieurs devraient être mieux formés pour un service qui n’est pas facile. Des programmes très intéressants sont désormais proposés.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
L’AIM nous aide à garder à l’esprit que la civilisation occidentale n’est pas la seule et qu’il existe des endroits dans le monde où la vie monastique est florissante et répond aux aspirations spirituelles de nombreuses personnes. L’AIM est aussi un lieu où l’échange de dons est très présent. Les monastères du monde émergent ont tant à offrir, comme des lieux pleins de vie avec des façons acculturées de vivre la vie monastique... L’AIM se pose aussi comme un moyen possible d’aide matérielle à nos communautés du monde émergent. L’AIM peut créer des réseaux. Cela pourrait aussi aider en réalisant un audit économique, et en soutenant un projet concret dans telle ou telle communauté : construire une porcherie ou un poulailler. Peut-être aussi pour offrir des bourses notamment pour la formation de futurs formateurs, ou pour mettre en place des programmes de formation localement. Mais c’est déjà ce qui se fait et j’aimerais que cela puisse continuer.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
Étant un nouvel abbé, je ne suis pas moi-même allé en Afrique. Un moine de notre communauté lors d’un récent séjour à Séguéya, en Guinée-Conakry, a rapporté à la communauté combien la vie monastique y était joyeuse, même dans un état de réelle pauvreté pour le pays et pour la communauté. C’est la dernière fondation de notre Congrégation. Le pays où ils vivent manque d’infrastructures, comme les moyens de communication (routes), l’assistance médicale… Mais la petite communauté garde un haut niveau de vie liturgique, avec la liturgie inspirée de Keur Moussa, et il y règne un profond esprit de fraternité. La formation n’est pas facile, et, surtout à cause du manque d’infrastructures, l’économie est très fragile, et ils ont besoin du soutien des monastères de notre Congrégation pour achever la construction du monastère définitif.
Dom Christopher Jamison, président de la congrégation bénédictine anglaise (English Benedictine Congregation, EBC)

Quelles sont les principales préoccupations de votre Congrégation en ce moment ?
Comme tant de congrégations au sein de la Confédération bénédictine, l’une des principales préoccupations de l’EBC à l’heure actuelle est la baisse du nombre de vocations et le vieillissement de beaucoup de nos communautés. Ces deux facteurs apportent une fragilité à de nombreuses communautés de moines et de moniales, ce qui soulève des questions de durabilité.
À cela s’ajoutent les défis économiques actuels et la nécessité de rechercher de manière créative des sources de revenus.
Une autre préoccupation, bien qu’elle ait une dimension positive, concerne la nature de notre apostolat à l’avenir dans les monastères masculins, et la manière dont nous pouvons répondre au mieux aux besoins de l’Église dans son ensemble.
Une préoccupation clairement positive est de savoir comment intégrer au mieux les monastères de femmes nouvellement regroupés, qui ont donné un sentiment de nouvelle vie aux monastères de moniales, en particulier. Cela apporte son propre défi car ils doivent travailler ensemble pour créer de nouvelles Constitutions qui expriment leur vision commune de la vie monastique.
L’EBC se trouve donc dans un moment de transition passionnant alors qu’elle renouvelle son sens commun de la mission et trouve de nouvelles façons d’être un outil dynamique d’évangélisation.
Selon vous, quelles sont vos priorités ? Comment les gérez-vous ?
Comme mentionné dans la question précédente, la priorité de l’EBC est de :
1. renforcer et, si nécessaire, consolider notre présence monastique dans les huit pays dans lesquels nous sommes présents. Créer de véritables communautés de foi et de fraternité.
2. Retrouver un sens renouvelé de la mission et une vision commune de la vie monastique qui nous permette d’être un outil d’évangélisation.
3. Grandir dans notre compréhension de la « communion », tant au sein de chaque monastère qu’en tant que Congrégation composée d’hommes et de femmes de différentes cultures et langues. Cette internationalité et cette diversité sont un don que nous devons explorer et entretenir.
4. Regarder avec courage où nous devons éventuellement fermer des monastères et fusionner, afin que nous puissions devenir plus forts et être plus efficaces pour attirer des vocations.
5. Jeter un regard nouveau sur la manière dont les visites canoniques sont faites afin qu’elles deviennent un moment important pour chaque communauté.
Notre récent Chapitre général a été un moment de grâce et de croissance vers une plus grande participation au sein de la Congrégation. Six commissions ont été créées pour examiner les domaines clés du renouveau et pour poursuivre et faciliter la discussion :
– Une possible période de formation partagée.
– La manière dont nous élisons l’Abbé Président et comment son Conseil élargi peut refléter l’internationalité et la diversité au sein de la Congrégation.
– Prendre au sérieux la formation continue de nos moines et moniales, spécialement dans la formation humaine.
– Réviser les Constitutions des moniales pour refléter l’histoire et les traditions des communautés nouvellement regroupées.
– Examiner la question de l’internationalité et comment nous pouvons respecter et utiliser les différentes cultures qui composent l’EBC.
– Un réexamen de la manière de faire des visites canoniques une expérience vivifiante et renouvelante.
Comment l’AIM peut-elle vous apporter une aide pratique ?
Le Bulletin fournit une riche ressource d’articles qui révèlent comment le charisme du monachisme est vécu dans de nombreuses régions différentes du monde. L’AIM peut être un véritable pont entre les monastères des pays en développement, qui explorent des manières nouvelles et créatives de vivre la Règle, et les monastères établis d’Europe et d’Amérique du Nord, etc. Il s’agit d’un dialogue important d’écoute et d’apprentissage les uns des autres. L’AIM a pour mission importante de rassembler ces différentes voix et expériences. Elle pourrait peut-être envisager un rassemblement intercontinental de moines pour partager des préoccupations communes et grandir en communion.
Quelle expérience significative récente pouvez-vous partager avec nous ?
La manière fructueuse avec laquelle la pandémie du Coronavirus a conduit à un renforcement des liens au sein de l’EBC a peut-être été une expérience significative. Les périodes de « confinement » prolongées ont conduit à une appréciation de la vie en communauté et à un dialogue à travers des « webinaires » qui ont alimenté un réel sentiment d’engagement intellectuel et fraternel. La pandémie de la Covid a également entraîné le report de notre Chapitre général, ce qui nous a donné une merveilleuse opportunité d’entrer dans un processus de préparation qui a impliqué chaque communauté, ainsi que tous les capitulants. Le Chapitre général lui-même a été un moment de véritable synodalité, une écoute fraternelle qui s’est traduite par la création de six Commissions pour approfondir le débat. L’expérience de ce Chapitre général nous a déjà incités à entamer un processus de rêve sur l’avenir, et à relever le défi de faire de nos rêves une réalité. L’immobilité n’est pas une option, nos préoccupations deviennent donc le moteur pour aller de l’avant.
Éléments de synthèse des réponses au questionnaire
3
Perspectives
Équipe internationale de l’AIM
Quelques éléments de synthèse
des réponses au questionnaire
Voici quelques points importants à partir des réponses au questionnaire de l’AIM :
Les principales préoccupations
– Le sens de la vie monastique dans le monde d’aujourd’hui : comment traduire et transmettre les valeurs de la vie monastique pour les générations nouvelles ?
– Leadership et formation : trouver des personnes appropriées pour ces services dans nos communautés.
– Le manque de vocations, le ralentissement des fondations et le nombre croissant de fermetures de monastères.
– Les efforts à déployer pour enraciner notre vie monastique dans la Parole de Dieu et la tradition monastique, et dans l’expérience d’un partage humain et spirituel.
– Comment sortir de la dichotomie et même parfois de la division entre membres des communautés, et entre individu et bien commun ?
– Avoir une sérieuse réflexion sur les relations entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud dans le monde monastique.
– La réception concrète de l’encyclique Laudato Si’ et de la logique synodale voulue par le pape François.
– Certains posent aussi la question du rapport aux familles (parents âgés ou malades et enfant unique) dans le contexte des cultures locales.
– L’importance de la relation des monastères avec la communauté locale, et la construction d’une vie partagée avec des laïcs qui veulent s’associer à une communauté monastique.
