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La formation monastique aujourd’hui
(1re partie)
Bulletin n°119, année 2020
Sommaire
Éditorial
Dom Jean-Pierre Longeat, OSB
Président de l'AIM
Lectio divina
Les Béatitudes
Mère Anna Chiara Meli, OCSO
Perspectives
• Formation théologique et renouveau monastique
Père Bernhard A. Eckerstorfer, OSB
• Experientia, une expérience de formation continue
Dom Eamon Fitzgerald, OCSO
• La vie monastique après le Covid19
Père Robert Igo, OSB
• Le discernement vocationnel selon la règle de saint Benoît
Dom Bernardo Olivera, OCSO
• La formation des bénédictins et bénédictines en Corée du Sud
Sœur Marie-Enosh Cho, OSB
• Monastic Formator's Programme
Père Brendan Thomas, OSB
• La formation pour les formateurs et formatrices des monastères de Madagascar et l'Océan Indien
Sœur Agnès Bruyère, OCSO
• La Structure Sainte-Anne
Dom Olivier-Marie Sarr, OSB
• Le programme Wisdom Connections T4
Sœur Michelle Sinkhorn, OSB
Méditation
Discours de Benoît XVI aux Bernardins
Travail et vie monastique
L'économie monastique comme moteur de changement
Isabelle Jonveaux
Arts et culture
Le nouveau monastère d'Envigado
Dom Guillermo Arboleda, OSB
Une page d'histoire
Les sœurs bénédictines missionnaires de Tutzing
Congrégation de Tutzing
Moines et moniales, témoins pour notre temps
• Mère Bénigne Moreau
Mère M.-M. Caseau et S. L. de Seilhac, OSB
• Dom Basílio Penido
P. Matias Fonseca de Medeiros, OSB
Nouvelles
• Le Secrétariat de l'AIM
Dom Jean-Pierre Longeat, OSB
• Mes années à l'AIM
Mère M.-Placid Dolores, OSB
• Voyage en Argentine (suite et fin)
Dom Jean-Pierre Longeat, OSB
Éditorial
Il est important pour l’AIM de faire régulièrement le point sur les propositions de formation monastiques à travers le monde. Celles-ci évoluent inévitablement avec le développement et les initiatives des monastères dans chaque région.
Les initiatives sont nombreuses. Il nous a semblé utile, pour donner un large écho à une matière aussi importante, d’y consacrer deux numéros, les 119 et 120. Si à la lecture du 119, certains ou certaines souhaitaient apporter des informations sur tel ou tel de leurs projets, qu’ils nous écrivent et nous verrons comment ajouter leur apport dans le bulletin 120.
La formation dont il est question ici concerne surtout la vie monastique elle-même et les conditions nécessaires pour son actualité et son développement. La question des études de philosophie, théologie et des spécialités de type universitaire pourraient faire l’objet d’un traitement à part : elle n’entre pas directement dans l’approche des présents numéros du Bulletin.
En matière de formation initiale, chaque communauté conserve sa part de responsabilité. À ce titre, comme on l’a rappelé dans le document « Miroir de la vie monastique », c’est la communauté tout entière qui est formatrice ; mais il est important aussi d’élargir l’horizon des membres avec des temps de formation continue ; et il faut veiller par ailleurs à ce que chaque communauté soit en mesure de susciter et former des responsables.
Les Ordres, Congrégations et Régions monastiques proposent des formations propres tant au niveau des inter-noviciats que des sessions pour jeunes profès, pour formateurs, pour supérieurs ou pour d ’autres responsables.
Saint Benoît, dans sa Règle, dit vouloir fonder une école du service du Seigneur. C’est un projet évocateur. Nous sommes invités à rester en état d’écoute et d’échange de connaissances aussi bien que d’expériences, tout au long de notre vie. Selon une autre image employée par saint Benoît, la formation s’acquiert dans le cadre d’une armée fraternelle (chap. 1) où le côtoiement, les tensions, les encouragements, la lutte en commun contre tous les obstacles s’exercent à plein, en vue d’une vraie conversion pour vivre le commandement de l’amour. Elle se déploie encore au sein d’un atelier (chap. 4) où l’on apprend à se servir de tous les outils spirituels mis à notre disposition.
Toute la perceptive de la formation monastique vise à permettre aux frères et aux sœurs de nos communautés d’expérimenter le chemin qui nous conduit tous ensemble à la vraie vie selon l’inspiration de l’amour de Dieu. Ainsi, « sous la conduite de l’Évangile », « ne nous écartant jamais de l’enseignement du Christ et persévérant jusqu’à la mort dans sa doctrine au sein du monastère, nous participerons par la patience aux souffrances du Christ pour mériter d’avoir part à son royaume » (cf. Prologue de la Règle et chapitre 72). La charte des Béatitudes ouvrant l’Évangile selon Matthieu est une belle illustration de ce propos de formation.
Dom Jean-Pierre Longeat, OSB
Président de l’AIM
Articles
Les Béatitudes
1
Lectio divina
Mère Anna Chiara Meli, OCSO
Prieure de Mvanda (RDC)
Les Béatitudes,
charte de formation monastique
« Beaucoup demandent : qui nous fera voir le bonheur ?
Sur nous Seigneur, que s’illumine ton visage »
(Ps 4, 7)
Ce verset du psaume 4 est sans doute une excellente clé pour entrer dans la méditation des Béatitudes. En effet, il y est question de la recherche du bonheur. Et tel est bien le souhait universel : toute personne désire être heureuse. Mais de quel bonheur ?
Le huit fois « heureux » des Béatitudes chez Matthieu nous propose un chemin vers un bonheur relativement éloigné des critères humains de la félicité. Qui oserait aujourd’hui proclamer heureux ceux qui pleurent, ceux qui ont faim, et même les doux ? Notre monde renvoie souvent à des images opposées pour refléter le bonheur : ceux qui rient, les rassasiés, les forts, etc.
Le chemin proposé par les Béatitudes mène à la même réponse que notre verset du psaume 4 : le visage du Christ. De fait, il semble bien que les Béatitudes matthéennes soient avant tout un portrait intérieur de Jésus, le pauvre par excellence, et qu’elles nous permettent ainsi de découvrir son visage.
Comme le dit M. Dumais : « Jésus a pu proclamer les Béatitudes parce que, le premier, il les a vécues. Elles reflètent son expérience, dans sa pratique concrète de foi et d’espérance, traversée par la souffrance et la perspective de la mort. Jésus est ainsi le garant et le modèle de l’existence heureuse »[1]. Jésus inaugure sa proclamation chez Matthieu par un appel au bonheur.
A. Chouraqui a vu derrière le « Heureux » une expression araméenne qui appelle à se mettre en mouvement : « En avant »... Le bonheur auquel Jésus nous appelle est à construire avec Lui. Il se reçoit de Dieu mais repose aussi sur nos choix, nos engagements. On retrouve cela au fil des Écritures. Par exemple dans le Ps 1, le bonheur est promis à celui qui ne s’associe pas avec les « murmurateurs » mais « à celui qui se plaît dans la Loi du Seigneur et murmure sa Loi jour et nuit ». Il faut en quelque sorte remplacer un murmure par un autre, changer de disposition intérieure, faire taire le « vain murmure des peuples » (Ps 2, 1) qui trouve si facilement écho en nous, pour nous enraciner dans la Torah comme l’arbre qui pousse ses racines dans l’eau. Le Ps 2 s’achève d’ailleurs sur une béatitude, lui aussi : « Heureux qui s’abrite en Lui ! ». Et si l’on jette un coup d’œil récapitulatif sur les Béatitudes, on peut les résumer par : « Heureux qui ressemble à Jésus. Heureux qui trouve sa joie à être simplement proche du Père ».
Un autre aspect intéressant des Béatitudes, c’est que l’ensemble des sept dernières peut être une « déclinaison » de la première. Toutes sont en fait un aspect de la vraie pauvreté de cœur. Il nous faut donc bien comprendre cette première béatitude.
Si l’expression « pauvres en esprit » est unique dans toute l’Écriture, elle a bien un arrière-fond biblique, et on peut également la rapprocher d’autres expressions similaires dans l’Évangile selon Matthieu : « les purs de cœur » (5, 8) et Jésus « doux et humble de cœur » (11, 29). La pauvreté de cœur, c’est un état d’esprit qui marque toute l’attitude de l’homme. « Un esprit qualifié par la pauvreté n’est pas autosuffisant, mais sait reconnaître son indigence et son besoin d’autrui pour vivre et grandir ». D’où l’interprétation assez unanimement acceptée aujourd’hui : « Heureux ceux qui reconnaissent dépendre entièrement de Dieu et s’en remettent totalement à lui »[2]. Cette première béatitude est véritablement la béatitude de la non-puissance, de la dé-maîtrise, de la remise de soi à Dieu. C’était le lot quotidien de ceux que l’Ancien Testament appelle les anawim (de la racine « être courbé » d’où la traduction proposée par E. De Luca pour cette béatitude des pauvres : « Heureux les courbés sous le vent »). Les anawim sont des êtres opprimés socialement, incapables de faire respecter leurs droits, obligés de se courber devant les riches et les puissants. Le terme a ensuite été utilisé pour désigner ceux qui « se courbent devant le Seigneur » et attendent tout de Lui, car ils reconnaissent leur indigence. De ce fait, l’anaw, le pauvre de cœur, « se reconnaît tel qu’il est : une créature dont Dieu est la richesse. Il est ouvert et accueillant (...), pour lui le salut est un don à accueillir avant d’être une tâche à accomplir. La première béatitude est la béatitude de base, car elle exprime l’attitude fondamentale nécessaire à l’appartenance au Royaume : l’attitude de réceptivité. Sans elle, il est impossible de se laisser enrichir et de vivre et grandir dans la communion à Dieu et aux autres »[3].
Cette première béatitude, nous l’avons dit, contient toutes les autres. Elle en est comme la matrice. Tout ce qui est dit par la suite décline un aspect du véritable pauvre de cœur. Et nous avons déjà dit également que ce vrai pauvre de cœur, c’est d’abord Jésus lui-même. Nous allons l’observer au travers de trois autres béatitudes : celle des doux, des affligés et des miséricordieux.
« Heureux les doux » : le terme employé (praüs) ne se trouve pas dans les autres évangiles et a seulement deux autres occurrences, en Mt 11, 29 : « Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur » et Mt 21, 5 (citant Za 9, 9) : « Voici que ton roi vient à toi, doux et monté sur une ânesse et un ânon ». Les deux ont donc à voir avec l’abaissement du Christ. Il est LE doux. Les doux sont ceux qui, comme lui, trouvent leur joie à faire l’œuvre de Dieu.
« Le doux ne cherche pas à faire violence à Dieu, à lui arracher ce qu’il désire (...) il accepte le temps de Dieu et la manière de Dieu. Il n’est donc pas un faible mais, au contraire, un croyant qui a une grande force d’âme. »[4]
« Heureux les affligés » : sans doute, si l’on compare cette béatitude avec celle de Lc 6, 21, on peut penser à tous ces pauvres que la vie n’épargne pas. Mais on peut ajouter que le terme penthos (affliction) vient d’un verbe que l’on ne retrouve qu’une fois en Mt 9, 15 : « Les invités à la noce peuvent-ils s’affliger tant que l’époux est avec eux ? » De ce fait, les affligés sont aussi ceux que l’absence ou le mépris à l’égard de Dieu attristent profondément. Jésus s’est ainsi affligé de ce que la maison de son Père soit devenue un repère de marchands et de brigands ; que la loi d’amour de son Père fut employée pour faire peser de lourds fardeaux sur les épaules des simples ; que cette même Torah soit utilisée « contre l’homme » et non pour lui. Bref, il est affligé devant cette défiguration du visage du Père !
« Heureux les miséricordieux » : dans l’Ancien Testament, la miséricorde est avant tout un attribut de Dieu. Sa miséricorde consiste d’abord à pardonner les fautes et à agir en faveur des personnes dans le besoin. Le terme que l’on traduit dans la Bible par « miséricorde » (rehem) désigne en fait l’utérus, le sein maternel.
« Être miséricordieux, c’est être “pris aux entrailles” devant une situation de mal ou de misère. (...) Les miséricordieux sont ceux qui effectivement ouvrent leur cœur aux autres et posent des gestes pour soulager leur détresse. (...) À partir d’exemples donnés en Mt 25, on peut élargir et conclure que la béatitude de la miséricorde embrasse tous les services qu’on est appelé à rendre au prochain dans la détresse ».
La parabole de Mt 18, 23-35 révèle de son côté que « le pardon exercé vis-à-vis des autres découle du pardon reçu de Dieu. (...) L’expérience d’être pardonné de Dieu nous rend normalement aptes à pardonner à notre tour à ceux qui nous ont fait du tort. L’accueil du pardon est réel, authentique, lorsque celui qui le reçoit lui donne de produire des fruits en pardonnant à son tour »[5]. Comment ne pas entendre ici en écho les paroles du Christ en croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ?
On pourrait sans aucun doute appliquer une même relecture christologique à chacune des béatitudes restantes. Celles-ci nous permettent déjà de voir un peu de la beauté du visage du « plus beau des enfants des hommes ». Et à travers lui, un reflet de la beauté du Père.
[1] M. Dumais, Le sermon sur la Montagne (Matthieu 5-7), CE 94, Paris, Cerf, 1995, p. 18.
[2] Idem, p. 18.
[3] M. Dumais, Le sermon sur la Montagne (Matthieu 5-7), CE 94, Paris, Cerf, 1995, p. 18-19.
[4] Idem, p. 20.
[5] Ibidem, p. 23.
Formation théologique et renouveau monastique
2
Perspectives
Père Bernhard A. Eckerstorfer, OSB
Recteur de l’Athénée Saint-Anselme, Rome
Formation théologique
et renouveau monastique
À la lecture des nouvelles publications théologiques et monastiques, il est frappant de constater qu’une grande partie relève les défis de notre temps. Il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à un changement qui, pour beaucoup, est même un tournant vers une époque nouvelle. Comme l’Église dans son ensemble, les monastères eux aussi s’efforcent d’inventer des voies nouvelles pour l’avenir. Leur quête se fait expressément urgente lorsque la survie d’une communauté en dépend. Dans cette perspective, les questions de formation pour les bénédictins sont d’une grande actualité et de ce fait, explosives. Elles montrent si, et comment, le renouveau monastique peut réussir.
Le présent numéro de l’AIM utilise le mot-clé « aujourd’hui » pour présenter sa thématique sur la formation. La formation monastique s’est évidemment toujours efforcée de transmettre la vie bénédictine dans une conscience éveillée de la réalité de chaque époque. Il y eut bien sûr souvent un modèle unique, considéré comme durable sur des périodes plus longues – car les modèles d’église et de société perduraient eux-mêmes sur plusieurs générations. En revanche, notre situation actuelle est très confuse : en plein milieu d’un changement d’époque, des choses qui étaient évidentes auparavant ne le sont plus désormais ; mais les nouveaux paradigmes ne se sont pas encore imposés, personne ne sait à quoi ressemblera l’avenir. Nous pressentons tous qu’il faut absolument s’engager sur de nouvelles voies. Mais lesquelles seront à même d’ouvrir de nouveaux horizons ?
Dans la situation actuelle, je suis convaincu que la théologie est un facteur décisif pour la formation des bénédictins et l’orientation nouvelle de nos communautés. Mais il faut tenir aussi l’autre volet : le monachisme pourra également jouer un rôle important dans le renouvellement de la théologie. Comme dans la vie politique, sociale et culturelle, où l’on constate une désorientation, voire même une rupture avec les anciennes institutions et les modes de pensée jusqu’alors globalement bien reçus, une transition se joue dans l’Église et la théologie. En ce domaine, le mot crise est sur toutes les lèvres. L’étymologie du vocable peut jouer le rôle de révélateur pour notre sujet : crisis signifie un discernement et une décision et les réclame tous deux.
Je voudrais traiter le sujet qui m’a été demandé en trois points. J’aborderai en premier lieu, l’initiation monastique, son sens et les formes qu’elle prend. Maître des novices pendant douze ans, j’ai moi-même, au cours de ma carrière, expérimenté la nécessité d’initiations fondamentales. Ensuite, je voudrais relire la pratique monastique comme un lieu théologique. Enfin je voudrais présenter le rôle de l’université dans le renouveau de la vie bénédictine.
La formation monastique comme processus théologique
Dans les monastères justement, nous voyons que la transmission de la foi se fait essentiellement par la pratique d’un certain genre de vie. Tant que nous sommes dans une société religieuse homogène, ses points de vue, ses us et coutumes, sont considérés comme allant de soi – puisqu’ils sont partagés et soutenus par la majorité. À partir du moment où nous entrons dans un monde pluraliste où la foi n’est jamais qu’une option parmi d’autres, il nous faut mener une réflexion sur des actes qui étaient posés jusqu’alors de manière automatique, afin de ne pas les perdre mais de les traduire autrement, pour qu’ils soient compris dans le contexte actuel.
Quand quelqu’un entre au monastère, commence un processus d’apprentissage complexe. Intégrés dans des pratiques communautaires, bien des éléments sont conscientisés au cours des premières années ; conscientisés, c’est-à-dire réfléchis, et donc aussi mis en question. Ce travail est important pour s’approprier des manières de faire qui sont enracinées dans la communauté. Et c’est ainsi que, par l’entrée de chaque nouveau membre en communauté, la vie monastique communautaire se renouvelle, actualisée dans le processus d’appropriation communautaire et individuel, vivifiée par le sentiment de vivre dans l’aujourd’hui. Ainsi elle se maintient vivante.
L’introduction à la vie bénédictine est un processus théologique. Le monachisme a toujours compris le moine comme un chercheur de Dieu, requérant un mode de penser qui soit ajusté à son mode de vie. Pour être théologien au sens premier du terme, on n’a pas besoin de faire un doctorat en théologie. Ce sont les personnes spirituellement compétentes qui mènent une vie « théologique », et qui y introduisent les autres. J’aimerais illustrer par un témoignage personnel combien l’initiation de base est essentielle. Je suis entré au monastère à 29 ans, après de longues études dans mon pays et à l’étranger. Le Père Abbé et le maître des novices m’ont dit : « Tu as déjà un doctorat en théologie. Que pourrions-nous t’apprendre encore ? » Ils pensaient que je pouvais sans difficulté servir une messe pontificale. Or je n’avais jamais été enfant de chœur, on ne m’avait jamais rien enseigné sur les cérémonies pontificales au cours de mon cursus de théologie protestante en Amérique du Nord… J’étais donc bien plus désemparé et maladroit que mon co-novice, passé directement de l’école monastique au noviciat.
Mon monastère avait surestimé l’importance de mes études universitaires pour la vie monastique ; il avait en revanche sous-estimé la nécessité d’une initiation monastique pour un jeune théologien. Cette initiation se fait avant tout par osmose. Dans tous les monastères, il y a des frères ou sœurs aînés qui mènent fidèlement leur vie pendant des décennies. Étant spirituellement bien façonnés, ils deviennent des modèles pour la génération suivante, plus par ce qu’ils sont que par ce qu’ils font, plus par leur être que par des discours. Lorsque je repense à mes premières années monastiques, c’étaient eux mes maîtres, y compris l’abbé et le maître des novices sus-mentionnés, eux qui ne se considéraient pas comme de grands théologiens.
Certes, j’ai d’abord dû apprendre quelle était ma nouvelle identité ; j’ai dû la comprendre par la réflexion. Pendant mon noviciat, il m’a été donné de pouvoir lire, parmi d’autres ouvrages de fond, une bonne partie des œuvres de mon nouveau saint Patron, Bernard de Clairvaux. Ce fut une nouvelle expérience d’apprentissage ! Je pouvais goûter la lecture, sans avoir la pression de devoir valoriser ce que j’avais lu dans des examens ou devoirs académiques. Apprendre à lire les grands textes du monachisme et l’histoire de la spiritualité, cela non plus ne fut pas immédiat pour moi. Ce fut une bénédiction que juste après le noviciat je sois envoyé à Saint-Anselme pour deux ans, là où déjà plus de cent de mes frères avaient étudié pendant des décennies. Le Credo de notre abbé à l’époque était : « Chacun des frères devrait avoir la possibilité, s’il le souhaite, de passer au moins un semestre à Saint-Anselme ».
À Rome, j’ai rencontré une théologie nouvelle pour moi. Soudainement je me retrouvais à prier et à manger avec les professeurs et les étudiants. Voilà le secret de la formation des bénédictins : le mode de vivre et le mode de penser s’interpénètrent. Cependant, la réflexion théologique sur la vie bénédictine était bien au premier plan. Elle me fut rendue accessible par quelques cours, mais plus encore par l’attention personnelle de théologiens bénédictins qui m’ont aidé à intégrer ma formation théologique antécédente dans ma vie monastique. C’est précisément ce mélange entre un style de vie concret et une compréhension plus profonde qui caractérise la vie monastique. Ce mélange ne peut pas résister aux exigences de l’époque actuelle s’il est éclaté en différents secteurs sans rapport les uns avec les autres.
Peu avant ma profession solennelle, j’ai traversé une crise. D’autres manières de vivre m’ont soudain attiré, j’eus l’impression que mes quatre années comme moine étaient une expérience arrivée à son terme. Avec le recul, j’ai pris conscience que ma décision de m’engager par la profession perpétuelle fut due en grande partie à la réflexion théologique que j’ai pu mener sur mon nouveau genre de vie, y compris par les contacts que j’avais pu nouer avec le monachisme mondial, notamment pendant mes deux années à Saint-Anselme.
L’exercice concret de la pratique monastique
Le germe d’un renouveau bénédictin se trouve dans les pratiques monastiques qu’il faut redécouvrir, comprendre à nouveau, et mettre en œuvre de manière actualisée. La formation monastique ne sert à rien quand elle présuppose trop. Rien ne coule plus de source lorsque nous avons affaire à des jeunes dans nos communautés. Partons du plus élémentaire : les expériences qui nous semblent banales dans la vie quotidienne doivent être repensées. Quelles attitudes prenons-nous ? Quels sont les rythmes et les structures qui nous procurent de la stabilité ? Il convient non seulement d’imiter le genre de vie monastique, mais de le ressaisir de l’intérieur, et – en conséquence – de le mettre en question et donc de le modifier ; on dira aussi : de le transformer. Pour ce faire, il faut mettre en place une mystagogie des pratiques monastiques, dans laquelle déployer les éléments fondamentaux dans leur riche tradition – mais aussi les transférer dans notre monde contemporain : stabilitas et conversatio, la petite cellule monastique et la vaste enceinte claustrale, la lecture et l’autodiscipline, la solitude et la communauté, etc.
Un point tout à fait essentiel à acquérir est l’apprentissage d’une nouvelle manière de lire. Il est impossible de prévoir à l’échelle mondiale l’impact de la révolution numérique sur nos civilisations et le changement qu’elle produira sur nos sociétés. Elle peut offrir de nouvelles possibilités au monachisme. Toutefois, ne nous bouchons pas les yeux sur le fait qu’elle impose une approche de la réalité étrangère à l’esprit bénédictin. Les médias reposent sur des messages concis, pourvus de signes et d’abréviations qui restent d’actualité pendant un court laps de temps et dont l’accès est très temporaire. L’ouverture numérique au monde n’est en phase ni avec le processus réfléchi et la rédaction laborieuse d’écrits soigneusement construits, ni avec la culture livresque traditionnelle. Mais les monastères peuvent-ils s’en passer ?
Dans la lectio, les jeunes frères et sœurs acquièrent non seulement des connaissances religieuses, mais aussi une compétence théologique : pouvoir passer une heure ou au moins une demi-heure de son temps exclusivement à lire chaque jour, et ce pendant des mois et des années ! Dans la meditatio, la lecture se sédimente et se mue en sagesse. Sapientia vient de sapere qu’on peut traduire par « goûter » ou « savourer ». C’est le fondement de l’oratio. Mais combien de patience et de persévérance il faut pour l’atteindre, justement dans notre monde technologiquement si performant ! L’enseignement au noviciat doit encourager la lecture de textes théologiques qui devront être ensuite discutés. Dans ce partage, on ne donnera pas immédiatement son avis ; il faut d’abord avoir bien compris le texte : « Que dit l’auteur ? »
La formation monastique doit permettre une compréhension plus profonde de la réalité, et établir le lien entre la lecture constante de bribes de texte et une expérience de lecture holistique. Peut-être est-ce un signe de la viabilité future de nos monastères : la bibliothèque est-elle encore un lieu de vie, ou bien dégénère-t-elle en un lieu de stockage, devenue dans le meilleur des cas une salle d’exposition du passé révolu d’une recherche vivante de Dieu. Une mission théologique du monachisme aujourd’hui ne serait-elle pas essentiellement de faire renaître la culture de la lecture ? Ce ne serait pas la première fois que les monastères seraient des vecteurs-transmetteurs de civilisation.
Du monastère à l’université et vice-versa
Aujourd’hui plus que par le passé, nous constatons que les candidats ont besoin d’une initiation à la foi. Le moine se forme en s’exerçant à comprendre et à savourer la lecture, et en découvrant tout un univers de signification religieuse. Un professeur de théologie expérimenté d’une université d’État me disait un jour : « Ceux qui ont fait un noviciat étudient différemment chez nous ». Mais je dois dire que, au moins d’après mon expérience en Europe centrale, quelques-uns de ceux qui entrent dans nos monastères ont une aversion pour la théologie universitaire. Cela vient probablement d’une part d’un rétrécissement scientifique, lorsque la théologie est étudiée comme une science sans rapport suffisant avec la foi vécue. Mais d’autre part, cela révèle aussi le manque de conscience de ce que la théologie académique peut et doit faire pour nos monastères.
L’enseignement et la recherche théologiques à l’université, donc en dialogue avec d’autres disciplines, offre son propre cadre pour la pratique et la réflexion décrites ci-dessus. Après avoir passé vingt ans dans mon monastère en Autriche, je retrouve à Saint-Anselme la liberté offerte par le cadre académique, dans lequel les études sont prioritaires mais non séparées de la vie spirituelle. Ainsi, les étudiants peuvent se consacrer à une spécialisation en philosophie, théologie et/ou liturgie, tout en faisant fructifier leurs autres attraits. La crise du Corona nous a montré comment la mission éducative peut être réalisée aussi par le biais des nouvelles technologies. Nous poursuivons bien sûr l’enseignement direct, qui intègre une discussion personnelle sur place et qui fait briller la ville de Rome en particulier, et, en elle, l’Église universelle, comme une expérience théologique. Toutefois nous élargissons de plus en plus nos propositions de cours en ligne, afin d’ouvrir aux personnes qui ne peuvent pas venir dans la Ville éternelle une participation à l’enseignement et à la recherche de Saint-Anselme.
Il ne faudrait pas sous-estimer le travail des collèges religieux ou facultés d’État qui contribue à vivifier et à rendre plausible notre existence bénédictine. Selon mes observations, les nouvelles fondations monastiques vont de pair avec une réélaboration théologique, plongeant ses racines essentiellement aux sources du monachisme ; comme l’avait prévu Vatican II, un retour aux sources (ressourcement) combiné avec la recherche de modalités adaptées aux conditions actuelles (aggiornamento). La théologie scientifique peut apporter dans ce domaine une contribution majeure. La foi vécue, telle qu’elle s’exprime dans les pratiques monastiques, nécessite une réflexion critique et la présentation de la riche Tradition à l’aune de notre temps. Cela protègera nos monastères de l’unilatéralisme, du dévotionnisme et des idéologies de tout acabit.
Les monastères riches de leur tradition théologique, ont aussi beaucoup à dire au monde universitaire d’aujourd’hui. Le doyen d’une faculté de théologie d’une université d’État a récemment déclaré regretter que la théologie universitaire soit à peine remarquée dans la société et la culture aujourd’hui. Nous voyons que le monde laïc est manifestement intéressé par le témoignage vécu de la foi. Quand on pratique la théologie comme une forme inspirée par l’expérience de la foi et l’expression d’une liturgie vivante, alors les autres disciplines (académiques) commencent à s’y intéresser et de même les personnes qui sont à la recherche d’alternatives convaincantes. Au moins pour l’Europe centrale, je peux témoigner que, par-delà toutes les crises qui affectent actuellement l’Église et son travail pastoral traditionnel, dont les monastères ne sont pas exclus, l’intérêt pour la vie bénédictine est grand et constant, tant chez les croyants que chez les sceptiques. Ils trouvent dans les monastères la réalisation de leurs aspirations à une « vie alternative » et aimeraient s’inspirer de la richesse et de la puissance spirituelle des anciennes traditions. Cela devrait nous encourager dans nos monastères à ajuster notre genre de vie bénédictin à une manière de penser adéquate, depuis le noviciat jusqu’à nos hauts lieux de formation religieuse. Le monachisme pourrait ainsi contribuer à une théologie renouvelée, au sein d’une Église missionnaire qui, selon le pape François, ne saurait compter uniquement sur les experts des universités de théologie et les bureaucrates de l’organisation ecclésiale.

Experientia, une expérience de formation continue
3
Perspectives
Dom Eamon Fitzgerald, Abbé général
Ordre Cistercien de la Stricte Observance
Experientia,
une expérience de formation continue[1]
Une chose que j’apprécie particulièrement dans le programme Experientia est la manière dont il a vu le jour. J’ai été en effet le spectateur intéressé et le témoin de sa genèse depuis le Chapitre général de 2014. Et pour moi, il ressemble trait pour trait à la parabole de la graine de moutarde de l’Évangile.
Lors de la réunion de la Commission centrale à la fin du Chapitre général de 2014, sœur Marie Mouris, du Val d’Igny, a été élue Secrétaire centrale pour la formation. Sa première tâche était de s’informer de ce qui avait été dit lors du Chapitre au sujet de la formation, ainsi que des besoins des communautés dans ce domaine. Pour avoir des données de première main, elle a écrit aux abbés et abbesses de l’Ordre, afin de s’enquérir de leurs besoins et désirs, et leur demander s’ils pouvaient proposer des membres de leurs maisons disponibles et disposés à aider les communautés dans le besoin. Parmi les réponses figurait une suggestion en faveur d’une lettre circulaire qui pourrait être diffusée pour partager les informations sur ce qui se fait, tant dans les Régions que dans les communautés, en matière de formation : sessions, cours ou autres séminaires. La suggestion a été aussitôt suivie d’effet, et la Newsletter circule maintenant régulièrement entre les secrétaires à la formation dans l’Ordre et plus largement. Cette initiative est très appréciée. Elle permet un partage d’informations, stimule la réflexion, et encourage la communication ainsi que les relations entre les secrétaires, tout en promouvant la collaboration entre eux.
Sœur Marie écoute ; elle pense également ! Au cours de l’année 2015, elle a demandé : « Comment pouvons-nous faire réfléchir les Régions sur l’intuition qui s’est exprimée au cours du Chapitre général de 2014 au sujet de la formation ? » L’intuition à laquelle elle faisait allusion s’était exprimée sous forme de question émise par l’un des capitulants : « Comment pouvons-nous promouvoir une formation mystique intégrale ? » Sœur Marie est alors parvenue à convaincre sept abbés ou abbesses d’écrire sur ce thème à partir de leur expérience, et de ce travail est sorti un petit recueil qui a été chaleureusement accueilli.
Notre programme de formation (Ratio Institutionis) parle de la communauté en tant que « formatrice ». Cette affirmation, alliée à la conviction personnelle de sœur Marie, ainsi qu’à l’expérience de certaines réunions régionales, a conduit à penser qu’il serait bon de concevoir une proposition simple pour la formation continue des frères et des sœurs de tous âges. Cela nous donnerait l’occasion de revenir ensemble à nos racines cisterciennes, d’approfondir notre identité et d’encourager l’étude individuelle et la lectio.
Lors de sa réunion en 2016, la Commission centrale a encouragé cette idée lors de la discussion sur le rapport de sœur Marie, et lui a conseillé de chercher une personne ayant la compétence et l’expérience nécessaires pour superviser un tel projet. La Commission a suggéré le père Michael Casey, de Tarrawarra, pour ce rôle, et celui-ci a généreusement accepté. Un groupe a été formé, travaillant sous sa conduite, et ensemble, ils ont élaboré le programme. Sœur Marie en a exposé avec un certain détail le contenu ainsi que la méthode au Chapitre général de 2017. Les capitulants ont alors voté leur soutien et leur encouragement en faveur du programme, comme méritant d’être présenté aux communautés de l’Ordre.
L’intitulé du programme est Experientia. Il vise à permettre aux moines et moniales d’aujourd’hui de réfléchir sur leur expérience de la vie monastique et de confronter ensuite cette expérience avec des textes choisis dans la tradition cistercienne et monastique. De cette manière, la longue expérience distillée par notre tradition pourra éclairer notre expérience actuelle et nous prodiguer encouragement, motivation, et orientation dans notre manière de vivre la grâce cistercienne dans le monde contemporain. Neuf champs de l’expérience ont été définis, qui correspondent à des aspects importants de la vie humaine et monastique. En voici quelques-uns : « Le chemin parcouru », « Le désir libéré des désirs », « La communauté », « La prière », ou encore « Le dépouillement ». Comme le suggèrent clairement ces titres, ce programme ne concerne pas seulement les moines et moniales les plus doués pour l’étude, les universitaires, ou les intellectuels parmi nous, mais il est conçu pour les moines et moniales ordinaires. Au fond, le programme vise tout simplement à encourager la réflexion sur le vécu humain authentique, et se demander comment le vivre bien, comme moines et moniales qui appartiennent à cette tradition particulière de vie évangélique, qui s’exprime dans la règle de saint Benoît et dans la tradition cistercienne.
Je voudrais ici exprimer ma gratitude au père Michael et aux membres du groupe qui a élaboré le programme, ainsi qu’à ceux qui ont un rôle à jouer dans sa mise en œuvre. C’est un projet à l’échelle de l’Ordre, tant dans sa conception que dans sa mise en œuvre. Il est un fruit de la simplicité, sans prétention. Il est né d’un esprit à l’écoute et attentif, et il est nourri par l’amour de notre charisme cistercien, vécu dans toute sa diversité de par le monde, ainsi que par l’intelligence, la clarté de son propos et la compétence. Je le recommande chaleureusement à toutes les communautés de l’Ordre. Puisse Experientia trouver hospitalité dans nos monastères, non pas seulement comme un ajout à nos bibliothèques et nos archives, mais comme un instrument du bon travail qui nous permettra de vivre nos vies dans le monde d’aujourd’hui avec sérénité et ardeur, dans la communion d’amour du Christ. Puisse-t-il nous conduire ensemble à la vie éternelle !
Le programme Experientia est consultable en ligne à l’adresse suivante : https://www.ocso.org/formation/experientia/?lang=fr ; des communautés non trappistes peuvent aussi en tirer beaucoup de profit.
[1] Avant-propos du volume 1 de Experientia, disponible sur le site OCSO : https://www.ocso.org/formation/experientia. Avec l'aimable autorisation de dom Eamon Fitzgerald.
La vie monastique après le Covid19
4
Perspectives
Père Robert Igo, OSB
Prieur de Christ of the Word, (Macheke, Zimbabwe)
Formation permanente :
« Arrêter, regarder, écouter »
La vie monastique après le Covid19
Voici quelques réflexions à la lecture du document : « Transformer nos monastères pour une nouvelle ère » proposée par le Président de la Congrégation anglaise à la suite de la pandémie récente qui a affecté notre planète.
Il y a quelques années, au Royaume-Uni, il y a eu une campagne destinée à apprendre aux jeunes enfants à traverser la route en toute sécurité ; elle s’appelait « The Green Cross Code ». Son message était construit autour de ces mots : ARRÊTEZ-VOUS, REGARDEZ, ATTENDEZ. Ces mots me sont revenus lorsque j’ai lu et réfléchi sur la proposition du projet.
J’ai été frappé par le fait qu’il y a, au sein de la Congrégation anglaise, cinq communautés monastiques qui ne se trouvent pas au Royaume-Uni : elles peuvent donc avoir des idées très différentes du fait qu’elles ne sont pas de culture anglaise. C’est particulièrement vrai pour les fondations du Pérou et du Zimbabwe.
Au Zimbabwe, nous avons été très clairs dès le départ : notre tâche principale était d’y semer la graine de la vie monastique selon la règle de saint Benoît, et non d’y apporter les coutumes et la culture d’un monastère anglais. Cela dit, nous avons clairement annoncé que nous n’avions pas l’intention de porter un jugement sur ce que nous trouvions mais que nous voulions simplement comprendre une culture nouvelle pour nous, très différente de la nôtre. C’est pourquoi nous avons passé beaucoup de temps à essayer d’adapter ce que nous pensions être les principes clés de la vie bénédictine sans lesquels nous cesserions d’être fils de saint Benoît.
En d’autres termes, nous ne sommes pas venus fonder avec l’idée que nous avions déjà réponse à tout. Nous sommes venus avec le désir de découvrir et non de nous imposer à la culture et au peuple du Zimbabwe. J’ai le sentiment qu’un tel processus n’a jamais de fin !

À bien des égards, la vie après le Covid19 ne sera pas très différente de celle d’une fondation dans une culture nouvelle et inconnue. L’expérience des deux fondations de la Congrégation anglaise pourrait donc avoir quelque chose à montrer en termes de flexibilité, d’engagement et de patience ! Il m’est souvent venu à l’esprit au cours de ces presque vingt-cinq ans, que nous étions sur une route de foi et de confiance plutôt que de certitudes absolues.
Dans cet esprit je me demande si, comme étape initiale de ce « Projet », il ne serait pas profitable que chaque communauté de la Congrégation soit invitée à réfléchir sur les points suivants :
1- Quels ont été les deux ou trois aspects positifs de notre « confinement » en ce qui concerne
a) notre vie de prière (communautaire et personnelle),
b) la lectio et la lecture spirituelle,
c) la vie entre frères,
d) un approfondissement de la règle.
2- De quelle manière l’expérience a-t-elle renforcé notre compréhension de l’identité monastique et de notre mission ?
3- Cette expérience a-t-elle mis en évidence chez nous des forces ou des faiblesses particulières ?
4- Qu’a-t-elle révélé à propos de nos apostolats traditionnels et des éventuelles opportunités futures ?
5- Sur la base de ce qui précède, que souhaiteriez-vous bâtir ou renforcer au cours des prochains mois ?
Ce ne sont là que quelques points qui pourraient peut-être faire émerger une « expérience vécue » très utile et qui, à son tour, pourrait permettre à chaque monastère de regarder l’avenir avec espoir, puis aider la Congrégation en soutenant et en facilitant le travail de son Abbé Président et du Chapitre général.
Comme ses Constitutions l’indiquent clairement, la Congrégation anglaise est un rassemblement de monastères sui juris composés de moines ou de moniales Ce n’est pas une « entreprise » qui peut être gérée d’en haut ; la Congrégation nécessite plutôt un engagement de base avec un processus de renouveau monastique, analogue à celui décrit dans deux exhortations du pape François : Evangelii Gaudium et Gaudete et Exultate.
Comment les monastères de notre Congrégation pourraient-ils mieux répondre à la situation actuelle (avec un sens renouvelé de la mission, une faim de sainteté et de partage de la joie de l’Évangile, pour amener à une véritable mise en commun d’expériences partagées, de sagesse et de ressources) sinon en suivant les trois mots d’ordre du Green Cross Code ?
Nous devons bien sûr nous ARRÊTER et, pour bien des choses, l’obligation du confinement a créé cette opportunité. Pourtant, pour se montrer « positif », chaque monastère pourrait peut-être chercher à donner du temps à chacun personnellement – ainsi qu’à la communauté dans son ensemble – et s’engager dans une réflexion guidée et sérieuse.
Cela nous amène à REGARDER : peut-être grâce à une série de questions telles que celles posées ci-dessus mais qui pourraient facilement être améliorées afin que la Congrégation puisse poser les mêmes à tous, tout en s’attendant à recevoir des réponses bien sûr différentes.
Mais, pour éviter « l’esprit d’introspection », nous devons ÉCOUTER, non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour l’Église dont nous faisons partie. Car c’est une chose de nous demander à quel genre de monastères nous voulons appartenir, c’en est une aussi, plus importante encore, de nous demander quel genre de monastères désire l’Église locale et nationale.
Permettez-moi d’exposer des souvenirs personnels. Lorsque nous sommes arrivés au Zimbabwe, nous avons d’abord pris contact avec les évêques, les prêtres et les religieux. Puis nous avons, dans chaque diocèse, organisé des retraites pour les prêtres et prêché dans chaque Congrégation religieuse ou guidé individuellement leurs membres.
Ce n’était pas simplement pour nous faire connaître mais pour apprendre d’eux comment nous pouvions devenir une authentique ressource spirituelle. Nous avions besoin de savoir ce qu’ils attendaient de nous en tant que moines et quels étaient leurs vrais besoins. Ce dialogue a été fructueux ; il a instauré la confiance et a naturellement conduit à une deuxième étape : l’engagement avec les fidèles laïcs. Si le monastère du Christ, Verbe de Dieu, doit être enraciné dans la terre du Zimbabwe, nous devons alors respecter cette terre et apprendre à quoi elle ressemble. Je suggère que quelque chose de semblable se produise pour tout « projet » qui voudrait transformer nos monastères après le Covid-19.
Quiconque a des notions d’épidémiologie vous dira que ce virus fera probablement partie de notre vie pendant des années, voire des décennies. Je pense au VIH : il infecte encore des milliers de personnes chaque année et pourtant aucun vaccin n’a encore été trouvé pour le combattre.
Victor Frankle a parlé du « syndrome du fil de fer barbelé » : certains détenus des camps de concentration sont morts « intérieurement » avant de mourir physiquement. Ils avaient vu le barbelé et ont perdu l’espoir, tandis que d’autres qui avaient vu le même fil savaient qu’au-delà il y avait la vie. Ce que je veux dire, c’est que beaucoup de choses positives ont déjà émergé de l’expérience de ces derniers mois et qu’elles doivent être exploitées.
Deux exemples me viennent déjà à l’esprit.
Premièrement, le renforcement de notre sens de la vie fraternelle grâce à une clôture renforcée : je suis sûr que cela a eu plus d’avantages que ce que des réunions sur « les bâtiments communautaires » n’auraient jamais permis.
Deuxièmement, la créativité dont les communautés ont fait preuve en utilisant les médias sociaux ou autres moyens pour diffuser des messes et des retraites en « streaming ». Cela a été très apprécié même si la qualité n’était pas celle de Warner Brothers ! Il faut que cela se poursuive et même se développe. Et nous devons tendre la main à l’Église locale, ou plus largement, pour obtenir des conseils et gagner en expertise.
Ce virus a mis en lumière de nombreuses opportunités pastorales passionnantes ; engager un dialogue avec l’Église dans son ensemble nous aidera beaucoup.
Le vide spirituel que ce virus a révélé demande à être comblé et nos monastères doivent se préparer et s’équiper pour partir avec des ressources spirituelles claires, tel un « hôpital de campagne ».
Si nous ne regardons pas et ne réfléchissons pas à l’Évangile et à la Règle, et si nous ne voyons pas comment ceux-ci peuvent aider les gens de notre époque, alors nous nous isolerons pour créer des programmes, des structures, des stratégies qui rempliront des livres mais ne guideront personne. Cela amènera les gens à se gratter là où ça ne les démange pas.
C’est une opportunité donnée par Dieu : elle testera vraiment l’authenticité spirituelle avec laquelle nous envisageons la vie monastique.
Le discernement vocationnel selon la règle de saint Benoît
5
Perspectives
Dom Bernardo Olivera, OCSO
Ancien Abbé général des trappistes
Le discernement vocationnel
selon la règle de saint Benoît
Cette intervention[1] de Dom Bernardo Olivera portant sur la formation initiale nous a paru utile pour éclairer cette formation très concrètement, à partir de ce qu’envisage saint Benoît dans sa Règle.
L’abondance et le manque de vocations sont généralement des causes qui soulignent l’importance du discernement. Le manque de vocations invite souvent à courir le risque inconsidéré « d’essayer » des candidats ; l’abondance de vocations conduit à ne pas assez passer au tamis discrètement la récolte.
Notre objectif est de consulter l’enseignement de saint Benoît contenu dans sa Règle : un enseignement qui va de l’instant précédant l’entrée au moment de la profession monastique.
Saint Benoît avait certainement le charisme du discernement des esprits, cependant, quand il s’agit de vocations, il est très pratique : il se base sur le visible et l’observable. Voici quatre critères particuliers et généraux offerts par la règle de saint Benoît.
La patience persévérante
Le premier critère de la Règle se trouve au début du chapitre 58, il se lit comme suit :
« Quand quelqu’un embrasse la vie monastique, on ne doit pas l’accueillir trop facilement, mais, comme le dit l’apôtre, “examinez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu”. Si donc celui qui se présente persévère dans son appel et, si au bout de quatre ou cinq jours, on voit qu’il endure patiemment les blessures qui lui ont été faites et la difficulté d’admission, et qu’il persiste dans sa demande, on lui accorde d’entrer ; il restera alors quelques jours à l’hôtellerie » (RB 58, 1-4).
Il s’agit d’un discernement préliminaire pour examiner si le candidat est touché par l’Esprit de Dieu en ce qui concerne sa venue au monastère.
Benoît indique deux points faciles à vérifier : la persévérance et la patience. Le facteur temps aidera à vérifier ces deux réalités. Si, sur une période de quelques jours, le candidat persévère dans sa demande et patiente face au retard qu’on lui oppose, on pourra dire que l’Esprit de Dieu l’a amené au monastère. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’il doive embrasser obligatoirement la vie monastique. La patience est la première vertu que doit pratiquer le candidat. La patience – avec soi-même et avec les autres – est un facteur prioritaire de persévérance dans la vie monastique. Sans patience, il n’y a pas de communion avec les souffrances pascales du Christ, ni de communion profonde et miséricordieuse avec les déficiences des frères de la communauté (RB Prol. 50 ; 72, 5).
Commentaire pastoral : Bien des fois, conditionnés par le manque de vocations, certains et certaines se précipitent pour admettre les candidats, laissant de côté ce critère que toutes les règles mentionnent ainsi que la tradition monastique en général. Pour la même raison, il est souvent omis de dire à l’avance au candidat les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu (58, 8).
La vraie recherche de Dieu
Le deuxième critère bénédictin se lit comme suit :
« Observer si le candidat cherche vraiment Dieu, s’il est soucieux de l’œuvre de Dieu, de l’obéissance, des humiliations » (58, 7).
La recherche de Dieu, dans ce contexte, ne renvoie pas à la recherche d’un Dieu caché mais d’un Dieu dont nous nous étions éloignés et vers lequel nous avons décidé de revenir, un Dieu qui a précédé notre recherche en nous cherchant d’abord (Prol 2, 14 ; 58, 8). Notons que Benoît recommande « d’observer ». En d’autres termes, les critères de discernement qu’il propose ne nécessitent qu’une observation attentive. Le texte suggère que ceux qui observent soient l’ensemble des frères de la communauté. Ce qui précède suppose que l’ancien (senior), capable de gagner des âmes (le maître des novices), soit particulièrement responsable de cette observation… Le soin qui caractérise l’observation est compris comme une observation attentive. Cette attention particulière se réfère à son intensité et surtout à sa durée. Ce que la subtilité et la perspicacité ne font pas, se fait facilement avec le temps. Le passage du temps révèle les cœurs. L’objet d’une observation attentive n’est pas l’intention (invisible) du candidat à la vie monastique mais son comportement (visible) et ce, dans une triple perspective : le don de soi à la vie de prière, l’acceptation de la volonté des autres et tout ce qui met l’orgueil du candidat sous ses pieds.
Notons qu’il ne suffit pas de se dédier à la prière, à l’obéissance et à l’humilité, mais d’y être livré dans une acceptation dévouée, fervente et pleine de bon zèle.
- L’Œuvre de Dieu
En ce qui concerne l’Œuvre de Dieu, la prière y occupe la première place. Benoît est cohérent avec ce qu’il dit au tout début de la Règle :
« Tout d’abord, lorsque vous vous préparez à faire du bon travail, demandez-lui avec une prière très insistante qu’Il le mène à bonne fin… » (Prol. 4).
Et, par souci de clarté, on affirmera pour ne pas laisser de place au doute : « Ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu » (43, 3). Notons que l’Opus Dei se réfère à l’office divin, mais en relation avec l’effort général d’attention à Dieu (cf. 19, 1-2 ; 7, 10 ss.).
Commentaire pastoral : Il ne s’agit pas seulement d’observer la « demande » du candidat pour sa participation active et consciente à l’Œuvre de Dieu... mais aussi sa manière d’intégrer ce que les formateurs lui proposent dans l’ordre de la praxis : utilisation des livres de chœur, chant ; étude : histoire, théologie, structure de la liturgie des heures ; mystagogie : prière des psaumes, que l’esprit soit d’accord avec le cœur...
- L’obéissance
L’obéissance bénédictine est une conséquence de la prière (cf. 6, 2), donc elle comporte aussi une certaine primauté. Le premier degré d’humilité est l’obéissance sans délai (5, 1).
La demande d’obéissance (ferveur, bon zèle) conduit à obéir non seulement aux supérieurs mais aussi à tous les frères de la communauté (72, 6). Cette obéissance unit à Jésus Christ, qui a dit : « Je ne suis pas venu faire mon volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé » (RB 7, 32 citant Jn 6) .
Commentaire pastoral : Il faut garder à l’esprit qu’il existe deux types d’obéissance par rapport à la liberté :
– l’obéissance par coercition : ce qui fait agir, c’est la peur ;
– l’obéissance par conviction : ce qui fait bouger, c’est le choix.
Dans la première forme d’obéissance, la liberté est conditionnée par la peur de la punition ; dans le second cas, le libre arbitre prévaut (liberté motivée par la raison) : il s’identifie à l’obéissance volontaire dont parle Perfectae caritatis.
- Opprobia
Les opprobres, si l’on regarde la possible source basilienne du texte (Basile, Règle, 6-7), se réfèrent aux tâches modestes et vulgaires, considérées comme serviles dans le monde séculier.
Saint Benoît prend en charge toute la vie du candidat pour aider l’humilité par des in évitables humiliations (cf. 7, 44-54). C’est ainsi que le candidat à la vie monastique commence par adhérer à Jésus Christ qui se présente comme doux et humble de cœur et qui est venu pour servir et non pour être servi (Mt11, 29 ; Mc10, 45) .
Commentaire pastoral : Il ne s’agit pas d’être humilié exprès et intentionnellement, mais d’accepter une vie de service et de simplicité.
- Conclusion
Benoît est très concret : la recherche de Dieu se manifeste en combattant l’égoïsme et l’orgueil car ils empêchent la communion avec Jésus Christ et avec son prochain.
Notons également que les trois critères proposés par le Patriarche trouvent une certaine correspondance avec l’échelle de l’humilité. En effet, le premier degré d’humilité correspond à la relation du moine avec Dieu ; les degrés 2 à 4 se réfèrent à l’obéissance ; les degrés 5 à 8 proposent des façons de s’abaisser en lien avec la honte ou l’humiliation.
Pour des raisons que nous ne connaissons pas – littéraires ou pédagogiques ? – Benoît ne mentionne pas le silence comme critère de discernement ; cependant, les degrés 9 à 12 de l’échelle d’humilité nous en parlent.
En résumé, les propos de saint Benoît peuvent être reformulés en deux questions : Le candidat à la vie monastique cherche-t-il à suivre et à imiter le Christ dans sa prière, son obéissance et son abnégation ? Prière, obéissance et humilité sont-elles au service d’une vraie recherche de Dieu ?

L’observance de la Règle
Le troisième critère clé consiste dans la confrontation avec la Règle de vie de la communauté.
Saint Benoît dit qu’elle doit être lue au candidat trois fois en entier avant de faire sa promesse finale. La capacité du candidat à observer patiemment ce qu’elle prescrit est également un critère de discernement (58, 9-16).
Commentaire pastoral : Les comportements obéissants et humbles doivent vivifier l’observance de la Règle entière, cette observance étant une preuve supplémentaire de la recherche de Dieu. En plus de la règle de saint Benoît, le candidat doit connaître les coutumes de l’Ordre contenues dans les Constitutions et les Usages de la communauté.
Le bon zèle
La demande que le candidat à la vie monastique doit manifester est intimement liée au bon zèle, typique de quelqu’un qui décide de s’éloigner des vices et de diriger ses pas vers Dieu. Par conséquent, le chapitre 72 de la Règle, sur le bon zèle ou l’amour plus ardent, offre des critères supplémentaires pour vérifier le don de sa vie et sa croissance dans la vie divine.
En bref, les critères du bon zèle peuvent être présentés comme suit :
– se respecter les uns les autres (honneur) ;
– se soutenir mutuellement (patience) ;
– s’obéir mutuellement (obéissance) ;
– renoncer à soi-même, pas à son voisin ! (abnégation-oblation) ;
– s’aimer (fraternité, sororité) ;
– craindre Dieu avec amour (début de la sagesse) ;
– aimer l’abbé / cela avec une affection sincère (filiation) ;
– ne rien préférer au Fils unique ! (Christocentrisme).
Commentaire pastoral : Un novice qui ne brûle pas, au moins parfois, d’un zèle ardent même s’il est un peu excessif, court le risque de devenir un médiocre profès solennel. La sagesse populaire pourrait traduire ainsi ce texte de la Règle : un nouveau balai balaye bien et un vieil âne « n’arrive pas à trotter ».
Conclusion
Il est évident que ces critères, en particulier le critère du bon zèle, ont une valeur, non seulement pour l’entrée dans la vie monastique et la persévérance, mais aussi pour le passage du moine et de la moniale dans la vie éternelle.
La doctrine du Patriarche, en raison de sa base évangélique, conserve toute sa valeur. L’enseignement de saint Benoît exposé ci-dessus doit être pris en compte et retraduit pour les circonstances du monde d’aujourd’hui.
La manière dont ses principes sont incarnés peut changer et s’enrichir.
[1] Intervention à la session des formateurs de l’ABECCA (2019).
La formation des bénédictins et bénédictines en Corée du Sud
6
Perspectives
Sœur Marie-Enosh Cho, OSB
Prieure de Busan (Corée du Sud)
La formation des bénédictins
et bénédictines en Corée du Sud
À l’occasion d’un questionnaire lancé par l’AIM dans différentes régions du monde au sujet de la formation monastique, une des réponses portait sur la formation monastique en Corée du Sud. Nous croyons intéressant de donner cette contribution telle quelle, car elle rend compte d’un état des lieux dont beaucoup de points recoupent des préoccupations et des propositions d’autres régions du monde.
I- Formation initiale, noviciat
Chaque Congrégation gère son propre programme de formation durant la période initiale. La formation porte sur la prière, l’étude, le travail, la vie communautaire ; il peut y avoir des séminaires ou des ateliers destinés à mieux comprendre la nature humaine.
Entre l’entrée dans la communauté et la première profession s’écoulent en général quatre ans pour les femmes (un an d’aspirat, un an de postulat, deux ans de noviciat) et deux à trois ans et demi pour les hommes.
Certaines Congrégations ont leurs propres classes de spiritualité, de catéchèse et de théologie pour la formation initiale ; d’autres envoient les candidat/es à l’institut de théologie d’une autre Congrégation religieuse ou du diocèse. Pendant cette formation, l’attention porte sur la vie de prière, l’éducation, l’expérience de la vie religieuse.
– Cours : Bible, théologie dogmatique, liturgie, spiritualité, psychologie, doctrine sociale de l’Église, règle de saint Benoît, constitutions, statuts et coutumes de la Congrégation, psychologie, écologie, anglais, latin, musique liturgique, orgue.
– Séminaires sur la compréhension de soi et des relations, communication.
– Accompagnement spirituel régulier et aide psychologique si besoin.
– Expérience d’apostolat temporaire.
II- Juvénat
1- Durée
Femmes : cinq à six ans.
Hommes : trois à sept ans.

2- Contenu de la formation
Pour les femmes :
– Orientation spirituelle avec la maîtresse des professes temporaires : réunions et retraites régulières.
– « Second noviciat » d’un an avant les vœux perpétuels : travail et études ; les trente jours d’exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.
– Réunions régulières des jeunes professes au sein de chaque Congrégation.
– Formations diverses selon les missions d’apostolat.
– Travail au sein de la Congrégation et/ou missions apostoliques pour l’Église.
– Expérience de la mission et apprentissage de l’anglais pour les futures missionnaires.
– Rencontres régionales mensuelles pour les professes temporaires.
Pour les hommes :
– Études de philosophie et de théologie au séminaire en vue du sacerdoce. Les moines qui ne sont pas destinés à être prêtres étudient aussi la théologie et d’autres matières nécessaires à la mission apostolique.
– Participation à des séminaires de psychologie spirituelle pour la compréhension de soi.
– Demande de conseils, individuellement ou en groupe.
– Participation à des missions et des œuvres apostoliques.
3- Programmes de formation inter-Congrégations
Réunions annuelles pour les jeunes profès des ordres bénédictins coréens.
Conférences internationales pour les jeunes profès de chaque congrégation.

III- Formation continue
1- Programmes de formation continue organisés indépendamment par chaque Congrégation
Pour les femmes :
– Participation aux programmes de formation continue proposés chaque année et portant sur la doctrine de l’Église, le renouveau de la vie religieuse, la compréhension de la nature humaine.
– Participation aux programmes de formation continue organisés par les Congrégations.
– Retraite de trente jours pour les 10e, 25e et 40e anniversaires de profession religieuse.
– Participation au programme de formation pour un renouveau, dans les six à douze mois avant ou après le jubilé d’argent (25 ans).
– Séminaires de formation pour les sœurs aînées.
– Pèlerinage à l’étranger.
Pour les hommes :
– Participation aux formations et séminaires prévus au sein de la congrégation.
– Pèlerinage à l’étranger.
2- Participation à des cours
Ces cours, qui portent sur la croissance personnelle, le mitan de la vie, la responsabilité de mouvements, sont proposés par l’Institut de théologie et l’Institut de formation et sont organisés par l’association des supérieurs majeurs.
IV- Séminaires et rencontres des responsables de formation
1- Préparation destinée aux formateurs qui seront en charge de la formation initiale ou continue
Après la profession perpétuelle, cours portant sur la théologie, les Écritures, le monachisme, la règle de saint Benoît, la psychologie spirituelle, etc.
Cours de formation de formateurs, en Corée ou à l’étranger.
Formation à l’accompagnement spirituel : l’association des supérieurs majeurs anime un stage d’un an.
2- Formation continue des responsables de formation
Les formateurs se réunissent chaque année : ils établissent le programme des réunions et organisent des séances de discussions sur les sujets retenus.
Les réunions de formateurs sont très actives au sein de l’association (formation initiale, formation continue, vie religieuse et grand âge…).
Participation à des rencontres internationales de formateurs organisées par la Confédération bénédictine.
V- Formation des supérieurs
Des conférences et des réunions destinées aux supérieurs bénédictins et bénédictines sont organisées deux fois par an par l’association des supérieurs majeurs.
Les supérieurs des congrégations se réunissent aussi pour entendre une conférence ou discuter sur un sujet donné.
Les supérieures des petites communautés de bénédictines se réunissent chaque année pour se former et discuter de leur rôle et de leur responsabilité.
Il y a aussi des réunions destinées aux cellériers.
Informations supplémentaires concernant la formation des bénédictins coréens
Les Ordres bénédictins de Corée appartiennent aux congrégations des bénédictins de Saint-Ottilien ou de Tutzing (Allemagne), des sœurs olivétaines (Suisse), des frères olivétains (Italie). Ces Congrégations – à l’exception de celle des frères olivétains qui se sont installés en Corée du Sud dans les années 1980 – ont toutes commencé en Chine ou en Corée du Nord, pays maintenant sous régime communiste. Les communautés, qui ont toutes connu des expatriations, des exils et des emprisonnements de la part des gouvernements communistes, sont alors parties en Corée du Sud.
Les bénédictins coréens ont grandi et ont trouvé leur stabilité ; ils peuvent témoigner de la vie et de la spiritualité bénédictines dans l’Église catholique coréenne, et servent l’Église par divers ministères apostoliques.
Les bénédictines de Tutzing et les olivétaines ne sont pas cloîtrées et sont chargées de ministères apostoliques ; elles constituent un grand groupe comportant des centaines de membres. Ce qui distingue la vie des sœurs bénédictines coréennes est le fait qu’elles ont des ministères apostoliques et vivent en petites communautés.
Même si le nombre de vocations a fortement diminué en Corée au cours des vingt dernières années, il reste relativement important par rapport à d’autres pays et ceci est probablement dû à l’effort fait pour la formation initiale et les études. La Corée était un pays de mission ; la catéchèse, la théologie, les Écritures, la spiritualité ont été considérées comme primordiales pour la formation initiale et l’approfondissement de l’esprit chrétien ; tout ceci a favorablement influencé l’apprentissage et la compréhension des principes fondamentaux de la vie consacrée.

