La place de l'espérance

La place de l’espérance dans la spiritualité bénédictine

MaricarmenMaricarmen Bracamontes, osb,Torreòn, Mexico 

 

Ce long article, clairement structuré ne quitte pas la règle de saint Benoît dans ce qu’elle nous offre pour vivre l’espérance. C’est très riche pour guérir…

Cette conférence a été donnée lors du Symposium de la CIB en septembre 2010.


1. Introduction

 Je suis très reconnaissante pour l’invitation qui me permet d’être ici parmi vous et pour l’opportunité que m’offre ce symposium de réfléchir sur la richesse de ce charisme que nous partageons. 

C’est la première fois que je me trouve en un lieu où sont rassemblées des bénédictines du monde entier. J’ai découvert peu à peu la richesse de notre diversité. Mon premier contact fut avec les bénédictines des États-Unis qui ont fondé le monastère dans lequel je suis entrée en 1980. Au monastère j’ai fait la connaissance des frères et des sœurs des communautés mexicaines, des fondations étrangères pour la plupart. J’ai rencontré aussi des sœurs de la Fédération de Sainte Scholastique et des autres fédérations d’Amérique du Nord. J’ai partagé aussi la vie monastique Latino-Américaine et des Caraïbes. J’ai aussi rencontré des bénédictins et des bénédictines européens, asiatiques, d’Afrique et d’Océanie de manière sporadique et sur une base personnelle.

En sorte qu’aujourd'hui, trente ans après m’être mise en route sur les chemins de cette spiritualité, mon coeur déborde de joie de me trouver ici parmi vous. Je ne peux m’empêcher de sentir que cette expérience du symposium est comme de goûter un peu de ce don que reçut Benoît, 

… « Tout à coup, au coeur de la nuit, il vit une lumière épandue d’en haut refouler les ténèbres de la nuit. Elle éclairait d’une telle splendeur qu’elle surpassait la lumière du jour, elle qui cependant rayonnait dans les ténèbres. Une chose très merveilleuse suivit dans cette contemplation, car, comme il l’a raconté par la suite, le monde entier, comme ramassé sous un seul rayon de soleil, fut amené à ses yeux. » (1)

 Cette expérience me remet en mémoire ce que nous rapporte saint Grégoire parce que, d’une part, je suis convaincue qu’un même coeur bénédictin bat dans sa diversité universelle et, d’autre part, que cela ne fait aucun doute que nous traversons un moment historique de ténèbres et d’obscurité et que nous avons besoin que cette lumière qui vient d’en haut resplendisse pour nous éclairer, tout comme Benoît la perçut. 

Nous nous rencontrons ici pour échanger sur notre expérience vécue de l’espérance que, selon moi, Rodolfo Cardenal définit fort bien comme le contenu de la promesse de Dieu Mère et Père, incarnée en Jésus Christ, ouverte vers l’avenir inlassablement, soutenue et animée par la Ruah divine qui recrée la vie dans l’histoire humaine (2).

L’espérance, je la trouve concentrée dans notre tradition comme ce merveilleux quelque chose qui nous permet de voir distinctement même au milieu des ténèbres, les injustices, les exclusions, les discriminations, les innombrables formes que prend la négation de la dignité humaine et de la création entière.

L’espérance, je crois aussi, comme l’affirment les peuples indigènes d’Amérique Latine et des Caraïbes, revêt la forme de la résistance quand les temps sont difficiles, elle est un soutien et elle aide à vaincre le découragement. Ainsi donc, même si

- le sommet de Copenhague a été qualifié d’échec et que nous continuons à nous sentir menacés par le changement climatique et les désastres naturels,
 - Haïti, la nation la plus pauvre de l’hémisphère nord, a été dévastée par un séisme en janvier dernier, qui s’ajoute à l’infamie d’une histoire d’oppression et d’exploitation,
- s’il semble n’y avoir aucune alternative viable pour mettre fin aux complicités entre la corruption et l’impunité des pouvoirs politiques et économiques,
- les démocraties de bon nombre de pays sont considérées comme un échec, ou au mieux ne sont pas fonctionnelles,
- les Églises Chrétiennes et la vie religieuse semblent parfois refuser de promouvoir le projet de Dieu pour l’humanité…

 la promesse, l’espérance, est encore vive parce que :

- La question : « Qui enverrai-je ? » posée à Isaïe (Is 6, 8) jaillit du coeur de Dieu qui prend en pitié les personnes blessées par la vie ; et cette question, une fois encore, demande une réponse de la part de tous ses disciples.
 - Celui qui nous appelle est « compassion et clémence, patience, miséricorde et fidélité » (Ex 34, 6).
- Il nous a dit que « car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mon amour pour toi ne s’en ira pas » (Is 54, 10).
- Lorsque nous découvrons que nous sommes complices de la miséricorde de Dieu dans l’histoire de l’humanité, nous recevons la force que seule peut donner la bonté de Dieu.
- Et finalement, parce que les instruments des bonnes œuvres culminent avec cet appel à « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu ». (RB 4, 74).

 
Ce partage je vais le tisser en accord avec la proposition du comité organisateur à partir d’une clé de lecture que je propose comme contexte de la réflexion :

- Mon cadre de référence sera une perspective relationnelle-holistique.
- Je commencerai par considérer quelques situations qui sont un cri d’espérance dans le monde, dans l’Église et dans la vie religieuse.
- Je réfléchirai ensuite sur quelques éléments de la Spiritualité bénédictine qui, selon ma perspective, nourrissent et soutiennent l’espérance.
- Je poursuivrai en soulignant quelques aspects de l’expérience bénédictine qui sont un levain d’espérance, de manière à pouvoir expliquer comment la Règle bénédictine forme à l’espérance.
- Finalement je vous exposerai les sources qui alimentent ma propre espérance.

 
I. Réflexion à partir d'une perspective relationnelle holistique

Personnelle (avec soi-même), interpersonnelle et communautaire, socio-ecclésiale (avec les autres) ; théologique (avec Dieu), cosmique (avec l’univers et tout ce qui existe).

Je vais développer ce thème à partir des relations d’amour qui existent dans la vie d’une personne bien intégrée. La spiritualité bénédictine qui est fermement enracinée dans les Écritures reconnaît que la Bible nous montre un chemin qui est relationnel : aimer Dieu, le prochain, et soi-même de toute son âme, de tout son esprit, de tout son coeur, de toutes ses forces, de tout son être. (Mt 22, 34-40; Mc 12, 28-34; Lc 10, 25-29); (RB 4, 1). 
Notre chemin bénédictin nous conduit à des processus d’intégration des dimensions de la conscience humaine : cognitive (esprit) ; affective (coeur) ; éthique, morale (volonté/de toutes ses forces) ; religieuse (âme). Cette intégration nous rend capables d’aimer avec un être unifié et c’est une condition pour progresser sur les chemins de conversion. «… L’atelier où nous devons travailler diligemment avec tout ces instruments, c’est l’enceinte du monastère avec la stabilité dans la communauté ».(RB 4, 78).

A ce point je voudrais insérer l’hypothèse de ma réflexion : nous sommes appelées à entrer dans des processus d’unification de toutes les dimensions de la conscience humaine afin de vivre comme des êtres intégrés dans notre moi profond et de promouvoir cette autre dimension du projet de Dieu pour l’humanité : « que tous soient un… » (Jn 17, 22). 

Telle est la proposition chrétienne et bénédictine. La dynamique monastique encourage les processus d’intégration chez ceux qui vivent dans un « monastère », qui est le lieu où nous demandons avec une prière instante que Dieu mène à bonne fin son œuvre en nous, que tous soient un. A mesure que nous persévérons, nous efforçant de vivre dans la « conversatio », l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu intègre progressivement toutes les dimensions de notre personne. Ainsi nous nous unifions aussi entre nous dans la diversité et la pluralité qui nous caractérisent.

Le résultat de tout cela est que nous vivons dans la transparence et la cohérence ; que nous ne séparons pas nos jugements de nos affects, ni nos comportements de nos croyances. De sorte que cette intégrité et cette responsabilité personnelles et sociales ne nous permettront pas « de dire une chose et d’en faire une autre » ou de nous installer dans une vie d’incohérence, et, pire encore, de la justifier. 

La Règle bénédictine considère l’être humain dans sa totalité, elle ne le conçoit pas de manière dualiste. Dès le prologue elle avertit qu’il faut préparer nos cœurs et nos corps (Pr 40) à suivre le Christ. Le chapitre sept, central dans la structuration de la personne, considère que le corps et l’âme sont les deux montants de l’échelle de l’humilité, entre lesquels la vocation divine a placé les divers échelons à gravir. (RB 7, 9). Au moment de considérer l’attitude de base à l’office divin, la Règle demande que notre esprit soit en accord avec ce que disent nos lèvres (RB 19, 7). En outre, à la cuisine, au jardin, à l’atelier, elle nous demande de traiter tous les objets du monastère comme les vases sacrés de l’autel et que nous ne tenions rien pour négligeable. (RB 31, 10-11) Ce chemin se concrétise dans l’attitude du bon zèle : « Ils supporteront avec une très grande patience les infirmités d’autrui tant physiques que morales » (RB 72, 5). 

Ainsi donc, la clé qui m’accompagne dans cette réflexion sur l’espérance, dans la perspective de la spiritualité bénédictine, est que la personne humaine est un être appelé à s’unifier à partir de sa relation fondée sur l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu. Cela lui permettra d’entrer dans un processus d’intégration de toutes les dimensions de son être. De la sorte on devient capable, en réponse à cet amour, d’ « aimer avant tout le Seigneur Dieu, de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces », et encore « le prochain comme soi même » (RB 4, 1). Les personnes monastiques, unifiées, sont appelées à faire un entre elles, en reconnaissant leur diversité et leur égalité. Le monastère, est ce lieu où les diversités font un. Le monastère est l’école du service du Seigneur. 

Dans cette perspective, nous considérerons en un premier temps, quelques situations de notre monde, notre Église et la vie religieuse qui sont des cris d’espérance. 


II. Quelques situations dans notre monde, notre Eglise et notre vie religieuse qui sont des cris d'espérance 

II.1 Evoquer les situations qui sont des cris d’espérance dans notre monde c’est prendre conscience de tout ce qui déshumanise, qui empêche une personne de devenir une meilleure personne. Dans la perspective de la foi ce sont toutes les situations qui nous empêchent de participer à la promesse du Christ : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10b). Cela suppose les ressources nécessaires pour la croissance et la maturité tant humaines que spirituelles.

Les situations qui sont des cris d’espérance dans notre monde ont à voir, d’une part, avec ce qui est le plus subjectif, tout ce qui empêche les personnes d’avoir une saine estime de soi et un sens du pourquoi et du pour quoi elles vivent ; et, d’autre part, avec tout ce qui fait obstacle à une croissance digne. Le Pape Jean XXIII, il y a près d’un demi-siècle (3) soulignait que la dignité de chaque être humain exige qu’il ait une nourriture, des vêtements, un logement adéquats, qu’il ait accès à un travail, au repos, à l’éducation, l’assistance médicale etc. Il ne fait aucun doute qu’aujourd'hui, en la seconde décennie du troisième millénaire, de plus en plus de populations et de personnes s’enfoncent dans la misère et vivent avec une nourriture, des vêtements, un logement insuffisants ou inadéquats sans accès à un travail, au repos, à l’éducation, à des distractions. Créer les conditions d’une vie digne va de pair avec le droit de vivre dans un milieu sain et harmonieux. La détérioration et l’épuisement des ressources naturelles et les dommages qui en résultent pour l’environnement et la maison commune de l’humanité, sont autant de situations qui sont aussi des cris d’espérance. 

A ces menaces contre la dignité humaine et l’intégrité de la nature, s’ajoute ce que l’on nomme un « changement d’époque ». Cela signifie, entre autres, que nous traversons un temps inédit où les réponses éprouvées aux interrogations d’hier ne répondent plus aux interpellations d’aujourd'hui. Il en résulte une crise du sens. Les institutions qui règlent les relations socio-culturelles et religieuses perdent leur crédibilité et cela engendre la confusion et le désenchantement, surtout quand ces institutions se replient sur elles-mêmes en autodéfense de leurs manières de se comprendre et de s’exprimer. 

Cette transition a lieu dans un monde globalisé qui dépend d’un système financier qui a récemment révélé ses limites. Le système économique est tombé dans une récession mondiale dont les effets aggravent les conditions dans lesquelles des millions de personnes arrivent à peine à survivre dans le monde. Quand au moins la moitié de la population en Amérique Latine et aux Caraïbes est condamnée a un état d’appauvrissement et d’exclusion qui compromet sa santé physique et mentale, et c’est assurément aussi la réalité, à un degré plus ou moins grand, dans les autres continents comme l’Afrique et l’Asie. Les instances gouvernementales ont réagi en choisissant de protéger le secteur financier plutôt que les personnes les plus affectées. A ces réponses s’ajoute l’échec du sommet de Copenhague où les dommages croissants à l’environnement ont été minimisés au profit des intérêts du capital. 

On refuse d’admettre que nous sommes devant une crise systémique, et que devant le déclin d’une civilisation des changements radicaux s’imposent. Prétendre retarder l’inévitable ne fait que prolonger et aggraver cet état de choses.

Ce qui provoque la crise à laquelle nous sommes confrontés, selon moi, c’est que les incongruités dans nos relations sont devenues insoutenables. D’une part depuis la Révolution française on parle d’égalité, de liberté et de fraternité, mais en même temps les conditions qui engendrent les inégalités et les exclusions se sont aggravées ; la répression a augmenté et on commet, sous nos yeux, des crimes contre l’humanité. 

Au milieu du 20e siècle on a proclamé les droits humains et, en théorie, ils en sont arrivés à inclure entre autres la paix et le respect de l’intégrité de la nature mais, en pratique, au fil des années, les organisations internationales présentent leurs rapports qui font état de sanglantes violations de ces droits et montrent comment certains États dans le monde refusent de répondre aux recommandations urgentes.

Morris Berman dans son livre El Ocaso de la Cultura Americana (4), décrit les symptômes d’une culture en phase terminale. Ces symptômes sont faciles à diagnostiquer dans nos sociétés d’aujourd'hui :

a. Accélération des inégalités sociales et économiques.
b. Diminution des services et des programmes sociaux.
c. Diminution rapide du développement de la capacité intellectuelle de la population en général, de la compréhension critique et de la conscience en général.
d. Mort spirituelle de ce que Spengler nomme « classicisme » : la culture se vide de contenus et se contente de changer l’emballage.

Le changement d’époque exige audace et imagination créative pour essayer d’autres formes possibles. A vin nouveau, outres neuves. Benoît et Scholastique reçurent le don de la Ruah divine, un charisme de l’Esprit, dans des circonstances semblables a celles que nous vivons aujourd'hui. Le monachisme bénédictin à ses débuts fut une réponse créative en quête d’autres mondes possibles. Ainsi, le déclin de la civilisation romaine a vu naître le cénobitisme bénédictin dont l’un des buts principaux était que chaque personne vive l’expérience de recevoir la Bonne Nouvelle et, à partir de cette expérience qui la libère des liens égocentriques, qu’elle cherche avec une ardente charité ce qu’elle considère utile aux autres, plutôt qu’à elle. N’est-ce pas là un ciment solide pour travailler au bien commun, au respect des droits universels et à l’inclusion, et en même temps un bon point de départ pour « chercher la paix avec ardeur et persévérance » (Pr 17) construisant la justice ? Scholastique et Benoît ont su discerner ce qui, à leur époque, était une alternative pour recréer la vie et ils l’ont incarné dans l’École du service du Seigneur.

 
II.2 Considérons maintenant quelques situations qui, dans l’Eglise catholique romaine, sont des cris d’espérance. 

Il me semble que dans certains secteurs de l’Eglise on a régressé dans le dialogue avec les signes des temps qui avait reçu une forte impulsion avec le Concile Vatican II. Ces signes ont mis en évidence le fait que pendant des siècles, dans la société comme dans l’Eglise, on s’était efforcé de contenir la diversité et la pluralité qui caractérisent l’humanité. Aujourd'hui, beaucoup de groupes humains, avec des visions différentes du monde émergent et demandent à être reconnus, respectés, inclus. Les nouvelles manières de découvrir et comprendre l’humanité rendent obsolètes nos vieilles manières de relations fondées sur des modèles de domination, soumission et exclusion qui considéraient certains êtres humains supérieurs aux autres pour des questions de race, genre, classe sociale, âge, idéologies, religion, etc. Devant cette prise de conscience de la dignité commune de tous les êtres humains, l’absence de dialogue entre ceux qui sont ouverts aux signes des temps et ceux qui continuent avec leur vision du passé en restant aveugles au changement d’époque que nous vivons, est un appel à l’espérance.

Nous avons conscience et nous sommes convaincues, dans une perspective de foi, que l’humanité entière, dans sa diversité, a été créée égale en dignité, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous sommes fils et filles de Dieu, frères et sœurs dans le Christ, qui est notre paix (Eph 2, 14), et en qui toute discrimination et exclusion sont dépassées (Gal. 3, 26-28).

Grâce à cette prise de conscience, nous entendons l’appel à nous ouvrir avec sagesse et maturité au monde actuel dans son urgente nécessité de reconnaître les diversités, promouvoir l’inclusion, encourager le dialogue et la participation. De là émergent de multiples défis. En voici quelques uns :

a. Imaginer et actualiser de manière créative de nouvelles formes de relations qui honorent cette égale dignité humaine de toutes les personnes, dans la reconnaissance, le respect et l’inclusion de leur diversité dans la complémentarité.

b. Promouvoir des images de Dieu qui expriment que toute l’humanité a été créée à son image et à sa ressemblance, en dépassant la tendance à identifier Dieu à une représentation masculine et blanche.
Le Dieu de la Bible n’est pas la projection d’une mentalité patriarcale (5)
... Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines... (6) 

Les images de Dieu sont très importantes pour dynamiser de manière créative des formes alternatives de relations entre personnes et peuples, pour ouvrir les yeux et les oreilles à ce qui est nouveau, pour percevoir le doux murmure du silence dans lequel le Seigneur se révèle à nous.

c. Exprimer de manière créative dans la liturgie
- à travers le chant, un langage inclusif, la gestuelle, les symboles, etc.
- cette prise de conscience croissante de l’égale dignité humaine, en célébrant et ritualisant tout ce qui témoigne avec une plus grande clarté de ce projet de Dieu qui s’étend au respect attentif et responsable de la création entière.

d. Accompagner les processus de transformation des rôles familiaux et sociaux qui ont été traditionnellement assignés aux hommes et aux femmes, en recherchant une meilleure participation de l’homme aux responsabilités domestiques et une plus grande présence et participation des femmes dans le domaine de la création culturelle.

e. Promouvoir une ecclésiologie qui fasse prendre davantage conscience que tous les baptisés forment l’Eglise, Peuple de Dieu. De là découle notre droit à une formation théologique solide et à la participation active et responsable aux ministères dans l’Eglise et dans les espaces de prise de décisions. 

La spiritualité bénédictine offre des chemins pour assumer ces défis. Notre charisme n’est pas marginal au regard des défis et des interrogations de notre époque. Les appels à construire un monde où la paix soit le fruit de la justice dans la reconnaissance et le respect de la dignité de chacun, Scholastique et Benoît les ont entendus en leur temps. Ceux et celles d’entre nous qui, sans aucun mérite, par pure grâce, ont été appelés à participer à ce même charisme de la Ruah divine, continuent à entendre ces appels aujourd’hui.

C’est un motif de grande espérance de songer que la vie bénédictine depuis ses origines a organisé la vie communautaire de manière à pouvoir surmonter la discrimination et les inégalités entre les personnes. Nul n’est supérieur à un autre. Tout ce qui peut permettre une distinction au cenobium c’est l’humilité, l’obéissance, le bon zèle, reconnaître l’autre comme meilleur que soi (RB 2, 20-21). Dans ses meilleures expressions le charisme bénédictin a mis en pratique des formes de vie qui ont permis de construire l’équité et l’inclusion. D’un autre côté, quand nos monastères se sont trop alignés sur les pouvoirs civils et/ou ecclésiastiques, ils ont souvent sacrifié leur capacité à transmettre cette bonne nouvelle de l’égale dignité de chaque personne.

Pour toutes ces raisons, le monachisme bénédictin a une parole à offrir dans les dialogues qui cherchent des réponses aux défis contemporains.

 
II.3 Considérons maintenant quelques cris d’espérance dans la vie religieuse.

Selon mon expérience au Mexique et à la CLAR (Conférence Latino-américaine et des Caraïbes de la Vie Religieuse), je crois que la vie religieuse gémit dans les douleurs de l’enfantement (Cfr. Rm 8, 22) s’efforçant de donner raison de son espérance, de recréer la signification et la pertinence de sa vie.

Ce que nous reconnaissons comme la vie religieuse en général, et on peut en dire autant de la vie bénédictine, n’est pas quelque chose d’uniforme et de statique. C’est une réalité diversifiée, riche, dynamique, qui s’exprime dans des formes de relations plurielles et en transformation continue. La multiplicité d’expressions de la vie religieuse va au delà de la traditionnelle distinction entre la clôture et la vie active, ou la vie monastique et la vie apostolique. 
Cette prise de conscience a commencé avec le Concile Vatican II qui nous a invités à entrer dans un processus de réflexion et d’expérimentation à la lumière à la fois de l’Evangile et de notre charisme propre. A compter de ce moment nous nous sommes lancées dans une recherche approfondie de l’identité et de la signification de la vie religieuse, en dialogue avec les signes des temps. L’autre critère important était la nécessité de prendre en compte les besoins physiques et psychologiques des membres, et tout cela, dans le contexte d’un renouveau spirituel (7).

Au fil des années, à mesure que nous avons progressé dans ce processus, nous nous sommes rendu compte que le style de vie que nous appelions « religieux », s’était éloigné de ses racines et s’était structuré sur la base d’une vision du monde dualiste et exclusive. Aujourd'hui, cette situation demande une sérieuse transformation.

Mentionnons quelques exemples de la manière dont cela s’est produit dans nos monastères, tandis que nous devenions des miroirs de la société plutôt que du levain dans la pâte :

- Quand l’Abbesse ou la Prieure, s’écartant de son rôle primordial de guider les âmes (RB 2, 31, 33, 34, 37) devenait plutôt une administratrice de son monastère et/ou directrice des institutions éducatives ou de santé fondées par le monastère.

- Quand nous prenions des décisions importantes avant tout en vue de plaire à nos bienfaiteurs, à la hiérarchie ou la société civile, en oubliant l’esprit d’obéissance dans l’écoute de Dieu pour discerner en communauté sa volonté avec responsabilité et pureté de coeur (Pr 1, Cap 71).

- Quand les relations devenaient pyramidales et hiérarchiques et que l’on oubliait que pour les choses importantes toute la communauté doit être convoquée et entendue et que pour les choses de moindre importance il suffisait de consulter le conseil des anciennes (RB 3, 1 et 12). 

Je considère donc que l’un des défis les plus sérieux auxquels nous sommes confrontées dans la vie religieuse en général est la question de savoir si réellement nous sommes prêtes à entreprendre fermement les reconfigurations qui s’imposent étant donnés les nouveaux paradigmes. Nous avons une richesse à offrir : des chemins de transformation personnelle et communautaire qui témoignent de la puissance de Dieu : l’amour qui rend égaux tous les humains créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il nous a créés égaux en dignité dans la diversité et nous confie la tâche de construire dans l’histoire cette égalité, en mettant en œuvre l’inclusion et le respect de notre demeure commune, le cosmos. De sorte que comme nous venons de l’affirmer, tout au long de cette réflexion, nous entendions un appel non seulement à nous efforcer pour que chaque sœur trouve sa place au monastère et qu’elle ait l’opportunité d’employer tous ses dons pour vivre en plénitude, mais aussi qu’elle participe à la construction d’une vie digne pour toutes (Jn 10, 10b). 

En relation avec cela il me paraît important de ne pas oublier la leçon historique du dernier grand changement d’époque qui se produisit à l’une des pires époques de décadence dans l’Eglise catholique et dans la vie monastique. Précisément parce que l’Institution ecclésiastique et les abbayes étaient si accoutumées au système féodal et identifiées avec lui, qu’elles furent incapables de reconnaître le nouveau paradigme qui surgit à la Renaissance et finirent par s’opposer à ceux qui défendaient les droits humains au lieu d’offrir l’apport de l’Évangile en s’associant à leur lutte.

Aujourd'hui il existe des Congrégations, des Instituts, des Ordres, et ce que l’on appelle des « associations intentionnelles », dont une caractéristique essentielle est la recherche de Dieu avec les pieds solidement sur terre, les oreilles du coeur attentives à tout ce qui se passe, et le regard tourné lucidement vers l’horizon des valeurs ultimes. Ce sont des communautés qui cherchent à trouver des formes concrètes de vivre, aimer et servir qui se traduisent en témoignage d’humanisation.  Ces dynamismes de recherche de sens et de pertinence sont indispensables avec notre changement d’époque actuel qui nous invite à voir et à comprendre la réalité différemment. Il y a des communautés qui se risquent à essayer de nouvelles formes de vie, tandis que d’autres se replient. Ce qui n’est pas possible, c’est d’éviter l’impact de cette mise en question qui caractérise notre temps. 

A propos des risques pris en expérimentant de nouvelles formes de vie, je voudrais mentionner deux réponses initiales de la vie religieuse aux défis du Concile : l’une qui met l’accent sur la dimension psychologique dans la recherche de l’épanouissement personnel et la maturité humaine, et l’autre plus sociologique qui se sent interpellée par les conditions alarmantes de pauvreté et la misère d’une grande partie de l’humanité. Au fil des années il est apparu que ces deux dimensions sont liées entre elles et doivent aller de pair sans oublier notre maison commune, la nature, le cosmos. Examinons brièvement quelques caractéristiques de ces réponses initiales. 


Les expériences qui ont mis l’accent sur le psychologique :


Je pense que nous pouvons affirmer rétrospectivement que créer des espaces de maturité humaine sera toujours non seulement nécessaire mais indispensable. Les structures pyramidales ne favorisent ni la maturité ni la liberté et, en conséquence, font obstacle à la croissance humaine et spirituelle, et empêchent l’exercice de la responsabilité et la participation créative.

En répondant à l’appel du Concile à retourner aux sources évangéliques et au charisme, ainsi qu’à entrer en dialogue avec les signes des temps, la vie religieuse a découvert en elle des attitudes infantiles de dépendance et, parfois aussi, des situations structurelles d’oppression et d’exclusion. Après le Concile, beaucoup ont entrepris des tâches de développement qui conviennent plutôt à l’adolescence, telles que chercher à mieux exprimer l’identité et l’autonomie, non seulement de leurs Instituts, Ordres et Congrégations, mais aussi des personnes individuelles.

Dans la perspective inter-personnelle, certaines communautés se sont débarrassées de formes relationnelles inappropriées et ont essayé, avec plus ou moins de succès, de vivre en communauté une meilleure collaboration et participation. Progressivement elles ont franchi des étapes plus avancées de maturité. La vie religieuse a découvert ainsi les risques et les succès de ses expériences et s’est ouverte à d’autres possibilités qui lui ont permis de se reconnaître comme faisant partie d’un univers socio-culturel vaste et très complexe. Elle s’est rendu compte que la maturité humaine est reliée à la croissance spirituelle qui encourage les personnes et les communautés à dépasser leurs intérêts propres pour rechercher une participation affective et effective à la construction du bien commun.


Les expériences qui ont mis l’accent sur le sociologique :


D’un côté, les réponses qui ont mis l’accent sur les aspects sociologiques, en un premier temps, n’ont pas accordé grande importance aux besoins personnels et à la nécessité d’assumer les tâches concernant la maturité humaine, elles ont plutôt fait la découverte d’un sujet collectif souffrant. Elles se sont concentrées sur cette dimension en rapport avec la classe, et ont compris les injustices du système dans les structures socio-politiques et économiques. Elles se sont tournées vers l’extérieur sans se préoccuper des tâches personnelles et communautaires de croissance, et elles ont cherché, tant bien que mal, à dénoncer ces situations de mort qui s’opposent au Règne. Avec le temps, elles ont constaté que la réalité des « pauvres » ce sont des histoires et des visages concrets et divers qu’il faut regarder et entendre. Les pauvres ne peuvent être mis dans une catégorie sociale homogène il est indispensable de les considérer avec leurs caractéristiques particulières : femmes, hommes, anciens, jeunes, adolescentes, enfants ; indigènes, descendants d’Africains, gens de la campagne ou de la ville ; personnes dans leur lieu d’origine et migrants en quête d’une vie meilleure... et comprendre comment ils sont affectés par cette réalité de la pauvreté et comment elle les empêche de reconnaître leur dignité humaine.

Les aspects personnel, communautaire, social et même cosmique sont à considérer dans leur interrelation. Ce qui intègre toutes ces dimensions de l’existence c’est la spiritualité comprise comme une force de recréation de la vie, comme un lien d’unité qui nous rend conscients de faire partie d’un tout dans l’amour. Les réponses post-conciliaires, étaient nécessaires et importantes. Aujourd'hui nous savons que, même si elles étaient partiales, elles ont pointé vers l’horizon d’une spiritualité holistique et libératrice qui nous ouvre à ce que la tradition prophétique nous presse de reconnaître : que l’autre, dans sa diversité et sa pluralité, est notre propre chair (Is 58, 7).

Dynamiques psychologiques et sociologiques et retour aux sources. Ces expériences, avec des nuances plus ou moins psychologiques et sociologiques, allaient de pair avec le retour aux sources de l’Evangile et de la spiritualité fondatrice et elles ont influencé le processus de discernement des signes des temps. Tout cela a aidé la vie religieuse à s’interroger sur son identité et sa signification. Depuis plusieurs siècles sa définition « objective », uniforme et statique, qui prétendait la convertir à un « état de perfection », l’avait défigurée. Cette mentalité n’arrivait pas à se traduire en « un être dans le monde, sans être du monde », sinon comme une distance quasi infranchissable entre les gens, avec pour résultat un jugement et l’exclusion de ce qui était différent, « imparfait ». Cette pratique d’exclusion isola et déshumanisa la vie religieuse et laissa des traces profondes. C’est pourquoi aujourd'hui encore nous devons relever le défi de retourner aux sources qui font de notre vie une école d’humanisation. C’est un élément-clé pour retisser le sens et la signification de notre style de vie, dans un monde qui s’interroge souvent sur notre raison d’être.


Je vois d’autres défis qui se présentent à la vie religieuse dans la perspective de notre mot-clé « espérance » : 

 1. Approfondir la réflexion théologique sur être disciple/mystique et mission/ prophétisme des femmes. En cela la tradition monastique féminine possède un trésor immense qui est à récupérer. Beaucoup de bénédictines ont vécu avec passion leur identité mystique/prophétique.

2. Participer activement aux processus qui développent des adultes mûres et responsables capables d’apporter leur contribution dans la société et dans l’Eglise en réponse aux signes de notre temps (DA 215) (8). 

Une lecture attentive du paragraphe 215 du Document d’Aparecida m’amène à la conclusion que les situations qui, dans le monde, l’Église et la vie religieuse sont des cris d’espérance sont liées à la conscience claire. En ce changement d’époque, il est urgent de voir que les racines de ces situations sont systémiques (macro-culturelles) et forment une base de relations qui se structurent sur la domination et la soumission et limitent en la blessant la vie humaine et la nature. Ce type de relations n’est plus viable, ni satisfaisant, et ne répond plus aux désirs humains.

La prise de conscience croissante de tout cela et la nécessité de promouvoir des changements systémiques, génère une résistance chez certaines personnes ou groupes. En même temps, ceux qui ont décidé de relever ces défis, constatent que les transformations se réaliseront à partir des expériences alternatives vécues dans les communautés au quotidien. Dans cette perspective, notre spiritualité incarne des possibilités qui redonnent force et vigueur à l’espérance en ce changement d’époque.

 


III. Eléments de la vie bénédictine qui redonnent force et vigueur à l'espérance

 
Devant ce panorama de transformations historiques avec les risques, possibilités et défis, quels sont les éléments de la spiritualité monastique qui redonnent force et vigueur à l’espérance ? Nous avons affirmé que la spiritualité bénédictine est éminemment biblique, centrée sur la relation : « Avant tout, aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces » et en outre « le prochain comme soi-même » (RB 4, 1-2). 

De là, nous affirmons que la vie monastique cherche à créer les conditions qui permettent d’intégrer toutes les dimensions de son être, depuis l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu. Tout le voyage monastique est en lien avec ce processus d’intégration du moi profond en chaque personne et des personnes entre elles. Organisée ainsi, la vie cénobitique poursuit un objectif : que chacune progresse sur l’échelle de l’humilité, de la vérité sur elle même et la connaissance de Dieu, afin de vivre l’ardente charité du bon zèle dans ses relations interpersonnelles, communautaires et sociales :

- s’honorant mutuellement avec prévenance ;
- supportant avec une très grande patience les infirmités d’autrui physiques et morales ;
- s’obéissant à l’envi ;
- recherchant le bien d’autrui, non ce qu’elle juge utile pour soi ;
- s’accordant une chaste charité entre sœurs ;
- suivant les chemins de Dieu ;
- aimant son Abbesse ou sa Prieure d’un amour sincère ;
- sans préférer absolument rien au Christ ;
- espérant qu’Il nous amène toutes ensemble à la vie éternelle. 

Ces caractéristiques sont un style de vie qui favorise la compassion. Elles nous permettent de transformer les relations de domination et soumission en d’autres relations possibles caractérisées par la reconnaissance et le respect de la dignité de soi-même et de l’autre, qui recherche, avant tout, le bien des autres. 
Celles qui se lancent dans l’aventure de la spiritualité bénédictine, vivent dans un monastère et servent sous une Règle et une Prieure ou une Abbesse. Elles développent une disposition fondamentale qui les soutient au long de leur voyage : « Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu », qui est le point culminant des instruments des bonnes œuvres (RB 4, 74).

La miséricorde divine est le don par excellence, et comme à tout don correspond une tâche, la tâche de la spiritualité bénédictine est de former dans la personne cette disposition cénobitique fondamentale du bon zèle : « Que nul ne recherche ce qu’il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui » (RB 72, 7). C’est une expression concrète de l’humilité monastique, qui suppose que la personne grandit dans la vérité sur elle-même et la vérité de Dieu et qu’elle arrache les racines de ces deux vices qui, selon cette spiritualité, détruisent la personne et sa possibilité de vivre en communauté : le murmure et la propriété privée. 

En conclusion, la spiritualité bénédictine, enracinée dans la Parole, incarne l’espérance dans les relations, en développant ces attitudes fondamentales :

- dans sa relation avec Dieu, l’écoute filiale amoureuse (obéissance) (Pr 1, RB 5, 68 et 71)
- dans sa relation avec les autres personnes, le bon zèle (RB 72) (qui se développe dans la stabilité);
- dans sa relation avec soi-même, l’humilité (RB 7) (conversion à la vie monastique qui libère en nous la compassion)
- dans sa relation avec tout ce qui existe, la révérence (« …traiter tout les objets comme s’ils étaient les vases sacrés de l’autel ») (RB 31, 10).


Les éléments qui structurent la vie bénédictine donnent forme à l’espérance. Lorsque nous avançons sur le chemin qui unifie toutes les dimensions de la personne par l’expérience de l’amour inconditionnel de Dieu, nous sommes à même de vivre une vie cohérente d’intégrité et de responsabilité personnelles. Ceci, comme nous l’avons affirmé au début de notre réflexion, s’exprimera en un témoignage de vie en adéquation avec les valeurs de l’Evangile.

 Considérons maintenant comment ce qui donne forme à l’espérance cénobitique, peut être proposé comme une alternative aux sociétés actuelles.

 


IV. Comment la Règle de saint Benoît donne forme à l'espérance

 
Un des traits les plus caractéristiques de la vie monastique bénédictine est sa manière de comprendre et d’exercer l’autorité. Les chapitres 2, 3 et 64 de la RB sont une véritable œuvre d’art qui, à mon point de vue, constituent une alternative aux défis de notre temps.

C’est une alternative qui répond à la crise globale de l’autorité évidente dans toutes les institutions. Il me semble que l’une des difficultés qui affecte la vie religieuse en général, provient d’un manque de créativité et d’audace pour développer des formes d’autorité qui permettent de surgir à la nouveauté qui est déjà là.

En Amérique Latine et aux Caraïbes, en Asie et en Afrique, il est urgent de former les nouvelles générations à l’exercice d’une autorité mûre, responsable, humaine et avec une vision pour l’avenir. Les effets de la domination imposée à ces cultures par les institutions coloniales socio-politico-économiques et religieuses, n’ont pas été suffisamment dépassés. Les nouvelles générations doivent faire un effort conscient pour transformer le manque de confiance, d’auto-estime, l’insécurité et l'immaturité, qui accompagnent la conscience qu’ont d’elles-mêmes les personnes qui ont grandi dans des cultures dominées. Faute de quoi, des conditionnements identiques se reflèteront dans l’exercice de ces services dans les communautés, reproduisant les modèles autoritaires qui leur furent imposés. Le risque d’autoritarisme et d’un usage inapproprié des secours financiers, seront toujours latents. D’un autre côté la formation des nouvelles générations à l’exercice d’une autorité mûre, offrira un signe clair d’espérance pour aujourd'hui et pour l’avenir.  Celles qui exercent le service de l’autorité dans les communautés monastiques, ont un rôle important à jouer pour faciliter un processus de conversion qui promeuve un style de vie humain, intègre, honnête et en adéquation avec les valeurs de l’Evangile. Je voudrais maintenant mentionner quelques dispositions nécessaires pour bien exercer l’autorité et considérer l’importance de la collaboration et de la participation intergénérationnelles et interculturelles pour le développement de ce nouveau « leadership ».


Caractéristiques du nouveau « leadership » qui faciliteront nos réponses aux défis actuels (9) :

Je pars de l’idée que le « leadership » se définit comme la capacité de traduire dans la vie, ce qu’une communauté ou société se propose comme alternative. Dans le cas du charisme bénédictin cela s’exprime dans les nouvelles relations que nous venons de décrire. Ces relations se vivent dans une interaction quotidienne à la manière d’une dance harmonieuse entre penser, être et exister, et la reconnaissance et le respect de sa propre dignité et de celle des autres. Créer les conditions de cette dynamique est une caractéristique du nouveau « leadership » capable d’articuler la vision d’un groupe et de la mettre en pratique (10).

Certaines d’entre nous ici présentes ont eu l’expérience de ce « leadership » qui, pour l’une ou l’autre raison, au lieu d’engendrer la vie ouverte à Dieu et aux autres, a engendré la suspicion, la rigidité, la compétition, le murmure. Si nous n’en avons pas fait l’expérience dans nos communautés, nous l’avons vraisemblablement rencontrée dans d’autres groupes humains. Si nous reconnaissons l’atmosphère décourageante et déshumanisante qui peut résulter d’un tel « leadership », nous pouvons apprécier, par contraste, la force et l’espérance qui se dégagent dans un groupe où se vit un authentique « leadership » bénédictin. Je pense en outre que nous devons développer un « leadership » féminin au lieu de copier les modèles cléricaux.

Ceci exige certaines aptitudes et capacités. En voici quelques unes. La personne qui exerce le « leadership » :

- se connaît elle-même, avec ses dons et ses limites, et elle sait reconnaître les circonstances où elle se sent menacée ; ceci lui permet, devant les difficultés dans les relations, d’éviter d’avoir des réactions qui ne font qu’aggraver les conflits. La connaissance de soi augmente notre capacité à prendre nos distances vis-à-vis d’un problème, et permet de rediriger notre énergie en évitant de nous mettre sur la défensive ou d’avoir une réaction disproportionnée. Agir de la sorte évite que la colère des autres s’accroisse et même cela les calme. Il s’agit de réduire son potentiel destructif et de canaliser son énergie positive. La connaissance de soi permet également de développer la capacité de se comprendre soi-même, ainsi que les autres, le monde, la vie en général. Ce sont des signes de maturité humaine qui permettent d’éviter les attitudes défensives, ainsi que nous l’avons affirmé, et de réagir de manière exagérée dans les interactions avec d’autres personnes. Celles qui incarnent le nouveau « leadership » ont la capacité d’affronter les conflits. Elles ne les évitent pas mais cherchent à les résoudre, en canalisant leur énergie. La connaissance de soi aide celle qui est en position d’autorité à être consciente de ses véritables intentions et à agir avec équilibre et prudence. En outre, cette capacité l’aide à abandonner ses propres masques et à ne pas blesser les autres ni arracher agressivement leurs masques. Au contraire, elle essaye de voir au-delà de leur façade et de toucher leur coeur avec délicatesse. Ceci nous amène à la caractéristique suivante ;

- elle a le souci de ce qui est dans son coeur et dans le coeur les autres. Ce fruit de la connaissance de soi fait d’elle une excellente confidente, sans que cela se confonde avec une conspiration du silence. Le respect de la confidentialité n’a rien à voir avec le contrôle de l’information ;

- elle est réaliste et assertive. Elle combine l’amabilité avec la fermeté, l’exigence avec la tendresse, exprimant de la sorte la bonté. Elle corrige et stimule elle fait preuve de clarté dans la relation avec celles qui sont négligentes et méprisantes. Elle ne couvre pas les fautes des sœurs mais dès qu’elles commencent à germer elle les arrache à la racine, sans tarder (RB 2, 23-26). Elle considère la fragilité des faibles et non la mauvaise volonté des envieuses (RB 55, 21) ;

- elle écoute avec le coeur. Elle va jusqu'au fond de ce qui se passe. Elle écoute les personnes attentivement et discerne la vérité. De la sorte elle articule la vision communautaire, non la sienne (11). En continuant à écouter, elle permet à la vision d’évoluer et elle encourage à participer à la recréation de cette vision communautaire ;

- elle développe la communauté par un sens du respect et d’une attention mutuels, ou chacune peut cultiver et multiplier les dons reçus de Dieu ;

- elle communique énergie et enthousiasme, encourageant la créativité dans le groupe ;

- elle encourage l’unité d’objectif quand bien même les façons d’y parvenir diffèrent parmi les membres ;

- elle sait travailler en équipe et convoque les personnes qualifiées pour chaque tâche. C’est très important car il est pratiquement impossible qu’une personne ait toutes les qualités requises pour remplir sa fonction ; et, même si elle pense les avoir toutes, elle n’aurait pas assez de temps ; c’est pourquoi elle n’hésitera pas à demander de l’aide ;

- elle délègue les tâches à celles qui l’entourent et permet que l’on commette des erreurs, que l’on ait des défauts. Elle sait que c’est la condition pour apprendre, grandir, mûrir ;

- elle inspire les autres en créant un climat d’attention à ce qui se passe dans le monde, en réfléchissant à la responsabilité que nous avons de faire face aux défis que ces événements représentent ;

- elle innove, crée et est instrument de la paix qui est le fruit de la justice. La personne qui détient l’autorité appelle à évaluer et transformer, au cas où c’est nécessaire, les mentalités et les structures traditionnelles de pouvoir qui génèrent les injustices ; elle n’appelle pas à des confrontations violentes mais s’efforce d’incarner le changement qu’elle propose de manière effective, juste et audacieuse. Elle répand la paix en pratiquant la justice (RB Pr 25) ;

- elle écoute Dieu dans les signes des temps. Théologiquement parlant, les signes des temps sont les événements où nous cherchons à entendre non seulement le monde comme il est, mais aussi comment Dieu veut qu’il soit. C’est ce qui permet d’être responsable devant les défis du contexte socio-culturel plus large.

- elle maintient un sens de perspective, pour ne pas se noyer dans les problèmes internes qui gênent la capacité d’avoir une vue d’ensemble de la réalité, et pour reconnaître ce qui est juste ou injuste ;

- elle sait qu’il lui faut du courage pour confronter ces réalités socio-culturelles et cela demande une vie de prière personnelle et communautaire quotidienne et profonde, qui lui permette de se ressourcer dans les valeurs évangéliques pour prendre des décisions qui répondent aux défis que ces réalités présentent ;

- elle vit en une continuelle attitude de discernement, qu’elle tisse avec les fils qu’elle reçoit lorsqu’elle écoute toutes les sœurs avec l’oreille du coeur. 

S’efforcer consciencieusement de développer ces attitudes et qualités indispensable à l’exercice de l’autorité que le monde actuel attend de nous, requiert une disponibilité fondamentale de la spiritualité bénédictine, l’humilité. Une caractéristique de l’humilité qui en fait un don, c’est la capacité d’évaluer et répondre aussi bien à des situations quotidiennes qu’à des situations extraordinaires, avec un coeur centré sur son véritable trésor : la recherche d’une vie de plénitude pour tous (Jn 10, 10b). Cette disposition est indispensable pour construire et recréer sans cesse les relations en communauté et c’est pour cela qu’elle est centrale dans la Règle bénédictine.

Les qualités du « leadership » qu’exige notre époque se caractérisent également par l’ouverture à la collaboration intergénérationnelle et interculturelle. Ce sont les caractéristiques de la spiritualité bénédictine. Toutes les sœurs, sans exception, partagent leur sentiment face aux sujets importants à traiter en communauté. Ainsi donc, discerner ce que la Ruah divine inspire requière l’écoute. Nous écoutons la sagesse des sœurs qui ont vécu selon la Règle et l’ont incarnée pendant des années, et aussi l’audace créative de celles qui sont arrivées plus récemment et apportent une compréhension et une sensibilité plus proches des temps nouveaux.

Il est important aussi de considérer les nuances culturelles avec lesquelles doivent être exprimées les valeurs bénédictines. Nous savons par l’histoire de l’Eglise catholique et aussi de notre Ordre que, fréquemment, dans le passé, nous avons identifié la Bonne Nouvelle et notre charisme avec leur expression européenne. En retournant aux sources, nous constatons que l’inclusion et la valorisation de la diversité furent une valeur de grande importance dans la vie bénédictine à ses origines et aux premiers siècles de son expansion.

Les femmes qui exercent l’autorité de manière collégiale pratiquent l’inclusion et promeuvent la participation car elles s’en remettent à la volonté de Dieu qui se manifeste à travers toutes leurs sœurs. Elles favorisent également la maturité humaine et la croissance spirituelle personnelle et interpersonnelle dans les communautés. Ce style d’autorité deviendra ferment de transformation pour les personnes que nous accompagnons dans des ministères pastoraux, ou pour ceux qui fréquentent nos hôtelleries ou bien qui habitent dans le voisinage de nos monastères.


Pour conclure, j’aimerais réfléchir à ce que je considère être levain d’espérance dans la Spiritualité bénédictine.

 


V. Quelques caractéristiques de la spiritualité bénédictine comme levain d'espérance

 

a) Devant les aspirations d’une bonne part de l’humanité à dépasser l’intolérance à l’égard des différences, la spiritualité bénédictine propose un processus qui mène à honorer et respecter l’égale dignité humaine et à l’inclure dans sa diversité.

Avant tout, la spiritualité bénédictine crée les conditions pour que soit honorée et respectée l’égale dignité avec laquelle tous les êtres humains ont été créés. Elle souligne, affirme et révèle le dessein de Dieu selon lequel tous, créés par Dieu dans notre diversité, nous sommes égaux : « libres ou esclaves, nous sommes tous un dans le Christ … au service d’un même Seigneur, la seule chose qui nous distingue à ses yeux c’est le fait d’être plus riches que d’autres en bonnes œuvres et en la humilité » (RB 2, 20-21).

De sorte que notre spiritualité, honorant l’égale dignité de tous, promeut et encourage l’inclusion et la participation, et l’écoute de toutes les sœurs « toutes les fois qu’il y aura dans le monastère quelque affaire importante à décider » (RB 3, 1).

b) Dans une société qui rejette les personnes âgées, la spiritualité bénédictine les honore pour leur expérience et leur cheminement dans la vie monastique, qui leur a permis de grandir en sagesse. Dans un monastère bénédictin personne ne fait sa volonté propre, ni ne s’écarte de l’exemple de ses aînées… (RB 3, 7 ; 7, 55 et cap. 23)

c) Dans les cultures où la technologie nous envahit toujours davantage de stimulus sensoriels qui empêchent la réflexion et la rencontre, La Règle bénédictine fournit des espaces de silence et d’écoute humble et amoureuse de Dieu avec l’oreille du coeur et nous invite à faire attention à ce qu’expriment les autres et à ce qui se passe autour de nous. C’est dans l’écoute, shemá, qui facilite le silence, que l’on discerne les voies de Dieu et que se modèle toute relation, dans la reconnaissance, le respect, de notre dignité propre et de celle des autres, selon la règle d’or, (RB 70, 7) et en pratiquant les bonnes œuvres (RB 4).

Nous ne suivons pas les voies du monde, mais nous dialoguons avec ce qu’il nous propose cherchant à discerner ce qui est en accord avec l’Evangile, ayant toujours le Christ devant les yeux, ne préférant rien à son amour et espérant qu’il nous conduira toutes ensemble à la vie éternelle (RB 4, 21; 72, 11-12).

d) Dans les cultures qui privilégient l’individualisme et l’indépendance, la spiritualité bénédictine invite à vivre et à fortifier l’interdépendance en communion de foi.


e) Dans les sociétés où le capital et la production sont plus importants que les personnes et leur épanouissement, le charisme bénédictin donne à chaque sœur la possibilité de développer ses dons au service des autres  et de connaître dans cet humble service une vie en plénitude, « afin qu’en tout Dieu soit glorifié » (Pr 6 ; RB 57).

f) Dans des sociétés qui encouragent la consommation et le gaspillage auxquels seules ont accès des minorités privilégiées insensibles aux besoins des majorités appauvries, la tradition bénédictine invite à l’austérité et à l’attention portée à tous les objets comme s’ils étaient les vases sacrés de l’autel (RB 31, 10). De même qu’à partager tout ce que nous avons avec les nécessiteux autour de nous (12). 

Telles sont quelques une des caractéristiques de la spiritualité bénédictine que j’identifie comme le levain qui fortifie l’espérance. Je conclus ce partage en indiquant brièvement ce que je considère comme des sources vives pour ma propre espérance.

 


VI. Sources vives pour ma propre espérance


J’ai cette année trente ans de vie bénédictine. Trente ans de croissance à travers avancées et reculs, faisant l’expérience dans la confiance de la miséricorde de Dieu qui m’a rendue un peu plus libre et sereine. Aujourd’hui je me sens moins naïve et plus réaliste, avec un meilleur sens de l’humour, moins craintive, toujours remplie de désirs et passionnée par mes choix. Je pense aussi que je comprends un peu mieux ce que nous révèle Scholastique de Nursie : que dans notre charisme l’amour est plus fort que la loi.

Ma rencontre avec la spiritualité bénédictine eu lieu en février 1980, juste avant la fête de sainte Scholastique. Comme l’histoire n’a jamais été mon fort, à cette époque je ne savais rien du monachisme. Curieusement ce fut le mot « bénédictin » qui me captiva. J’avais peut-être l’intuition qu’il contenait quelque chose de significatif pour moi qui me paraissait très beau, attirant, mystérieux, un défi. Il ne pouvait en être autrement puisqu’il contient une bénédiction.

Quelques jours après je me rendis dans un monastère à Mexico, celui où j’entrerais six mois plus tard. Durant mon séjour, une des sœurs me prêta les cassettes d’une retraite qui leur avait été prêchée par un moine bénédictin d’Argentine, Pedro Alurralde. Une affirmation se grava dans mon coeur : « Nous sommes les personnes de la solitude inévitable. Une solitude féconde qui nourrit notre relation à Dieu et aux autres personnes ». Ce fut ma première source d’espérance : les bénédictines cherchent Dieu et c’est cette relation qui les soutient.

On me prêta aussi une Règle de saint Benoît. Je me souviens combien je fus émue par ces mots du chapitre 58, 2 : « Eprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu ». Dans ma naïveté je dis à une des sœurs que durant mon séjour d’une semaine, j’éprouverais mon esprit pour voir s’il était de Dieu. Voici une autre source d’espérance : nous centrer dans l’Esprit de Dieu qui nous habite et recrée nos vies.

1980 fut l’année où l’on a célébré les 1500 ans de l’Ordre. Beaucoup d’articles, fruit de recherches sur l’état de la question monastique en général et de la Règle de Saint Benoît en particulier, furent publiés. Il en résulta pour moi à cette époque une expérience passionnante : étudier notre tradition. Je me souviens combien je fus frappée de la place que tient l’humilité dans la spiritualité bénédictine, encore que j’avais quelque difficulté à comprendre certaines expressions. J’ai été surprise de l’absence de l’humilité dans les Constitutions de la Fédération, mais cela pourrait s’expliquer par le contexte dans lequel elles furent rédigées. Nous avons eu un jour, entre sœurs de ma génération, un bon échange à ce sujet avec la Présidente d’alors de la Fédération de sainte Scholastique. Les années quatre-vingts furent différentes des années soixante, qui avaient soulevé de nouvelles interrogations. Ce fut une autre source vive pour mon espérance : notre tradition possède de nombreux trésors d’où l’on peut tirer du neuf et de l’ancien qui nous permettent d’entrer en dialogue avec les défis que représentent les signes des temps.

Ce qui n’a cessé de m’émerveiller durant toutes ces années c’est la simplicité de notre spiritualité. Elle est pour débutants. Le prologue de la Règle m’a toujours enchantée et surtout cette promesse que si nous persévérons, alors arrivera le moment où « le coeur dilaté par la douceur ineffable de l’amour on court dans la voie des commandements de Dieu » (Pr 49). Ce que je considère tout spécialement comme une alternative humanisante face aux défis d’aujourd'hui c’est le bon zèle qui nous invite à vivre avec un ardent amour : « Que nul ne recherche ce qu’il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui » (RB 72, 7).

Ces derniers mois, ce qui a renforcé mon espérance c’est la répétition continuelle, comme un mantra, de «… et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu » (RB 4, 74). Je crois que l’espérance grandit dans le quotidien, le petit, ce qui est fragile et vulnérable dans nos désirs personnels et communautaires, quand nous refusons de nous résigner au statu quo, de nous installer et de nous adapter lorsque la vie, dans toutes ses expressions, est sapée. Je trouve l’espérance dans la passion persistante de tous ceux qui sont convaincus que d’autres mondes sont possibles et qui sont prêts à apporter leur grain de sable, à offrir les dons qu’ils ont reçus.

Notre charisme, notre Spiritualité est très modeste. Elle est pour les débutants qui, chaque fois qu’ils entreprennent une bonne œuvre, demandent à Dieu dans une très instante prière qu’il la mène à bonne fin (Pr 4). Notre espérance est soutenue par la confiance en la miséricorde de Dieu. 

Cependant ce charisme simple et humble a pu avoir un impact social considérable au début du Moyen Age. A cette époque notre forme de vie communautaire devint le grand modèle d’organisation sociale pour l’Europe naissante. Une fois encore nous sommes dans un changement d’époque. L’histoire nous offre deux options :

- voulons-nous vivre le charisme bénédictin dans toute sa profondeur et l’offrir au monde comme l’ont fait les bénédictins au début du Moyen Age ?

- ou bien allons-nous nous installer dans un modèle caduc et priver le monde d’aujourd'hui du pouvoir de transformation de notre charisme ainsi que l’ont fait beaucoup de nos communautés au début de l’âge moderne ?

 

 


1 - Dialogues de Grégoire le Grand, Livre II, Chap.35.
2 - Voir « Iglesia Viva » No. 240 oct.-déc. 2009, pp. 53-65. Consulté en janvier 2010 sur http://www.iglesiaviva.org/240/240-14-RODOLFO.pdf.
3 - Pacem in terris, §11, Jean XXIII, 1963.
4- Le titre anglais est The Twilight of the American Culture. Ed. W.W. Norton and Co. 2000.
5 - L’Interprétation de la Bible dans l’Eglise, Section I. E.2. Commission Pontificale Biblique, 1994.
6- CIC, Le Nouveau Catéchisme de l’Eglise Catholique § 239.
7- Documents du Concile Vatican II, Perfectae caritatis, § 2-3.
8 - Le Document d’Aparecida (DA) est le résultat de la 5e Conférence de la CELAM (Conferencia del Episcopado Latinoamericano) qui s’est tenue à Aparecida, Brésil en 2007 et qui a tracé les grandes lignes pastorales pour l’Eglise d’Amérique Latine et des Caraïbes. Le §215 dit : « Nous reconnaissons la valeur et l’efficacité des Conseils paroissiaux, diocésains et nationaux de fidèles laïcs, parce qu’ils encouragent la communion et la participation dans l’Église et une présence active dans le monde. La construction de la citoyenneté au sens le plus large, et la construction de l’ecclésialité des laïcs, sont un seul et même mouvement » (ma propre traduction).
9 - Pour cette section je prends la définition de leadership de Marcela Lagarde (voir ci-dessous) et les intuitions que m’ont partagées Esther Fangman, osb Présidente de la Fédération de sainte Scholastique aux USA qui comprend 22 monastères de bénédictines et Patricia Henry Ford, osb Prieure du Monastère Pan de Vida à Torreón, Coahuila, Mexique.
10 - Cfr. Marcela Lagarde et de los Ríos, Para mis socias de la vida, Ed. Horas y HORAS, serie Cuadernos Inacabados, § 48, España, 2005, p.13-14. Marcela parle du leadership des femmes et je me permets de l’appliquer à tout leadership dans la vie religieuse.
11 - J’entends par « vision » l’orientation et la signification pour l’avenir, dans lesquelles nous nous engageons et à partir desquelles nous projetons de décider nos actions concrètes.
12 - Dialogues de Grégoire le Grand, Livre II, Chap. 38.