Oecuménisme

27e Colloque œcuménique international de spiritualité orthodoxe,

Bose, 9-12 septembre 2009,

en collaboration avec les Eglises orthodoxes

 


Texte transmis par le P. Adalberto Mainardi, communauté de Bose, Italie


« Il y a un lieu précis dans lequel se déroule le combat spirituel… Ce lieu est cet organe central de l'homme que la Bible appelle le “cœur” (lev, kardia) ». Par ces mots, le Prieur de Bose, Enzo Bianchi, a tracé, dans sa conférence d'ouverture, l'espace et le temps intérieurs qui caractérisent le combat spirituel dans l'anthropologie biblique. Car c'est précisément « Le combat spirituel dans la tradition orthodoxe » qui a été le thème de la 27e édition du colloque œcuménique international de spiritualité orthodoxe qui s'est tenu auprès du monastère de Bose du 9 au 12 septembre 2009, en collaboration avec les Eglises orthodoxes.


La conférence d'ouverture du Prieur Enzo Bianchi et la conférence du métropolite Philarète de Minsk, exarque patriarcal de Biélorussie et président de la commission théologique du Patriarcat de Moscou, ont indiqué une profonde convergence entre l'approche biblique et la compréhension orthodoxe de la signification du « combat spirituel ». L'hymne contenu dans la lettre de l'apôtre Paul aux Philippiens, en particulier offre le fondement théologique de la lutte que le chrétien accomplit en soi contre tout ce qui l'aliène de sa propre humanité et l'éloigne de Dieu. Le chrétien est en effet appelé à revivre la lutte que le Christ lui-même a engagée contre le mal et contre la mort, en faisant briller la lumière de la résurrection dans les profondeurs infernales que l'humanité a connues et qu'elle connaît dans l'histoire. « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'anéantit lui-même… obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix. Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour… que toute langue proclame de Jésus Christ qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 6-11).


Les quatre journées du colloque ont exploré les multiples significations de la lutte spirituelle chez les Pères (Jean Climaque, Maxime le Confesseur, Barsanuphe de Gaza) et dans différentes traditions orthodoxes (russe et grecque, serbe et bulgare), au cours de leur histoire millénaire mais aussi dans les difficiles situations du monde contemporain caractérisé par l'individualisme, l'indifférence envers l'autre, une surprenante fragilité intérieure de l'homme postmoderne. C'est en ce sens que se sont orientées les conférences finales du métropolite Georges du Mont Liban (sur « Le combat pour l'unité de l'Eglise ») et du métropolite Kallistos de Diokleia, délégué du Patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, qui a approfondi la signification de ce thème fondamental de la tradition ascétique pour l'homme contemporain.


bosecolloqueLe colloque a surtout été une occasion de rencontres et d’échanges fraternels, entre chrétiens de différentes confessions, à l'écoute de la grande tradition de l'Eglise d'Orient sur le thème du discernement et de la lutte contre les mauvaises pensées, véritable terrain d'essai pour la liberté intérieure, à laquelle tous les chrétiens sont appelés. L'importante portée œcuménique de la rencontre s'est rendue visible, en particulier à travers les mots de salutation et d'encouragement qui ont été reçus de la part du pape Benoît XVI, à travers le secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, et du cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales et du, président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens. Et aussi du patriarche de Moscou Cyrille Ier, du patriarche d'Antioche Ignace IV, du patriarche de l'Eglise orthodoxe roumaine Daniel Ier, de l'archevêque d'Athènes Jérôme, du catholicos de tous les Arméniens Karékine II, du primat de l'Eglise d'Angleterre, l'archevêque de Canterbury Rowan Williams, du métropolite de Malte et d'Italie Gennadios, du métropolite de Kiev et de toute l'Ukraine Volodymyr, du révérend Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises de Genève.

Pour le compte de l’Eglise catholique, ont pris part aux travaux du colloque l'évêque Brian Farrel, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le Père Milan Žust, du même dicastère, le cardinal Roger Etchegaray, vice-doyen du Collège cardinalice, l'archevêque Antonio Mennini, nonce apostolique, représentant du Saint-Siège auprès de la Fédération russe, Mgr Gabriele Mana, évêque de Biella et ordinaire du lieu, Mgr Arrigo Miglio, évêque d'Ivrea et secrétaire de la Conférence des évêques du Piémont.

Le Patriarcat de Moscou était représenté par l’évêque Ambroise de Gatčina, recteur de l'académie de théologie de Saint-Pétersbourg, qui guidait la délégation officielle, par le Père Dimitri Ageev et par le Dr Alexis Dikarev, du Département pour les relations externes. Ont également pris part aux travaux du colloque l'archevêque Zosime d'Elista et Kalmukija, et le Père Pavel Velikanov, de l'académie de théologie de Moscou. L'Eglise orthodoxe de Grèce était présente à travers le Père Savvas, délégué du Saint-Synode, et l'archimandrite Iakovos (Bizaourtis), higoumène du monastère de Petraki.

Ont aussi participé au symposium les évêques Porfirije de Jegar (Eglise orthodoxe serbe) et Marc de Neamţ (Eglise orthodoxe de Roumanie), le métropolite Grégoire de Veliko Tarnovo et l'évêque Cyprien de Traianopol (Eglise orthodoxe de Bulgarie), l'évêque Euloge de Sumy, l’archimandrite Cyrille (Hovorun) et le professeur V. Bagrana (Eglise orthodoxe d'Ukraine-Patriarcat de Moscou), le Père Adam Makaryan, (Eglise apostolique d'Arménie), délégué du Catholikos de tous les Arméniens Karekine II, le chanoine Johathan Goodall (Eglise d'Angleterre), représentant de l’archevêque de Canterbury Rowan Williams, le Dr Michel Nseir, délégué du Conseil œcuménique des Eglises de Genève.

iconeboseParmi les nombreux participants provenant de vingt et un pays, il faut signaler particulièrement le Père Michel Van Parys, le Père Hervé Legrand et le prof. Antonio Rigo du Comité scientifique, le Père André Louf, le Père Basile Grolimund, le Père John Chryssavgis, le Père Andrew Louth, le Père Georges Kočetkov et les professeurs Anatoli Krasikov et Alexis Bodrov de Moscou, le prof. Petros Vassiliadis, doyen de la faculté de théologie de l'univerité de Salonique, le prof. Spyridon Kontoyannis de l’université d'Athènes, le prof. Nikitas Aliprandis, de l’université de Komotinì, le prof. Gelian M. Prochorov, de l’académie des sciences de Saint-Pétersbourg, le prof. Kostantin Sigov de Kiev, le prof. Vassilis Saroglou de Louvain-la-Neuve, le chanoine Hugh Wybrew d'Oxford.

Comme en ont témoigné la présence de nombreux moines et moniales provenant de monastères orthodoxes (Grèce, Russie, Serbie, Bulgarie, Roumanie, Mont Sinaï, Géorgie, Arménie), catholiques et protestants (Belgique, France, Italie, Suisse, Hongrie), les colloques œcuméniques de spiritualité orthodoxe désirent offrir un espace de rencontre fraternelle parmi les différentes Eglises chrétiennes et constituer un lieu de communion et de partage de leurs multiples traditions spirituelles. C'est ce qu'a souligné, dans ses conclusions, au nom du Comité scientifique, le Père Michel Van Parys :
« "Il y a plus de bonheur à recevoir qu'à donner" : avons-nous bien compris cette parole de Jésus ? Tout au long de l’histoire de l’Eglise, même après les ruptures et les anathèmes, les échanges se poursuivent. L’Eglise latine doit tant aux traditions grecques, syriaques, coptes… L'Esprit saint, de toute évidence, ne tient pas compte des barrières confessionnelles. Comment expliquer autrement qu’Isaac, évêque "nestorien" de Ninive, ait été reçu et est reçu par nos Eglises comme un saint docteur de la vie spirituelle ? Il est entre les mains des moines de la sainte montagne de l'Athos, des moines d'Optina, des moines de Sihastria, des moines coptes de Scété, des moines éthiopiens. Nous recevons des "saints" que l'Esprit suscite dans les Eglises divisées, nous les traduisons, nous les recevons. Nous pouvons faire confiance à l'action du Saint-Esprit. Nous l'avons vécu ensemble ici cette semaine à Bose. L'échange des dons, oui. Car le dialogue de la charité précède et accompagne le dialogue théologique de la vérité.

Le combat spirituel sera nôtre jusqu'à notre dernier souffle. Tel fut déjà la mise en garde de saint Antoine le Grand. Avec saint Jean Colobos, un autre géant spirituel du désert, apprenons que la lutte spirituelle nous est nécessaire, car elle nous rappelle notre misère de pécheurs : "Seigneur, donne-moi la patience (hypomone) dans les combats" (Jean Colobos 13) ».

Après avoir exprimé ses remerciements chaleureux au terme du colloque, le Prieur de Bose a annoncé que la 28e édition du colloque œcuménique international de spiritualité orthodoxe, consacré au thème « Communion et solitude » dans la tradition orthodoxe, se tiendra à Bose du 8 au 11 septembre 2010 : cela veut constituer une invitation à redécouvrir la communion et la solitude comme des dimensions de la vie spirituelle, qui interpellent toute authentique recherche de sens.