SAINT BENOIT ET LE CELIBAT - VIVRE A DIEU SEUL

S. Laurentia Johns, osb, Abbaye de Stanbrook, Angleterre

 

Ce numéro étant consacré à la vie des monastères et aux grands anniversaires célébrés cette année dans le monde monastique, nous n’avons pas un article de formation rigoureusement adapté au sujet. Mais parler de saint Benoît et du célibat comme le fait sœur Laurentia est toujours adéquat dans un bulletin monastique.

 
 
 

« Désireux de plaire à Dieu seul, il se mit en quête d’une forme de vie sainte ». Grégoire le Grand, Dialogues II(1). Le peu que l’on connaisse des débuts de la vie de Benoît vient des Dialogues, traditionnellement acquis pour avoir été écrit par le Pape Grégoire le Grand dans les années 590, ce qui veut dire environ 50 ans après la mort de saint Benoît. Dès le début du livre nous n’avons aucun doute sur le désir du cœur de Benoît.

« Il y eut un homme de vie sainte appelé Benoît. Il était béni par grâce et de nom. Dès son plus jeune âge, il possédait la sagesse d’un vieillard. Jamais il ne livra son âme au plaisir. Il aurait pu jouir des biens temporels mais il les méprisa comme s’il en avait perçu leur fragilité ».

La phrase « béni par grâce et de nom », laisse supposer comme une consécration, une mission à la sainteté, bien que cela soit le chemin de tout baptisé : car le moine est tout d’abord et surtout un chrétien et un témoin des valeurs chrétiennes. Aux exigences de la chasteté que tout baptisé se doit d’observer, s’ajoute un appel particulier et un don (car Dieu peut il appeler sans en faire le don ?) celui du célibat.

Dans la vie de saint Benoît (et la nôtre aussi) il semble évident qu’il reçoit d’abord une grâce et ensuite doit travailler à la fortifier et à l’intégrer dans sa vie. Pensons à la manière dont il a embrassé la vie érémitique avant de vivre la vie cénobitique (même s’il préconise l’inverse à ses disciples). Et dans sa façon de vivre le célibat nous voyons un paradoxe semblable. Il semble qu’il ait reçu très jeune le don du célibat et qu’ensuite il eut à le faire mûrir, au milieu de combats et de tentations. Mais est-ce vraiment un paradoxe ? N’est ce pas plutôt de cette façon que se présente à nous la vie monastique ? Souvenons-nous de la grâce de notre appel, la grâce de la prise d’habit et de la profession. A chaque fois nous avons été submergés de grâces divines. Et ensuite nous avons dû dépenser beaucoup d’énergie et de temps, à vivre de ce don. (Ceci peut aider à comprendre pourquoi nous semblons si souvent régresser après de telles injections de grâces).
 
Mais revenons au jeune Benoît, les Dialogues nous disent qu’il est allé étudier à Rome, qu’il a été dégoûté parce qu’il a vu, et qu’il a choisi de ne pas rester. Nous laissons de côté les détails, mais nous pouvons supposer que les mœurs sexuelles de la Rome du 6e siècle ont pu être une des raisons du dégoût du jeune Benoît. Etaient-ce des points non intégrés pour lui ? «  Tout est pur pour les purs » nous rappelle Tite, mais reconnaître que quelque chose est trop difficile à vivre et décider de se retirer du danger potentiel sont déjà des signes de maturité. Nous savons que Benoît, attiré par un profond désir pour suivre Dieu seul, partit à la recherche de la vie monastique, symbole d’un appel ascétique, afin de trouver une vie sainte.

Comme le fait remarquer Adalbert de Vogüé (2), cette phrase, « vivre à Dieu seul » fait référence aux deux exemples cités par Paul : l’homme non marié de 1 Cor 7, 32 et le soldat en service de 2 Tim 2, 4. Leurs deux états de vie choisis montrent l’intérêt du cœur donné. Pour Grégoire (3), le moine a deux caractéristiques principales qui permettent de découvrir la simplicité du cœur : un certain rejet du monde et surtout un ardent désir de voir Dieu. C’est ce désir qui fait la vie intérieure du moine ; dont le mot même monos signifie un, dans le sens d’être unifié, galvanisé par l’unique amour de sa vie. Ainsi pour Benoît, le célibat doit être vu à la lumière du service et d’un grand amour - Dieu seul (4) - et donc intimement lié avec une vie de prière où la relation unique doit se former et se nourrir. Ainsi pour Benoît, le célibat est vu à la fois comme un service et à la lumière de celui-ci comme un grand amour - Dieu seul, le tout intrinsèquement lié à la vie de prière où la relation avec Dieu se forge et se nourrit.

Le retrait de Benoît au désert, un peu comme Antoine, s’est fait par étapes. La première étape fut Effide (où il est toujours avec sa nourrice). L’épisode du tamis brisé n’est pas seulement l’occasion de parler du premier miracle mais de nous faire entrevoir une facette de son caractère : pleurant de compassion, il est loin de l’indifférence des stoïques, et nous ne sommes pas surpris de voir les défis qui s’imposent à lui lors de son séjour de trois ans au désert de Subiaco. Bien sûr, A. de Vogüé (5) décrit les premiers chapitres des Dialogues comme étant une suite de crises éprouvant les passions de Benoît , suivant plus ou moins l’ordre classique des luttes ascétiques décrites par Evagre et Cassien.
 
 

1e étape. La grotte de l’ermite : Subiaco

Nous savons peu de chose de cette étape sinon que cela dura trois ans, et nous pouvons aisément penser que cela aboutit à une connaissance de soi, à une vie de prière pour le jeune Benoît. L’importance mise sur la nourriture (trois fois, il est fait mention de l’apport de pain : le moine charitable, Romanus, le prêtre mystérieux le jour de Pâques et les bergers du coin) nous fait découvrir le combat de Benoît face à la tentation de tout débutant : la gourmandise. Et même les textes présupposent une gourmandise plus subtile, puisque l’ermite et l’ascète en herbe apprend à dépendre des autres, et donc avance sur le chemin de sa sexualité. (Rappelons-nous l’étymologie du mot sexe qui veut dire secare en latin, ce qui signifie couper, avec l’idée implicite d’un chemin non tracé vers l’autre).
Le jour de Pâques, le lien établi entre ce jour et la vue d’un autre être humain, peut être vu comme une vraie communion - le réveil face à une auto suffisance - et une renaissance pour Benoît. Son célibat commence à porter du fruit. Quand les bergers lui apportent de la nourriture il est capable de les nourrir d’une parole : « On lui apportait des vivres pour son corps, et de ses entretiens, chacun rapportait en son cœur des aliments de vie » (Dialogues II 1, 8).
 
 
2e étape. La bataille est gagnée

Répondant à un certain Secundius, un ermite âgé mais troublé par les tentations de la chair, Grégoire écrit dans sa lettre IX qu’il n’y avait plus d’espoir tant la vie de Secundius était un défi perpétuel au Malin. Benoît n’échappe pas non plus à cette tentation comme les Dialogues au chapitre II nous le révèlent. Nous connaissons bien l’épisode où Benoît se jette nu dans les buissons de ronces et d’orties : « Il vainquit le péché en changeant d’incendie » (Dial II II, 2).

En d’autres termes, il a réorienté son énergie sexuelle vers une quête ardente pour son Dieu. La tentation au prime abord très forte et la victoire qui en résulte sont le lot de tous, une lutte qui dure. Ce qui est moins évident et moins explicité, c’est qu’il a probablement eu une autre thérapie plus efficace encore que les buissons d’épines et de ronces, c’est l’ouverture de Benoît à raconter cet épisode à ses disciples afin de les instruire comme pour toutes les autres passions. Les vices perdent de leur force quand ils viennent à la lumière. Et comme précédemment on voit le fruit de la victoire, le fruit de la fécondité spirituelle : les disciples sont attirés par Benoît qui devient un père et un maître de vie en communauté.
 

Célibat dans la RB

Pour bien comprendre la vie de Benoît, Saint Grégoire nous invite à lire la Règle écrite par Benoît. Grégoire nous dit en substance : « Il ne pouvait pas enseigner quelque chose qu’il n’avait pas lui-même vécu ». En essayant de reconstituer la vie de Benoît (Dial II, XXXVI) et son enseignement sur le célibat, (peu d’éléments en fait existent dans la Règle) mais il ne faut pas oublier que les Institutions et Conférences de Cassien étaient lues régulièrement en communauté (RB 42, 5 et 73, 5) et donc que ces textes étaient familiers avec l’enseignement traditionnel du désert des 8 principales « pensées », y compris la luxure.

En RB 4, parmi les instruments des bonnes œuvres nous trouvons le ferme propos « d’aimer la chasteté » (4, 64) et il est vrai aussi que dans ce chapitre nous avons des injonctions pour ne pas commettre l’adultère, ne pas satisfaire aux plaisirs de la chair et bannir les pensées mauvaises. Au chapitre 33, sur la propriété, il est rappelé au moine qu’il est futile de s’attacher aux choses matérielles alors que l’on a renoncé à tout, même à la disposition de son corps. En RB 33, 4, un renoncement mentionné et très peu développé au chapitre 58, lorsqu’il parle du don de soi du moine à la profession (58, 25). Finalement au chapitre 72, 8 il est fait mention d’un amour chaste des frères qui devrait être la caractéristique de vraies relations fraternelles (caritatis fraternitatis caste impedant).

 

Etape 3.  Une clef venant des Dialogues ?

Les Dialogues peuvent peut-être permettre de mettre en lumière ces quelques mentions éparses dans la RB. A la fin du livre II, nous avons la vision du monde dans un rai de lumière. Une longue citation sera de mise ici.

Après avoir offert l’hospitalité à un Abbé visiteur, Servandus, Benoît se retire : « Un escalier montait et assurait une liaison constante entre le haut et le bas de la tour. Devant la tour était un large bâtiment où les disciples des deux Abbés prenaient leur repos. L’homme du Seigneur, Benoît se tenait à la fenêtre, priant le Seigneur Tout Puissant. Tout à coup, au cœur de la nuit, il vit une lumière épandue d’en haut refouler les ténèbres de la nuit. Elle éclairait d’une telle splendeur qu’elle surpassait la lumière du jour, elle qui cependant rayonnait entre les ténèbres de la nuit. Une chose très merveilleuse suivit cette contemplation car, comme il l’a raconté par la suite, le monde entier comme ramassé sous un rayon de soleil fut amené à ses yeux. Le vénérable Père, tandis qu’il enfonçait la pointe de son regard dans cette splendeur de lumière, vit l’âme de Germain, l’évêque de Capoue, portée au ciel par des anges dans une sphère de feu » (Dialogues II 35 2).

Cette vision peut être vue comme un symbole, une image de la prière, ou plutôt de ce à quoi devraient nous mener prière et célibat, au service de la prière (6). Unité, unicité, intégrité, complétude, tout est rassemblé à la lumière transformante de Dieu. Nous sommes alors ramenés à cet ardent désir exclusif de voir Dieu, ce que Grégoire définit comme la quête monastique, avec en filigrane, le propre désir de Benoît sur son chemin monastique. Désir qui est discernement de toute vocation monastique. Est-ce que la personne cherche vraiment Dieu ? RB 58, 7 (Si revera Deum quaerit…) il est donc clair que les Dialogues peuvent nous donner une idée de ce à quoi devrait nous mener célibat et prière. Est-ce que la Règle nous donne un éclairage sur cette vision préfigurée au cours de la vie ?

 

La Règle revisitée

Tout chemin implique des choix : pour les voyages ou bien on prend l’autoroute ou bien on prend la route touristique, et des décisions sont à prendre à la croisée des chemins. A chaque étape, la destination finale et l’urgence du désir du voyageur modèleront la décision. Tout au long de sa Règle, Benoît donne au voyageur monastique, en route vers Dieu, les directions à prendre et les possibilités laissées à chacun : sur le chemin vers le Père (Jn 14, 6) rien ne sera préféré au Christ. Cette phrase qui apparait en RB 4, 21 peut être retrouvée via la Règle du Maitre, chez Athanase († 373) et Cyprien († 258) (7) et aussi dans les Évangiles : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 17).
 
Benoît propose au moine trois phrases similaires à propos des préférences, chacune étant propre à sa Règle (i.e. ne se trouve pas dans la Règle du Maître) et donc il nous indique sa façon de penser bien à lui. Ces trois phrases :
1- RB 36, 1. On prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout (Infirmorum curante omnia et super omnia adhibenda est…).
2- RB 43, 3. Que rien ne soit préféré à l’œuvre de Dieu (Nihil operi Dei praeponatur) (8).  
3- RB 72, 11. Qu’ils ne préfèrent absolument rien au Christ (Christo omnino nihil praeponant).
 
Que faisons-nous avec ces apparentes contradictions ? Est-ce que Benoît est un drôle de type qui dit une chose un jour et le contraire le lendemain ? Sûrement pas, étant donné son amour pour la stabilité. C’est relativement facile et dans l’exemple donné dans le chapitre 36, un besoin complète la phrase (afin que le Christ soit servi en tous) et permet de réaliser que les trois citations mentionnant la préférence donnée au Christ dès le chapitre 4 font référence à la même chose quoique dans des domaines différents de la vie monastique et en l’absence de présentation Power-point, faisons marcher notre imagination pour leur attribuer chacun une couleur.
 

Le service communautaire ou travail manuel peut être représenté par un cercle jaune ; le Christ rencontré à l’Opus Dei un cercle bleu ; la rencontre personnelle avec le Christ - prière personnelle - par un cercle rouge. Et nous savons qu’au monastère comme dans toute vie, ces activités interagissent souvent, et donc pour continuer cette méditation en couleurs, nous pourrions placer la lectio divina, cette appropriation personnelle de la parole de Dieu par le moine et la moniale, parole entendue dans la liturgie, à l’intersection entre prière personnelle et Opus Dei, et ainsi la mettre en violet. Le Christ rencontré dans les hôtes, les malades, l’Abbé prend place entre les cercles rouges et jaunes et donc c’est un cercle orange ; la jonction entre le travail manuel (jaune) et l’Opus Dei (bleu) donne un cercle vert appelé révérence i.e. là où tous les outils et biens du monastère sont considérés comme des vases sacrés (RB 31, 10).

Et je suggérerais que ces cercles colorés puissent être vus comme un chemin visible pour expliquer ce mystérieux processus d’intégration intérieure qui accompagne la croissance dans la prière et le célibat. La règle fournit d’autres éclairages, d’autres juxtapositions possibles :

« Entendre volontiers les Saintes Écritures », (RB 4, 56) se trouve dans le chapitre des instruments des bonnes œuvres et plus tard on le retrouve dans le chapitre sur le travail manuel (RB 48). Chapitre que Benoît détaille pour nous expliquer ce qu’est la lectio ; de même pour l’obéissance qui est considérée comme un travail, (Prologue 2) et comme quelque chose « qui convient à ceux qui estiment qu’il n’y a rien de plus cher, pour eux, que le Christ » (RB 5, 2).

 

Vous avez sûrement d’autres exemples qui vous viennent à l’esprit. Au niveau de l’expérience, d’aucuns peuvent se rappeler, j’en suis sûre, des jours qui semblent sans fin, passant d’une activité à une autre (et peut-être est-ce encore ainsi ?). Mais heureusement au fur et à mesure que l’on s’habitue au rythme monastique, une unité se crée entre toutes les activités, et l’on commence alors à faire des liens : telle phrase lue lors de la lectio est un soutien dans le travail, le mot d’un hôte nous calme, ou la solution à un problème apparaît alors que vous chantez l’Office.

Et c’est bien sûr dans l’Eucharistie (9) où nous rencontrons le Christ ressuscité dans la Parole et le sacrement. C’est en assemblée que nos trois cercles rouge, bleu et jaune convergent en une lumière que nous pouvons appeler « lumière eucharistique » de la présence voilée mais réelle du Christ, présent dans l’assemblée, présent comme Verbe et présent bien sûr sous les espèces du pain et du vin. Dans l’intimité de la sainte communion nous assimilons cette lumière ou plutôt, le Christ notre lumière nous assimile à Lui, et donc nous sommes forts de cette vie eucharistique.

 

Et comment se manifestera cette vie, sinon par la louange et en rendant grâce à Dieu notre Père, avec une grande attention et un grand respect pour l’autre, et dans une grande révérence pour tout ce qui est créé.

Si l’on regarde le contexte de la vision de Benoît en haut de la tour, nous constatons que ces éléments y sont présents. Benoît vient juste de louer le Seigneur et de lui rendre grâces en disant vigiles (Opus Dei, cercle bleu), il a donné l’hospitalité au Christ dans la personne d’un hôte (cercle orange), il a jeté un œil paternel en tant qu’Abbé sur ses frères endormis (cercle jaune - service monastique) et finalement on nous dit qu’il était en prière (cercle rouge), peut être même en extase devant les merveilles de la beauté du ciel étoilé (cercle vert). Comme l’Eucharistie qui est un avant-goût du banquet céleste, de même la vision de Benoît peut être vue comme une esquisse de la lumière divine qui unit tout.

 

L’intégration du célibat

Dans son livre de recherche innovante, Vivre le célibat, Richard Sipe (10) relève 10 éléments qu’il pense être des bases pour le célibat. Quiconque a l’habitude de lire la Règle reconnaîtra immédiatement une ressemblance frappante entre ces 10 points et ceux de Benoît sur le chemin de la conversatio (cf. tableau, fin du texte). En gardant en tête que le livre de Sipe est un outil de travail adapté à des situations individuelles bien précises, la liste de la colonne de droite a été légèrement modifiée pour bien refléter l’esprit de Benoît. C’est la raison d’être de ce tableau.

La présence de ce tableau montre la difficulté de trouver un vrai enseignement concernant le célibat (et on pourrait ajouter la même chose pour la prière) dans la RB. Il n’est pas question de trouver une épingle dans un tas de foin mais de voir levain dans la pâte. L’enseignement est diffus tout au long de la Règle, le célibat étant la relation privilégiée avec le Christ et le but à atteindre dans la prière devrait envahir nos vies, et ainsi plus on avance dans le processus d’intégration (11).

Sipe parle de l’exemple des saints - et il y inclurait Benoît – saints qui sont plongés dans leur solitude pour atteindre l’unité, l’intégrité qui est l’autre versant de la douleur, du sacrifice, de la connaissance de soi. L’expérience de la réalité que nous sommes un. On peut dire que dans la vision du monde de Benoît dans un rai de lumière, ce n’est pas seulement une vision pieusement mystique de l’auteur des Dialogues mais bien plutôt l’accomplissement de la vie eucharistique de Benoît vécu tout au long de sa vie. Là nous avons le signe d’une totale intégration.

Remarques : cet essai a été écrit suite à une série de conférences données au noviciat, conférences sur les vœux, et le résultat d’une lecture de l’excellent livre de Sipe sur le célibat (Living the celibate life). Il m’a semblé intéressant de construire le portrait de Benoît vivant le célibat en suivant les lignes directrices de Sipe, quand il examine les cas de Cassien, Augustin et Merton. Afin d’écrire ce texte, j’ai étudié les Dialogues de saint Grégoire et aussi les commentaires de P. Adalbert de Vogüé dans son commentaire si lumineux de ces textes, (Vie de saint Benoît) surtout pour la première partie.

Les cercles de couleurs dans la RB ont d’abord été présentés à une réunion de jeunes professes bénédictines qui s’est tenue à Stanbrook en 2005. Tous mes remerciements vont aux participantes pour leurs commentaires et pour leurs encouragements. Et pour finir une dette de gratitude pour la généreuse assistance technique de Juliette Murphy.

Tableau : intégration du célibat
10 Eléments pour le célibat
(d’après Sipe)
10 Eléments pour la recherche de Dieu
(d’après la RB)
1. Travail 1. Prière (y compris lectio & Office)
2. Prière 2. Célibat/vœu de chasteté
3. Communauté 3. Communauté
4. Service 4. Service = travail
5. Attention correcte
pour les besoins physiques
(nourriture, boisson, repos) 
5. Attention correcte
pour les besoins physiques
6. Equilibre de vie  6. Equilibre de vie
7. Sécurité 7. Stabilité
8. Ordre 8. Ordre
9. Capacité à apprendre 9. Capacité à apprendre
10. Beauté 10. Beauté

 
 
Notes :
 
(1) Le témoin d’une telle vie ne peut être sous estimé. Dans sa lettre apostolique pour le 15e centenaire de la naissance de saint Benoit, le 11 Juillet 1980, Jean Paul II nous a rappelé que le monde a besoin de ceux qui sont appelés au célibat pour tout donner au Seigneur.
(2) Grégoire le Grand. La vie de saint Benoît, commentée par Adalbert de Vogüé, Vie monastique, n° 14, éditions de Bellefontaine.
(3) Voir Pierre de Cava dans son Commentaire sur le livre des Rois, 1. 1. 61.
(4) La phrase « Dieu seul » fait écho à la formation reçue à Stanbrook, grâce à la prière de Dame Catherine Gascoigne, (voir p. 16, A great tradition, par les bénédictines de Stanbrook, John Murray, 1956) demandée avec insistante par Dame Gertrude More sur son lit de mort. (Voir pp 316-317, dans The life and the death of Dame Gertrude More par Augustine Baker OSB, édité par Ben Wekking, Salzburg, 2002).
(5) La vie de saint Benoît, citée en note 2 ; préface p. 15 ss.
(6) L’analyse d’André Louf sur la dynamique entre le célibat et la prière demeure des plus pertinente. Dans Apprends nous à prier, éditions foyer Notre Dame, 186 rue Washington, Bruxelles. Chapitre 6 p. 98 : « C’est un long déroulement de veille et de prière qui couvre toute la vie, où l’ascèse du corps et l’orientation inlassable du cœur vers Dieu sont inséparablement liées entre elles ». Pour une autre étude complète sur la sexualité, voir R Rolheiser, omi : The Holy Longing, Doubleday, 1999.
(7) Athanase en parle à des points clés de la vie de saint Antoine (Vita Anton 14), alors que Cyprien en parle plus tôt dans la Prière du Seigneur (Domin Orat 15).
(8) Benoît pourrait avoir dit cette parole pour un des premiers législateurs de Lérins, peut être Porcarius Mon 12, selon Terence Kardong.
(9)  Aelred Niespolo, osb, a écrit que l’eucharistie quotidienne dans les monastères témoigne nous seulement de la koinonia mais aussi du célibat car cela met en jeu l’intimité et la sexualité du Dieu incarné et de qui est Jésus-Christ réellement (traduction de la citation prise dans Healing Wounded Souls of Monk and Guest, Religious Life Review, Vol. 43, 2004).
(10) Living the Celibate Life, A.W. Richard Sipe, Liguori, 2004.
(11) Pour célibat comme une aide pour grandir dans l’unité intérieure, voir : La virginité,R. Cantalamessa, ofm, Cap, éditions du Lion de Juda, 1990.