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ECRITURE SAINTE
 
Raymond WINLING, La Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ, Sotériologie du Nouveau Testament, Essai de théologie biblique, Cerf, 2007, 527 pages, 44 €.
Si l'on est habitué à distinguer la christologie, comprise comme doctrine concernant la personne du Christ, et la sotériologie, définie par la théologie d'école comme doctrine de la rédemption ou conçue, à l'heure actuelle, comme doctrine concernant le salut apporté par Jésus-Christ, il ne faut toutefois pas perdre de vue que, dans le Nouveau Testament, ces deux aspects sont très étroitement liés.
Raymond Winling offre dans cet ouvrage un examen détaillé précisément de la conception du Salut telle qu'elle se dégage du Nouveau Testament. Son parcours s'ouvre par un rappel de la situation où se trouve l'annonce du salut depuis le 18e siècle et jusqu'à nos jours. C'est ainsi toute la question christologique qui est examinée attentivement, tant la personne du Christ, son mystère propre, que l'œuvre de salut qu'il est venu accomplir par sa mort et sa résurrection.
Aussi bien l'auteur ne laisse dans l'ombre aucune zone du Nouveau Testament. Fort d'une documentation solide sur les études historiques de nature à éclairer les enjeux de ce débat, il met son lecteur en possession d'un dossier aussi exhaustif que passionnant pour méditer sur le mystère central de l'économie chrétienne.
 
 
PATRISTIQUE
 
. Fulgence de RUSPE, La Règle de la Foi, traduction Olivier Cosma, éd. Migne, Coll. Pères dans la foi n° 93, 2006, 137 pages, 15, 50 €.
Au début du 6e siècle, un certain Pierre, en partance pour Jérusalem, demande à Fulgence, évêque de Ruspe (en Tunisie actuelle), une règle de la foi catholique, pour ne pas être le jouet des hérésies qu'il peut rencontrer durant son voyage. Le texte ici traduit pour la première fois en français est la réponse à cette demande. Fulgence développe des thèmes théologiques qui sont toujours d’une brûlante actualité, tels : le Mystère de la trinité certes, mais aussi le mystère du mal, le libre-arbitre, le péché originel  et le salut de l’homme (« Hors de l’Église point de salut » ?)
Le traducteur présente dans une très claire introduction une chronologie de la crise pélagienne puis de celle du filioque qui permette de bien saisir le milieu dans lequel fut écrit ce traité de théologie.
La Règle de la foi est un résumé de la vraie foi. Garde-fou contre les hérésies, il offre un aide-mémoire commode du contenu de la foi catholique et des préoccupations de l'Église d'Occident au sortir de la grande époque patristique.
Disciple d'Augustin, Fulgence représente un courant de pensée qui, poussant à l'extrême certaines thèses du maître (par exemple : la prédestination), constitue un maillon essentiel entre Augustin et l'augustinisme médiéval.
 
. Geoffroy D’AUXERRE, Exposé sur le Cantique des cantiques, 2, tr. du latin et prés. P.-Y. Émery, 420 pages, "Pain de Cîteaux" 28, Abbaye Notre-Dame du Lac, 2009, 23 €.
Faisant suite au 1er volume qui présentait, avec une bonne introduction de P-Y Émery, les Livres 1 à 3 de cet Exposé composite, le présent volume contient les 3 derniers Livres avec l’Index biblique pour les deux tomes. On y lit un commentaire du Cantique à partir du chapitre 3 jusqu'à la fin. Le contenu est de style varié souvent imagé, sans rien de systématique, car Geoffroy, sans chercher à éviter les retours en arrière, mêle à ses commentaires soigneusement rédigés, une compilation de ses notes de lecture de Gilbert de Hoyland (cf vol 6 et 7 de la collection) ainsi que de Hughes de Saint-Victor, ou des fragments de ses propres sermons ; il fait aussi allusion à des événements contemporains, comme les démêlés avec les cathares. Geoffroy vise à donner d’un verset ou d’un mot le sens spirituel plutôt que littéral, ce qui rend sa lecture savoureuse.


MONACHISME
 
. Dom Olivier QUENARDEL, Sept fois sept, coups de cœur pour la vie monastique, DDB, 2008, 203 pages, 17 €.
S’inspirant des grands jeux théologiques du Moyen Âge qui, sous forme de septénaires permettaient d’assimiler de manière ludique la doctrine sacrée, le Père Abbé de Cîteaux livre d’une manière très conviviale ce qui lui tient le plus à cœur en notre vie. 
En effet, comme le sous-titre l’indique, il s’agit de « coups de cœur » : en quelques lignes il présente le cœur des divers aspects d’une vie monastique donnée totalement à Dieu et à nos frères, c’est tout un : septénaire des arts, de l’École, des portraits monastiques, des béatitudes, des alliances, des dialogues, des Heures… Des croquis de Sœur Claire Gilloots agrémentent le livre.
Ces courtes causeries s’adressent aux novices de Cîteaux, mais ne nous y trompons pas, elles rappellent à tout un chacun leur premier amour et revivifient de l’intérieur le dynamisme de notre vie « pour Dieu ». Merci Père Abbé !
 
. André CANTIN, Saint Pierre Damien (1007-1072), Autrefois – aujourd’hui, Cerf, 2006, 215 pages, 25 €.
L’auteur, membre de la fraternité monastique de Jérusalem, spécialiste de la philosophie médiévale, livre un portrait vivant d’un saint trop souvent méconnu ou mal connu : Pierre Damien, qui fut l’un des plus illustres maîtres du 11e siècle, devint ermite à l’école spirituelle de saint Romuald. En cette époque troublée de la vie de l’Église, le pape sortit Pierre Damien de sa bienheureuse solitude pour en faire un médiateur entre la papauté et l’empire.
Le dernier chapitre du livre met spécialement en lumière la relation que faisait Pierre Damien entre la foi (la foi intègre et intégrale) et la raison et montre par là toute l’actualité de cette grande figure monastique du Moyen Âge.
 
 
THÉOLOGIE
 
. Fr. Benoît-Dominique de la SOUJEOLE, op, Initiation à la théologie mariale, Bibliothèque de la revue thomiste, Parole et silence, 2007, 264 pages, 28 €.
L'Initiation à la théologie mariale est un parcours théologique sur la place de la Vierge Marie dans le mystère de la Rédemption. Elle cherche à mieux situer le mystère de Marie dans sa relation profonde avec celui du Christ et avec celui de notre vie chrétienne.
Ce parcours commence par situer cette histoire de la réflexion chrétienne sur la Mère de Dieu afin de bien saisir la perspective actuelle. Il se poursuit par une longue présentation biblique, l'Écriture Sainte devant être ici comme ailleurs l'âme de la théologie. Les grands thèmes développés par la Tradition sont ensuite étudiés (Mère de Dieu, Vierge, Immaculée Conception, Assomption), ce qui ouvre à la considération de Marie comme Mère de l'Église. Enfin, en guise de conclusion, les questions de la piété mariale, de l'homélie mariale et des apparitions sont évoquées. La dimension œcuménique est également honorée.
Né en 1955, le frère Benoît-Dominique de La Soujeole est dominicain de la Province de Toulouse. Professeur de théologie dogmatique à la Faculté de théologie de Fribourg (Suisse), il est membre du comité de rédaction de la Revue thomiste.
 
. Hans URS VON BALTHASAR, Karl Barth, Présentation et interprétation de sa théologie, cerf, 2008, 571 pages, 49 €.
Selon les mots mêmes de l'auteur, dans la préface à sa première édition (1951) : « Ce livre est une contribution au dialogue interconfessionnel entre théologiens ».
Balthasar, quant à lui, dialogue ici avec le Karl Barth de la maturité, celui des années 40. C'est, en effet, en 1940 que Barth publie le troisième tome de sa Dogmatique.
Fort de vingt ans de réflexion sur son sujet, l'auteur formule ainsi son projet : « Expliciter le sens de l'œuvre prise dans sa totalité et donner à celle-ci une réponse catholique possible. Ces deux objectifs requièrent une explicitation : cette tentative de présentation critique qui est la première et, nous semble-t-il, la plus nécessaire visée de notre travail ne peut en aucun cas embrasser la totalité de l'enseignement de Barth dans tous ses détails. Ce premier objectif recherche les principes fondamentaux, met en lumière la structure formelle, et cela en tenant compte a priori de l'autre objectif, le dialogue interconfessionnel. Cette présentation ne saurait valoir, même de loin, "d'introduction à la théologie de Karl Barth". On ne pourrait réaliser avec sérieux une telle introduction aujourd'hui qu'en approfondissant les œuvres de Barth. La réponse catholique qui est esquissée à la manière d'un essai dans la deuxième partie n'est pas une réponse officielle, on le comprendra aisément, mais la tentative privée d'un seul théologien. On montrera au moment voulu qu'elle n'est cependant pas isolée mais l'expression de toute une orientation et de tout un mouvement ».
Ce grand livre de Balthasar devait connaître en 1961 une seconde édition. À ce moment-là, l'auteur pouvait écrire : « L'ouvrage qui est publié ici à nouveau, avec les positions qui y sont prises, reste pour moi toujours aussi actuel qu'autrefois, et il n'est pas difficile de comprendre, à sa lumière, ce que j'ai publié par la suite ».
Exemple éminent de dialogue théologique œcuménique qui n’a rien perdu de son actualité, ce livre est aussi une clé pour comprendre la théologie contemporaine.
 
 
SPIRITUALITÉ
 
. Hélène MICHON, Saint François de Sales, une nouvelle mystique, Cerf, 2008, 353 pages, 40 €.
Ce livre n'est pas un ouvrage de spiritualité mais une étude universitaire. D'une lecture très accessible, il constitue un point de vue intéressant sur la « mystique » de François de Sales. Le sous-titre est en effet : « une nouvelle mystique ».  L’auteur a pour but de montrer l'originalité de l'évêque de Genève, d'abord dans sa conception de la « mystique » : celle-ci n'est pas réservée à un petit nombre de privilégiés, ni cantonnée aux « grâces d'oraison », mais ouverte à tout chrétien, car elle est  présente dès le premier mouvement de l'âme vers Dieu. Il ne s'agit pas seulement d'un souci pastoral, mais d'une conception profonde des rapports de l'homme à Dieu. L'auteur se réfère continuellement aux « héritages » dans lesquels s'inscrit François de Sales : Pères de l'Église ou grands auteurs spirituels antérieurs ou contemporains – mais qu'il transforme ou refuse. L'originalité de son chemin spirituel est de refuser les oppositions tranchées. Il n'oppose pas la « chair » et « l'esprit » : en effet il ne met pas l'accent sur le combat contre le péché, mais sur l'idée optimiste que l'homme reste, même après le péché, naturellement attiré par Dieu. Il n'oppose pas la théologie spéculative à la mystique, car les deux se complètent et doivent s'appuyer. Il n'oppose pas l'oraison au concret de l'existence, car l'union à Dieu dans son plus haut degré est « l'extase de la vie », la sortie de soi vers les autres dans le quotidien. Mystique du chemin, donc, avec ses étapes, mais sans ruptures brutales. Peut-être peut-on quelquefois trouver un peu systématique cette façon de faire de François de Sales un « modéré » en tout. Mais en fin de compte on tire de ce livre l'impression d'une « modernité », d'une proximité avec de nombreux aspects de la spiritualité de notre temps : importance des Pères de l’Église, enracinement  dans l'Ecriture et la lectio divina, primat théologique de l'Incarnation, et image d'un Dieu de Douceur « amoureux » de l'humanité.

. Raymond DEVILLE, L’École Française de spiritualité, DDB, 2008, 299 pages, 25 €, Nouvelle édition augmentée.
L’auteur, ancien Supérieur Général des Sulpiciens offre dans cet ouvrage une présentation des grandes figures de l’École Française de Spiritualité : Pierre de Bérulle, Charles de Condren, Monsieur Olier, Jean Eudes, Vincent de Paul, Jean-Baptiste de la Salle, Louis-Marie Grignon de Montfort, sans oublier les femmes sans la spiritualité desquelles ce renouveau n’aurait pu atteindre une telle ampleur : Madame Acarie, Madeleine de Saint-Joseph, Marie de l’Incarnation Guyart, Louise de Marillac, Marguerite Bourgeoys. Chaque monographie est agrémentée de textes courts et suggestifs bien représentatifs des auteurs et invitant à prolonger la lecture.
Deux grands chapitres présentant l’un l’Église de France au 17e siècle, l’autre une réflexion sur la théologie de l’École Française permettent de comprendre les enjeux spirituels de cette mystique christocentrique.
 
. Yves RAGUIN, La Source, DDB/Bellarmin coll. Christus n° 94, 2008, 126 pages 14 € (Réédition).
« Recommencer tout le parcours dans la vérité de la vie et de la voie, et partager avec (ses) contemporains ce qui a été redonné comme à neuf. La source jaillit bien d’une mince fissure de rocher, modeste en son débit, discrète en son murmure. Mais elle laisse couler une eau qui jamais ne refuse d’abreuver et jamais non plus n’interrompt son flux. » (B. Vermander, préface pages VII) tel est le projet du Père Yves Raguin en proposant de prendre ce chemin mystique à travers la contemplation taoïste. Cet ouvrage est écrit dans une perspective chrétienne, mais à partir de cet itinéraire des aperçus s’ouvrent au domaine des autres religions et traditions culturelles.
 
. Joseph-Marie PERRIN, Mon dialogue avec Simone Weil, Nouvelle Cité, Spiritualité, 2008, 254 pages, 20 € (Réédition).
En 1940, au début de la seconde guerre mondiale, Simone Weil a 31 ans. Juive d'origine, elle vient se réfugier en France libre, à Marseille, où en juin 1941, elle entre en relation directe avec le Père Perrin. Apparemment tout sépare ce prêtre dominicain aveugle et cette femme, professeur agrégé de philosophie, sympathisante des partis prolétariens, et qui, pour mieux connaître la condition ouvrière, est entrée comme manœuvre dans une usine de construction mécanique dès 1934 à Paris. Pourtant Simone Weil a déjà eu un premier contact avec le catholicisme, sept ans plus tôt, lors d'un voyage en Espagne et au Portugal. En 1937, à Assise, se produit le deuxième de ses contacts majeurs avec le christianisme. Bouleversée, elle avoue : « Là, dans la petite chapelle romane du 12e siècle, quelque chose de plus fort que moi m'a obligée, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux ».
Lorsqu'elle rencontre le Père Perrin, Simone Weil est donc très interpellée par le message du Christ. Un dialogue profond et une correspondance déchirante vont naître entre ces deux êtres d'exception. Ces échanges, le père Perrin nous les raconte et nous les commente dans ce livre bouleversant. Son amour de l'Évangile et son amitié pour le père n'empêcheront pas Simone Weil d'avoir des réticences envers l'église catholique et de s'en expliquer ouvertement à son interlocuteur. Mais, lorsque deux êtres d'une telle exigence morale et spirituelle se croisent, leurs différences ne s'opposent plus, elles se complètent.
 

TEMOIGNAGE
 
André PICARD, Dieu (m’) a changé, Parole et silence, 2007, 140 pages, 15 €.
Des débuts en milieu rural aux missions en Afrique et aux Antilles, de l'engagement dans le politique (au sens grec du terme) à l'insertion au plus sensible de la vie de l'Église, de l'écoute des plus pauvres des enfants de Dieu au dialogue œcuménique, il n'est, semble-t-il, aucun aspect de la vie du prêtre qui n'ait été assumé dans une radicale générosité, éclairée en permanence par la présence agissante du Christ au milieu de son peuple, par l'actualité toujours nouvelle et à redécouvrir de son message.
Ce récit d'une longue et très fidèle vie sacerdotale couvre la seconde moitié d'un 20e siècle riche en évènements déterminants pour l'avenir de l'humanité, mais aussi de l'Église. C’est un vibrant message d’espérance : espérance en Dieu, espérance en l'Église, espérance en l'homme, espérance porteuse de la joie en laquelle le Père Picard reconnaît la marque de Dieu, « ô mon Dieu... Vous êtes ma joie ».