La communauté de Bose

A JERUSALEM

Article paru dans le bulletin diocésain du Patriarcat latin de Jérusalem d’octobre 2008, et reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 
 
 
Ruminer la Parole de Dieu pour en vivre

Dès le début de l’histoire de Bose, l’accent a été mis sur la lecture et l’étude de la Bible. Chaque frère et sœur est appelé à pratiquer quotidiennement la lectio divina, « qui n’est pas d’abord une méthode, explique le frère Daniel Attinger, mais une manière de se placer devant l’Écriture en se posant la question : - En quoi Dieu nous parle-t-il ? » Il s’agit d’un moment d’écoute priante et de rumination de la Parole de Dieu : invoquant le Saint-Esprit, on cherche à pénétrer toute la richesse et la profondeur du texte, jusqu’à le faire devenir parole de vie pour l’aujourd’hui du croyant.
Les frères et sœurs désirent partager cet amour de la Parole avec tous ceux qui en ont faim. Chaque été, le monastère de Bose, qui compte aujourd’hui environ 80 frères et sœurs, organise des semaines d’étude de livres ou de thèmes bibliques. Ces sessions attirent chacune de 80 à 100 personnes. La communauté a ainsi contribué à faire redécouvrir et à répandre la pratique de la lectio divina en Italie.
 

La fraternité de Bose à Jérusalem

Cet enracinement des frères et sœurs de Bose dans la Parole de Dieu a peu à peu fait naître le désir de découvrir la manière dont les juifs, mais aussi les chrétiens des Églises d’Orient, lisent, prient et vivent la Bible. C’est ainsi qu’est né le projet de fonder une fraternité à Jérusalem. Celle-ci a vu le jour en 1981. Décrivant l’état d’esprit dans lequel tout a commencé, le frère Daniel précise : « Nous ne sommes pas venus avec l’idée de faire quelque chose. Nous sommes venus avec le désir de regarder et d’écouter vivre ces deux mondes : le monde juif et le monde des chrétiens d’Orient, et d’apprendre d’eux ». Parmi les trois frères vivant à Jérusalem, l’un se consacre particulièrement à la spiritualité et à la pensée hébraïque, un autre à celles des Églises d’Orient, tandis que le troisième - qui vient de rejoindre la communauté mère- était versé dans la tradition monastique médiévale occidentale. La présence des frères, leur travail également - chez les Pères blancs, les franciscains et les jésuites - sont discrets, peu visibles de l’extérieur, à l’image de leur maison dans la Vieille Ville... Leur vocation consiste simplement à chercher Dieu dans la vie commune, à découvrir, à partager et à s’enrichir de la spiritualité du judaïsme et des Églises d’Orient, et à créer peu à peu des liens de fraternité avec les personnes.
 
 
Œcuménisme

« Frère, sœur,
tu proviens d’une Église chrétienne.
Tu n’es pas entré en communauté
Pour refaire une Église qui te satisfasse,
À ta propre mesure ;
tu appartiens au Christ à travers l’Église qui t’a engendré à lui par le baptême.
Tu reconnaîtras donc les pasteurs des Églises,
tu reconnaîtras leurs ministères dans leur diversité,
et tu chercheras toujours à être signe d’unité. »
(Règle de Bose, 43)

Sans l’avoir expressément recherché, mais par un don de Dieu, la communauté est composée depuis le commencement de frères et de sœurs appartenant à différentes Églises chrétiennes. Dans le groupe de lecture biblique qui a présidé à la fondation de Bose, Enzo Bianchi et les autres étudiants ont fait l’expérience que les différentes confessions chrétiennes, loin de s’exclure l’une l’autre, pouvaient au contraire s’entendre, s’enrichir mutuellement, et même vivre ensemble. Cela ne signifiait pas pour autant gommer les différences. Les thèmes pouvant diviser - l’eucharistie, la communion des saints par exemple - ont très tôt fait l’objet de discussions franches, courageuses et profondes. Depuis lors, la communauté poursuit sa recherche laborieuse et patiente d’une vie de foi en commun, après des siècles de séparation. L’unique Parole de Dieu, les richesses spirituelles des différentes Églises et traditions, le rythme même de la vie spirituelle, l’acceptation d’une unique volonté communautaire renforcent toujours plus les éléments d’unité au détriment des ferments de division. 
À Jérusalem, les frères participent chaque mois aux réunions de l’Ecumenical Circle of Friends (groupe œcuménique, fondé dans les années 1970 dont l’actuel président est le P. Frans Bouwen, M.Afr) qui permet une rencontre non officielle entre membres des différentes Églises présentes à Jérusalem : il n’est pas si fréquent ici que des chrétiens des diverses Églises se rencontrent sur un plan simplement humain et fraternel, de personne à personne, sans étiquette institutionnelle. Une anecdote montre dans quel esprit la communauté de Bose à Jérusalem désire vivre le dialogue et la fraternité œcuméniques. « Au début de notre présence à Jérusalem, raconte Daniel Attinger, j’assistais presque tous les jours aux vêpres des syriens orthodoxes. Un jour, ayant remarqué mon assiduité, un moine vient à moi et me demande : - "Qui es-tu ?" Je lui réponds : -" Je suis un moine". Il me demande : - "Où est donc ton habit ?" Je lui réplique : - "Chez nous, nous mettons l’habit pour la prière". Le moine syrien semble interpellé par cette réponse. Après un temps de réflexion, il déclare : - "Tu es moine. Je suis moine. Nous sommes frères". »
 
 
Conclusion

Deux extraits, l’un de l’homélie pour les premières professions (1973), l’autre de la Règle de Bose, synthétisent bien l’esprit dans lequel les frères et sœurs s’efforcent de répondre à l’appel de Dieu, selon les charismes propres de la communauté de Bose que sont : une vie monastique qui puise aux traditions de l’Orient et de l’Occident, un amour de la Parole de Dieu écoutée, priée et vécue dans la lectio divina et la liturgie, une expérience de communion et une recherche d’unité entre les différentes Églises chrétiennes.

« Frère, sœur,
lorsque tu réponds à cet appel,
tu n’inventes pas une nouvelle manière de vivre l’Évangile.
Avant toi, sur la même route 
et répondant à la même vocation, 
d’autres ont cheminé :
Elie et Jean le Précurseur, Antoine 
et les Pères du désert, Pachôme et Marie,
Basile et Macrine, Benoît et Scholastique,
François et Claire,
 et tant d’autres encore.
Tu le vois, tu n’es pas seul,
 mais enveloppé d’une grande nuée de témoins… »
(Règle de Bose, 8)

« Nous sommes de simples chrétiens, des serviteurs de Dieu dans l’Église, qui aiment l’Église : comme tous les chrétiens. Nous n’avons aucun privilège, sauf la communion » (Homélie pour les premières professions monastiques à Bose, Pâques 1973). 
 
 
G. M.