La Gloire de Dieu, l'homme vivant

La Gloire de Dieu, l'homme vivant
extrait d’un article du P. Barthélémy Adoukonou



Qu'est-ce d'autre, une église de monastère ? N'est-ce pas le lieu de la Bénédiction qui doit retentir inlassablement, comme Prophétie de la Résurrection de "tout l'homme et de tous les hommes", et donc comme proclamation de la Gloire de Dieu ? Il faut que cette Gloire s'affirme de siècle en siècle, de culture en culture, elle n'est pas une abstraction mais c'est l'Homme, c'est tous les Hommes vivants. Et l'Homme se dit en culture.
 
L'inculturation qui est, selon Jean Paul II, l'insertion culturelle de la révélation chrétienne dans les peuples, trouve son fondement dans le fait que le Verbe de Dieu en devenant homme s'est fait aussi culture. Mais où le Verbe de Dieu a-t-il atteint le sommet de son humanisation, sinon dans le Mystère Pascal que saint Jean a résumé comme l'Exaltation en Croix ?
 
L'âge de l'inculturation de la foi chrétienne en Afrique doit effectivement voir s'éclore un art à la fois profondément chrétien et profondément africain ; un art qui ne soit ni simple copie du passé, ni reproduction en Afrique de chefs d'œuvre créés ailleurs. Comment l'Afrique traditionnelle dont tout le génie était mobilisé pour manifester l'invisible dans le visible depuis cette situation d'éclosion de la vie qui s'appelle la foi et les croyances ancestrales, pourra-t-elle exprimer cette éclosion unique de la Vie qu'est la foi dans le "Dieu qui ressuscite les morts" (Act.17) ? Comment va-t-elle donner à partager dans une intuition qui bouleverse et installe pour ainsi dire d'emblée le spectateur dans le "lieu" même d'où l'œuvre a jailli et qui n'est autre que la foi en Jésus-Christ ? Sœur Charles et Sœur Beata vont se faire africaines avec les Africains et collaborer avec M. Tidjani pour réussir à nous bouleverser.
 
Le Dieu qui se dit dans l'Incarnation de son Fils qui est en même temps incarnation culturelle a voulu assumer nos plus humbles symboles pour se communiquer à nous. Mais c'est en l' accueillant que l'on sait qu'il s'est communiqué. En effet, si sym-bole est le mot qui depuis la plus vieille Antiquité grecque désigne l'entièreté des deux parties du tessère détenues par les partenaires pour la reconnaissance mutuelle, et si le sage béninois, exprimant la même intuition, disait du Sacré Vodun qu' "il faut nommer le signe pour qu'il y ait symbole", alors le Dieu qui cherche l'homme noir veut être culturellement accueilli avant qu'il n'y ait révélation pour cet homme. Mais dans la multiplicité des symboliques, laquelle choisir pour ne trahir ni le Mystère de Dieu ni celui de l'homme, culturel mais aussi socio-historique, qui cherchent à se cor-respondre, à sym-boliser ?

La justesse à la fois théologique, spirituelle, culturelle et socio-historique de l'intuition qui est à la base de cette harmonie des formes et des couleurs qui s'offre au regard dans la campagne béninoise à Toffo nous semble se trouver dans la symbolique de la Solidarité.
 
Le Dieu qui s'offre à l'Homme Noir en Jésus-Christ est solidaire de l'Homme. C'est la foi en Lui qui donne de concevoir un projet architectural qui synthétise la forme de la salle de célébration de la parole (Ajalala) et celle du sanctuaire des ancêtres où se célèbre le rite sacrificiel (Dêxo) en pays fon, pour exprimer le Temple de la Nouvelle Alliance, "Maison de prière pour tous les peuples" (Isaïe). L'architecte et la peintre européennes et le sculpteur béninois, exclusivement formé selon le canon du beau de la tradition africaine, ont réalisé, en faisant converger leurs génies créateurs, un édifice tellement proportionné et éblouissant de beauté, qu'on en reste muet d'admiration. Dans un monde en interdépendance toujours plus grande, on est heureux de trouver ainsi ramené à l'unité, le meilleur de l'héritage de l'architecture religieuse traditionnelle (aja-fon) et toute l'histoire sainte ramassée en des tableaux d'une pureté de ligne qui réjouit le regard et délivre au cœur l'essentiel de ce qui fait d'une mémoire culturelle une mémoire chrétienne.

Trappe de Soligny, Fête du Sacré-Cœur 1988