Lettre de Dom Mauro Esteva, O.Cist


De l'interrogation à l'admiration

Lettre aux jeunes moines et moniales élèves ou anciens élèves
du Collège Saint Bernard, de l'Ordre Cistercien, à Rome

Dom Mauro Esteva, o. cist.,


La promulgation de l'encyclique Spe salvi, de Benoît XVI, et l'intervention que le Pape a faite pendant sa visite au Grand Séminaire de Rome, le 17 février 2007, m'ont encouragé à vous écrire, bien avant que ne le fasse le responsable académique pour vous informer sur les Cours de Formation Monastique de cette année. Cette lettre veut être une lointaine préparation pour vous qui serez envoyés au Collège Saint Bernard et aussi le maintien d'un contact avec ceux qui en ont été élèves.

En de multiples occasions, directement ou indirectement, j'ai exprimé, ma pensée sur le terme « perfection » au sens moral, en vue de ceux qui commencent ces cours - tout comme maintenant vous vous y disposez -, en constatant que dans la Règle de saint Benoît on le trouve une seule fois : « Quant à celui qui aspire à la vie parfaite, il a les enseignements des saints Pères, dont la pratique amène l'homme jusqu'aux sommets de la perfection (1) ». Mais dans d'autres endroits, par contre, cette expression a toujours le sens de mener à bien une action qui pourra être qualifiée de parfaite seulement lorsqu'elle sera achevée, ce qui ne veut pas dire qu'il ne lui manquera rien, c'est-à-dire qu'elle ne présentera pas quelque limite.

L'insistance avec laquelle vous m'avez écouté faire référence à ce terme, d'une manière plutôt négative dans l'intention de vous alerter par rapport à son utilisation, manifeste clairement une prévention quant aux conséquences que le perfectionnisme peut produire dans l'évolution personnelle des jeunes candidats et dans leur insertion dans la communauté, en plus du fait de leur faire prendre - parfois - "une certaine" attitude spirituelle dans tout leur travail pastoral et scientifique.

Souvent, en parlant de la vie monastique et religieuse en général, on employait le terme générique « d'états de perfection » et, bien que dans les manuels de théologie spirituelle on distingue entre perfectio acquisita et perfectio acquirenda, dans la pratique, le débat restait toujours ouvert et cette recherche de niveaux de perfection inaccessibles n'a pas été sans souffrances personnelles. Nombreuses ont été aussi celles occasionnées au prochain en raison des exigences envers le groupe auquel la demande de « la miséricorde de Dieu et la vôtre » étaient adressées afin que s'ouvre aux candidats la porte du monastère et que leur soit donné un espace pour vivre la recherche de Dieu dans sa maison, la communauté. On ne parlait jamais d'une règle pour des commençants (2), ni de la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles (3) et encore moins de ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu, (4) en considérant ce qui manque en nous aux forces de la nature (5), ce qui aurait appris aux débutants à ne pas être exigeants avec les autres, ceux qui ont été sacrement de la miséricorde de Dieu pour nous.
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Heureusement, le Concile Vatican II a donné un ferme coup de poing sur la table au moment du débat sur le document présenté au sujet de la vie religieuse et a ouvert en grand portes et fenêtres pour laisser entrer un air nouveau et une lumière dans la "Casa de Bernarda Alba" ­pour employer une terminologie expressive de Garcia Lorca, appliquée aux instituts de "vie de perfection" et même à l'Église. En effet, parmi les documents qu'a promulgués le Concile, témoignant avoir commencé ce qu'on appelle aujourd'hui le "dialogue entre foi et raison" ou bien entre "christianisme et modernité", il y a le Décret Perfectae caritatis sur la rénovation adaptée des instituts. Pour beaucoup d'entre eux il a eu l'effet d'un tsunami qui les a flagellés et stimulés. Ce document a produit des effets inimaginables dans tous les Ordres et Congrégations, qui, à partir de ce moment, se sont appelés des Instituts de Vie Consacrée, et il a été envoyé aux pères conciliaires au cours du printemps de 1963 avec le titre De statibus perfectionis adquirendae qui consolidait la terminologie jusqu'alors existante, mais le nom a été changé par celui De religiosis et il se focalisait sur la renovatio accomodata. Quand il est arrivé à l'assemblée conciliaire, le 23 octobre 1964, les évêques l'ont examiné du 10 au 12 novembre 1964 et y ont apporté une grande richesse de propositions, dans une évaluation positive du document, qui a été remodelé et présenté de nouveau à l'assemblée le 6 octobre 1965. Il a été approuvé par les pères conciliaires et promulgué par Paul VI le 28 octobre 1965 avec le titre de Perfectae caritatis. Décret sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse (6).

Avec le passage du souffle de l'Esprit que fut Vatican II - non pas de l'ange exterminateur - beaucoup de choses sont allées à la dérive dans la vie de l'Église et dans la société civile, dont elle fait partie, mais aussi beaucoup d'autres ont été clarifiées. La désacralisation et la sécularisation, comprises dans le sens de laisser à la société civile ce que l'Église exerçait comme simple suppléance, et les études sur la religion (7), y ont contribué. Mais il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir, plus encore, nous ne pouvons jamais cesser d'approfondir notre foi, en l'expliquant dans les termes de la culture moderne, ni d'adapter notre manière de la vivre. Les Cours de Formation pour les jeunes moines et moniales de l'Ordre Cistercien veulent être ce chemin de croissance, et un des points qu'on doit comprendre - et faire comprendre - est que nous ne devons pas parler d'« états de perfection » dans le sens dans lequel cela avait été fait jusqu'alors avec une certaine fierté. Quand, en regardant en arrière pour confronter les évènements de notre vie et la société dans laquelle elle se déroule, nous essayons de faire une évaluation de ce qu'a été notre comportement, nous rougissons et peut-être avons-nous honte ou même nous fâchons-nous contre nous-mêmes et contre les autres, parce que, dans le fonds, tous nous avons une espèce de « Wartburg germánica (8) » comme dirait Nietzsche, « qui nous laisse scandalisés par l'évidente propension au péché que nous rencontrons, comme si le christianisme, dans toutes ses manifestations, n'avait pas autre chose à faire que de regarder le péché et comme si la sainteté pouvait naître dans un terrain différent de celui du péché (9). Nous ne pouvons pas vivre dans une tour de défense, comme si notre chemin ne passait pas aussi par des vallées d'obscurité, le Seigneur sait, il savait dès le commencement, que dans l'Église le péché existe aussi, et pour notre humilité il est important de reconnaître cela, et de ne pas seulement voir le péché chez les autres, dans les structures, dans les hautes responsabilités hiérarchiques, mais également en nous-mêmes, pour être ainsi plus humbles et apprendre que devant le Seigneur, la position ecclésiale ne compte pas. Ce qui compte c’est d'être dans son amour et de faire briller son amour (10). »

Si on assimilait ces pensées, on ne considérerait pas que quelques uns sont à l'extérieur des états de perfection et d'autres à l'intérieur, ou bien que quelques uns sont du blé et d'autres de l'ivraie - parce que tous nous sommes blé et ivraie en même temps, puisque les deux croissent ensemble dans notre cœur et dans les actions de notre vie -. Aussi si nous nous étions rendus compte que, selon la parabole du Seigneur sur « le grain de blé tombé en terre, qui ne peut que de cette manière, en mourant, porter du fruit, et le fait de tomber en terre et de mourir ne représente pas simplement un moment, mais il s'agit véritablement du processus d'une vie (11) », notre talent de chrétien aurait changé. En effet, « la communion avec le Christ crucifié est représentée par le grain de blé tombé en terre. Lorsque nous commençons à comprendre et à accepter cela, chaque jour, parce que chaque jour nous impose quelque insatisfaction, quelque poids qui crée aussi de la douleur, lorsque nous acceptons cette école de la sequela du Christ, comme les Apôtres ont dû l’ apprendre à cette école, alors nous devenons également capables d'aider les personnes qui souffrent (12) ». Si nous passons par le feu du Christ qui est descendu en « enfer » et ainsi est proche de celui qui y est jeté, transformant pour lui [le feu qui nous met en contraste avec le Sermon sur la Montagne] les ténèbres en lumière. La souffrance, les tourments restent terribles et quasi insupportables. Cependant l'étoile de l'espérance s’est levée - l'ancre du cœur arrive au trône de Dieu. Le mal n’est pas déchaîné dans l'homme, mais la lumière vainc : la souffrance - sans cesser d'être souffrance - devient malgré tout chant de louange (13) ». Si nous croyions que le feu du Christ nous a purifiés, nous changerions sûrement beaucoup de choses dans notre conduite et dans notre mentalité, et aussi, - et c'est ce qui compte - dans nos relations avec les autres, à l'intérieur et à l'extérieur du monastère, parce que « la recherche de la charité parfaite par les conseils évangéliques a sa source dans la doctrine et l'exemple du divin Maître et apparaît comme un signe éclatant du Royaume de Dieu (14) ».

Avec tout ceci nous ne voulons pas dire que les états de perfection, les instituts, ont été abolis ou doivent être abolis, nous voulons seulement éviter des confusions qui portent à ranger les croyants dans des groupes de première ou seconde classe. Le Christ, qui s'est incarné dans la nature humaine, captive du péché, est le bon pasteur qui prend la brebis prisonnière dans les ronces - et non pas perdue - pour lui apprendre à marcher en suivant le Sermon sur la Montagne, pour la reconduire à Dieu, dont la nature humaine s'était éloignée par la désobéissance d'Adam. Ce retour est valable pour tous, quel que soit l'état dans lequel Dieu l'a appelé pour revenir à Lui, mais son appel - ne nous trompons pas - est pour tous, parce que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (15) » et pas seulement pour ceux qui vivent les « états de perfection ». Le retour à Dieu consiste dans « l'écoute de sa parole, la pratique de son mode de vie, l'adhésion à sa doctrine, la vie en commun avec ses frères et la célébration de ses sacrements, ce sont les lieux de sa manifestation parmi nous, la Christophanie (16) ».

L'encyclique nous donne une grande lumière à propos de cette purification à laquelle tous nous devons nous soumettre dans l'itinéraire de notre retour à Dieu : le Christ est « devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (17) ». Et le Pape, en résumant la réflexion théologique du moment, nous le dit de la manière suivante : « Certains théologiens récents sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec Lui est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation certainement douloureuse, comme « par le feu ». Cependant, c'est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d'être totalement nous-mêmes et avec cela totalement de Dieu. Ainsi se rend évidente aussi la compénétration de la justice et de la grâce : notre façon de vivre n'est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l'amour. En fin de compte, cette saleté a déjà été brûlée dans la Passion du Christ (18) ». Il est nécessaire de lire tout ce numéro de l'encyclique et le suivant pour voir en quoi consiste cette purification et le langage du feu qui l'illustre : nous confronter avec le Sermon sur la Montagne c'est déjà nous approcher de ce feu purificateur, l’expérimenter ! C'est notre douloureuse purification et notre jugement particulier, parce que la dichotomie - le bien et le mal- nous retient captifs et nous empêche d'avancer. Jean Baptiste disait déjà :... « Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu (19) ». Ce feu a été prêt à partir du jour de la Pentecôte. Le feu purificateur inonde l'âme, brûle les scories et purifie ; il remplit de force pour témoigner, et ainsi beaucoup de cœurs indifférents reçoivent aussi la flamme vivifiante de l'Esprit. Dieu a répondu par son feu glorieux ! Chaque jour il attend notre rapprochement pour nous confronter avec lui et brûler nos scories. C'est un feu préparé pour tous et auquel personne ne peut se dérober, il suffit d'écouter son Évangile et de répéter ensuite per evangelica dicta deleantur nostra delicta, c'est-à-dire, que cet Évangile efface nos péchés, phrase que prononce le célébrant lors de l'Eucharistie quand il baise l'évangile, à la fin de sa lecture.

Ce n'est pas l'acte religieux qui fait le chrétien mais sa participation à la douleur de Dieu et à sa souffrance dans le monde, c’est-à-dire, le fait laborieux d'incarner le Sermon sur la Montagne, et saint Benoît nous dit clairement - ne l'oubliez pas ! - que, « avec les biens que Dieu a mis en nous, nous devons être disposés à Le servir dans les frères malades, les hôtes, l'Abbé, la Communauté (20) ». Or, pour faire ceci, nous devons découvrir quels sont nos dons et talents, les développer pour les mettre au service des frères, en imitant le Christ jusqu'au point de donner notre vie pour eux, comme Lui l'a fait, et être ainsi « un avec les autres, un pour les autres » (21). Mais nous devons aussi connaître nos limites - et de quelle manière ! - pour vivre avec eux, avec nos défauts, parce que le chrétien - ne l'oublions pas - doit faire face au péché, et la sainteté - rappelons-nous en - doit être un dialogue continuel avec la grâce et la faiblesse. Un champ où croissent ensemble l'ivraie et le blé, le péché et la grâce (22), jusqu'à passer par le feu de la confrontation avec le Christ, Fils du Dieu vivant.

Comme important travail du noviciat, époque de la cruelle connaissance de soi, il y a la découverte des dons et talents qu'on a, mais aussi - et de quelle manière ! - des limites, pour ne pas faire payer aux autres notre malaise, celui que nous éprouvons lorsque nous découvrons en nous ce que nous critiquons chez les autres. Le Triennat de Formation Monastique va vous aider à faire cela. Le XV Synode de l'Ordre a fait un grand pas en avant ­- vous le savez par la lettre jointe aux vœux de Noël de cette année - et nous devons tous être reconnaissants pour ce qui a été décidé à votre intention, puisque les membres du Synode ont fait leur option pour les jeunes. Il est maintenant nécessaire d'arriver jusqu'à la fin de l'entreprise commencée. Chacun et chacune des novices - et profès et professes temporaires encore plus -, sont un grand point d'interrogation, mais si avec sincérité, dans le silence - qui est la grande éloquence du moine - et la solitude, vous arrivez à connaître votre croix personnelle, votre ivraie, vivante en vous mêmes, et que vous purifiez votre esprit et votre cœur, en les confrontant avec le feu qu'est le Christ, alors vous changerez le point d'interrogation, que vous étiez, en un grand point d'exclamation (23) pour les autres et aussi pour vous-mêmes, quand, étonnés, vous verrez que vous commencez à accomplir sans peine, comme naturellement et par habitude, ce qu'auparavant vous n'observiez qu'avec frayeur. « Vous n'agirez plus sous la menace de l'enfer, mais par amour du Christ, par l'accoutumance même du bien et par l'attrait des vertus. Voilà ce que le Seigneur daignera manifester dans son serviteur, purifié de ses défauts et de ses péchés, grâce à l'Esprit Saint (24) » c'est-à-dire, une fois passé par le feu de la confrontation avec le Christ du Sermon sur la Montagne et avec les œuvres de miséricorde, capable de rendre le fer incandescent et apte à être modelé, redressé, jusqu'à perdre la courbe de l'interrogation et d'en faire un signe de lumineuse exclamation pour les œuvres merveilleuses de Dieu en nous, non comme un fruit de l' « état de perfection » obtenu avec nos propres forces, mais sauvés par l'espérance dans la miséricorde de Dieu, Spe salvi. Ce sera quand nous aurons renoncé complètement à faire quelque chose de nous-mêmes - un saint, un pécheur repenti ou un homme d'église, un juste ou un injuste, un malade ou un bien portant -, et j'appelle ceci être non au delà, mais là, parce qu'on ne peut pas dire le dernier mot avant le "pénultième" : « nous vivons dans les réalités avant-dernières et attendons, dans la foi, les dernières (25) ».

Tandis que nous vivons les réalités avant-dernières il faut agir, en rappelant Bonhoeffer (26), dans la plénitude des engagements, des problèmes, des succès et des échecs, des expériences, des perplexités - alors on se jette complètement dans les bras de Dieu, alors on ne prend plus ses propres souffrances au sérieux, mais les souffrances de Dieu dans le monde, on veille avec le Christ à Gethsémani, et, je crois que c'est cela la foi, la metanoïa et c'est ainsi qu'on arrive à devenir des hommes, et des chrétiens.

L'option pour les Jeunes, et l'expérience de 7 années de travail pour tous ceux de l'Ordre, nous donne confiance dans le changement qui s'y opère, grâce à l'intérêt qu'ont pris les jeunes qui suivent le Cours de Formation. Ils ont eu l'occasion par là de connaître d'autres frères et sœurs de nationalités différentes qui, intéressés également par le projet, l'ont accueilli et se sont manifestés capables de travailler collégialement à distance pour le consolider. Ce projet, le Synode de l'Ordre l'a déjà accueilli et, reconnaissant envers ce dernier, nous manifestons notre estime et celle de tous ceux qui bénéficient de ce que les Présidents de Congrégation, avec les autres membres élus par le Chapitre Général, soutiennent et offrent, généreusement et avec confiance, aux jeunes de leurs Congrégations respectives. Avec une saine fierté et admiration ils les voient croître et évoluer, collaborant ainsi à l'œuvre de Dieu.

Rome, Saint Maur, 15 janvier 2008.


1. Règle de saint Benoît 73, 2
2. Cf. RB 73, 1
3. Ibidem prol 48
4. Ibidem, 4, 74
5. Ibidem. prol 41.
6. Concile œcuménique Vatican Il Constitutions. Décrets. Déclarations. Messages. Éditions du Centurion.
7. Lluis DUCH, Armes Espirituais i Materiais : Religió. Bibliothèque Serra d'Or, 261, Publications de l'Abbaye de Montserrat 2001.
8. Wartzburg est un château de Thuringe, en Allemagne centrale, près d’Eisenach, édifié au XIIème siècle. Luther s'y réfugia (1521-1522) au retour de la diète de Worms, lors de la signature de l'édit de proscription impériale. Il s'y consacra à l'étude et à la traduction de la Bible en allemand. Ce refuge dans un bastion, un lieu de lancement de sentences contre ceux qui ne pensent pas comme nous ou qui perpétuent des attitudes qui ne sont pas les nôtres, peut s'appeler de différentes manières, selon les divers pays du monde : Una voce, El Cruzado Espaňol, Fuerza nueva. (Cette note n'est pas de T. Mann mais de moi).
9. Thomas MANN dans le prologue de l'édition italienne du livre de W.A. GOETHE, Les affinités électives, Mondadori, p.14, Milan 1993. La publication de l'œuvre de Goethe a suscité un grand scandale en son temps et T. Mann, dans le Prologue d'une nouvelle édition, a écrit des paroles que nous pouvons nous appliquer.
10. Rencontre de sa Sainteté Benoît XVI avec les séminaristes. Á l'occasion de sa visite au Séminaire Romain le 1er février 2007, le Pape a répondu à diverses questions formulées par les séminaristes. Cela vaut la peine de lire les réponses pour se rendre compte des paroles consolantes du Saint-Père, exemptes de l'intransigeance ou du perfectionnisme qu'on voudrait lui attribuer.
11. Ibidem, réponse à Francesco Annesi.
12. Ibidem. Également dans la réponse à Francesco Annesi, mais il vaut la peine de lire toutes les questions que les séminaristes ont posées au Saint-Père et les réponses de celui-ci.
13. Encyclique, Spe salvi, n.37.
14. Perfectae Caritatis. 1.
15. 1 Tm 2, 4; 1 Jn 3, 16.
16. Olegario GONZÁLEZ DE CARDEDAL, Cristologia. BAC, Madrid 2001, p.573.
17. He 5, 9.
18. Benoît XVI, Spe salvi. n. 47.
19. Lc 3, 16.
20. RB prol. 16 ; 36, 1 ; 53 ; 2 et 63 ; 71.
21. J. RATZINGER, Introduction au Christianisme, et Benoît XVI, Spe salvi, n.28
22. Voir la citation de T. Mann à la note 9 et la Rencontre de sa Sainteté Benoît XVI avec les séminaristes, à la note 10.
23. Un novice et un profès simple sont généralement pour la communauté qui les a admis, comme un coffret hermétique, un point d'interrogation, même si, souvent, ils se présentent comme des règles vivantes et, par conséquent en se trompant eux-mêmes ou, sans mauvaise intention, en trompant ceux qui les ont admis. Il vaut mieux se montrer tel qu'on est, avec bonne volonté, et peu à peu, la grande courbe du point d'interrogation s'ouvrira et deviendra admiration, mais ceux qui reçoivent les confidences des jeunes et ont à les orienter, doivent savoir soigner leurs propres blessures et celles des autres, sans les divulguer, ce qui – malheureusement - peut arriver, si parfois ils deviennent leurs concurrents dans certaines circonstances de la vie ou, si le fait d'avoir aidé les commençants dans leurs faiblesses peut leur faire craindre qu'on exige d'eux d'en rendre compte un jour, et en voulant prendre des précautions révèlent ce qu'ils auraient dû protéger.
24. RB 7, 69-70.
25. Dietrich BONHOEFFER, Résistance et soumission, Ed San Paolo, Turino, 1988, p.446.
26. Ibidem. p. 441.