Valyermo et la Chine

Abbé Francis Benedict, Valyermo, USA

Les moines de Sint Andries de Bruges furent envoyés en Chine en 1929 et ils ouvrirent officiellement une fondation dans la province de Sichuan. L'esprit de ces premiers moines était de se montrer profondément respectueux de la culture chinoise. Ils se proposaient d'inculturer autant que possible le monachisme bénédictin dans l'art, l'architecture, les coutumes, et le régime alimentaire.

Les derniers moines furent expulsés de Chine en 1952 et la communauté se rétablit en 1955 en Californie.

L'un des pionniers de Valyermo fut le P. Vincent Martin. En Chine, il avait été un proche collaborateur du grand missionnaire chinois le P. Vincent Lebbe et ses frères qui servaient dans le corps médical de l'Armée Nationaliste chinoise durant la guerre sino-japonaise. Le P. Vincent Martin fut capturé et faillit mourir dans un camp de prisonniers japonais. Son amour de la Chine ne cessa jamais même lorsqu'il se retrouva aux États-Unis dans une nouvelle inculturation du monachisme. En 1996 l'Abbé Celestine Cullen, notre Abbé Président, encouragea la communauté à se tourner de nouveau vers la Chine. Le P. Vincent fut incité à orienter de nouveau son enthousiasme créatif vers l'Église de Chine. Pendant plusieurs mois il se remit au chinois et il se replongea six mois dans la culture chinoise à Beijing et à Taiwan.

Le P. Vincent devint un membre très loquace et visionnaire de la Commission bénédictine pour la Chine et il a exercé sur moi une grande influence, pour que j'apprenne à connaître et aimer la Chine et l'Église là-bas.

Juste un mois avant sa mort subite, le jour de la St André en 1999, à l'âge de 87 ans, le P. Vincent avait encore une fois passé six semaines à Beijing comme chercheur en visite. Je lui ai rendu visite à Beijing à ce moment-là et il avait pris des dispositions pour que je visite Xishan, notre première fondation monastique en Chine.

C'était très émouvant pour moi d'aller voir l'endroit que nos moines avaient été obligés de quitter en 1945 pour aller s'établir à Chengdu. A mon arrivée à Xishan je demandai au secrétaire de l'évêque, le P. Chen, si je pouvais célébrer la messe dans la chapelle de l'ancien monastère. Ceux qui étaient avec lui répondirent : " Aucun prêtre étranger n'est autorisé à dire la messe en public. " Je leur répondis, " Pouvons-nous fermer les portes ? " Je ne reçus aucune réponse. Je devinai que ce devait être la manière chinoise de dire " Oui ". Lorsque nous eûmes fini la visite des bâtiments, après avoir cherché les tombes des moines ensevelis sur la colline, de nouveau je demandai pour la messe.

Nous nous rendîmes alors dans la chapelle. Ce fut comme dans un rêve. J'avais apporté mes vêtements liturgiques, un petit calice avec de l'eau et du vin. Je commençai alors à célébrer la messe en anglais. Les portes étaient restées ouvertes. Lentement d'autres personnes entrèrent : d'abord le secrétaire de l'évêque, puis un prêtre de 90 ans, plusieurs sœurs diocésaines et des séminaristes, et des employés de l'Église. Plusieurs pleurèrent durant la messe, la première qui ait été célébrée par un prêtre bénédictin depuis plus de cinquante ans.

J'étais profondément ému par le souvenir, qui avait perduré chez ces fidèles, des moines qui avaient autrefois prié et travaillé dans cette région. Les moines étaient connus pour leur amour du peuple chinois, de la Chine et de la culture chinoise. Leur souvenir était resté vivant.

Le début d'une nouvelle page de la présence bénédictine chinoise à Sichuan semble être devenu maintenant plus possible que jamais.

Je crois que le P. Vincent a pu quitter cette vie présente plus facilement, parce qu'il savait que son abbé avait vu la Chine et avait commencé à l'aimer, comme lui-même et les premiers moines missionnaires l'avaient aimée.