Discours de Jean Paul II
1. C'est avec une grande joie que je vous accueille et que je vous salue tous,
chers Abbés, Prieurs conventuels et Administrateurs de l'Ordre de saint Benoît,
à l'occasion de votre Congrès qui, en l'Année jubilaire, se déroule ici à Rome.
En exprimant ma reconnaissance à l'Abbé dom Marcel Rooney pour le travail
accompli au cours de ces années, je présente mes meilleurs vœux au nouvel Abbé
Primat dom Notker Wolf, que je remercie pour les paroles qu'il m'a adressées au
nom de tous. Je salue également le groupe des Abbesses venues représenter leurs
consœurs de toutes les parties du monde.
Cette rencontre avec l'Évêque de Rome s'insère dans le cadre de votre
pèlerinage jubilaire très riche et intense, et elle met bien en lumière sa
signification spirituelle et ecclésiale. Je repense en ce moment à mon glorieux
prédécesseur saint Grégoire le Grand, dont la fête a marqué le début de votre
assemblée, et je rends grâce avec vous à Dieu pour le grand don qu'ont été et
que sont, dans l'Église et pour l'Église, les fils et les filles de saint
Benoît.
Vous avez franchi les Portes Saintes des Basiliques majeures, en apportant
spirituellement avec vous vos communautés. De votre part, cela constitue tout
d'abord un témoignage de foi louable, et cela devient, dans le même temps, un
symbole de la signification profonde de votre réunion: en l'Année Sainte 2000,
l'Ordre bénédictin, présent dans le monde entier, désire passer à travers le
Christ, pour entrer avec Lui et en Lui dans le nouveau millénaire, en serrant
entre les mains l'Évangile, Parole de salut pour l'homme de chaque époque et de
chaque culture.
2. En Orient et en Occident, la vie monastique constitue pour l'Église un
patrimoine d'une valeur inestimable. Dans l'Exhortation apostolique
post-synodale Vita consecrata, j'écrivais que: "Les monastères ont
été et sont encore, au coeur de l'Église et du monde, un signe éloquent de
communion, une demeure accueillante pour ceux qui cherchent Dieu et les
réalités spirituelles, des écoles de la foi et de vrais centres d'études, de
dialogue et de culture pour l'édification de la vie ecclésiale et de la cité terrestre
elle-même, dans l'attente de la cité céleste" (n. 6).
Le monachisme occidental s'est surtout inspiré de saint Benoît et de sa Règle,
qui a formé des générations d'hommes et de femmes appelés à quitter le monde
pour se consacrer entièrement à Dieu, en plaçant l'amour du Christ au centre et
au-dessus de tout (cf. Règle, 4, 21 et 72, 11).
Avec la
force de cette mission, l'Ordre bénédictin n'a pas cessé de contribuer à
l'activité apostolique de l'Église. Avec cette même force, il oeuvre pour la
nouvelle évangélisation. En sont les témoins ceux qui, jeunes et adultes,
chrétiens et non chrétiens, croyants et non croyants, trouvent en vous et dans
vos monastères des points de référence, comme des puits auxquels puiser
l'"eau vive" du Christ, qui seule peut étancher la soif des hommes. Et
comment ne pas souligner que la caractéristique d'un grand nombre de vos
maisons est aujourd'hui celle de se trouver aux "frontières du
christianisme", dans des lieux où le christianisme est en minorité? Parfois,
le témoignage de certains membres de l'Ordre bénédictin a été couronné par le
martyre. Malgré cela, vous continuez à rester dans ces terres, en ne craignant
pas les dangers et les difficultés. En mettant en oeuvre une activité
oecuménique significative et un dialogue interreligieux patient, vous offrez un
service précieux à l'Évangile. Vous témoignez que Dieu seul suffit.
3. Oui,
Dieu seul, le Christ seul est "la vie de l'âme". Ces paroles
rappellent à l'esprit le titre d'un livre célèbre de votre vénéré confrère Columba
Marmion, que j'ai eu la joie d'inscrire dimanche dernier dans l'Album des
bienheureux. La vie et l'action du grand Abbé de Maredsous a profondément
marqué la spiritualité du vingtième siècle, en parfaite harmonie avec le chemin
d'authentique renouveau ecclésial, qui a atteint son sommet dans le Concile
oecuménique Vatican II. Vous désirez vous placer dans ce même sillage, en
suivant les exemples lumineux du bienheureux Columba Marmion, ainsi que des
bienheureux Dusmet de Catane et Schuster de Milan, fils fidèles de saint
Benoît.
Votre Congrès est non seulement un pèlerinage jubilaire mais il constitue également un moment fort de réflexion et de dialogue, au seuil du nouveau millénaire. En tant que responsables de l'Ordre, vous vous proposez de considérer le rôle même de l'Abbé dans la communauté. En outre, votre intention est d'examiner, dans l'écoute et dans l'échange des richesses et des différentes expériences, quelle est la "mission" du monastère dans le monde actuel.
4. A ce
propos, en tant que Pasteur de l'Eglise, dans un monde au sein duquel se
multiplient les activités où l'on s'égare et où l'on risque même parfois de
perdre le sens de la vie et de la mort, je voudrais rappeler - en sachant bien
que vous êtes précisément des maîtres en cela - le primat de l'intériorité. Plus
que jamais l'homme d'aujourd'hui a besoin, pour ne pas s'égarer lui-même, de
retrouver Dieu et de se retrouver en Dieu. Et cela n'est possible que lorsque
le cœur se met à l'écoute du Seigneur dans le silence et dans la contemplation
prolongée, c'est-à-dire dans la rencontre avec l'"unique médiateur entre
Dieu et les hommes, le Christ Jésus lui-même"(1 Tm 2, 5).
C'est à partir de là que je forme mes vœux, en vous assurant d'un souvenir
spécial devant l'autel. Très chers amis, soyez des signes éloquents pour nos
contemporains de la valeur de la vie monastique. Il s'agit de la première forme
de vie consacrée apparue dans l'Église et qui, au cours des siècles, continue à
rester un don pour tous. Soyez des contemplateurs assidus du mystère de Dieu et
offrez vos existences "ut in omnibus glorificetur Deus".
Je confie ces vœux à l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie, dont nous célébrons aujourd'hui la Nativité. Comme une bonne mère, qu'elle vous protège à chacun de vos pas. Avec affection, je vous donne ma Bénédiction apostolique, en vous priant de l'apporter à vos communautés.






