Homélie

Célébration à Saint-Paul-hors-les-murs le mardi 5 septembre 2000

Lectures : 1 Cor 2,10-16 ; Luc 4,31-37

Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ! Apparemment, Jésus n'apprécie pas cette "canonisation", reconnaissance de la sainteté qui est en lui et qui est pourtant celle de Dieu. Il fait taire celui qui s'exprime ainsi : Silence ! Sors de cet homme. Nous ferait-il taire aujourd'hui ? au moment où nous célébrons le Bienheureux Colomba Marmion, au moment où nous nous réjouissons de ce que l'Église ait reconnu en lui l'authentique sainteté venant de Dieu.

Jésus ne nous impose certainement pas le silence aujourd'hui. Mais il attire notre attention sur la qualité de notre acclamation. Il ne suffit pas de dire : c'est ici le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur. Il ne suffit pas de dire : tu es le Saint, tu es le Saint de Dieu. Il faut que ce soit l'Esprit de Dieu qui le dise en nous. Que nous le disions du Christ ou que nous le disions de ceux et de celles que l'Église proclame bienheureux.

Tu es le Saint, le Saint de Dieu ! Si nous n'y prenons pas garde, cette acclamation pourrait n'être qu'une manière de nous faire plaisir à nous-mêmes, une manière d'honorer les lieux où le bienheureux Colomba Marmion a vécu. Utilisant les mêmes mots, ce langage ne serait que celui d'une sagesse toute humaine, il ne serait que le reflet de nos forces d'homme, incapables de saisir ce qui vient de l'Esprit de Dieu, incapables de voir les profondeurs de la sainteté de Dieu.

Quand Jésus fait taire celui qui lui dit : je sais fort bien qui tu es, il lui impose bien sûr le silence ; mais, bien davantage, il le renvoie et il nous renvoie aujourd'hui aux véritables racines du langage qu'il emploie. Un cœur possédé du démon ne peut pas exprimer la sainteté de Dieu, même s'il utilise les mots exacts pour le dire. L'homme qui n'a que ses forces d'homme ne peut pas saisir ce qui vient de l'Esprit de Dieu.

L'autorité de Jésus, tout comme la puissance qu'il exerce sur les esprits mauvais, nous arrache aux profondeurs du mal. Mais, en même temps, elle nous projette dans les profondeurs de Dieu, là où l'Esprit Saint voit le fond de toutes choses, là où il contemple la sainteté de Dieu, là où il nous la fait découvrir en vérité, là où il nous fait dire : tu es le Saint, tu es le Saint de Dieu ! là où il nous le fait dire de telle sorte que notre cœur s'accorde à notre voix. Là où la pensée du Christ nous permet de reconnaître chez d'autres, en toute vérité, la sainteté que Dieu a voulu partager sans limite aucune.

L'Évangile de ce jour nous interpelle sur la vérité et l'authenticité avec lesquelles nous voulons aujourd'hui accueillir la sainteté reconnue dans la personne du P. Abbé Colomba Marmion. Il a été habité par la pensée du Christ, sans aucun doute. Il en a été le familier. Nous pouvons dire qu'il a frappé beaucoup de monde par son enseignement, par sa parole pleine d'autorité pour mener jusqu'aux profondeurs de l'Esprit. L'Église vient de nous inviter à le proclamer et même à le dire d'une voix forte, à crier sur tous les toits ce qui nous était dit tout bas, au creux de l'oreille. L'Évangile demande que ce cri soit celui de l'Esprit;

Bienheureux Columba Marmion. Ne nous laissez pas dire que vous êtes saint, sans dire en même temps que le Christ est saint en vous, que l'Esprit est saint en vous, que le Père est saint en vous. Ne nous laissez pas dire que vous êtes saint, sans vouloir nous-mêmes être saints comme Dieu est saint, être parfaits comme notre Père céleste est parfait. Obtenez-nous aujourd'hui cette grâce. Obtenez cette grâce pour toutes nos communautés monastiques. Obtenez cette grâce pour tous les baptisés dans le Christ Jésus. Obtenez cette grâce pour toute l'Église. Amen.