Béatification de l'Abbé Columba Marmion

Aux frères et aux sœurs qui suivent la Règle de saint Benoît

Avec la Béatification de l'Abbé Columba Marmion (1858-1923), l'Eglise confirme, une fois encore, la bonté et la fécondité de la "voie bénédictine" à la sainteté. Au long des siècles, le monachisme qui puise sa sève vitale dans la "Regula Benedicti" a assumé une grande variété de formes, comme une plante vigoureuse dont les semences se sont adaptées à des "climats" et à des conditions fort différentes, sans cesser de produire "fleurs et fruits saints" (Dante A., Paradis, 22,48), sous l'action constante de l'Esprit.

Si vous voulons rappeler les derniers fils de saint Benoît auxquels l'Église a décerné l'honneur des autels, nous trouvons devant le trône de Dieu : le bienheureux Placido Ricardi, moins prêtre ayant vécu comme chapelain de moniales et recteur solitaire de la célèbre Abbaye de Farfa ; la bienheureuse M. Fortuna Viti, humble sœur converse ; deux moines archevêques et cardinaux, A. Ildefonse Schuster et Guiseppe Benedetto Dusmet, passés de la responsabilité d'abbés à la charge pastorale de grands diocèses dans des temps particulièrement difficiles pour la société et pour l'Église ; et enfin la bienheureuse Columba Gabriel que la Providence a conduit à donner vie à une nouvelle famille bénédictine féminine.

La famille cistercienne a donné à l'Église trois bienheureux qui rendent plus diversifié le cadre de la sainteté monastique : la bienheureuse Gabriela Sagheddu, consacrée à la Cause de la réconciliation entre les Églises, le bienheureux Cyprien Iwene Tausi, et le frère Oblat Rafael Arnaiz.

Aujourd'hui, celui qui est placé sur le candélabre est un Abbé, totalement inséré dans la vie et la recherche de Dieu d'une grande communauté bénédictine, qui prenait alors naissance dans l'une des réformes monastiques plus significatives du XIXe siècle. On notera que le titre officiel qui lui est attribué est celui de sa charge ecclésiale d'Abbé !

La figure du nouveau Bienheureux est celle d'un moine au sens plein du terme. Sa vocation monastique s'était affirmée progressivement au lendemain d'une préparation au sacerdoce et d'un premier temps de ministère diocésain. Après avoir demandé et reçu les autorisations nécessaires, il avait quitté son Irlande natale et s'était inséré dans la communauté belge de Maredsous, se soumettant aux exigences de l'obéissance, de la discipline monastique, de la vie communautaire et de la prière. Dès les premières années après sa profession solennelle, les charges à lui confiées lui permettent de développer les talents spirituels qui constitueront son charisme propre : l'élaboration d'une doctrine spirituelle solidement fondée sur la Bible et la liturgie, qu'il proposera dans des retraites et conférences et surtout dans les conseils prodigués à de nombreux fils et filles spirituels.

Il est indéniable que nous nous trouvons devant un authentique charisme de l'Esprit : sa doctrine développe ce qui est le comportement essentiel de l'âme chrétienne quand elle se met en relation avec Dieu : comportement du Fils envers le Père, celui même du Fils Unique qui, selon l'enseignement de saint Paul et de saint Jean, habite en nous, prie en nous et nous conduit au Père.

L'exemple et l'enseignement de Columba Marmion constitue une contribution importante à l'histoire moderne de la spiritualité chrétienne, et également de la spiritualité monastique, qu'il enracine dans l'expérience liturgique du mystère du salut.

Ce charisme spirituel a fleuri et s'est manifesté d'une manière particulière dans le service abbatial qu'il a rendu à la communauté de Maredsous, mais il a rayonné bien au-delà de ces limites. De son vivant, Dom Marmion était sollicité par beaucoup de communautés religieuses, surtout en Belgique, en France, en Angleterre et en Irlande. Dès 1917, ses conférences furent publiées en plusieurs volumes et rapidement traduites en de nombreuses langues, étendant ainsi considérablement son influence.

Ce qui caractérise le magistère spirituel du Bienheureux Marmion et explique l'incroyable diffusion de ses écrits auprès de toute vocation ecclésiale est d'avoir mis en évidence la racine biblique, liturgique et théologique de l'expérience, en sorte que lisant ses livres tout chrétien se sente parfaitement à son aise. Le monachisme lui-même, selon dom Marmion, n'est rien d'autre que la vie chrétienne portée à sa perfection : la piété liturgique des moines est la même que celle de l'Église et rien de plus.

Cette ouverture universelle des trésors du monachisme constitue la garantie que le magistère du Bienheureux Marmion se poursuivra dans les générations futures.

La solennelle béatification de dom Marmion est une invitation adressée à tous les chrétiens et particulièrement aux moines et aux moniales fils du Patriarche de Norcia de regarder ce grand Abbé comme un phare qui continue de projeter la lumière de la sagesse évangélique et d'indiquer de manière sûre la route qui conduit à la vie, c'est-à-dire à Dieu.

P. Olivier RAQUEZ, Postulateur

Passeggiata del Gianicolo 5,

I - 00165 ROME

Note bibliographique sur les dernières éditions des Œuvres de dom Marmion :

  • Columba Marmion, "Œuvres spirituelles" (contient en un volume les trois livres principaux de dom Marmion : le Christ vie de l'âme, le Christ idéal du moine, le Christ dans ses mystères, et y ajoute la traduction de sa Correspondance anglaise) Paris, Lethielleux , 1998.
  • Columba Marmion, "Spiritual Writing", (contenu identique à celui de l'édition française) Paris Lethielleux, 1998.
  • M. Tierney, "Columba Marmion, a biography", Columba Press, 1995
  • M. Tierney, traduction française du précédent, publication imminente "Dom Columba Marmion, une biographie", Paris Lethielleux, 2000
  • F. Poswick et C. Soliamont, "Dom Columba Marmion (1858-1923), un guide spirituel pour notre temps", Namur, éd. Féidlité 2000