La solidarité entre les bénédictines d’Afrique de l'Ouest

Mère Jean-Baptiste Choupot, osb, Prieure de Toffo, Bénin, retrace les origines et décrit les structures de l'Association des Moniales bénédictines d'Afrique de l'Ouest et Mère Françoise de Brantes, osb, Prieure de Keur Guilaye, Sénégal, raconte comment s'est vécue au long des années et se vit aujourd'hui concrètement l'entraide fraternelle.

Entre 1962 et 1970, cinq monastères de bénédictines ont été fondés en Afrique de l'Ouest : Burkina Faso, Togo, Côte d'Ivoire, Bénin, Sénégal. Issues de souches différentes, les communautés avaient le même souci fondamental : Transmettre la vie monastique selon la tradition de saint Benoît, dans des cultures à découvrir et respecter.

Le besoin de se rapprocher les unes des autres a été très vite ressenti à un double titre : pour un partage, des échanges d'expériences, un soutien mutuel sous toutes ses formes, et pour que soit davantage manifestée la réalité monastique dans de jeunes Églises où elle n'était pas encore connue concrètement.

En 1980, après quinze ans d'une pratique vécue, est née l'Association des Moniales Bénédictines d'Afrique de l'Ouest ; cette structure était nécessaire pour avoir une existence juridique ; dom Gabriel Braso, Président de la Congrégation de Subiaco, et dom Jean de la Croix Robert, Visiteur de la Province française, encouragèrent et facilitèrent la mise en place de ce cadre institutionnel.

Tous les quatre ans a lieu une Assemblée générale de l'Association à laquelle participent les Prieures et une déléguée par monastère ; un thème choisi ensemble est travaillé par toutes les communautés. Dans l'intervalle, les Prieures se retrouvent pour une réunion plus informelle.

Ce qui est fondamental dans cette pratique de la solidarité, c'est l'unanimité pour se sentir de la même famille : "Filles de saint Benoît en Afrique", dans le respect de nos différences. De là une grande simplicité et une grande confiance entre nous, entre les Prieures et entre les súurs. À plusieurs reprises des Prieures ont été visiteuses ou co-visiteuses dans les autres communautés.

                                                                                                       

Mère Jean-Baptiste Choupot, osb

 

Arrivée au Sénégal avec mes quatre compagnes en février 1967, nous avons cherché rapidement à prendre contact avec les communautés de moniales déjà fondées en Afrique de l'Ouest. C'est ainsi que prit corps un projet de voyage dont le but était principalement d'établir des relations fraternelles et de bénéficier de l'expérience de nos aînées, dont certaines avaient déjà accueilli des vocations africaines. C'est ainsi que dès janvier 1968, je partis avec Sr Bernadette pour une "tournée" qui nous mena à Toffo, Dzogbégan où nous avons assisté à la Dédicace de l'église des moniales, Bouaké et Koubri. Tout nous intéressait et était soigneusement noté  : constructions, horaire, style de vie, vêtements, organisation du noviciat, (...) Le principal bénéfice était d'avoir rencontré des súurs avec lesquelles des relations personnelles furent nouées et se poursuivent depuis.

En 1971, il y eut la réunion à Parakou sur le thème de la prière, qui voulait se placer dans la suite, mais de façon plus modeste, des rencontres de Rome et de Bouaké. Ces rencontres se sont poursuivies à des intervalles plus ou moins réguliers et avec des participations variables jusqu'à aujourd'hui.

Dès 1969 et avant même notre installation dans le monastère enfin construit, nous avons reçu des visites de moniales faisant escale à Dakar : la kora et la liturgie motivaient en grande partie ces passages, mais il y eut aussi le séjour prolongé d'une moniale sénégalaise entrée à Bouaké et que sa Prieure nous demanda d'accueillir. À part ce cas, c'étaient des séjours de quelques jours : Prieures et moniales de Dzogbégan, de Bouaké, de Parakou, même une clarisse de Kabinda au Zaïre et deux rédemptoristines de Diabo (Burkina). Un nouveau pas fut franchi quand Mère Marie Hamel nous demanda, en 1977, de recevoir pendant un mois deux jeunes professes pour une initiation à la kora et au chant. Nous avons accepté avec enthousiasme. L'une des deux est revenue l'année suivante pour une formation plus approfondie en liturgie sur huit mois.

Parallèlement mûrissait, à partir de 1977, sous l'impulsion décidée de Mère Charles Hélie, Prieure de Toffo, un projet d'Association des monastères de moniales bénédictines d'Afrique de l'Ouest. Après plusieurs moutures et pas mal de correspondances, et enfin la rencontre d'Abidjan en 1979 où nous avons pu en discuter ensemble, ce projet a été présenté et approuvé par le Saint-Siège en 1980. Cette Association est précieuse. Le but en est, selon les Statuts, "de manifester et de favoriser l'unité de la vie monastique" et de collaborer par l'échange d'informations et de services, en particulier pour la formation, le partage d'expériences, l'étude de sujets nous concernant, de soutenir les fondations nouvelles. Dans son cadre, les cinq monastères associés : Bouaké, Koubri, Dzogbégan, Toffo et Keur Guilaye se rencontrent tous les deux ou trois ans ; actuellement, Sadori (Togo) et Friguiagbé (Guinée) postulent leur admission aussi. Lorsque les circonstances et/ou le sujet traité en réunion s'y prêtent, nous élargissons notre groupe aux rédemptoristines de Diabo, aux cisterciennes de Parakou.

Il y a entre les Prieures une grande confiance mutuelle et une profonde union fraternelle qui nous permettent de porter ensemble soucis, difficultés et espoirs. Nous nous entrai­dons soit en demandant de l'aide à un autre monastère quand le besoin s'en fait sentir, soit en accueillant des soeurs qui ont besoin de formation ou simplement de détente ou de repos. Nous savons que nous pouvons toujours présenter une demande d'aide, de conseil, de collaboration ou simplement être reçues pour un séjour, et que nous serons bien accueillies. Nous gardons le contact par la correspondance et surtout l'envoi de petites chroniques, plus ou moins régulières, qui nous tiennent au courant de l'essentiel de la vie des unes et des autres, et nous font connaître les communautés-soeurs et les personnes, si bien que l'on se retrouve tout à fait chez soi lorsque l'on doit voyager. Quand c'est possible - l'éloignement géographique est pour cela un handicap - il y a participation effective aux événements : professions, jubilés, dédicace ...

Notre  évêque de Thiès admire beaucoup cette entraide fraternelle qu'il trouve exemplaire et digne d'être imitée à d'autres niveaux. Sans doute ces réalisations ne semblent-elles pas très spectaculaires, mais nous tenons beaucoup à ce lien formel qui tient la route depuis plus de 20 ans et nous permet de nous considérer comme une grande famille, au sein de laquelle chaque communauté garde son identité propre et apporte aux autres ses propres richesses, dans une réelle et vivante communion.

Mère Françoise de Brantes, osb