Solidarité dans le SURCO

Eduardo GOWLAND, ocso, Abbé d'Azul, Argentine, Président du SURCO

Le SURCO est la Conférence des communautés monastiques du Cône Sud d'Amérique latine. Il comprend l'ensemble des monastères bénédictins et cisterciens existant en Argentine, au Chili, au Paraguay et en Uruguay. Ce sont 24 maisons, 12 de moniales et 13 de moines, dont 4 de trappistes et une de l'Ordre de Cîteaux. Un total d'approximativement 400 fils et filles de saint Benoît.

Les fondations

La solidarité fraternelle entre nous se manifeste de diverses manières. En premier lieu il y a à rendre grâce pour le vaste mouvement des fondations. À l'exception du Brésil, la vie monastique en Amérique latine est très récente. Elle a commencé précisément en 1899, avec la fondation de l'abbaye de Niño Dios (l'Enfant Dieu), à Victoria, en Argentine, à partir de l'abbaye de Belloc en France (de la Congrégation de Subiaco), et trouve sa plus récente manifestation dans la fondation du monastère de Nuestra Señora de Chada, à Buin, Chili, venant de l'abbaye de l'Ordre de Cîteaux Nossa Senhora de São Bernardo, de São José do Rio Pardo, Brésil. Entre ces deux extrêmes, nous rendons grâces pour les fondations venues des abbayes de Samos, Silos, Einsiedeln, Beuron, Santa Maria du Brésil, San José de Spencer et Gethsemany aux USA, les fondations italiennes de la Madre de la Unidad et San José de Vitorchiano, celle de San Pelayo d'Oviedo, Espagne. Il faut y ajouter ensuite la solidarité féconde de quelques-unes de ces fondations : Niño Dios, Sana Escolastica, Cristo Rey, Los Toldos, Gaudium Mariae, Santa Maria Madre de Iglesia, et Madre de Cristo, à Ninojo, Argentine, qui, à leur tour, multiplièrent le don et la présence monastiques sur notre continent avec de nouvelles fondations.

Comme il est naturel, chaque fondation naquit et se développa dans une rencontre créatrice entre la grâce particulière qu'apportèrent les fondateurs et les conditions locales de chaque monastère ; la vie et l'idéal monastiques rayonnèrent à partir de là, dans un appui réciproque.

L'influence du Concile

Mais c'est principalement à partir du Concile Vatican II que la communion et la solidarité monastiques entre nous se font plus stables, prennent forme et s'organisent de façon systématique. Le souci d'unir les efforts entre les maisons d'un même Ordre demandé par le Concile, la nécessité de discerner et de vivre ensemble les "temps nouveaux" qui s'ouvraient pour l'Église, firent que commencèrent à se concrétiser diverses rencontres. Au commencement les Supérieurs se réunirent entre eux, ensuite avec des délégués, plus tard s'organisères des réunions de novices et de formateurs... ce qui, au cours du temps, cristallisa en ce qui est aujourd'hui une solide communion entre nous, une structure institutionnelle, le SURCO, et une certaine manière d'être propre à nos monastères.

Dans ce processus, la solidarité fut un constant dénominateur commun. On pourrait dire que c'est surtout grâce à elle que le processus fut rendu possible, en se soutenant, en s'entraidant mutuellement, en faisant face ensemble aux situations, en suscitant la vie.

Un élément très important, à mon sens, a été le respect de l' identité des communautés et des différents Ordres. Depuis de nombreuses années, pour nous trappistes du Chili et d'Argentine, les bénédictins furent d'autres frères moines en qui nous pouvions nous reconnaître, tandis que les trappes furent de leur côté témoignage et ferment d'inspiration pour de nombreux monastères bénédictins autour de valeurs propres à la vie monastique. Il est intéressant d'observer aujourd'hui que, tant chez les bénédictins que chez les trappistes, s'est développée une plus grande solidarité et proximité à l'intérieur de nos Ordres respectifs ; je fais allusion à la création de la Congrégation bénédictine de la Santa Cruz du Cono Sur en 1976, et à la Région Mixte Latino Américaine des trappistes (REMILA). Et cela, loin d'affaiblir notre solidarité nous permet de la vivre d'une manière plus profonde et plus riche.

Nos rencontres

Aujourd'hui la solidarité entre nous représente plus un ensemble de relations et de tâches communes que d'aides matérielles. Il ne pourrait pas en être autrement, car nos monastères sont généralement pauvres. Tous les trois ans nous célébrons une assemblée du SURCO à laquelle participent les Supérieurs et délégués de chacune des communautés. Tous les deux ans nous organisons un cycle important d'études pour moines et moniales en première formation, et enfin un autre pour profès solennels. À cela il faut ajouter une rencontre annuelle de la Sous-Région Andine, laquelle regroupe les monastères chiliens, et d'autre rencontres plus occasionnelles comme des sessions de formateurs, économes, etc. Le SURCO est membre de l'Union Monastique Latino Américaine (UMLA), qui regroupe le reste des monastères latino-américains et célèbre tous les quatre ans une rencontre fraternelle sur des sujets d'intérêt commun. Dans toutes ces rencontres l'amitié et la communion fraternelles trouvent le cadre favorable pour reconnaître et renforcer la solidarité entre nous. C'est un "tissu" de relations qui, en commençant par les plus jeunes, contribue à unir les générations et à fortifier le développement des communautés.

Éditions

La solidarité dans le SURCO trouve dans la revue Cuadernos Monasticos  et dans Éditions ECUAM une de ses meilleures expressions permanentes. Dès le début se manifesta une conscience très vive de l'importance d'une bonne formation monastique, qui correspondrait au monde actuel et plongerait en même temps ses racines aux sources, selon l'invitation du Concile. Dans cette perspective a été fondée en 1966 la revue Cuadernos Monasticos qui, surmontant toutes sortes d'obstacles, a paru sans interruption jusqu'à présent. ECUAM, sous une forme plus récente et plus modeste, veut être un complément à ce projet éditorial avec l'édition d'oeuvres qui dépassent les possibilités de la revue. Le fruit en est un riche trésor de pensée, d'expériences, de diffusion des sources les plus importantes du monachisme, qui ont alimenté et façonné une pensée commune pour la majorité de nos communautés, nées à la suite de Vatican II.

Solidarité de l'AIM

Sur le thème de la solidarité dans le SURCO, il faut consacrer un chapitre spécial à l'AIM. Et cela, à trois niveaux : l'aide individuelle aux communautés, l'appui financier fréquent aux publications et une contribution sans défaillance pour nos réunions, spécialement les réunions de formation. Je pense que, sans cette aide le développement du SURCO aurait été très différent, car nos communautés n'ont que de maigres revenus, bon nombre d'entre elles en sont à leurs débuts, les distances entre les monastères sont grandes et les économies de nos pays instables. La solidarité de l'AIM est un don que nous apprécions toujours : son soutien économique, ses publications qui nous ouvrent et nous relient à tant de parties du monde, nous enrichissent des perspectives différentes d'une même recherche de Dieu et du service de l'Église et sont d'inappréciables stimulants dans cette merveilleuse tâche à laquelle Dieu nous a appelés : ouvrir le sillon monastique en Amérique Latine.

"Avancer au large"

Au début du nouveau millénaire le Pape invite l'Église à "avancer au large" (NMI, 1). Je pense que, traduite en consigne monastique, c'est une invitation audacieuse à redoubler d'efforts et d'enthousiasme pour créer à partir de nos charismes une authentique vie monastique renouvelée et inculturée. La solidarité dans toutes ses dimensions ne peut être absente de monastères plongés dans des sociétés assoiffées d'un authentique amour solidaire comme les nôtres ; elle ne peut pas manquer non plus dans les relations réciproques entre les monastères. Elle est appelée à croître et à se concrétiser de plus en plus en de multiples réalisations fraternelles et formes de collaboration. Nous sommes en route...