Réflexion sur les monastères du Mexique

Introduction

Les États-Unis du Mexique (nom officiel) est un pays de près de 2.000.000 de kilomètres carrés. Le nombre de ses habitants est passé de 30.000.000 en 1950 à plus de 100.000.000 aujourd'hui. De densité moyenne, sa population est concentrée autour de la ville de Mexico, la capitale. Il est normal que ce soit dans cette région que les premières fondations monastiques aient été faites. Aujourd'hui encore le sud du pays (ex.: l'État du Yucatan) et surtout le vaste territoire nordique (ex.: les États de la Baya California et de Sonora) sont dépourvus de toute présence monastique. Déjà en 1902, des moines de Silos étaient arrivés dans la capitale pour le ministère paroissial. Mais les premières fondations de monastères sont venues des États-Unis dont celle de l'abbaye de Tepeyac, fondation des moines de Collegeville en 1946. Les sœurs bénédictines d'Atchison ont rapidement suivi les moines en 1947 en s'établissant dans la ville de Mexico, (Riobamba). Cette communauté a plus tard donné naissance au Colegio Subiaco, situé également à Mexico et plus tard à la communauté de Torreón. Les sœurs et les moines américains venaient y établir des collèges, aujourd'hui toujours très florissants. Le monachisme est donc jeune au Mexique ; ce n'est que tout récemment qu'a été célébré, pour la première fois, le 50ème anniversaire de profession - à Cuernavaca - d'un moine de nationalité mexicaine. L'actuel supérieur de Tepeyac, élu en l'an 2000, est le premier Mexicain à devenir abbé bénédictin.

A ce type de tradition monastique vouée à l'éducation, s'ajoutent d'autres monastères provenant d'une tradition plus contemplative comme les monastères de Ciudad Hidalgo / El Encuentro, fondé en 1971 par Ubexy, France, et de Jacona fondé en 1979 par San Isidro en Espagne. Ce sont les deux seuls monastères trappistes du pays. Dans cette même tradition de vie, nous retrouvons des monastères issus de ce que nous pourrions appeler des « projets privés » : à Ahuatepec, à San Miguel de Allende et à Teocelo. A ces monastères, il faut ajouter deux Congrégations de sœurs de fondation autochtone agrégées dans un deuxième temps à la Confédération bénédictine. Ce sont les Hermanas Guadalupanas de Cristo Rey qui comptent actuellement 229 professes travaillant en 29 lieux différents, et les Hermanas de la Sagrada Familia au nombre de 86 professes travaillant dans leurs 10 maisons.

Statistiques

Les réponses à un questionnaire révèlent qu'il y a actuellement 417 profès et professes, dont 36 de vœux temporaires. Les novices sont une douzaine, ainsi que les postulants et postulantes. Grâce à la présence des 2 congrégations d'origine autochtone déjà mentionnées, il y a 6 fois plus de sœurs et de moniales que de moines au Mexique. De façon générale, on constate dans les monastères féminins une plus grande stabilité qui se manifeste par une plus grande persévérance dans la vie monastique et une certaine augmentation du nombre des membres. Malgré de nombreuses entrées, certains monastères masculins n'augmentent pas en nombre. Il semble y avoir moins de certitude concernant la valeur de la vie monastique chez les hommes que chez les femmes. On remarque également le désir assez fréquent chez un certain nombre de jeunes de changer de monastères. Faut-il ajouter que la vie monastique est peu connue dans ce pays ? Les Instituts qui attirent les jeunes sont des  Congrégations de fondation moderne.

Formation

Partout le besoin d'une bonne formation des candidats à la vie monastique est reconnu, ainsi qu'un désir de la poursuivre la vie durant. Un cycle d'études est habituellement établi qui comprend des matières comme l'Écriture sainte, l'étude des Pères, de la spiritualité monastique, des constitutions, de la musique ... On reconnaît une difficulté à obtenir de bons formateurs, soit à cause de leur rareté, soit par manque de fonds. Il est aussi fait mention du bas niveau intellectuel - et du manque de bonne éducation dans les familles - des candidats à leur entrée, ainsi que de l'influence sur eux - et elles - d'une société qui vit de superficialité et d'hédonisme. Il est souvent fait appel à des conférenciers, même non monastiques. Certains membres de certaines communautés sont parfois envoyés, même à l'étranger, pour des sessions ou des études plus approfondies.

Travail

Le but des premières fondations monastiques faites au Mexique à la fin des années 40 était l'instruction et l'éducation des jeunes. Tous les Ordres religieux qui se sont voués à l'éducation dans ce pays ont réussi financièrement. Des milliers d'élèves fréquentent aujourd'hui l'école de l'abbaye de Tepeyac. C'est déjà un véritable campus universitaire qui le deviendra davantage lorsque s'adjoindra l'université que les moines sont en train de mettre sur pied et qui accueillera quelques milliers d'étudiants supplémentaires. Leur auditorium, récemment inauguré, est le plus moderne du pays.

S'il en fut ainsi au début, aujourd'hui très peu de moines et de sœurs sont directement engagés dans l'éducation, sauf pour quelques postes de direction. Les écoles des monastères féminins d'origine américaine passeront peut-être graduellement à la direction de laïcs qui sont cependant désireux de conserver le caractère propre de l'éducation bénédictine, faite de "générosité et de franchise". Le manque de vocations est la cause directe de cette situation.

La réception des hôtes, les retraites, de nombreux ateliers de nature fort diverse, ainsi que l'agriculture et l'élevage, occupent moines, sœurs et moniales à des degrés divers dans presque tous les monastères et contribuent ainsi à leur subsistance. Les sœurs des 2 Congrégations d'origine autochtone sont très engagées dans l'aide aux paroisses, la pastorale des enfants et des jeunes, surtout pauvres et orphelins. Il faut souligner leur admirable travail. Pour beaucoup de monastères non voués à l'éducation, l'équilibre financier n'est pas facile à maintenir.

Influence sur la société

Le type d'assistance qu'offre les monastères à la société qui les entoure est directement lié aux travaux pratiqués en communauté. Tous les monastères ont un rayonnement local important. Outre les services spirituels qu'assurent la vie de prière de la communauté, l'accueil des hôtes, les retraites, les cours et conférences, la plupart des communautés pourvoient aux besoins matériels des plus pauvres, par exemple en vêtements et médicaments, sans oublier les nombreuses bourses d'études qu'offrent les monastères engagés dans l'éducation. Il existe aussi des ateliers pour la promotion de la femme.

Conclusion

Différentes les unes des autres par le type de tradition monastique qui les guide, nos communautés du Mexique sont unies par la poursuite de l'idéal exprimé par notre Père saint Benoît. En 1974, alors que la population monastique était plus élevée qu'aujourd'hui, eut lieu la fondation de l'UBM (Unión Benedictina Mexicana). Elle était l'aboutissement d'un désir, exprimé lors d'une réunion en 1965, d'établir des relations de plus grande fraternité entre les différentes communautés bénédictines du Mexique. Le but était de créer un appui spirituel mutuel, moral et humain, et de servir l'Église de ce pays dans les meilleures conditions. Tous les types d'aides habituellement prévus par un tel organisme étaient fournis et ont été réalisés : cours annuels et spéciaux, rencontres fraternelles, pèlerinages à Notre-Dame de Guadalupe, Bulletin ... Récemment toutefois, l'UBM a perdu beaucoup de son influence et l'AIM aurait peut-être un rôle à jouer ici.

Une autre tradition monastique sera bientôt présente au Mexique avec la fondation d'un monastère par les moines de l'Ordre de Cîteaux. Par contre, présentes sont déjà les sœurs de Querétaro qui suivent la spiritualité bénédictine mais qui ne se sont jamais agrégées à la Confédération bénédictine. Un monastère d'hommes a été fermé récemment et un projet de fondation n'a pu aboutir pour le moment.

Il est bon d'ajouter en terminant que presque tous nos monastères du Mexique possèdent, pour la célébration de l'Office divin, une église sobre et belle grâce à la collaboration de l'architecte mexicain Père Gabriel Chavez de la Mora osb.

Jacques Côté, osb