Pèlerinage aux sources de la vie monastique

Chers frères et sœurs,

dans le cadre de la formation et de l'enracinement dans notre vie monastique, l'A.I.M a offert cette année un voyage-pèlerinage à des moines et moniales de l'Afrique de l'Ouest, pèlerinage en terre d'Égypte, pays de nos pères dans la sequela Christi. Nous étions une trentaine de moines et moniales des monastères de Keur Moussa et Keur Guilaye (Sénégal), de l'Étoile Notre-Dame et de Kokoubou, du Mont Tabor et de Koffo, de la Fraternité monastique de Kazaboua (Bénin), de Séguéya (Guinée), de Dzobegan et de l'Assomption, d'Agbang et de l'Emmanuel (Togo), de Bouaké et de la Bonne Nouvelle (Côte d'Ivoire), de Koubri (Burkina Faso) et nous étions aidés dans cette démarche par fr. Guido du Monastère de Bose (Italie), accompagné de fr. Imerio. Ce pèlerinage a été longuement préparé par nos différentes communautés, afin d'en tirer le meilleur pour nos frères et sœurs restés dans nos abbayes.

C'est pour cela que ce compte-rendu prend maintenant la forme d'une lettre ouverte adressée à tous les moines et les moniales qui sont en relation avec l'A.I.M. pour leur faire part des richesses que nous avons vécues pendant ce pèlerinage monastique aux sources de notre forme de vie. Vous trouverez dans nos paroles l'écho de ce que nous avons ressenti et saisi comme don offert pour un approfondissement et un épanouissement des aspects fondamentaux de toute vie monastique.

Nos découvertes viennent des neuf monastères visités qui sont : sept monastères coptes-orthodoxes de moines (Monastère de Saint Menas avec 110 moines; Monastère de Saint Macaire avec 130 moines; Monastère de Baramous ou monastère de la Vierge Marie des deux Romains, avec 110 moines; Monastère Sainte Marie des Syriens avec 140 moines; Monastère d'Amba Bishoï avec 160 moines; Monastère de Saint Paul avec 100 moines; Monastère de Saint Antoine avec 120 moines), un monastère de moniales coptes-orthodoxes (Monastère St Georges, dont le nombre des moniales n'est pas donné par discrétion) et un monastère copte-catholique de moines (un seul moine depuis 11 ans) et moniales (3), dédié à l'Annonciation.

Cette lettre est une seule, mais elle naît de la mise en commun des impressions et des réflexions des petits groupes de moines et moniales qui, sollicités par des suggestions de fr. Jean-Luc au cours de la préparation du voyage, ont essayé l'un d'esquisser le déroulement du pèlerinage, et les autres d'aborder le thème central de la vie monastique en le situant à l'intérieur de la présence des Églises chrétiennes en Égypte, particulièrement l'Église copte, et en l'approfondissant à travers les deux aspect si importants de notre vie que sont la lectio divina et la liturgie.

Ce que nous avons vu et entendu, ce que nos mains ont touché, ce que nos pieds ont foulé tout au long de ce pèlerinage qui nous a profondément marqués, nous essayons de vous l'annoncer afin que vous ayez communion avec nous (cf. 1Jn 1,1-3): cette expérience inouïe est restée gravée dans nos cœurs et chacun(e) est reparti(e) avec le désir d'en témoigner par une vie toute renouvelée.

Le voyage

Deux entrées et quelques souffrances

    " Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai... Abram descendit en Égypte... " (Gn 12,1.10). L'Égypte ! Rien que le nom évoque en nous une grande émotion. Égypte, terre remplie d'histoire et de son histoire pour avoir civilisé le monde. Bref, c'est le nom d'Égypte même qui est toute une histoire. Terre féconde, l'Égypte est à l'image d'un peuple qui fait de son histoire l'une de ses sources de survie. Aussi, comme un écho sonore, les coptes-orthodoxes se considèrent comme les premiers habitants de cette terre bénie. L'histoire et ses aspérités est passée sur ce peuple quand arrivèrent les Arabes d'abord et d'autres éléments de l'Europe ensuite. Malgré le métissage grandissant, la présence copte-orthodoxe restera nombreuse et fidèle au Christ, même si elle devra payer un lourd tribut.

Mais revenons en pas en arrière et situons-nous à notre arrivée sur le sol égyptien. Les voyages d'aujourd'hui sont fort différents de ceux du temps d'Abram ou encore de Joseph et Marie, mais ils ne sont pas pour autant dépourvus de mésaventures... Nous formions deux groupes, l'un du Sénégal et l'autre du Burkina. L'horloge affiche enfin 4h00 du 22 octobre quand voilà le groupe du Sénégal débarquer à l'aéroport du Caire après cinq heures de vol. Notre premier contact avec l'Égypte est tout sauf rassurant. Le policier qui s'occupe de vérifier les passeports de notre file a un regard lugubre. Il semble avoir une fascination particulière pour la peau noire, ce qui est loin d'être de notre goût. Devant nous se trouvent cinq jeunes Sud-Africaines: la tension commence à monter. Le policier ne veut rien comprendre, et notre chère cousine ne se laisse pas marcher sur les pieds. Pour finir, mademoiselle ne passera simplement pas. Elle retournera en Afrique du Sud avant même d'être entrée en Égypte. La peur commence à gagner nos cœurs. Nous eûmes également droit aux passeports confisqués par cet agent de la sécurité qui commençait à nous rendre moins agréable l'arrivée. Finalement le problème fut réglé grâce à notre cher guide Athef Francis. Mais nous dûmes assister impuissants au retour précipité d'une dizaine de personnes venues d'Afrique noire.

    Nous retrouverons des épisodes emblématiques de tensions analogues en deux autres circonstances: des enfants musulmans jetteront des pierres contre notre bus pendant que nous quitterons le monastère catholique visité ; d'autres se moqueront de nous quand nous nous rendrons à la Nonciature. Ainsi nous aurons pu apercevoir quelque chose de la souffrance de l'Église, minoritaire dans un pays très islamisé.

    Le périple du groupe du Burkina non plus - presque une communauté, étant donné qu'il est formé de 22 moines et moniales du Benin, du Togo, de la Côte d'Ivoire et du Burkina - n'est pas aussi reposant qu'on osait l'imaginer. Après les congratulations au Burkina, le lieu de ralliement, l'effervescence du long voyage prochain dilate déjà les cœurs. Tout est paisible ce lundi à 23h00, alors que la nuit s'est imposée gagnant toute la ville. Comme souvent en Afrique, nous nous attendions naturellement à un accueil chaleureux. Mais c'est un petit calvaire qui nous attend, car nous connaîtrons aussi quelques difficultés avec les agents de la sûreté nationale: le problème arrivé aux Sénégalais se renouvelle. Heureusement, forts de la parole de l'Écriture : « comme une mère console ses enfants, moi aussi je vous consolerai » (Is 66,13), nous avons rencontré à l'aéroport même l'évêque copte Anghélos qui nous a apaisé le cœur et calmé nos ardeurs. Nous fendîmes le Caire pour nous rendre vers la colline du Mokattam chez les sœurs comboniennes, où nous retrouvâmes un accueil méridional. Ainsi nous fûmes réconfortés et nous pûmes dormir sur nos deux oreilles en attendant un lendemain meilleur.

Le Vieux Caire et une Église vivante

Nous entamons le pèlerinage par une liturgie eucharistique dans la chapelle des sœurs comboniennes. Après le petit déjeuner, notre guide - un copte-orthodoxe de nom d'Hany ("Content", en arabe) - est déjà là et nous attend. Nos découvertes prennent jour avec la visite du quartier copte, où repose encore une bonne partie du patrimoine de cette Église.

Le quartier copte ou "vieux Caire" regroupe une forte concentration de coptes-orthodoxes et d'églises, les plus anciennes d'Égypte, telle que l'église "Suspendue", dédiée à la Sainte Vierge et bâtie sur les murs de l'ancienne forteresse du Caire. C'est aussi dans ce quartier que se trouve le musée copte où plusieurs découvertes nous ont marqués : des archives reproduites sur des tissus, la plupart ornés de feuilles, de fleurs, de fruits, les archives nilotiques et plusieurs icônes et fresques d'autres monastères.

Après le musée, nous avons franchi la porte d'un témoignage "vivant", le monastère Saint Georges, habité par une centaine de moniales. Par un accueil très chaleureux, sr. Dorothée et deux autres sœurs nous font visiter leurs lieux, en particulier l'église et la grotte où se trouve la chaîne miraculeuse de saint Georges. Leur mode de vie est proche du monachisme ancien et tout est bâti autour du guide spirituel.

    Avant de quitter le Vieux Caire, nous visitons l'église Sainte Barbara, jeune fille martyrisée par son père païen, pour s'être convertie au christianisme. Une très belle séquelle d'icônes parcourt la vie de Jésus, depuis l'Annonciation jusqu'à Pentecôte.

De désert en désert, les monastères coptes...

Le monachisme copte égyptien connaît deux topographies, le désert occidental et le désert oriental. Une bonne partie des monastères se trouve dans le désert occidental - au Nord-Ouest du Caire - et c'est là que nous avons marché sur les pas de nos pères, de Saint Menas à Saint Macaire, de El Baramous au monastère des Syriens en passant par Amba Bishoï.

Dans le désert oriental - en direction Sud-Est du Caire, pas loin de la Mer Rouge - se trouvent les plus anciens monastères de Saint Paul et de Saint Antoine. Et c'est à Saint Antoine que notre pèlerinage touche son faîte. Dans l'après-midi, nous entreprenons une ascension de 2160 m., avec 1104 marches, pour nous recueillir devant et dans la grotte où à vécu saint Antoine. Là, chacune et chacun a senti le sérieux que doivent revêtir nos engagements dans la vie monastique et dans nos différentes communautés.

... et leur accueil fraternel

    Dans tous ces monastères du désert, un accueil plus que chaleureux nous a été réservé. À Scété, où se trouve le monastère Saint Macaire et où nous avons établi notre base pour trois jours, le Père Wadid, rayonnant d'une joie communicative, nous fait goûter à l'essentiel du monachisme copte. Notre soif du désert, rêve ou illusion, se transforme petit à petit en une communion formidable entre deux Églises assoiffées d'unité. L'expérience vécue à Saint Macaire, cette possibilité de prier ensemble dans une même clameur de joie et une même quête de Dieu nous émeut encore.

Parmi les moments marquants vécus à Saint Macaire, nous ne saurions passer sous silence le riche entretien dont nous a gratifié le Père Wadid. Cet entretien portait comme titre : Méditation sur le nom de Jésus à partir des apophtegmes de l'abbé Macaire tiré du "Jardin des moines". Après cet enseignement, le moment était venu d'aller se recueillir sur la tombe du Père Matta El Maskine, guide spirituel du monastère Saint Macaire décédé en 2006.

De nouveau au Caire: deux présences de dialogue

Avant de clore le pèlerinage, nous faisons une rencontre avec la communauté des frères dominicains, qui anime l'Institut d'Études Orientales, fourni d'une grande bibliothèque spécialisée sur les écrits des premiers siècles de l'islam. Service rendu souvent difficile par la méfiance de l'inconnu de la part des Égyptiens musulmans.

L'après midi, rencontre chaleureuse avec le Nonce, Mgr. Michael Fitzgerald, qui nous accueille joyeusement et nous situe les chrétiens, dans une Égypte où 91% de la population est musulmane. La célébration de l'Eucharistie, présidée par Mgr. Fitzgerald, en cette vigile de la Toussaint, est la digne clôture liturgique de notre pèlerinage.

Les Églises chrétiennes d'Égypte 
et l'Église copte en particulier

De la Sainte Famille à la prédication de Saint Marc

    Pour nous, chrétiens catholiques d'Afrique de l'Ouest, c'est une surprise et une grande richesse que cette rencontre avec des chrétiens d'une Église orientale orthodoxe comme celle Copte.

Au cours de l'histoire, différentes Églises se sont constituées avec leur liturgie particulière, leur hiérarchie propre et leur culture. Les chrétiens coptes que nous avons rencontrés en Égypte, qu'ils soient orthodoxes ou catholiques, considèrent leur terre comme particulièrement bénie, puisque selon l'Évangile de Matthieu (Mt 2,13-20) la Sainte Famille s'y était réfugiée pour fuir la colère d'Hérode. Les Évangiles apocryphes rapportent que leur séjour en Égypte dura environ trois à quatre ans et que les voyageurs remontèrent la vallée du Nil. Il n'est ainsi pas étonnant qu'une multitude de lieux commémorent la visite de la Sainte Famille, et que tant d'Églises que nous avons visitées soient consacrées à la Vierge Marie.

    Le mot « copte » qui caractérise cette Église provient du mot grec « Aegyptos », formé sur un terme pharaonique désignant le Sanctuaire de Memphis. Ainsi, les chrétiens que nous avons rencontrés se disent sans complexe descendants des Pharaons. Ce mot désigne également la langue utilisée pour la liturgie. Nous avons constaté qu'elle n'est guère utilisée que par les prêtres et les moines, les simples fidèles ne connaissant que l'arabe et quelques expressions liturgiques.

    L'Apôtre Marc est l'évangélisateur de cette Église. Il est venu prêcher la Bonne Nouvelle vers l'an 42 et consacra le premier évêque, Anianos, puis il continua sa course apostolique. Lorsqu'il revint à Alexandrie en 61, il trouva une communauté florissante. L'évangéliste Marc scella son ministère à Alexandrie par le martyre en 68. L'actuel " pape et patriarche d'Alexandrie et de toute la prédication de saint Marc " - c'est là le titre que son Église lui attribue - Shenouda III est son 117ème successeur. Nous avons eu la joie, au milieu d'une foule immense de fidèles, de participer à sa catéchèse hebdomadaire du mercredi, dans la Cathédrale Saint Marc du Caire.

Un pape "tiré au sort"

    Faisons une petite parenthèse pour noter ce que le mode d'élection du pape copte-orthodoxe a d'original. Le patriarche d'Alexandrie est nommé par un collège électoral constitué des évêques, de membres du clergé et de laïcs. Ce collège présente trois candidats pour la sélection finale et, après une prière de toute l'Église et l'invocation du Saint Esprit, un tirage au sort par un enfant permet de les départager. Le patriarche copte d'Alexandrie gouverne une communauté d'environ 8 à 10 millions de fidèles. Ce chiffre fait des coptes la plus importante population chrétienne du Moyen-Orient. Cela malgré les persécutions et les hostilités fréquentes dont les coptes ont été victimes tout au long de leur histoire et jusqu'à aujourd'hui, bien qu'à un degré moindre.

Une même foi, mais pas encore d'unité

    Un point également important que nous voulons souligner ici est que l'Église Copte croit aux deux natures existentielles dans le Christ parfaitement et inséparablement unies. Lors de notre visite au monastère d'El Baramous en particulier, le P. Makarios a tenu à nous expliquer pourquoi et dans quel sens ils ne sont pas " monophysites " (croyance en une seule nature dans le Christ). L'Église catholique et l'Église copte ont signé en 1973 un important document d'accord christologique sur ce point, malgré lequel le partage de la même table eucharistique n'est toutefois pas encore possible.

    L'Église copte a une importante tradition monastique qui remonte au début de l'ère chrétienne. À travers notre expérience, nous avons pu constater combien les chrétiens coptes fréquentent leurs monastères pour y prier et recevoir les bénédictions.

N'oublions pas nos frères coptes catholiques rattachés à Rome: ils ne sont que 250.000. C'est le Pape Léon XIII en 1899, qui créa un Patriarcat copte catholique. Nous avons eu la joie de rencontrer le Père Cyrille, moine copte-catholique. Le monachisme copte-catholique n'en est qu'à ses débuts. En effet depuis onze années le Père Cyrille tente, avec une équipe de trois sœurs, l'expérience d'une vie monastique copte-catholique.

    En guise de conclusion, nous avons été frappés par la ferveur populaire très sensible dans toutes les églises visitées; elle s'exprime par des gestes de dévotions envers les icônes, les reliques, des demandes de nombreuses bénédictions... Cette ferveur est alimentée par le témoignage des nombreux martyrs qui ont édifié cette Église par l'effusion de leur sang : " le sang des martyrs - comme le disait Tertullien - est véritablement semence de chrétiens ! "

La vie monastique

Comme des abeilles:

    On dit de saint Antoine que, au début de son chemin monastique, il " se soumettait volontiers aux ascètes qu'il allait voir, et il s'instruisait auprès d'eux de la vertu et ascèse propre à chacun. Il contemplait dans l'un l'amabilité, dans l'autre l'assiduité à la prière; chez celui-ci il voyait la patience, chez celui-là la charité envers le prochain; de l'un il remarquait les veilles, de l'autre l'assiduité à la lecture; il admirait l'un pour sa constance, l'autre pour ces jeûnes et son repos sur la terre nue. Il observait la douceur de l'un et la grandeur d'âme de l'autre; chez tous il remarquait à la fois la dévotion au Christ et l'amour mutuel " (Vie de saint Antoine, 4).

Notre pèlerinage sur les pas de nos ancêtres dans la vie monastique n'a pas d'autre but que celui de notre père Antoine : comme des abeilles, recueillir dans les communautés monastiques d'Égypte, ce qu'il y a de meilleur pour notre progrès spirituel, pour l'approfondissement de la vie monastique en terre africaine, notamment en Afrique de l'Ouest d'où viennent les pèlerin(e)s que nous sommes.

Nous avons découvert un peuple et une Église dont la foi est impressionnante. De ce peuple copte et de cette Église orthodoxe, ont émergé des communautés monastiques à la fois solidaires du peuple et en retrait de lui.

Solitude et communion - le moine séparé de tous et uni à tous -, ce thème de la 3ème année de la Structure Sainte Anne, est concrètement vécu en Égypte dans les monastères. Ceux qui ont participé à la session de septembre constataient visiblement ce que le père Jean-Luc nous faisait comprendre à travers les textes. Ce que nous avons lu dans les livres est devenu une réalité visible, palpable. Ici, la vie monastique est restée fidèle à la tradition ancestrale et joue un rôle important dans la vie de l'Église. On pourrait dire que la vie des moines coptes orthodoxes d'Égypte est ferment pour la communauté chrétienne. C'est chez eux que les évêques (toujours non mariés) sont choisis, puisque leurs prêtres séculiers sont mariés.

En vous redisant nos expériences partagées, nous ne pouvons que les centrer autour de l'élément fondamental : l'amour passionné pour le Christ; de lui dépendent la mort au monde et à soi ainsi que la vie nouvelle dans le Christ au monastère. En effet, l'amour pour le Christ est comme le cœur dont la flamme d'amour donne l'énergie aux jambes de celui qui a renoncé à tout pour courir au monastère à la suite du Christ. Et c'est cette même flamme d'amour qui animera et soutiendra les mains du moine dans sa vie nouvelle pour travailler quotidiennement avec persévérance à sa conversion jusqu'au bout.

La mort au monde et à soi, ou du renoncement

« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. S'il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (Jn 12,24)

    La mort au monde et à soi, le renoncement, est bien le point de départ de la vie monastique dans les monastères coptes d'Égypte, une vie nouvelle dans le Christ. Le candidat à cette vie nouvelle doit d'abord terminer ses études, faire son service militaire (pour les moines), renoncer à ses biens, quitter sa famille et amis avant de s'engager à la suite du Christ et de son Évangile, dans le monastère de son choix. Nul ne peut servir deux maîtres. Un choix s'impose naturellement : ou Dieu ou le monde.

Pour signifier qu'il est vraiment mort au monde et à lui-même, son initiation à cette vie se conclut par la célébration de ses funérailles (selon leur expression). Aucun membre de la famille, aucun ami n'assiste à cette consécration, nous a dit le Père Wadid du monastère de Saint Macaire. En est-il ainsi dans les autres monastères ?

La cérémonie consacre à Dieu, pour toujours, le nouveau moine qui a renoncé au monde en venant au monastère avec le désir d'y travailler à sa conversion, à la lente et progressive mort à soi. Ce travail de longue haleine durera toute la vie et ne prendra fin qu'à la mort effective de chacun; le souhait qui l'anime est celui de Jean-Baptiste : « Que le Christ grandisse et que je diminue » (cf. Jn 3,30).

    Commence alors pour le moine la formation monastique sous la conduite du Père spirituel du monastère. Le rôle de celui-ci étant justement de l'aider à se détacher de sa volonté propre et à découvrir la volonté de Dieu sur lui et l'accomplir.

Les exigences demandées au candidat à la vie monastique n'ont pas d'autre but que de le libérer de toutes les contraintes, de toutes les attaches pour le rendre totalement disponible pour répondre à l'appel de Dieu et vivre sa consécration monastique dans la liberté des enfants de Dieu.

Le moine ou la moniale copte est un homme ou une femme libre, animé et conduit par l'Esprit. Sa maturité se mesure à la profondeur de sa prière, qui est condition pour vivre seul, nous dit le Père Wadid. Le moine qui sait prier, c'est-à-dire qui sait discerner dans la prière la volonté de Dieu, peut vivre en ermite sans illusions et sans risque de s'égarer. L'Esprit le conduit et le Père spirituel lui fait confiance.

L'amour passionné pour le Christ, ou la flamme d'amour

« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » (Jn 15,9)

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi ». (Mt 10,37)

Les critères de discernement de la vocation monastique et les conditions d'entrée au monastère sont les mêmes partout dans les monastères coptes-orthodoxes visités : Finir les études, avoir fait le service militaire - conditions demandées par l'État afin d'être libres de toute obligation civile - mais surtout avoir dans le cœur un grand amour pour le Christ qui, le premier, a aimé et donné sa vie pour chacun. Cette flamme d'amour pour le Christ, en réponse à son amour premier, est l'élément principal de la vie monastique. C'est lui qui est au point de départ, à l'origine de la fuite au désert. C'est lui le fondement et aussi la condition pour persévérer jusqu'au bout.

C'est ce qui a déterminé la fuite au désert des premiers ermites, ces fous de Dieu : Paul, Antoine, Pachôme, et d'autres, dont nous suivons les pas. Sans la prise de conscience du grand amour de Dieu pour chacun de nous et, en retour, sans cet amour passionné pour le Christ, impossible de vivre ce détachement et cette rupture radicale avec le monde tel que nous les avons décrits plus haut. Nous avons tous été impressionnés. C'est la mise en pratique quotidienne des paraboles du trésor caché dans le champ et de la perle précieuse (cf. Mt 13,44-46), c'est l'assomption sur soi-même des exigences demandées à tout disciple pour suivre le Christ (cf. Mt 10,37), c'est la réponse à l'appel adressé au jeune-homme riche (cf. Mc 10,21).

Sans cette flamme d'amour pour le Christ, celui qui s'engage dans la voie monastique finira par rebrousser chemin. Comme l'ont fait les chiens qui courraient sans avoir les yeux fixés sur le gibier. Mais ceux qui avaient les yeux fixés sur le gibier ont persévéré jusqu'au bout de leur course. Cet apophtegme sur la persévérance est bien connu ; inutile de le rapporter ici. Celui qui aime court, vole, rien ne peut l'arrêter.

Cet amour passionné pour le Christ suffit et tient lieu de Règle. C'est ainsi qu'au Monastère de Saint Macaire, le Père Wadid nous a affirmé qu'ils n'ont pas de Règle, pas même la Règle de Saint Pachôme (*). La vie de Saint Macaire a marqué ses moines par son amour passionné pour le Christ et pour les hommes. Il était bon pour tous et trouvait le bon côté des gens et des choses. Grâce à ses bonnes paroles et à ses bons exemples, il rendait bons les mauvais et opérait des conversions. C'est de cette flamme d'amour de leur Père que les moines de Saint Macaire vivent jusqu'à présent et cela leur suffit.

La vie nouvelle dans le Christ au monastère, 
ou la persévérance dans la vie monastique

« Si quelqu'un m'aime il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, 
et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 20-23)

L'expérience de l'amour de Dieu pour le moine a fait naître en lui l'amour passionné pour le Christ. Cet amour passionné a été le point de départ de son renoncement au monde pour entrer au monastère. Cet amour sera maintenant le moteur de ses actions tout au long de sa vie. Comme l'or dans le creuset, le moine vérifiera la réalité et la sincérité de son engagement, le sérieux de son propos, là précisément, au monastère, de sa cellule à l'église, de l'église aux ateliers et au réfectoire (un seul repas en commun), dans la banalité apparente de la vie quotidienne. Travail de longue haleine, comme nous l'avons déjà dit, combats menés fidèlement avec persévérance jusqu'au bout, jusqu'à la mort, grâce à cet amour passionné pour Dieu.

Malgré les épreuves et les difficultés inévitables, le moine ne regardera pas en arrière, une fois la main sur la charrue. Il ne s'attachera plus à rien d'autre qu'au Christ, s'appliquant à la pratique de l'obéissance, la pauvreté radicale, la pureté de cœur, exigées dans tous les monastères visités. À Saint Macaire le témoignage des 49 moines qui, au Vème siècle, ont subi tous ensemble le martyr sanglant à cause de leur attachement au Christ est encore vivant: P. Wadid nous disait qu'ils étaient un signe du fait que l'héritage des martyres des premiers siècles a été repris par le monachisme. Comment ne pas penser à nos frères de Tibhirine?

Grâce à cet amour passionné, les hôtes sont bien accueillis, comme le Christ en personne, nourris, et chacun repart les mains pleines. C'est ce que nous avons expérimenté. Partout, l'accueil a été plus que fraternel, très chaleureux. Et partout, nous sommes repartis chargés de cadeaux après avoir été bien restaurés. L'accueil au monastère n'est pas un vain mot chez les moines coptes d'Égypte, c'est une réalité dont nous avons fait l'expérience.

Les visiteurs et les touristes ne manquent pas au monastère mais ils ne troublent pas la solitude ni le silence des moines. Le monde accourt vers les monastères qui les attirent mais ne les trouble pas. Leur solitude est parfaitement respectée et leur communion au monde maintenue en même temps. Seuls les moines chargés du service de l'accueil ont contact avec les hôtes. Les autres moines ne sont même pas vus par les visiteurs. C'est à Saint Macaire seulement que nous avons vu les moines à la prière et quelques uns dans les ateliers visités (imprimerie, ferme) ; nous n'avons pas eu la joie de rencontrer l'ensemble des moines dans aucun des monastères coptes qui pourtant comptent plus de 100 moines chacun.

    Les valeurs monastiques (telles que le silence, l'obéissance, l'humilité, le travail, l'ascèse, le renoncement, etc.) sont gardées, et pratiquées par amour. Le silence est observé spontanément, précise encore le Père Wadid de Saint Macaire. « Nous n'avons pas de règle pour le silence. » Tout moine, naturellement, en sent le besoin et il n'est pas nécessaire d'établir une Règle. Père Nicodème du monastère de Saint Baramous a tenu le même langage, en disant : « Nous ne sommes pas des trappistes, nous parlons quand il faut et juste ce qu'il faut. »

Si ces moines n'ont pas de Règle, c'est parce que leur amour passionné pour le Christ les pousse et l'Esprit les meut en profondeur. C'est la loi d'amour apportée par Jésus, celle qui est au-dessus de toutes les Règles et dont la pratique récapitule toute la Loi et les prophètes, et qui libère du joug pesant de l'ancienne loi, tout en étant bien plus exigeante.

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5,17).

« Celui qui aime a parfaitement accompli la loi » (Rm 13,8.10).

En vivant simplement et fidèlement les valeurs monastiques dans la vie quotidienne sous l'impulsion de l'Esprit et l'obéissance au Père spirituel, le moine, petit à petit, meurt à lui-même et grandit progressivement jusqu'à la stature du Christ, à qui il est appelé à ressembler. C'est cela la vie nouvelle dans le Christ qui, commencée sur terre, doit s'épanouir en Vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

Deux monachismes, une seule recherche

Nous terminons notre réflexion sur la vie monastique en établissant, à partir des ressemblances et des différences, un rapport entre le monachisme copte-orthodoxe d'Égypte et celui d'Occident tel qu'il est vécu dans nos monastères d'Afrique.

En arrivant en Égypte, dans les monastères et dans les églises coptes que nous ignorions, nous nous croyions dans un autre monde. Et pourtant, il s'agit d'un monde qui ne manque pas de ressemblance avec celui d'où nous venons. Déjà par certains côtés, plusieurs de nous se sentaient traditionnellement et culturellement proches (la vie est plus souple et pratique, comme dans nos villages, par exemple).

Les différences sont évidentes; elles sont cependant davantage dans les expressions que dans le fond. On se rencontre en profondeur dans ce qui est essentiel : le même idéal nous motive, nous anime ; le même but nous attire, et les mêmes valeurs monastiques (humilité, obéissance, pauvreté, pureté de cœur, renoncement) sont exaltées, recherchées et pratiquées. Ressemblance aussi dans les difficultés de la vie communautaire quotidienne: nous avons assisté sans trop de surprise, par exemple, à une discussion animée entre deux moines chargés de l'accueil des visiteurs au terme d'une lourde journée de travail...

On a comparé la communauté monastique copte-orthodoxe à une caravane dans le désert dont la vitalité dépend davantage de la personnalité du guide. En effet dans les monastères coptes, le Père spirituel joue un grand rôle. C'est lui qui est en quelque sorte la Règle vivante. Même mort, il continue son œuvre dans la communauté. C'est ainsi que le Père Matta, décédé depuis juin 2006, continue sa paternité spirituelle au monastère de Saint Macaire. De même au monastère des moniales de Saint Georges, au Caire : les moniales vivent toujours de la spiritualité de leur Mère spirituelle décédée depuis 7 ans. Elles n'en ont pas encore élue de nouvelle.

De même, on peut comparer la communauté monastique catholique d'Occident à un train bien réglé, organisé, avec ses stations programmées à des lieux prévus. Mais l'un et l'autre - caravane dans le désert ou T.G.V. - cheminent vers le même lieu : le Royaume de Dieu, la Vie éternelle, le salut.

Le monachisme copte est resté fidèle à la tradition ancestrale. Une continuité est palpable. Ce que les ancêtres ont fait, c'est ce qu'ils font encore aujourd'hui. S'ils n'ont pas de Règle, ils gardent jalousement les traditions : la garde de la cellule, l'accueil, les agapes après la grande liturgie du dimanche, la lecture de la Bible et du Jardin des moines (recueil d'apophtegmes des Pères du désert) pendant les repas en commun, etc.

Le monachisme catholique occidental a en revanche subi davantage de changements et d'adaptations; il a plus évolué et donné plusieurs formes de vie monastique, en dehors même des différents ordres religieux qui pullulent.

Les coptes ne connaissent qu'une forme de vie religieuse : la vie monastique au désert, héritage de leurs ancêtres moines dont ils gardent jalousement la tradition. Ils ont une vie spirituelle plus expérimentale et pratique qu'intellectuelle et théorique : beaucoup de piété, de dévotions, de gestes extérieurs; ainsi les icônes et les reliques sont palpées, baisées, etc.

Nous avons remarqué chez eux un sens très fort du sacré et le respect des lieux saints plus que chez nous, ainsi, par exemple, on se déchausse pour entrer dans les églises et on n'entre jamais dans le sanctuaire où l'Eucharistie a lieu, les icônes et les reliques sont vénérés ostensiblement...

Un regret et une souffrance

Regret de n'avoir pas pu partager dans les monastères visités les offices. Partout, sauf à Saint Macaire, on s'est contenté de visiter les lieux, de dire ou de chanter le Notre Père dans tel ou tel sanctuaire, etc.

Souffrance de n'avoir pas été admis à communier au Corps et au Sang de Celui qui a donné sa vie pour l'unité des enfants de Dieu dispersés (Jn 11). Cela fait d'autant plus mal que c'est dans un monastère que les barrières devraient être abolies en premier.

Que Dieu nous pardonne et, par sa grâce, hâte le jour où il n'y aura plus qu'une seule Église du Christ, notre Réconciliation, notre Paix et notre Unité.

La Lectio Divina

    " Quelle est la place de la lectio divina dans votre vie monastique? ". Question simple et risquée en même temps, que nous avons posée à chaque moine ou moniale que nous avons rencontré. On aurait pu s'attendre à une réponse interlocutoire, qui soulignait l'approche culturellement différente entre la tradition bénédictine occidentale et le monde monastique oriental, avec son insistance sur la transmission orale et la répétition par cœur d'un verset biblique, plutôt que sur la lecture suivie et priante d'un livre biblique. À fr. Wadid de nous surprendre avec la franche simplicité de sa réponse: " Mais toute vie monastique naît de la lectio divina! N'est-ce pas en écoutant la parole de l'Évangile: « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis vient, suis-moi » qu'Antoine donna naissance au monachisme, comme nous le connaissons tous? "

    " La vie monastique est par excellence la voie d'une mort authentique au monde, c'est-à-dire à soi-même. Aussi la communauté monastique où vit le moine est-elle pour lui le lieu où il expérimente la mort de son moi. Les portes de l'Amour Divin sont largement ouvertes au moine qui consent à mourir à lui-même, à renoncer à sa volonté propre, car de la mort à soi-même jaillissent les énergies de l'amour. Le Seigneur se révèle uniquement à ceux qui s'en remettent à lui " (P. Matta el Maskine, dans " Conseils à de nouveaux moines ").

    Ainsi, c'est le chercheur de l'Amour Divin qui entre au monastère. Le chemin conduisant à l'Amour Divin est l'Évangile, ce sont les Saintes Ecritures. Les monastères disposent de très grandes bibliothèques qui permettent aux moines de faire leur recherche. Cependant, quand bien même l'on n'entre au monastère, de nos jours, qu'après des études universitaires en faculté, l'approche de l'Évangile reste une initiation faite par un ancien au nouveau. Le monachisme ne se définit pas mais se vit, nous disait le Père copte catholique que nous avons rencontré. On initie le jeune moine à la lecture de l'Évangile: cette lecture de l'Ecriture Sainte est un aspect fondamental de la vie monastique car l'Évangile est le Sujet tandis que le lecteur est l'Objet. Ainsi, l'Évangile est le pédagogue du moine : il touche et transforme son objet, l'éduque. Il n'indique pas seulement le chemin menant à l'Amour Divin; non, l'Évangile lui-même est le chemin, la vérité et la vie. " Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous " (Jn 14,6). Le moine lit l'Évangile, le médite, le répète, le rumine jusqu'à ce que l'Évangile étreigne le cœur de son objet. La lecture de l'Ecriture Sainte n'est pas une recherche scientifique. On la lit pour connaître la volonté de Dieu sur soi. Elle reste un perpétuel exercice du moine. Le Père spirituel lui aussi y puise pour se nourrir et nourrir tous ses moines. Il se laisse toujours interroger par cette même parole.

    Les moines prennent ensemble le repas de midi, et le Père spirituel ou le plus ancien lit le " Jardin des moines ". Ils le reprennent chaque fois du commencement à la fin: il n'est pas rare que les moines finissent par s'exprimer eux-mêmes en répétant le langage des pères qui les ont précédés il y a quinze siècles dans ces mêmes lieux. Le moine vit de l'Évangile, des enseignements de son père spirituel et du contenu du Jardin des moines. Il avance sur ce chemin tous les jours de sa vie dans l'humilité et la prière. Son unique désir est d'apprendre à aimer Celui qui l'a aimé le premier: Jésus Christ. Dans l'esprit occidental, le moine est celui qui quitte le monde pour vivre l'Évangile de plus près. Saint Benoît définissait le monastère comme le lieu où l'on apprend à servir le Seigneur. La lecture des Saintes Ecritures, les conférences des Pères que nous nommons lectio divina n'est-elle pas la même chose que cette répétition par cœur d'un morceau de l'Évangile écouté, rumination qui habite la vie quotidienne des moines coptes ?



La Liturgie


    La liturgie monastique copte est simple, souple et profonde. « Sa célébration se situe dans la fidélité aux grâces des origines : l'équilibre entre la vie érémitique de saint Antoine et la vie communautaire de saint Pachôme, réalisée par saint Macaire », nous disait le frère Wadid.

    L'arrivée dans l'église pour les offices est marquée par un certain nombre de rites. D'abord il faut se déchausser. En entrant dans l'église couverte de tapis, les moines vont se prosterner devant l'iconostase, faisant une grande métanie à l'autel situé dans le sanctuaire. Ils vont aussi vénérer toutes les icônes et reliques présentes dans l'église. À la fin des offices ils se donnent le baiser de paix en commençant par les plus anciens pour finir par les plus jeunes. Il faut dire aussi qu'à la fin de la lecture au service de nuit, le lecteur va recevoir le baiser de paix du président de l'office.

    La célébration liturgique peut être graduée dans le passage de la prière des Heures à la psalmodie, à l'offrande de l'encens jusqu'à la divine liturgie ou eucharistie. Voici nos impressions sur ces quatre degrés de la célébration liturgique.


La prière des Heures

La prière des Heures comprend le service de nuit, prime, tierce, sexte, none, Vêpres et Complies. Le service de nuit que nous pouvons comparer aux vigiles ou aux matines chez nous, commence à 3h00 du matin avec le premier coup de cloche. Dans les cellules, individuellement, chaque moine, après une métanie, commence l'office et le dit en entier. À 4h00, au deuxième coup de cloche, une partie de la communauté - car tout le monde n'est pas obligé d'y aller - se rend à l'église pour chanter le même office plus contracté.

Chaque nocturne est composée de 12 psaumes, d'un passage de l'évangile et d'un tropaire.

Les 12 psaumes de chaque nocturne sont distribués par un moine qui en chuchote le début à 12 frères qui le récitent intérieurement : en quelques minutes les 12 psaumes sont récités. Les passages des évangiles pendant les trois nocturnes sont la parabole des dix vierges (Mt 25, 1-13), la femme pécheresse pardonnée (Lc 7, 36-50) et le serviteur fidèle (Lc 12, 35-40). Ces passages sont lus par les jeunes en formation (novices) et ils recouvrent un sens mystique pour la vie du moine.

Les tropaires sont assurés par un moine ancien.

La prière des Heures peut être dite aussi en famille, à la maison par tous les fidèles coptes.


La psalmodie

La psalmodie est exécutée à l'office du matin et aux vêpres. Les psalmodies sont des chants de cantiques et de psaumes.

Celle de l'office du matin, à laquelle nous avons participé, suit le service de nuit. Elle est composée essentiellement de quatre cantiques : Cantique de Moïse (Ex 15, 1-15 = AT 1); Psaume 135; Cantique  des trois enfants dans la fournaise (Dan 3, 35-90 = AT 40-41) et Psaumes 148-150.

Les cantiques sont suivis par des psalies (prières chantées en l'honneur du Nom de Jésus) et un chant en l'honneur de la Vierge Marie (théotokie) qui varie selon les jours de la semaine.

Les jeunes en formation, qui ne connaissent pas encore par cœur les cantiques, se rassemblent devant un long pupitre sur lequel sont posés les livres liturgiques.

Après la psalmodie du matin, on reprend la prière des Heures : l'équivalent de notre récitation de prime, tierce et sexte, qui est groupée en un seul temps. Elle se fait de la même façon que le service de nuit. Signalons que chaque moine doit dire ces offices (les petites heures) aux heures canoniques durant la journée, dans son travail ou dans sa cellule. A Saint Macaire, none est récité au réfectoire, avant le repas.

Les psalmodies sont dites à l'église.


L'offrande de l'encens

Elle a lieu les samedis soir et les dimanches matin où elle précède l'eucharistie et dure 45 minutes. Ceci à Saint Macaire. La bonne odeur de l'encens symbolise le sacrifice du Christ. Cet office comprend l'encensement des icônes, des reliques, des fidèles. L'offrande de l'encens nécessite la présence d'un diacre et d'un prêtre.


La divine liturgie ou eucharistie

Elle est célébrée une fois par semaine, le dimanche, à Saint Macaire et tous les jours dans les autres monastères visités.

Voici quelques points qui nous ont touchés. La liturgie de la parole est composée de trois lectures (Épîtres de Paul, Épîtres catholiques, Actes des apôtres), d'un synaxaire (lecture de la vie du saint du jour), du psaume graduel, de l'Évangile et enfin de l'homélie du père spirituel ou la lecture d'un commentaire d'un Père de l'Église.

Nous n'avons pas pu communier au corps et au sang du Christ, mais nous avons eu l'opportunité de saluer le président de l'eucharistie et de partager le pain béni à la fin de la célébration.

La sainte liturgie nécessite la présence d'un prêtre, d'un diacre et au moins d'une troisième personne représentant « le peuple ».


Partout on sert le même Seigneur...

    L'office communautaire ne dispense pas le moine de la sanctification personnelle des heures. Les offices de prime, de tierce, de sexte sont récapitulés par le moine personnellement : chaque office est dit deux fois : individuellement et communautairement. À voir le mouvement dans l'église, la souplesse pourrait donner l'impression de désordre, comme quand le moine qui arrive en retard fait toutes les métanies avant d'aller se mettre à sa place.

    Tous les offices sont chantés debout et par cœur, c'est impressionnant. Mais ceux qui ne peuvent pas, surtout les anciens, ont la possibilité de s'asseoir sur des bancs ou par terre. Bref, il y a une grande liberté. On note aussi un grand sérieux dans la liturgie et un respect profond du sacré et du mystère de Dieu que rappelle la présence des icônes et des reliques. Les prières nocturnes personnelles et communautaires tiennent beaucoup au cœur des moines : tandis que le monde dort, le moine doit veiller et prier. L'harmonie dans les chants, avec des tons récitatifs et monocordes, n'offre pas d'écarts de voix.

    Ce qui touche aussi c'est de constater qu'il y a une autre manière de célébrer Dieu, différente de celle que nous pratiquons et qui est aussi valable, riche et pleine d'enseignement. Il y a dans la célébration liturgique copte une grande liberté : pas trop de rubriques, pas de loi pour la loi. Ce qui compte c'est d'entrer dans la dimension priante de l'ensemble de la communauté et de l'Église.

    Enfin, nous avons senti l'expression de joie toute simple dans la liturgie au milieu d'une grande ascèse. Dans un endroit si pauvre, si dépouillé, dans le désert, on s'attendrait peut-être à des mines un peu raides, sèches, mais c'est tout le contraire; à travers la liturgie, l'anticipation de « la louange dans l'assemblée des saints » est palpable : terre et ciel se rencontrent.

 

Et maintenant... Gratitude, stabilité et conversion


Le contact avec le peuple égyptien, sa foi et l'expression vivante de cette foi dans le monde et dans les monastères nous a tous marqués et, nous l'espérons, sera l'occasion d'un approfondissement de notre vie chrétienne et monastique dans notre sous-région africaine. Le partage des impressions le dernier soir de notre séjour le confirme.

Saurons-nous nous laisser interpeller par ce que nous avons vu et entendu, ce que nos mains ont touché, et que nous annonçons ?

Nous croyons que nous avons quelque chose à apprendre de nos frères coptes pour améliorer et approfondir les points importants de notre vie monastique :

notre liturgie et tout ce qui a rapport à notre relation à Dieu : la lectio

notre accueil,

notre sens du sacré, le respect des lieux sacrés,

notre retrait et notre ouverture (bien accueillir tout en sauvegardant notre intimité), la relation avec nos familles.

notre ascèse,

notre travail,

nos exigences pour les nouveaux venus, les étapes de la formation, le sérieux des engagements mais dans la discrétion et la simplicité, etc...


Aurons-nous le courage de bouger pour un renouvellement profond et sincère de notre vie monastique ? Il ne s'agit pas de bouger pour bouger, il s'agit d'avancer en se renouvelant profondément et sincèrement.

À chaque communauté d'écouter, de réfléchir et d'agir selon ce que l'Esprit lui inspire !

Nous espérons que nos souhaits formulés à la fin de notre pèlerinage pourront prendre corps et que d'autres pourront un jour aussi faire les mêmes expériences que nous.

« Seigneur, éternel est ton amour, n'arrête pas l'œuvre de tes mains ! » (Ps 137).

Nous ne pouvons terminer sans réitérer notre sincère reconnaissance à l'endroit de l'A.I.M. qui a accueilli la proposition des supérieur(e)s pour ce pèlerinage, à l'endroit du Frère Jean-Luc qui nous a si bien préparés à vivre ce pèlerinage avec profit, à l'endroit du Monastère de Bose qui a permis à Fr. Guido et à Fr. Imerio de laisser la communauté pour venir nous accompagner durant ces jours bénis.

    Nous y voilà, c'est le chant du cygne. Le pèlerinage est fini et notre lettre à vous, chers frères et sœurs, aussi. Les instants d'adieux ont été le reflet de ce qu'a été ce pèlerinage en lui-même: joyeux. Le pèlerinage a été manifestement une expérience du vivre-ensemble la vie monastique aux sources, sous une autre modalité, une autre variante; nous étions bien en pèlerinage, une communauté mobile où s'est conjugué un cheminement à la suite du Christ dans le respect de l'autre. Car à travers les différents visages rencontrés, c'est avec toute l'Église copte d'Égypte, ou mieux, avec tout le peuple égyptien que nous avons chanté et dansé Dieu.

Comme un des nos pères du désert, nous pouvons dire: " Nous ne sommes pas encore moines, mais nous avons vu des moines! "... Et maintenant, comme saint Antoine, " ainsi remplis, nous revenons à l'endroit où nous-mêmes nous nous livrons à l'ascèse, condensant et nous efforçant d'exprimer en nous-mêmes les vertus de tous " ceux et celles que nous avons rencontrés (cf. Vie d'Antoine, 4)

Vos frères et sœurs, pèlerin(e)s monastiques d'Octobre 2007

(propos recueillis et assemblés par fr. Guido Dotti du Monastère de Bose - Italie)


(*) Dans d'autres monastères nous avons entendu dire que les moines suivent « la Règle de S. Pachôme ». Cela ne signifie pas qu'il y a une différence entre St-Macaire et les autres monastères par rapport à la Règle. A St-Macaire, notre interlocuteur employait le mot Règle dans le sens où nous l'employons : règlement écrit, bien détaillé, à l'instar de la Règle de S. Benoît, ou de la Règle écrite de S. Pachôme, tandis que dans les autres monastères on a employé ce mot Règle dans un sens beaucoup plus général pour dire : « nous avons un mode de vie cénobitique et non anachorétique ». Dans ce deuxième cas, l'expression « la règle de saint Pachôme » veut simplement indiquer « le genre de vie cénobitique ».