Il est bon de chanter pour le Seigneur

Auteur : Laurence O'Keeffe, osb, Abbé de Ramsgate, Grande Bretagne

Chapeau : « Trouver le miel dans la cire », ce pourrait être le sous-titre de cet article du Père Abbé Laurence. Il s'agit pour le moine d'établir un rapport paisible avec les psaumes pour y découvrir la présence de Dieu qui touche le cœur.

Cibus in ore psalmus in corde sapit Mel in cera, devotio in littera est1.(St Bernard super Cantica 7, 5)

Y avait-il des ruches à Clairvaux ? Ou bien était-ce simplement une question de culture générale si saint Bernard, parlant du sens profond des psaumes, a utilisé l'image de la cire qui contient du miel ? Les commentaires du Psautier qui se limitent au sens littéral du psaume, comme le genre littéraire, la date de composition, le contexte historique et ainsi de suite, tout en ayant un intérêt intellectuel, n'aideront finalement guère le moine qui cherche à exprimer son amour du Christ, les mystères de notre salut et à développer sa propre vie spirituelle. Cela donne du sens au conseil de Benoît lorsqu'il recommande à ses moines de consacrer le temps entre vigiles et laudes à la méditation des psaumes et des leçons (RB 8, 3) .C'est ainsi que l'on trouve le miel dans la cire, comme le dit saint Bernard. Pour le moine, la méditation paisible du Psautier lui montrera les rapports de Dieu avec la race humaine, avec l'Église et avec chacun. Par dessus tout, son cœur sera touché quand il découvrira la présence de Dieu dans le texte qu'il a devant lui. Au chœur, les versets défilent si rapidement qu'il n'a pas le temps d'en extraire un sens spirituel profond.

Dans l'Écriture elle-même, nous trouvons le psautier utilisé comme une sorte de commentaire des événements contemporains. Les livres des Chroniques se servent à plusieurs reprises du psautier pour montrer comment Dieu est intervenu dans l'histoire de son peuple. Par exemple, quand l'arche a été apportée dans la tente que David avait dressée pour elle, comme le rapporte 1 Ch 16, l'assemblée liturgique nous est montrée exprimant sa joie par trois psaumes différents, à savoir les psaumes 105, 96 et 106.2

Dans le Nouveau Testament aussi l'Église considère les souffrances et la Résurrection de Jésus comme un accomplissement de ce qui a été dit dans le livre des Psaumes. Le souvenir de la manière dont ces textes se présentent dans le Nouveau Testament leur donne de la profondeur pendant la psalmodie. Quand le Seigneur est apparu dans la chambre haute après la Résurrection, dit saint Luc, il a partagé un repas avec ses disciples, puis leur a dit « Voici les paroles que je vous ai adressées quand j'étais encore avec vous, il faut que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » (Lc 24, 44) Il ajouta ensuite « Il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre les Écritures. »

C'est à cette lumière que le discours de Pierre à la Pentecôte utilise les psaumes 15 et 109 pour illustrer ces événements. Notre Seigneur lui-même s'est servi du psaume 117 pour expliquer son rejet par ses ennemis, mais aussi son triomphe sur la mort dans la Résurrection :

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d'angle :
C'est là l'œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux. (Ps 117, 22-23).

En Mt 21, 42 ce verset constitue la conclusion de la parabole des vignerons qui enseigne que le Messie, bien que rejeté par son peuple, sera la pierre d'angle victorieuse d'un nouveau peuple de Dieu.

Ce texte est aussi utilisé par saint Pierre en Actes 4, 11 alors qu'il prêche aux foules après la guérison du boiteux de la Belle Porte du Temple. Ce verset allie le thème du rejet à celui de la justification/ exaltation de Dieu. Saint Pierre le reprend dans sa première Lettre en une série de citations (peut-être basées sur la signification de son nom, rocher ou pierre) au chapitre 2.

Un autre verset du même psaume s'applique à la Résurrection bien que certaines traductions modernes ne rendent pas le sens traditionnel de ce verset. Ce verset est aussi employé au début de la prédication des apôtres : C'est lui que Dieu a exalté par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la conversion et le pardon des péchés. (Ac 5, 31) Ce psaume est chanté chaque dimanche dans toutes les distributions du Psautier, plaçant devant les yeux du chœur des moines l'événement de la Résurrection et leur propre relèvement pour la vie avec le Christ.

Ce psaume n'est pas le seul à parler de la Résurrection du Christ. Les psaumes historiques, eux aussi, servent de moyen pour nous rappeler non seulement les mirabilia Dei de l'Ancien Testament, mais aussi le grand événement de la Pâque du Christ. (cf Ps 77, 13sv.)

Paul enseigne en 1 Corinthiens 10 que ces événements annonçaient les mystères que nous célébrons dans la liturgie - baptême et eucharistie. Ces événements leur arrivaient pour servir d'exemple et furent mis par écrit pour nous instruire, nous qui touchons à la fin des temps. (1 Co 10, 11)

Dans la citation ci-dessus, on ne peut que penser à Notre Seigneur (décrit par saint Paul comme le Rocher - Le rocher qui les suivait, c'était le Christ) dont le côté percé par la lance a laissé couler du sang et de l'eau.

C'est dans cette tradition que les Pères du désert ont commencé à adopter la psalmodie comme faisant partie de leur vie spirituelle. Cassien raconte dans la première de ses Conférences qu'Abba Moïse recommandait la récitation du psautier pour tenir à distance les pensées vagabondes : Aussi bien, la lecture assidue et la continuelle méditation des Écritures n'a-t-elle point d'autre but que de procurer l'éclosion dans notre mémoire des pensées divines ; le chant répété des psaumes est destiné à nourrir une componction continuelle ; et notre empressement aux veilles, aux jeûnes et à la prière a pour dessein d'affiner tellement l'âme qu'elle perde le goût des choses terrestres et ne veuille plus contempler que les célestes. (Conf 1, 17)

C'est à cette tradition que saint Benoît fait référence lorsqu'il dit que les Pères du désert récitaient le psautier entier en un seul jour. (RB 18, 25)

Peut-être fait-il allusion à un texte comme celui qu'on trouve dans les Verba Seniorum : Ils disaient qu'ils finissaient habituellement leurs prières et leurs psaumes, puis prenaient de la nourriture. Quand ils avaient commencé, ils récitaient le psautier tout entier. (Vies des Pères 3, 6)

Cependant, comme cela se pratiquait déjà dans les communautés au désert, c'est dans la prière commune, l'office divin, que le moine est le plus régulièrement en contact avec le psautier dont il se sert au chœur plusieurs fois par jour, pour louer Dieu avec ses frères.

Quelle est donc cette expérience ?

Le psautier est un dialogue : nous parlons au Christ et il nous parle. La pratique des versets alternés par un côté du chœur puis l'autre signifie que, tantôt on proclame la Parole de Dieu, tantôt on l'écoute. Cela devient plus évident avec l'usage ancien où un soliste dit le psaume tandis que le reste du chœur écoute.

Certains versets nous rappellent les moments importants de la vie du Christ. Sa Résurrection : Dextera Domini exaltavit me. L'Ascension : Ascendit Deus in jubilo ou ascendisti in altum cepisti in captivitatem cité en Ephésiens 4. Le don de l'Esprit : Emitte Spritum tuum et creabuntur. La mission de l'Église : Exivit sonus eorum in omnem terram ou Dominus dabit verbum evangelizantibus virtute multa.

La Règle cite les psaumes directement une quarantaine de fois et fait allusion à d'autres pour illustrer un enseignement ou encourager un moine sur le chemin de la conversion. Le Prologue, par exemple, contient des citations qui s'enchaînent et commencent par le psaume 94 : Aujourd'hui écouterez- vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur, qui renvoie au premier mot de la Règle et décrit une attitude essentielle de la vie monastique, être toujours en éveil pour entendre la voix du Seigneur. Le chapitre 7, sur l'humilité, illustre plusieurs des degrés par une citation des psaumes. Le début de ce chapitre utilise le psaume 130 qui a pour thème la sérénité silencieuse d'une âme humble en paix avec Dieu. Domine non est exaltatum cor meum. Autre exemple : le quatrième degré qui enseigne à accepter les choses dures que la vie nous apporte, se sert d'une citation du sermon sur la montagne, puis en ajoute une du psaume 26 : Espère le Seigneur, sois fort et prends courage. Le chapitre 19, Comment psalmodier, emploie les psaumes 46 et 137 : Psallite sapienter et In conspectu angelorum psallam tibi. Pour saint Bernard la première de ces citations est à relier au verbe sapere, savourer : d'où son invitation, placée au début de cet article, à aller au-delà de la lettre de la psalmodie jusqu'à la douceur cachée à l'intérieur. À noter aussi que, là où notre traduction de la Règle emploie souvent le mot chanter, le mot latin psallere, a le sens précis de chanter des psaumes. Le verset le plus évocateur pour un moine est celui qu'il a chanté après avoir prononcé ses vœux : Suscipe me Domine secundum eloquium tuum et vivam. Que ta promesse me soutienne et je vivrai. Lorsque ce verset du psaume 118 est chanté au cours de l'office, il rappelle ce moment où un moine s'est offert à Dieu. Il agit comme une anamnèse qui rappelle liturgiquement un moment passé de l'histoire et le rend présent à la communauté.

Comme pour toute l'Écriture, les psaumes parleront parfois directement au cœur du moine qui les chante. Dans la plupart, certains versets rendent cela possible. Par exemple le désir de Dieu qui s'exprime dans le psaume 62 :

Dieu, tu es mon Dieu,
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.
(Ps 62, 2)

Ou le désir de demeurer en présence de Dieu comme nous le lisons dans le psaume 26, 7-9

Ecoute, Seigneur, je t'appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m'a redit ta parole :
« cherchez ma face ».
C'est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.

Ou la joie d'être pardonné comme dans le psaume 31, 5

Je t'ai fait connaître ma faute,
je n'ai pas caché mes torts.
J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »
Et toi, tu as enlevé
l'offense de ma faute.

La vie monastique est une vie de conversion. Saint Benoît l'annonce dès la première phrase du Prologue de la Règle. Ainsi tu reviendras par ton obéissance laborieuse à celui dont tu t'étais éloigné par ta désobéissance paresseuse. L'idée du retour est liée à celle de la transformation suivant l'enseignement de saint Paul tel qu'on le trouve en Romains 12, par exemple : Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence. Nous devons être restaurés à l'image de notre créateur : Revêtez l'homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. (Ep 4, 24) Dans certaines congrégations monastiques cette phrase est utilisée à la vêture du novice. Sa vie tout entière doit être consacrée au rétablissement de cette image du Créateur. Cette idée se trouve dans le psaume 50, le grand psaume du repentir dont saint Benoît établit qu'il doit être chanté le premier à Laudes. Purifie -moi et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. Ce mot de créer (en hébreu bara) n'est utilisé que pour les actions de Dieu, comme nous le voyons, par exemple, au premier chapitre de la Genèse - c'est, en fait, le premier verbe de l'Écriture : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Le mot se retrouve dans le récit de la création de l'homme : Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. Le moine fait l'expérience de cette action de la grâce dans toute sa vie : Dieu parle et agit. Il ne peut qu'écouter et obéir.

Le psaume 138 parle de la présence constante de Dieu (cf Ps 138, 1.7.9-10). La présence constante de Dieu - un des idéaux de la vie monastique - renvoie à l'enseignement du Seigneur : Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous établirons chez lui notre demeure. (Jn 14, 23) Cette inhabitation se trouve par excellence dans le mystère de l'Eucharistie, ce moment central de la vie du moine : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. (Jn 6, 56)

Plusieurs psaumes rapportent la joyeuse rencontre avec la Parole de Dieu dont il fait chaque jour l'expérience dans sa Lectio.

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.
Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le cœur ;
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.
(Psaume 18, 8-9)

Dans le psaume qui ouvre le Psautier, après avoir décrit le chemin descendant vers le mal - entrer (au conseil des méchants), suivre (le chemin des pécheurs), et s'asseoir (avec ceux qui ricanent), nous arrivons alors à la révélation que Dieu fait de lui-même, la Torah, traduite de manière trompeuse par le mot de Loi dans bien des versions qui s'appuient sur la Septante et la Vulgate.

Il se plait dans la loi du Seigneur
Et murmure sa loi jour et nuit. (Ps 1 ,2)

C'est le portrait du moine qui murmure à voix basse les mots sacrés du texte, les retourne dans son esprit, et fait l'expérience de la joie d'une telle rencontre. Comme le dit Jérémie : Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l'allégresse de mon cœur. (Jr 15, 16)

Une lecture attentive du Nouveau Testament montre qu'on y trouve fréquemment des citations directes ou des allusions à l'Ancien Testament, surtout aux psaumes. Notre Seigneur, suspendu à la Croix, prie le premier verset du psaume 21, tandis que saint Jean se sert du même psaume pour montrer que les soldats qui ont tiré au sort la tunique du Christ accomplissaient une prophétie. Saint Luc nous dit que le Christ a prié un verset du psaume 30 sur la Croix : En tes mains je remets mon esprit. À la Pentecôte saint Pierre emploie le psaume 15 pour montrer que la Résurrection était annoncée par les prophètes : Tu ne peux m'abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption. Il parle de la glorification du Christ dans le psaume 109, que reprend aussi l'Épître aux Hébreux lorsqu'elle traite du sacerdoce du Christ : Après avoir accompli la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs (Hb 1, 3) est la première de ces citations, avec une explication du rôle de Melchisédech au chapitre 7. Le moine identifie ces citations en priant les psaumes et les met en relation directe avec le Nouveau Testament.

Comme l'affirme l'introduction au Lectionnaire de la messe, une catéchèse des psaumes pour les laïcs est vraiment nécessaire, et encore plus pour les moines, pour que le Psautier devienne une prière chrétienne. Il y a là un réel problème, car la récitation du Psautier tout entier signifie que le lecteur va rencontrer des sentiments qui ne sont pas seulement préchrétiens, mais antichrétiens. Le Pape Paul VI l'a admis, lorsqu'il a établi que le Psautier de l'Office Romain devait omettre trois psaumes (57, 82 et 108) ainsi que certaines parties pour d'autres. Cette décision était peut-être prématurée, car l'exégèse moderne montre, par exemple, que la partie centrale du psaume 108 est une citation des mensonges proférés à l'encontre du psalmiste par ses ennemis. Ce même phénomène se retrouve au chapitre 22 du Livre de Job où la victime innocente est accusée de péchés qu'elle n'a pas commis. De plus le psaume 108 contient un vocabulaire qui renvoie à la Passion du Christ.

Et moi on me tourne en dérision,
Ceux qui me voient hochent la tête.
(v.25 cf Mt 27, 39)

Saint Benoît lui-même, lorsqu'il donne, dans le Prologue des conseils sur la manière de combattre les pensées mauvaises, reprend une citation du psaume 136 : « C'est aussi celui qui chasse loin des yeux de son coeur l'esprit du mal qui le tente avec les mauvaises pensées qu'il lui donne. Il jette à terre cet esprit et il détruit ses pensées. Quand elles sont encore toutes petites, et dès qu'elles commencent à le tenter, il les prend et les écrase contre le Christ » (Psaumes 14, 4 ; 136, 9).Prol. 28.

C'est l'interprétation de nombreux Pères de l'Église. Saint Bernard parle dans ses paraboles de la guerre que se livrent Jérusalem - la vie de grâce - et Babylone - les séductions du mauvais. Nous avons peut-être là une indication pour interpréter ces psaumes difficiles. Les Pères de l'Église et particulièrement Origène, identifient les nations païennes - il y en a habituellement sept, même si leur nombre varie - mentionnées dans l'Hexateuque comme celles qui doivent être exterminées, comme des symboles du mal qui habite notre propre cœur, le côté obscur de notre nature. De même qu'Israël ne devait montrer aucune pitié en les déracinant, de même nous ne devons nous permettre aucun compromis avec le mal sous peine de blesser notre attachement total au Christ. Le psaume 105 donne cet avertissement :

Refusant de supprimer les peuples
que le Seigneur leur avait désignés,
ils vont se mêler aux païens,
ils apprennent leur manière d'agir
Alors ils servent leurs idoles,
et pour eux c'est un piège.(Ps 105, 34-36).

Les mêmes dégâts peuvent se voir chez le moine qui accepte des compromis avec le péché. Le langage brutal du psautier nous rappelle la réalité de notre lutte contre le mal. Saint Paul nous met en garde :

Ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux.(Ep 6, 12)

Le psaume 82 jette un éclairage intéressant sur cet aspect du Psautier, il énumère les ennemis du psalmiste :

Ceux d'Edom et d'Ismaël,
Ceux de Moab et d'Agar,
Guébal, Ammon, Amalec,
La Philistie, avec les gens de Tyr;
Même Assour s'est joint à eux
Pour appuyer les fils de Loth. (Ps 82, 7-9)

Il est peu vraisemblable que toutes ces différentes nations se soient unies en même temps contre Israël ; c'est plutôt une récapitulation de toutes celles qui l'ont fait pendant toute l'histoire d'Israël (du moins jusqu'au moment où le psaume a été écrit). Celui qui regarde l'histoire de sa vie peut identifier les différents ennemis qui l'ont attaqué à divers moments et de diverses manières. Puissent-ils ne pas m'assaillir à nouveau, mais que le Christ soit Roi.

On trouve la difficulté inverse dans les psaumes qui proclament l'innocence. Le psaume 7, par exemple, affirme : Juge-moi Seigneur, sur ma justice : mon innocence parle pour moi. (Ps 7,9). On trouve aussi cette déclaration dans le psaume 25 (25,1) : Oui, j'ai marché sans faillir. L'idée de perfection se trouve bien sûr en saint Matthieu Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Saint Paul parle dans l'Épître aux Éphésiens de la vocation de l'Église ut sit sancta et immaculata. (Ep 5, 27). Les prophètes enseignaient qu'un sacrifice n'était acceptable que s'il reflétait la conduite du croyant. C'est-à-dire une vie vécue selon les commandements de Dieu, irréprochable. D'où le début du psaume 118 : « Heureux ceux dont la vie est irréprochable ». Personne ne peut être totalement sans péché, bien sûr, mais saint Paul enseigne que la destinée ultime de l'Église, de chacun de ses membres, est d'être saint et irréprochable. Le désir d'être juste peut être mis en relation avec la doctrine de saint Paul, l'enseignement central de l'Église, tel que nous le trouvons en 2 Co 5, 21 : Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu. Le mot de justice renferme les notions d'innocence et de sainteté que le Christ nous donne en prenant sur lui nos péchés. C'est ce qui est appelé justification et le thème capital de l'Épître aux Romains. Quand je prie un texte qui affirme que je suis juste ou innocent, je proclame en réalité ce que Dieu m'a donné. Le dernier verset du psaume 16 rattache ceci à l'espérance de la vision de Dieu : Et moi, par ta justice, je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage.

L'attention que le moine porte au vocabulaire du psautier lui ouvre d'autres perspectives. Cela se faisait plus facilement quand les psaumes étaient chantés en latin car il y avait une relation plus étroite entre le vocabulaire de l'Ancien Testament et celui du Nouveau. Prenons, par exemple, le début du psaume 26 : Le Seigneur est ma lumière et mon salut. Ces deux mots sont utilisés dans le Nouveau Testament pour décrire le rôle du Christ. Lumière se trouve à la fois dans les évangiles et saint Paul, non seulement à propos du Christ lui-même, Je suis la lumière du monde (Jn 8, 12) mais aussi du croyant : Vous êtes la lumière du monde (Mt 5, 14). Tous, en effet, vous êtes fils de la lumière, fils du jour : nous ne sommes ni de la nuit, ni des ténèbres. (1 Th 5,5)

Le mot de salut n'exprime pas seulement une notion abstraite du pouvoir qu'a Dieu de sauver. Il a aussi un sens personnel. Quand Siméon a entonné le cantique Nunc Dimittis il a dit Mes yeux ont vu ton salut. Il ne parlait pourtant pas d'un terme théologique, mais de l'enfant qu'il tenait dans les bras. Nous nous servons chaque jour du même mot lorsque nous chantons le Magnificat : Mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur. Les Actes des Apôtres se terminent sur une note dramatique et le mot de salut est utilisé pour signifier la foi du monde païen. Sachez-le donc : c'est aux païens qu'a été envoyé ce salut de Dieu ; eux, ils écouteront.

L'emploi de ces noms dans le psautier, mais avec le sens enrichi que leur donne le Nouveau Testament, fait des psaumes une vraie prière chrétienne.

L'expérience du psautier que nous avons faite à travers la réforme liturgique du psautier, nous a permis de mieux réaliser le mystère de notre salut et notre reconnaissance envers Dieu pour son infinie miséricorde...

Concluons. Le psaume 100 commence ainsi : Je chanterai justice et bonté : à toi mes hymnes, Seigneur ! C'est le thème du Psautier, de la miséricorde de Dieu et de la sagesse de ses relations avec l'humanité faible et pécheresse, surtout lorsqu'il a envoyé son propre Fils pour lui enseigner comment vivre et s'offrir en sacrifice.

C'est l'expérience monastique du Psautier et donc celle de tous les chrétiens. Il est vraiment bon de chanter pour le Seigneur.

Traduction : Sr Jean-Baptiste, le Bec-Hellouin

Photo : Ramsgate

Le Père Abbé Laurence

1 La nourriture est savoureuse au palais, le psaume au cœur.
Le miel est caché dans la cire ; la ferveur dans la lettre. Bernard de Clairvaux. Sermons sur le Cantique. SC 414

2 Dans cet article, la numérotation des psaumes est celle de la Vulgate.