La prière des psaumes à l’abbaye de la sainte Trinité de Las Condes

Auteur : Mauro Matthei, osb

Chapeau : Le P. Mauro cultive l'art de rendre clair et intéressant la réforme liturgique du psautier après le Concile. Il donne le sens de cet aggiornamento. Il s'attache au schéma choisi par sa communauté celui du P. Notker Füglister et en montre la grande richesse rénovatrice.

Répercussions du Concile

La force spirituelle de Vatican II a provoqué dans les monastères du Cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay) un double dynamisme : le renouvellement de la liturgie - et, par conséquent, une nouvelle manière d'aborder les psaumes - et la recherche de l'unité par la formation d'une nouvelle entité juridique qui allait devenir la congrégation de la Santa Cruz del Cono Sur. Deux dynamiques qui se sont toujours donné la main, en sorte que la réforme liturgique a débuté vers 1967, que la première Congrégation s'est constituée en 1970 et qu'en 1976 le Saint-Siège approuvait cette nouvelle Congrégation au sein de la Confédération bénédictine.

Toutefois, comme dans un premier temps avait prédominé parmi nous une interprétation du Concile du type "rupture" et que celle-ci, au cours du pontificat de Jean Paul II, s'est progressivement corrigée en faveur d'une vision plus intégrée à la grande tradition de l'Église, on a aussi connu au début de la réforme liturgique et de la formation de la Congrégation des positions extrêmes : « tout est nouveau, l'ancien ne vaut plus rien » qui se sont graduellement modérées dans le sens d'une évolution plus équilibrée.

Le fait que tous les monastères aient manifesté un intérêt presque identique pour les enseignements diffusés dans la période immédiatement postérieure au Concile (1965-1975) par le P. Notker Füglister, moine de l'abbaye de Disentis, Suisse, a constitué une bénédiction toute particulière. Son livre sur la Prière des psaumes (édition allemande 1965, édition espagnole 1970), ses « Propositions de Restructuration de l'Office divin monastique » (1966) et son incorporation au Thesaurus1, où son plan eucologique devait figurer comme «  Schéma B », ont été les facteurs déterminants de la rénovation liturgique des monastères du Cône Sud. Si, malgré cette unité d'origine, nous ne sommes pas arrivés à une totale uniformité liturgique dans tous les monastères, cela est dû à une compréhension et à une application inégale des principes du P. Füglister. Mais même ainsi, l'adoption générale du dit « Schéma B » du Thesaurus a largement contribué à l'unité de la Congrégation naissante qui est constituée actuellement de neuf monastères d'hommes et de huit monastères de femmes : dix en Argentine, quatre au Chili, deux en Uruguay et un au Paraguay.

Aujourd'hui, après quarante années, la prière des psaumes, fondée aussi bien sur le schéma de leur distribution que sur la façon de les aborder, inspirés par les écrits du P. Füglister, est fermement ancrée dans les monastères du Cône Sud. Chez les moines et les moniales prévaut la conviction que le système Füglister reste ce qu'il y a de plus cohérent et de plus inspiré parmi toutes les réformes de l'Office divin. Ce qui est arrivé et ce qui arrive habituellement lors de ces changements, c'est que des corrections et des ajouts postérieurs provenant d'autres instances, à commencer par le Thesaurus  lui-même, n'ont pas toujours été fidèles à l'inspiration originale de l'auteur.

Notker Füglister et la rénovation de la psalmodie monastique.

Pour comprendre la valeur de la rénovation apportée par le moine suisse il convient de la comparer avec les usages en vigueur au cours de tant de siècles de l'histoire monastique, et avec d'autres réformes modernes, par exemple, celle qui a été réalisée dans la Liturgie des Heures romaines. Le Thesaurus propose quatre schémas de distribution des psaumes : le « A »suit l'ordre traditionnel de la Règle de saint Benoît ; le « B » est celui qui est présenté par Notker Füglister, et qui garde le « pensum » des 150 psaumes par semaine ; le « C », élaboré par le monastère de Scheyern, distribue les psaumes sur deux semaines, tout comme le schéma « D », dont l'auteur est le P.Crisógono Waddel. De nombreux monastères adoptèrent simplement la Liturgie des Heures romaines promulguée par le pape Paul VI en 1970. Les psaumes y sont distribués sur quatre semaines et certains psaumes ou versets de psaumes « qui contiennent des expressions d'une certaine dureté » sont aussi supprimés.

À propos des pratiques préconciliaires, on peut dire qu' y prévalait une considération plutôt quantitative et uniformisante des psaumes. Le « pensum » des 150 psaumes par semaine fixé par saint Benoît correspondait, de fait, à une quantité beaucoup plus importante, du fait de la répétition de certains psaumes au long du cursus hebdomadaire. Cela se faisait sentir en pratique par une pression en faveur d'une certaine rapidité dans la récitation et par la diminution des parties chantées au profit du recto tono. Au monastère de Las Condes, par exemple, avant le Concile, seul l'hymne des vêpres était chanté, les autres hymnes étaient récités. Les vigiles avec leurs 12 psaumes habituels étaient quasi automatiquement reliées aux laudes, suivies immédiatement par les services des messes privées et conclues par l'heure de prime. Il en résultait, spécialement auprès des postulants et des hôtes, une sensation de se retrouver « à bout de souffle ». Par ailleurs, la distribution des psaumes était faite avant tout par ordre numérique, comme si les psaumes étaient une simple "matière disponible" pour la prière, sans tenir compte de leur thématique et encore moins de leur genre littéraire. Cela avait comme résultat, par exemple, une durée inégale entre les vigiles, avec des mardis « courts » et des samedis surchargés de plusieurs psaumes historiques en continu. Il n'y avait pas de place, avec un tel horaire, ni pour les silences ni pour une lectio divina postérieure.

Le malaise engendré par une telle situation avait été non seulement ressenti, mais aussi exprimé de diverses manières. Dans les années cinquante du siècle dernier, l'Abbé de Niederaltaich, Allemagne, Emmanuel Heufelder, en rien suspect de laxisme, s'exprimait sur ce thème en plaidant pour un changement de la « quantité » au profit de la « qualité » dans la prière des psaumes. Le concile Vatican II, en même temps que l'esprit rénovateur de la Constitution « Sacrosanctum Concilium », a puissamment contribué, à travers la Constitution « Dei Verbum », à la redécouverte de la lectio divina, une très ancienne valeur monastique, pratiquement tombée dans l'oubli. Au n° 90 de S. C., les Pères exprimaient sans doute le « Status quaestionis » du problème en déclarant : « L'Office divin, en tant que prière publique de l'Église est aussi une source de piété et un aliment de la prière personnelle. C'est pourquoi, nous exhortons, dans le Seigneur, les prêtres et tous ceux qui participent à cet Office, à le prier, en sorte que l'esprit soit en accord avec la voix, et pour mieux y arriver, qu'ils acquièrent une instruction liturgique et biblique plus riche, principalement à propos des psaumes ».

Que « l'esprit soit en accord avec la voix », ce principe classique de la Règle de saint Benoît, érigé ainsi en recommandation conciliaire, et qui avait été l'aspiration permanente des moines et des moniales de tous les temps, était ainsi converti en facteur dynamisant de la réforme de la prière des psaumes. Tout le travail de Füglister et de la rénovation de la prière liturgique présentée par lui visait à faciliter cet accord entre l'esprit et la voix. Ce qui était en jeu était non seulement une « modernisation » de la Liturgie des Heures, mais aussi le fait qu'on retournait en même temps au fondement de « l'adoration en esprit et en vérité » (Jn 4, 23). Comme on sait, le défaut essentiel du culte ancien, dénoncé constamment par les prophètes et les psaumes, avait été la séparation, le « non accord », entre l'esprit de l'offrant et la matière du sacrifice offert à Dieu (ex. Is1, 11-17 ; Am 5 ,21 ; Ps 49 ou 50). Le Christ, au Golgotha, a restauré l'identification entre l'offrant et l'offrande, en étant lui-même à la fois prêtre, victime et autel. Tout l'esprit du Christ était en accord avec sa voix et son sacrifice a surpassé définitivement le ritualisme qui menace depuis toujours le culte humain.

Parce que le ritualisme - conséquence du non accord entre l'esprit et la voix - n'a pas seulement été toujours l'ombre du culte ancien et la différence permanente entre le sacrifice d'Abel et celui de Caïn (Gn 4, 1-16), mais il a aussi souvent obscurci et continue à obscurcir le culte chrétien : on offre une quantité déterminée de psaumes - et plus grand sera leur nombre, plus éminente sera la dévotion - mais l'esprit vibre avec d'autres motifs.

Le plan Füglister au concret

Les propositions de Füglister, présentées en 1966, depuis Saint Anselme, pour toute la Confédération bénédictine, s'articulaient en quatre grands chapitres intitulés :

  1. Quelques considérations préliminaires.

  2. Principes pratiques pour une nouvelle distribution hebdomadaire du psautier.

  3. Quelques observations marginales.

  4. Plan de distribution des psaumes par semaine, qui constituera par la suite le Schéma B du Thesaurus

Dans cette nouvelle distribution, on avait déjà tenu compte de la suppression de l'Office de Prime décrétée par Sacrosanctum Concilium N° 89 d. À partir de la fin de l'année 1967, on s'efforça de mettre tout cela en pratique dans chaque monastère de la Congrégation du Cône Sud, alors en formation. Au monastère bénédictin de Las Condes, les Propositions de Füglister entrèrent en vigueur le 1er novembre 1967.

Plusieurs facteurs extérieurs ont contribué au succès de la réforme proposée, parmi lesquels la suppression déjà mentionnée de l'office de prime, le rétablissement de la concélébration eucharistique et la revalorisation de la lectio divina. Par ailleurs, le principe füglistérain de ne pas s'écarter de la recommandation de la RB 18, 22-25 de réciter les 150 psaumes chaque semaine a gagné la sympathie des moines plus sérieux et plus désireux de garder la tradition. Il permit d'éviter le danger d'une réduction arbitraire de la Liturgie des Heures. Pour avoir une meilleure compréhension de ce qui s'est produit depuis ce moment-là, il faut suivre le fil de la pensée du P. Füglister.

Dans le premier chapitre, au titre anodin de « Considérations préliminaires », l'auteur déclare :

1.1. Il serait souhaitable que soit restauré l'équilibre bénédictin entre Opus Dei, lectio divina et travail. On a déjà mentionné la nécessité que l'on ressentait de situer la prière des psaumes dans le contexte de l'horaire monastique, en évitant les accumulations quantitatives et en rendant possible une succession équilibrée et féconde entre les Vigiles, le temps nécessaire à la lectio divina et les Laudes. Le gain de nouveaux espaces de temps a aussi permis de chanter tous les hymnes et plus tard encore d'inclure des cantiques du Nouveau Testament dans l'office des Vêpres.

1.2. La récitation chorale de l'office divin devrait être (ou redevenir) une prière authentiquement chrétienne et monastique. Les différentes considérations de l'auteur pourraient se résumer dans cette phrase : »Il ne s'agit pas de prier moins, mais de mieux prier ».

1.3. On devrait mieux tenir compte du caractère spécifique des psaumes. À ce point, l'auteur développait de manière synthétique la thèse principale de son livre « La prière des psaumes », qui insistait sur la nécessité de mieux prendre en compte le genre littéraire des psaumes. Ici Füglister ne faisait rien d'autre qu'étendre à tout le psautier la claire sélection par genre littéraire (et non par simple ordre numérique) que saint Benoît avait déjà soulignée dans les psaumes des Laudes (RB 13), des Complies (RB 18, 19) et, en un certain sens, dans les psaumes du graduel qu'il avait déjà assignés aux heures mineures (RB 18, 9). Avec l'affirmation selon laquelle les psaumes étaient avant tout des compositions poétiques qui pouvaient permettre la distinction entre psaumes lyriques, épiques et dramatiques, s'ouvrait un vaste champ en vue de leur distribution entre les différents moments de la Liturgie des Heures. De plus, on prenait vraiment en considération le fait que ces trois éléments correspondent aux éléments constitutifs de la liturgie : les compositions lyriques se prêtent à la louange ; les compositions épiques à l'instruction et à l'exhortation, et les compositions de type dramatique aux oraisons impétratoires et l'action de grâce. Tous les psaumes ne se prêtent pas à n'importe quel moment de la Liturgie des Heures et tous les psaumes ne doivent pas être récités de la même manière. Il y a des psaumes, ou des extraits de psaumes plus aptes à être récités par un soliste, d'autres plus adaptés à une psalmodie responsoriale, et d'autres enfin qui se prêtent mieux à une récitation dialoguée.

Le deuxième chapitre des Propositions de Füglister présentait en sept points les aspects organisationnels de la réforme. Ces points se distinguaient par le respect du caractère de chaque psaume, récité une seule fois chaque semaine, considéré comme un tout indivisible, et le respect du caractère particulier de chaque heure, y compris de certains jours de la semaine, comme le vendredi, le samedi et le dimanche. Il se différenciait ainsi clairement de la réforme romaine de la Liturgie des Heures qui maintient et augmente même la division des psaumes en deux et même trois parties. Respectés dans leur individualité et leurs différences, les psaumes, selon la proposition de Füglister, retrouvaient leur relief, leur couleur propre, et leur message particulier se différenciait mieux.

Le troisième chapitre intitulé « Quelques observations marginales » est consacré aux différentes formes de récitation, au problème des traductions, à la distribution des Heures canoniques, aux offices de fêtes et aux solennités, et finalement aux cantiques et aux hymnes.

Avancées dans la compréhension de l'office de Vigiles

Un des fruits les plus féconds de la réforme « füglistérienne » a été une meilleure compréhension des Vigiles nocturnes. L'indication de SC 89 : "L'heure appelée matines, bien qu'elle conserve, dans le chœur, le caractère de louange nocturne" devrait être composée de manière à pouvoir être priée à n'importe quelle heure du jour en ayant moins de psaumes et des lectures plus longues" a produit comme conséquence la distinction entre un office nocturne dans le chœur, appelé de préférence « vigiles » et l' «  office de lectures » comme on l'appelle depuis lors et qui pouvait se prier à n'importe quelle heure du jour. De fait, les Vigiles ont retrouvé et ont accentué leur caractère monastique, tandis que l'office de lectures a favorisé principalement le clergé diocésain et régulier et les communautés féminines actives.

Si on considère que les offices de Laudes et de Vêpres et les heures mineures ont leur origine dans la liturgie du Temple et se retrouvent aussi d'une certaine manière dans d'autres religions (par ex. les cinq prières quotidiennes des musulmans), par contre, les Complies et les Vigiles sont d'origine nettement chrétienne et monastique. De plus, il semble que parmi les religions pré-chrétiennes et extra-chrétiennes, seule la communauté de Qumrân connaissait une prière nocturne. Dans toutes les civilisations, la nuit était un temps de danger, de réclusion dans les foyers, et les villes fermaient les portes des murailles qui les entouraient et les protégeaient. Si les moines chrétiens ont fait de l'oraison nocturne une de leurs caractéristiques, cela est dû à l'exemple du Christ, qui non seulement est né et est ressuscité la nuit, mais qui avait aussi l'habitude, selon les évangiles, de prier avant le lever du soleil et après son coucher. 2

La vigile nocturne est donc profondément liée au Christ. La réforme de Vatican II l'a rendue plus accessible en réduisant le nombre des psaumes et en sélectionnant mieux les lectures. La proposition de Füglister a introduit pour cet office les nouveautés suivantes :

  1. Variation des psaumes invitatoires (un psaume différent pour chaque jour de la semaine), en rompant le monopole traditionnel du psaume 94 (95).

  2. Disposition des psaumes narratifs et sapientiaux, c'est-à-dire, les plus étendus, un à chaque nocturne, accompagné avant et après d'un psaume plus court. Les deux psaumes « longs » (narratifs et sapientiaux) seraient récités par deux solistes et intercalés de refrains, récités ou chantés par toute la communauté.

  3. Exclusion des psaumes de lumière et de louange des Vigiles, pour les réserver à leur place propre, aux Laudes.

  4. Recommandation de pauses de silence entre les psaumes avec l'argumentation suivante : « Il serait souhaitable que, selon la tradition antique, il y ait une pause silencieuse après chaque psaume. De cette manière, chaque psaume est mieux considéré comme étant une unité en soi et la psalmodie se fera plus méditative «  (Propositions 3,  1 a)

  5. Maintien de la lecture de l'Évangile avec les hymnes Te decet et Te deum seulement les dimanches et aux solennités.

Füglister, fidèle à son principe de marquer les offices plus solennels par des changements qualitatifs et non quantitatifs, proposait que pour les solennités les psaumes « longs » soient remplacés par des cantiques de l'Ancien Testament. Aussi bien le Thesaurus que la réforme romaine renoncèrent à cette sobriété en développant les troisièmes nocturnes, lecture de l'évangile et hymnes non seulement pour toutes les solennités, mais aussi pour les fêtes. Ce « scrupule » de ne pas omettre le troisième nocturne a nui, à mon opinion personnelle, au fécond équilibre du trio de Vigiles, lectio et Laudes.

Dans tous les monastères du Cône Sud, on a salué la récupération du « goût » pour les Vigiles comme étant la prière monastique par excellence, pendant laquelle les moines partagent avec le Christ la lutte contre les ténèbres, la remémoration de l'histoire du salut à la lumière de la Nouvelle Alliance, le combat spirituel, la victoire du bien sur le mal.

Éléments postérieurs aux propositions de Füglister

Tout ce qui se pratique actuellement dans la psalmodie du monastère de Las Condes et des monastères du Cône Sud ne dérive pas directement des « Propositions ». Il conviendrait de considérer comme éléments ajoutés tout d'abord quelques évolutions créatrices à partir des propositions originales et en second lieu des éléments introduits par les indications postérieures des documents liturgiques du Saint Siège.

  1. Les adaptations créatrices ont varié d'un monastère à l'autre du Cône Sud. En général, on a su choisir les antiennes et les refrains des psaumes récités par des solistes en accord avec le caractère du psaume et de l'heure. Dans certains monastères, on a recherché la manière de respecter plus encore les psaumes, en alternant solistes et communauté pour certains psaumes plus dramatiques, en récitant deux ou même trois refrains pour les psaumes qui en contenaient, en chantant les doxologies à la fin de chacun des cinq livres du psautier. En certains endroits, on a commencé à solenniser le psaume 150 par le recours à des instruments de musique, à la fin des Laudes du samedi. Il résonne comme une action de grâce à la fin du « pensum servitutis » de la semaine.

  2. Les éléments postérieurs à la réforme initiale proviennent de la Documentation liturgique postconciliaire. Mentionnons en premier lieu l'inclusion de cantiques du Nouveau Testament à l'Office des Vêpres. De la même source dérive aussi la conscience de ce que le chant, la récitation et le silence, correctement distribués, constituent la "matière" de la liturgie. En ce qui concerne les silences, ceux qui se placent entre les psaumes et à la suite des lectures sont devenus traditionnels.

L'expérience de ces quarante années de liturgie postconciliaire dans nos monastères nous a montré que la célébration de la liturgie ne peut se maintenir dans sa vigueur originelle d' « adoration en esprit et vérité » que si elle est accompagnée d'une vie de prière personnelle sérieuse, persévérante et que si on travaille sans relâche à sa compréhension, à son exécution correcte, à son enrichissement. Au moindre laisser-aller réapparaissent les symptômes négatifs qui, depuis toujours, menacent le culte chrétien : la routine, le ritualisme, la prédominance de la récitation recto tono ou simplement parlée, l'exécution rapide, sans âme, le simple « accomplissement », et avec pour conséquence naturelle, la dureté de cœur, le pharisaïsme.

Traduction : Monsieur Paul Dupuis

1 « Thesaurus liturgiae horarum monasticae » Rome, 1977, 563 pages

2 Mt 14, 23-25 ; Mc 6, 46-48 ; Lc 6, 12