Chronique de l’EMLA

Auteur :Père Matias Fonseca de Medeiros

    Cette Rencontre, qui rassemble tous les quatre ans les réprésentants du monde monastique d’Amérique Latine et des Caraïbes, a eu lieu du 6 au 13 novembre 2006, à Belo Horizonte (Brésil). Sous la houlette vigilante de Mère. Estafânia Vieira, Abbesse du Monastère de Nossa Senhora das Graças, et de sa communauté tout a été magnifiquement prévu pour accueillir les 139 participants – bénédictins, cisterciens et trappistes – dans la “Casa de Retiros São José” (maison de retraite des Rédemptoristes). Pendant une semaine ils ont eu l’occasion de se connaître, prier ensemble, écouter, réfléchir et partager.

    Organisée à tour de rôle par une des trois conférences régionales (ABECCA, CIMBRA et SURCO) qui forment l’Union Monastique Latino-américaine (UMLA), c’était cette fois-ci à la conférence monastique brésilienne (CIMBRA), jusqu’à alors présidée par Dom Edmilson Amador Caetano O.Cist., Abbé du Monastère de Nossa Senhora de São Bernardo (São José do Rio Pardo, Brésil),de préparer et de réaliser la rencontre.

    Le thème central proposé pour ces journées était : La paix bénedictine : don et défi dans le contexte latino-américan. En effet, nombreuses sont les communautés monastiques qui à l’heure actuelle se voient confrontées au problème de la violence. Celle-ci puise ses origines dans le contexte d’injustice sociale que subissent plutôt les couches plus pauvres de la population, souvent au chômage et donc démunies d’un minimum nécessaire pour mener une vie digne et honnête. Devant certaines situations et paradoxes assez complexes, comment moines et moniales peuvent-ils  rendre témoignage de la Béatitude évangélique des pacifiques, aux hommes et femmes de cet immense continent affamés et assoifés de justice, espérance et paix!... À fin de mieux les aider dans cette question “épineuse”, trois causeries majeures ont essayé de donner des réponses possibles en partant de quelques fondements : biblique-monastique, socio-politique et spirituel. Dom Joaquim de Arruda Zamith osb, ancien Président de la Congrégation Brésilienne, a parlé de la Vision de paix dans la Règle de Saint Benoît; Sœur Maricarmen Bracamontes et Sœur Patrícia Henry, moniales du Monastère “Pan de Vida” (Torreón, Méxique), ont traité “à deux voix” des défis à la paix en Amérique Latine; et Dom Eduardo Gowland ocso, Président du SURCO donna comme titre à sa causerie : Conduire nos pas aux chemins de la paix. Ces causeries ont servi de points de repère pour les groupes qui après chacune d’elles se réunissaient afin d’y réfléchir et d’aprofondir les sujets traités.

    Si les matinées des trois premiers jours ont été prises par ces activités, les après-midis ont permis la présentation par plusieurs intervenants des portraits de quelques moines et moniales du passé, tels Saint Bernard et Saint Romuald, ou de l’actualité, comme Mgr. Matthias Schmidt, êvèque de Ruy Barbosa (Brésil), Mère Gertrud Link, ancienne Prieure Générale des Bénédictines Missionaires de Tutzing, et les Trappistes de Thibirine qui, chacun à sa façon et dans son propre contexte, ont été témoins de la paix du Christ. Parmi eux, deux exemples ont profondément ému l’assemblée: Mère Gertrud Link et les moines de Thibirine.

    Sœur Timotea Kronschnabl, osb, Supérieure du Monastère de la Epifanía (Buenos Aires, Argentine), présenta la synthèse biographique de Mère Gertrud Link. Restée des longues années en captivité, dans un camp de concentration communiste en Corée du Nord, ayant souffert toute sorte d’humiliations et d’épreuves morales et physiques sans jamais défaillir, elle a gardé jusqu’au bout une admirable maîtrise de soi. Son visage serein rayonnait la paix du Christ qui l’habitait en ces jours sombres, faisant comprendre qu’au delà de tout “calvaire”, les remous de la surface ne peuvent jamais atteindre les eaux calmes des profondeurs. Libérée de la prison, elle pardonna ses bourreaux et toujours, aimable et souriante, a repris son travail de missionaire, manifestant par les actes de sa vie la victoire du Seigneur Ressuscité.

    Plus émouvante encore a été l’intervention de Dom Plácido Alvarez ocso, Prieur du Monastère de Nuestra Señora de los Andes (Mérida, Venezuela), qui en termes simples et en même temps profonds, a parlé du martyre des sept moines cisterciens de Notre-Dame de l’Atlas, en Algérie. Après son exposé, chacun des participants ayant en main une copie du testament du P. Christian de Chergé, en guise de lectio divina, est sorti pour une lecture-méditation silencieuse de ce texte extraordinaire avant le chant des Vêpres qui a clôturé les travaux de la journée. Que le sang versé par les frères moines de Thibirine, qui à la suite de Jésus ont donné leurs vies pour ceux qu’ils aimaient, soit semence de justice, de paix et d’amour pour les peuples du monde entier.

    Les invités d’honneur ont pu aussi adresser la parole à l’assemblée. Le premier a été le P. Abbé Primat, Dom Notker Wolf, qui dans sa joyeuse simplicité a participé intégralement à la Rencontre. Il a donné des nouvelles de Saint Anselme et a parlé de ses soucis et des multiples activités qu’il développe en raison de son importante fonction dans la Confédération Bénédictine. Le P. Martin Neyt, Président de l’AIM heureux de prendre part à l’EMLA, assurait aux présents l’engagement de AIM auprès des communautés, prête à les aider surtout au niveau de la formation. Un hommage cordial a été rendu au P. Jacques Côté, qui pendant des années s’est chargé au nom de l’AIM. des monastères latino-américains. Ayant atteint l’âge de la sagesse il doit laisser à un autre sa fonction. Néamoins, par maints signes manifestés lors de son petit discours d’adieu, il s’est très bien rendu compte que son souvenir va rester dans la mémoire du cœur de tous ceux et celles qu’il a connu lors de ses séjours de travail dans les communautés alors visitées. Deux absences innatendues et bien regrettées : celles de Dom Mauro Esteva., Abbé Général des Cisterciens, et de Dom Bernardo Olivera, Abbé Général des Trappistes. Pour des raisons de santé, leurs venues n’a pas été possible. Cependant, Dom Mauro a envoyé le texte de son intervention qui a été lu aux présents.

    Une promenade culturelle a marqué le vendredi, 10 novembre. Sous une pluie torrentielle qui a duré toute la journée, plusieurs cars ont conduit les participants de l’EMLA aux anciennes villes de Mariana et Ouro Preto. Ces deux villes historiques, l’une à côté de l’autre, à une centaine de kilomètres de Belo Horizonte, fondées au XVIIème siècle alors que les colonisateurs portugais y avaient découvert des mines d’or, gardent encore les charmes du Brésil colonial surtout dans son architecture. L’extraordinaire richesse et l’art des Églises barroques frappe le visiteur par son éclatante beauté. Après la messe chantée à la Cathédrale de Mariana, un concert d’orgue (sur un authentique instrument Arp-Schnitger du XVIIIème siècle) avec un répertoire de compositeurs latino-américains de l’époque coloniale a enchanté les oreilles de tous. À Ouro Preto, un repas typique attendait les visiteurs dans une ancienne “senzala” (vieux mot pour désigner le lieu de repos des esclaves) transformée en restaurant. Après la visite de la ville, tous ont pu apprécier dans quelques églises les œuvres en bois et pierre du célèbre Maître Antonio Francisco Lisboa, plus connu comme “Aleijadinho”, le plus grand sculpteur brésilien du XVIIIème siècle. Après les vêpres chantées à l’église de Nossa Senhora do Pilar, saluts de Mr. le Curé de Ouro Preto et de Mr. le Maire, avant de prendre la route du retour pour Belo Horizonte toujours sous la pluie et le froid.

    La journée du samedi, 11 novembre, a été particulièrement consacrée à la discussion et à la rédaction du texte d’un message adressé par les participants de l’EMLA à toutes les communautés monastiques du Continent. Ce message parle de la paix et du témoignage d’une vie plus évangélique que moines et moniales d’aujourd’hui doivent donner afin de rendre possible la paix et la justice dans la société qui est la nôtre. Le soir, sur invitation de Mgr. Walmor Oliveira de Azevedo, Archevêque de Belo Horizonte, une veillé de prière nous a tous rassemblés à l’église de São José afin de prier pour la paix en communion avec l’église locale. Très belle célébration.

    Le dimanche, 12 novembre, la communauté des moniales de l’abbaye de Nossa Senhora das Graças, à Belo Horizonte, qui célébrait en ce même jour l’anniversaire de la dédicace de l’église abbatiale, a invité les participants de l’EMLA pour la messe solennelle présidée par Monseigneur l’Archevêque. Dans son homélie, Monseigneur profita de l’occasion pour manifester son amour et la profonde estime qu’il éprouve envers la vie monastique et les valeurs que celle-ci réprésente surtout comme ecclesia orans; il a aussi remercié le monastère pour être dans son diocèse un lieu d’accueil pour tous ceux qui cherchent le Seigneur dans le silence et la paix. Après le repas festif et plein d’amitié avec les moniales dans les jardins du cloître Sainte Cécile, un tour dans la ville de Belo Horizonte a couronné cette belle journée.

    Le lundi, 13 novembre, jour de la clôture de l’EMLA, les membres des trois conférences monastiques régionales, sous la conduite des Présidents respectifs, se sont réunis pour traiter de leurs propres sujets. L’ABECCA et la CIMBRA, constituées en assemblées électorales, ont choisi leurs nouveaux Présidents : Dom Bernardo Bonowitz ocso, Prieur du Monastère de Nossa Senhora do Novo Mundo (Campo do Tenente), est devenu Président de la CIMBRA; et Sœur Patrícia Henry osb, – pour la plus grande joie des moniales et des sœurs!... – a été élue Présidente de l’ABECCA à la place du P. Guillermo Arboleda, Abbé du Monastère de Guatapé (Colombie). Il faut bien souligner que c’est la première fois qu’une femme est élue pour cette fonction. Puisque la XIème Rencontre Monastique Latino-américaine aura lieu en 2010 à l’Abbaye de Nuestra Señora de Guadalupe, au Méxique, dans la région de l’ABECCA, sœur Patrícia devient aussi automatiquement Présidente de l’UMLA.

    Comme acte dernier de la Rencontre on a donné lecture du message final qui en résumé dit ce qui suit :

    * Afin que la Paix rayonne dans les communautés monastiques du continent latino-américain et puisse ainsi soutenir et porter l’espérance de nos peuples : que nos hôtelleries monastiques soient de lieux de rencontre et de réconciliation
    * que notre silence nous ouvre à l’écoute de toutes les personnes
    * que nos monastères soient aussi des lieux ouverts au dialogue interreligieux et animateurs de l’œcuménisme
    * que notre manière d’être simple et solidaire avec les pauvres puisse offrir un exemple de vie sans exclusivisme ni individualisme
    * que la sobriété de notre vie soit une réponse éloquente à l’esprit de consommation dans le respect de la nature et de l’environnement.

En terminant cette chronique, deux notes importantes ne doivent pas rester dans l’oubli.

    - Le Père Abbé Primat, en excellent flûtiste qu’il est, a enchanté tout le monde en jouant durant quelques célébrations des très beaux morceaux de Giovanni Pergolesi, Antonio Vivaldi et Tommaso Albinone, dûment accompagnés à l’orgue.

    - Un des aspects qui a plus attiré l’attention et l’admitration des participants de l’EMLA a été la qualité des célébrations de la liturgie (offices et messes). Une Schola Cantorum formée par quatre moniales et quatre moines de différents monastères bénédictins et cisterciens a assuré le chant et la bonne organisation des diverses célébrations. La beauté des textes et des mélodies choisies (quelques unes composées pour l’occasion) ainsi que les belles voix des chantres, sous la conduite d’un frère moine de l’Abbaye de Rio de Janeiro, ont fait que les offices liturgiques ont été des moments de prière et de rencontre avec le Seigneur de la paix. Béni soit Dieu!