Réunion du Conseil de l’AIM

Auteur : Mère Maria Cruz, Abbesse du monastère de Nuesrta Senora de la Ascension, Zamora, Espagne


    Chaque année, le conseil de l’AIM se réunit dans un pays d’Europe ou aux États-Unis, afin d’établir le bilan sur la vie et l’évolution des monastères dans les différents pays. Cette année, la réunion s’est tenue en Espagne, à l’invitation de l’abbé de Montserrat, à l’occasion de la célébration du 125ème anniversaire de la proclamation de Santa Maria, sous son invocation de Montserrat, comme patronne de la Catalogne.

    La date de la convocation a été fixée le 20 et le 21 novembre. Le 21 novembre, ont été  invités les abbés et les abbesses des monastères bénédictins et cisterciens d’Espagne, afin qu’ils puissent connaître la dynamique et le travail de l’AIM dans son engagement en faveur de l’implantation monastique dans les lieux les plus divers de notre monde, au point que l’on peut parler d’une authentique globalisation. La journée du 20 novembre a été réservée à  la réunion exclusive du Conseil. Après l’accueil des participants, le P. Martin Neyt, président de l’AIM, a salué les membres du Conseil et a exposé l’ordre du jour. Il a commencé la réunion par la présentation d’un thème important à notre époque : Les monastère face aux défis de notre temps. Communion et séparation. Sujet d’un  intérêt immense, étant donné les nombreux défis auxquels nous devons faire face et la difficulté de mener à bien cette tâche. En effet, la séparation du monde ne dispense pas le moine de la communion avec les frères qui essaient de construire un monde meilleur, et que le moine ne peut éluder.

    Après l’exposé du P. Martin Neyt, il y eut plusieurs interventions précieuses de quelques membres du Conseil : le P. Abbé Thierry Portevin, OSB, qui, en transmettant ce qu’il a vécu à Madagascar, a souligné la pauvreté et la culture locale ; le P. Abbé Armand Veilleux, ocso, a mis l’accent sur certains points traités avec la sagesse qui le caractérise. On avait prévu la participation de la Mère Prieure Générale des cisterciennes bernardines de Esquermes, Joséphine-Mary, mais comme elle n’a pas pu assister à la réunion, c’est le P. Armand qui l’a remplacée.

Après une mise en commun des expériences des participants, on a conclu le travail de la matinée, en attendant de se retrouver l’après-midi pour le rapport annuel du président de l’AIM. La situation économique de l’organisation a été présentée par Mr. de Miribel, ainsi que les rapports  de  l’AIM-USA. Les travaux de la journée se sont terminés avec l’information donnée par la commission de formation.

Les invités d’Espagne ont participé à la journée du 21 novembre. La veille au soir, après le repas, le prieur de Montserrat, le P. Ramón Rivera a fait la présentation des membres du Conseil, en les invitant à se présenter eux-mêmes. De cette manière, les assistants avaient déjà fait leur connaissance avant d’entamer l’ordre du jour.

    Le premier intervenant fut le P.Abbé Paul Stonham, osb, de l’abbaye de Belmont, en Angleterre, qui fit un exposé sur La vie et l’évolution des monastère en Amérique latine, un sujet qu’il connaît bien, grâce à sa présence de vingt années au Pérou, comme supérieur du monastère fondé par son abbaye à Campogrande. Il a parlé dans espagnol parfait et il a distribué aux participants un texte en excellent anglais. Il a commencé en citant une phrase du Moyen-Orient, en guise de proverbe : "J’ai dit à l’amandier : ami, parle-moi de Dieu, et l’amandier a fleuri". En Amérique latine, le monde monastique a plus à apprendre qu’à enseigner, car les peuples indigènes peuvent nous donner de profondes leçons, à partir de leur pauvreté et de leur carence de tant de choses, qui les rendent plus proches de Dieu. Il a aussi attiré l’attention sur une certaine réalité de l’Amérique ibérique, un continent distinct de l’Afrique et de l’Asie qui correspond plus à un concept qu’à une aire géographique, où l’Espagne et le Portugal ont laissé leur empreinte. Un continent uni par une langue et un catholicisme quasi officiel, où le métis a une importance spéciale, ce qui n’est pas le cas en Amérique du nord.

Nous espérons que la conférence de l’Abbé de Belmont sera publiée dans le bulletin de l’AIM pour que ses lecteurs en prennent connaissance et qu’elle leur permette de découvrir un ensemble de monastères, où est célébré l’office divin, où se pratique la lectio divina et où rayonne la spiritualité bénédictine dans toute sa fraîcheur et son "ora et labora".

    Après-midi, le conseil s’est réunit à nouveau avec tous les invités. Mère Joséphine-Mary devait intervenir à nouveau pour parler le l’Afrique centrale, mais, comme on l’a dit, elle a dû s’excuser, et le P. Abbé Armand Veilleux l’a de nouveau remplacée. À propos des monastères africains, on a insisté sur l’importance de la formation. Le jeune qui entre dans un monastère peut avoir l’impression qu’il s’élève dans l’échelle sociale, étant donné la pauvreté de l’entourage, mais il doit apprendre à vivre pauvrement, sans oublier les pauvres au milieu desquels il a vécu. La Règle lui enseigne de régler ses besoins, la sobriété à tous les niveaux et l’attention envers ceux avec qui il vit, comme disait le jour précédent le P. Thierry, "éprouver la joie d’avoir peu de besoins ".

    En ce qui concerne la formation, le Centre d’études de Vanves réalise un travail admirable. Chaque année les jeunes moines originaires d’Afrique y viennent pour étudier la théologie et se spécialiser en liturgie et en Écriture sainte.

    De la même manière, l’Archi-Abbé de Sainte Odile, Jeremias Schröder, en parlant des monastères d’Asie, a fait un exposé en  parallèle avec le monachisme africain

    Ce regard panoramique sur la vie monastique à travers les diverses latitudes nous a fait nous exclamer : "Que tes tentes sont belles, Jacob ! Et tes demeures, Israël ! Comme des vallées qui s’étendent, comme des jardins au bord d’un fleuve, comme des aloès que Yavhé a plantés, comme des cèdres auprès des eaux !" (Nb 24,5)

    On a fait remarqué que cette réunion a été celle qui a connu une plus grande participation espagnole. On a eu, en effet, la participation des abbés de San Pedro de Cardeña, de San Isidro de Dueñas et de Valdedios, ainsi que celle des abbesses de San Pedro de las Puellas, de San Benito de Montserrat, de Alba et de Zamora. On a pu déceler dans cette affirmation un accent aigre-doux, car on espérait, un peu tard peut-être, que les monastères de notre péninsule élargissent leur horizon et contemplent les sillons qu’ils avaient tracés.

Traduction : Monsieur Paul Dupuis