Las Condes, par Père Benito Rodriguez, osb, Chili

Extraits du compte-rendu après sa 1ère expérience du Congrès des Abbés
Certains passages recoupant des témoignages d’autres abbés ou reprenant des conférences citées dans le Bulletin, nous avons gardé surtout l’aspect personnel du témoignage et remercions vivement son auteur d’avoir bien voulu s’en ouvrir aussi spontanément pour les lecteurs du Bulletin.


On m’a demandé de donner un témoignage sur le dernier congrès d'Abbés. Le voici comme une lettre personnelle. Heureuse nouveauté pour ceux qui y participaient pour la première fois : une rencontre d’information préalable pour mieux tirer profit de la suite, avec près de 80 inscrits. La traduction simultanée et la réunion préparatoire attestent le soin avec lequel l’Abbé Primat et ses collaborateurs avaient tout organisé. Le P. Notker Wolf, Abbé Primat, définissait ainsi les objectifs de ces réunions : « informations, rencontres et échanges d’idées, nouvelles inspirations ». C’est à partir de ces trois points que je développerai mon expérience vécue dans ce congrès des abbés.

On pouvait s’inscrire à des groupes de travail différents. J'ai participé aux ateliers suivants : tradition et créativité, gouvernement et abbés non prêtres, formation. Il y avait d’autres ateliers : œcuménisme, gestion financière, liturgie, les nouvelles communautés monastiques, des réponses monastiques aux abus sexuel et abus de pouvoir, communautés en difficulté, relations laïcs et communautés, les oblats, l’écologie, le dialogue inter-religieux. Pour les participants c'était l'occasion d'avoir une vision globale des réalités du monde bénédictin. A travers les témoignages directs et personnels, des réalités lointaines prennent une connotation différente et on s’y sent plus impliqué.
Le P. Rien Van Den Heuvel, abbé président de la Congrégation hollandaise, du monastère d'Oosterhout, nous a expliqué comment sa congrégation, formée de 4 monastères, a décidé de se dissoudre. Trois monastères se sont rattachés à la congrégation de Subiaco, le quatrième à celui de l’Annonciation. Vers la fin des années 60 s’est tari l’afflux des vocations en Hollande. Les communautés ont pris de l’âge et se sont trouvées affrontées à une nouvelle question : que signifie vieillir en communauté, au niveau humain et spirituel ? La communauté d’Oosterhout a choisi de rester ensemble en communauté pour vieillir ensemble, et de déménager dans un bâtiment plus adapté à la réalité actuelle de la communauté.
Le P. Mamerto Menapace, abbé président de la Congrégation du Cono Sur (Sud de l’Amérique latine), a parlé du monachisme en Amérique latine. Ce ne sont pas les vocations qui manquent mais il y a d’autres problèmes : le manque de persévérance, la difficulté de pouvoir dispenser une formation de qualité aux jeunes dans les plus petites communautés, l'élection de jeunes supérieurs peu préparés, une situation politique et sociale instable, le manque de sécurité. En dépit des fragilités une grande importance est donnée à la lectio divina, à l’Office divin, au travail sérieux et à l'accueil. « Nos communautés sont fort appréciées par les églises locales, qui viennent auprès de nous chercher des lieux de retraite, de prière et de rencontre avec Dieu. »
Le P. Lorenzo Russo, abbé général des Vallombrosiens qui avait participé à la visite canonique à Saint Anselme en mars 2004, soulignait la bonne impression qu’avaient eu les Visiteurs à l’issue de cette visite. Il invitait avec force à se souvenir que Saint Anselme n'est pas un lieu pour résoudre les problèmes des vocations en crise mais une bonne occasion pour ceux qui viennent pour y étudier.
Le P. Abbé Primat a donné une nouvelle impulsion à St Paul-hors-les murs.
La présence de différents représentants de Patriarcats œcuméniques a très certainement enrichi notre réunion. Un œcuménisme incarné et non théorique s’est vécu dans le partage de la table au réfectoire et dans l’échange informel sur les différents sujets abordés. L'Archimandrite Cyrill Akon, représentant du Patriarcat oecuménique de Constantinople, a rappelé la mémoire heureuse et émouvante du P. Daniel Yeltsin, soulignant « le sourire de son âme transparente », et donnant une idée concrète pour renforcer les liens œcuméniques : « ne serait-ce pas maintenant le moment opportun, le kairós, d’éditer un volume à la mémoire du P. Yeltsin et d’instituer par exemple une bourse oecuménique pour des études autour de ses œuvres ? »
Tous les participants ont été invités dans un patio ouvert, à l'intérieur de la résidence papale de Castelgandolfo, dans un environnement extrêmement soigné et bien rehaussé par la présence des gardes suisses, pour une audience auprès du Saint Père. Il est arrivé physiquement très affaibli, en fauteuil roulant, très marqué par la maladie. Mais le message qu’il nous adressa fut merveilleux. « Ne vous laissez pas décourager par les problèmes de notre temps. Dieu continue son œuvre et vous et avec vous, à sa manière, comme Jésus l’avait prédit à ses disciples : ‘dans le monde vous aurez à souffrir. Mais courage, j'ai vaincu le monde ! (Jn 16, 33) ». Mes yeux se sont remplis de larmes en entendant ces paroles que lui, si malade, nous adressait, paroles finalement si caractéristiques de lui. Ensuite c’est l’un de ses collaborateurs qui a poursuivi la lecture de son discours, mais je crois vraiment que c’était lui qui l’avait rédigé. « Restez fidèles à votre histoire. Notre monde sécularisé est en dette envers vous par le témoignage de vos communautés qui placent Dieu au centre. Beaucoup d'évêques demandent d'avoir dans leurs diocèses ces espaces vitaux de rencontre avec le Seigneur. Par la liturgie, l'étude et le travail vous êtes des exemples de vies chrétiennes totalement orientées vers Dieu, respectueuses de l'homme et de la création ». Rien de bien neuf dans ces mots, mais tellement en syntonie avec notre Règle de vie. Les recevant du Saint Père, je les accueillais comme quelque chose d’original. Je ne pus me faire photographier avec lui ni le saluer personnellement mais ses mots ont résonné très profondément en mon cœur. La troisième intervention qui m’a personnellement marqué fut celle du P. Bernardo Olivera, abbé général ocso.
Voici pour moi les aspects les plus marquants du Congrès des abbés 2004 que j’ai gardés en mémoire et que je désire partager. Pour terminer j’ajoute que la ville de Rome se prête magnifiquement au pèlerinage, à la prière et à la rencontre avec les racines de notre foi chrétienne. Prier dans les rues de Rome, laisser s’écouler quelques heures dans l’arène du Cirque Maxime en relisant les lettres de Saint Ignace d'Antioche et en priant le Rosaire, relire au Monte Caelio les homélies sur Ezéchiel du pape Saint Grégoire, suivre la figure de saint Pierre dans les évangiles, dans la Basilique Saint Pierre, immergé parmi des multitudes de touristes, ou relire à Tre Fontane les lettres de saint Paul. Tout ceci a encore beaucoup enrichi ma participation au Congrès des abbés.
Avec ma prière et mon amitié,

Benito Rodriguez, osb, Abbé