Commission bénédictine pour la Chine (BBC), par le Père Jeremias Schröder, osb.

L’Empire immense qui s’est perçu comme le centre du monde, et, pourquoi pas, comme le plus grand et le plus ancien dans l’histoire de l’humanité, fut toujours pour les chrétiens une provocation. Dans la parole du Seigneur « allez vers toutes les nations » ce peuple était certainement inclus. Le Christianisme est présent en Chine depuis le 7ième siècle. Les Bénédictins y sont arrivés seulement au début du 20ième, comme missionnaires et fondateurs de monastères en Mandchourie, comme professeurs à l’Université catholique de Pékin et comme moines chargés de missions culturelles dans la province reculée de Sichuan. Les troubles dus à la guerre et la prise de pouvoir par le Parti Communiste en 1949 ont mis un terme à toutes ces entreprises. Les derniers Bénédictins étrangers quittèrent la Chine au début des années 50 et leurs frères indigènes furent assassinés, emprisonnés ou durent entrer dans la clandestinité.

Mais les anciennes relations ne furent pas totalement anéanties. D’anciens alumnats de l’Université Bénédictine, des chrétiens des paroisses desservies par des prêtres de l’Ordre, sont parvenus à maintenir les liens vivants. Avec l’assouplissement des relations avec la Chine au début des années 1980, ces liens sont été revivifiés et resserrés. Beaucoup de monastères ont commencé à soutenir l’Eglise en Chine, et bien à la façon bénédictine, sans guère de concertation.
En 1996, le Congrès des abbés recommanda alors de confier la coordination de ces activités à une Commission commune. Telle est l’origine de la Commission Bénédictine pour la Chine, sous la présidence de celui qui était alors Archiabbé de St Ottilien, qui n’est autre que l’abbé Primat actuel dom Notker Wolf. La Commission se réunit en général deux fois par an, une fois en assemblée plénière, tous les frères et sœurs plus directement intéressés à la Chine y sont invités, et une fois en « comité exécutif » restreint, à Rome. Les membres de cette Commission sont : l’abbé président de la Congrégation Américano-Cassinaise, l’abbé président de la Congrégation de St Ottilen, la Prieure générale des Sœurs missionnaires de Tutzing, les abbés de différents monastères engagés activement envers la Chine (St Vincent et Valyermo aux Etats Unis), les supérieurs des moines et moniales de Taiwan, le représentant de l’AIM, un représentant de la Curie des Trappistes et trois membres de l’Ordre natifs de Chine. Le secrétaire de la Commission est Fr. Nicholas Koss, un moine de St Vincent, Etats Unis, qui est professeur à Taiwan et connaît vraiment bien le pays.

La première tâche de la Commission est d’échanger des informations. Banal, direz-vous peut-être, mais dans le cas particulier de la Chine, avec sa situation politico-ecclésiale extrêmement complexe, c’est indispensable. Qui a rendu visite à qui ? Quelles sont les nouvelles tendances ? Des représentants de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples - le « ministère romain de la Mission » - sont invités pour nous informer et nous gardons des relations avec d’autres institutions d’une extrême importance pour l’Eglise en Chine, le Centre chinois à St Augustin ou le Bureau chinois catholique nord-américain. Très précieux également pour renseigner et continuer de former nos moines et sœurs sont les voyages d’études organisés tous les ans en Chine. Le point fort y est l’entrée dans une connaissance réelle de la Chine catholique. Celui qui participe à un tel voyage revient rempli d’impressions profondes sur le Christianisme vécu dans le cadre de la société chinoise et il est vraiment motivé pour collaborer aux projets.

Mais quels sont ces projets ?
Plusieurs collèges et universités bénédictins des Etats Unis ont des programmes d’échanges et d’études avec la Chine, certains d’ailleurs depuis longtemps. On espère à moyen terme que des écoles marquées d’une empreinte bénédictine pourront voir le jour en République populaire de Chine.
Depuis 20 ans quelques monastères prennent directement en charge la formation de séminaristes, de sœurs, de prêtres et aussi, depuis peu, de laïcs. Des bourses sont allouées outre-mer. Actuellement, deux prêtres de Pékin étudient à Saint Anselme la liturgie et la musique d’église ; depuis plusieurs années l’université de Collegeville réserve toujours 4 places pour des étudiants chinois. Beaucoup de ces étudiants d’alors sont retournés en Chine où ils occupent maintenant des positions importantes dans l’Eglise. On aide aussi directement des séminaires de prêtres et des collèges de sœurs sur place en Chine. L’aide financier est parfois judicieux ; il est assez récent que les Bénédictins soient invités en Chine comme enseignants.

En même temps que les catholiques chinois prennent de plus en plus conscience d’eux-mêmes, ils prennent conscience de la dimension caritative du Christianisme qui se vérifie dans le service des faibles et des plus désavantagés. Depuis quelques années les Bénédictins soutiennent le plus grand centre caritatif de Chine. Un Père bénédictin coréen vit à demeure à Pékin et, de là, gère les contacts entre les églises.

Les visites des délégations jouent un rôle particulier : ces dernières années, de petits groupes, ou d’autres plus importants, ont voyagé à l'étranger, en Corée ou en Allemagne par exemple. Ils ont été cordialement accueillis dans nos monastères. Le modèle de la vie bénédictine, son sérieux, la liturgie solennelle et le professionnalisme – tant en matière d’artisanat que dans le domaine spirituel - ont profondément impressionné. Récemment nous est parvenue une demande de Chine ; il s’agissait de savoir si l’on pourrait prendre en charge, pour un temps plus long, la formation de tout un groupe de jeunes prêtres au monastère. Du côté chinois, il y a bien l'espoir qu'à moyen terme on pourrait fonder des monastères en Chine, qui pourraient, comme des centres spirituels, soutenir les communautés chrétiennes et la formation des chrétiens.

Par les multiples relations et projets de nos congrégations et monastères avec l'Eglise qui est en Chine, des tâches passionnantes et de véritables défis on vu le jour en l’espace de 20 ans. C’est une question de solidarité avec une église en croissance, quoique parfois fragile. Et c’est une question d’enrichissement : puisse quelque chose de la dynamique et de la sagesse de notre Ordre rehausser les traditions chrétiennes de l’Empire du Milieu. A la Commission Bénédictine pour la Chine ces tâches ne sont pas vraiment mises au centre – ce serait d’ailleurs non-bénédictin puisque l'autonomie des monastères est sacrée chez nous. Mais on se met d’accord et on coordonne ; et il devient alors clairement tangible à quel point les filles et les fils de saint Benoît prennent au sérieux la mission qui leur est advenue depuis l’Empire du Milieu.

Jeremias Schröder, Archiabbé, St. Ottilien, Allemagne