La CIB à Assise et au Congrès des Abbés, par Sr Lucia Wagner osb

« Une Congrégation bénédictine semble incomplète en un certain sens, semble ne pas accomplir pleinement sa tâche dans l'église, aussi longtemps que ne sont pas établies côte à côte des fils et des filles de notre bienheureux Père saint Benoît, suscitant, édifiant... », ainsi parlait l’abbé Placide Wolter, osb., en 1890.
Cette phrase fut prononcée il y a plus que cent ans, à l'ouverture du 3ème Chapitre général de la Congrégation de Beuron. Dans cette Congrégation on a trouvé depuis longtemps un équilibre et un échange fructueux entre hommes et femmes. Mais quelle est la situation officielle à l’échelle mondiale pour les Bénédictines ? Quelles sont les relations entre Bénédictins et Bénédictines ? Nous sommes aujourd'hui à un tournant.
Il aura fallu beaucoup de longues préparations et beaucoup de petites étapes prudentes mais maintenant on y est arrivé : lors du Congrès des abbés de 2004, la Communio Internationalis Benedictinarum (CIB) a reçu une reconnaissance officielle, de la part des abbés du monde entier. À une majorité écrasante ils ont voté pour l’acceptation des statuts préparés par le P. Richard Yeo, abbé de Downside, en collaboration avec Mère Joanna Jamieson, abbesse de Stanbrook. La CIB a désormais une place officielle à l’intérieur de la Confoederatio Benedictina. Dans la Lex Propria - le droit propre des Bénédictins de 1985 -, on donne dorénavant une place aux Instituts, Congrégations et Fédérations de la branche féminine de l’Ordre de Saint Benoît et les relations entre la CIB et la Confédération sont précisés aux numéros 7-9 de ce document.
C’est donc une étape décisive de notre histoire. Les Bénédictins et les Bénédictines sont désormais, selon le mot expressif du P. Richard, « sous un même pardessus », la protection de la Confoederatio, les Bénédictines étant à une place propre, néanmoins sans les mêmes droits. C’est le plus grand événement dans l’histoire de la CIB.

Les déléguées de la CIB se sont d’abord réunies, à l'invitation de Mère Giacinta Soverino, du 16 au 20 septembre 2004 à Saint Giuseppe, l’abbaye bénédictine d’Assise. L’hospitalité généreuse a fait de ces jours une vraie fête. Les sœurs avaient dû évacuer leur monastère à la suite du séisme de 1997 ; réinstallées depuis dans des locaux rénovés elles nous ont offert les conditions idéales pour notre session. Non seulement elles ont accueilli notre groupe de 23 déléguées mais elles ont de plus invité des Bénédictines de différents monastères italiens. Les efforts commencés lors de la précédente réunion de la CIB à Sydney pour définir les tâches et les objectifs de la CIB, furent poursuivis à Assise. Ici, dans la « ville de la réconciliation et de la paix », le sujet était opportunément choisi : « cherche la paix et poursuis-la ». L’exposé de Sr Margaret Malone lors de la rencontre de la CIB à Sydney (voir Bulletin de l’AIM 80-81 p.78sv) était la base de notre échange. Cinq sœurs, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud, des Etats-Unis et d'une communauté internationale, ont donné de courtes interventions sur des paix et réconciliations possibles, des expériences à partir de leur propre monastère ou bien des réconciliations dans l'histoire, rendues possibles seulement après de longues décennies. Mère Irene Dabalus, Prieure Générale des Bénédictines Missionnaires de Tutzing, racontait par exemple un fait arrivé en Tanzanie. En 1905 cinq missionnaires hommes et femmes furent assassinés. Dans ce lieu eut lieu récemment une célébration à laquelle participaient l’actuel évêque africain et un Ancien de la tribu responsable du meurtre d’alors. L’un et l’autre se sont mutuellement demandé pardon, l’évêque pour les fautes des missionnaires, l’Ancien pour les meurtriers.
Beaucoup de déléguées de la CIB ne connaissaient pas Assise. Cette ville médiévale invite à rencontrer saint François. Nous avons visité sa maison natale, prié sur sa tombe et demandé qu’il bénisse nos monastères. Nous avons célébré l’Office à San Francesco, une chapelle tranquille, la « Capella della Pace ». Beaucoup d’entre nous ont visité Sainte Marie des Anges – la Portionculle - et Saint Damien, le minuscule monastère de sainte Claire. Les Vêpres célébrées avec la communauté des Clarisses auprès du tombeau de sainte Claire à Santa Chiara furent particulièrement émouvantes.
L’abbesse de Saint Giuseppe a offert d’accueillir le secrétariat de la CIB dans son monastère. Nous lui en sommes vivement reconnaissantes puisque le projet d'un secrétariat à Saint Anselme a été rejeté ou au moins repoussé pour une date lointaine.
Le rapport financier et les discussions qui s’en suivirent ont montré que les fonds existants sont fort bien gérés mais qu’il est urgent de trouver de nouveaux bienfaiteurs et de nouvelles sources de revenus pour que la CIB puisse continuer son travail dans de bonnes conditions.

Du 7 au 14 septembre 2006 la CIB convoquera un nouveau symposium d’environ 100 Bénédictines du monde entier à Rome. Les préparatifs sont en cours. Le sujet traitera de la direction spirituelle.
Dans son rapport, Mère Máire Hickey, osb, Dinklage, modératrice de la CIB, a montré les progrès réalisés l’an passé par cette jeune organisation, notamment au niveau juridique, et combien les communications au sein du réseau des monastères bénédictins féminins s’étaient intensifiées. « La CIB existe précisément pour cela, pour aider sœurs et moniales du monde entier à trouver des réponses spécifiquement bénédictines à des questions telle que : Comment agit l'Esprit Saint aujourd’hui dans une vie consacrée ? Comment le reconnaître, le décrire et l’actualiser ? A quelles sources et vers quelles nouvelles voies nous conduit la vie consacrée à Dieu qui est en train de poindre ? »

Sur le trajet d’Assise à Rome nous avons pu visiter trois monastères italiens, à Bastia, à Trevi et à Nurcie. Toutes les déléguées de la CIB ont été invitées à participer au Congrès des abbés. Les textes et travaux sont rapportés par d’autres. Mentionnons toutefois l’un des groupes de travail où furent discuté les relations entre monastères bénédictins féminins et masculins.

Sr Lucia Wagner, osb., Venio, Munich