Le monastère et ses finances

par le P. Anselm Grün, osb

Chapeau : Voici un compte rendu minutieux de la cellérerie d’un gros monastère masculin avec des œuvres. On retiendra l’accent mis sur l’importance d’une collaboration réelle entre l’Abbé, les cellériers, la communauté en ce qui concerne les projets à long terme, au moins long terme. La communauté a besoin d’être informée et de participer aux réflexions aujourd’hui.

1 – Aspects spirituels

    Saint Benoît a voulu que les moines travaillent de leurs mains. Certes les monastères avaient autrefois, manifestement des fondateurs qui leur assuraient une base économique. Cependant c’était important pour saint Benoît qu’un monastère subvienne à ses besoins. Ce ne sont pas en premier lieu les raisons économiques qui motivent cette vision des choses, mais des raisons spirituelles.

    La première est la liberté intérieure. On peut devenir dépendant de bienfaiteurs, et ce, pas uniquement d’un point de vue financier, mais aussi d’un point de vue spirituel. On n’ose plus alors prendre son propre chemin et exprimer sa propre conviction, afin de préserver la faveur des bienfaiteurs.

Nous apprenons en effet tous les jours que bon nombre de bienfaiteurs cessent leurs dons s’ils ne sont pas d’accord avec les conceptions théologiques d’un certain nombre de moines. La spiritualité ne va pas sans la liberté. Sans liberté, un monastère ne peut pas faire retentir sa voix prophétique.
    La deuxième raison est que les moines prennent conscience de leurs propres limites lorsqu’ils doivent financer eux-mêmes leur subsistance. Ils sentent que vivre exige des efforts. Ainsi ils partagent le destin de tous ceux pour qui, gagner le pain quotidien représente des efforts. Dans le travail, les moines font l’expérience de la solidarité avec tous les hommes qui travaillent.

    La troisième raison concerne le chemin spirituel de chacun. Le travail est un défi pour les moines et les rend vivants. Le travail est une sorte de thérapie, mais aussi un défi d’affronter l’existence. Pour les premiers moines, le travail est un test qui authentifie la vie spirituelle. Le travail montre si le moine, dans sa spiritualité n’est centré de façon narcissique qu’autour de lui-même ou s’il est prêt à affronter les exigences du travail, à se libérer de soi-même en travaillant pour s’occuper de Dieu.
    Une quatrième raison de l’attitude de saint Benoît est que les moines doivent servir les hommes par leur travail. Tout produit fabriqué solidement rend service aux hommes. Cela ne vaut pas seulement pour le superflu qu’ils produisent. Le travail fourni dans l’accompagnement spirituel et dans l’éducation est en soi déjà, un service. Le travail n’est jamais un but en soi, mais toujours d’abord un service pour les autres.

    L’histoire des monastères a montré que spiritualité et prospérité économique sont étroitement liées. Les monastères dont le niveau spirituel a baissé, se sont appauvris également d’un point de vue économique. Ils n’ont pas pris au sérieux la réalité de ce monde et sont bercés d’illusions. À l’inverse, les monastères qui étaient trop riches, se sont appauvris du point de vue spirituel. Il faut manifestement une saine tension entre spiritualité et gestion économique pour rester en vie. Les monastères doivent s’efforcer d’assurer eux-mêmes leur subsistance. S’ils gèrent bien le domaine économique, ils doivent partager leur superflu avec d’autres. C’est ainsi qu’ils subsisteront. Une gestion appropriée de l’économie est, pour saint Benoît, le signe d’une spiritualité pleine de santé.

Une caractéristique de la spiritualité est la créativité. Le rapport spirituel à l’argent se manifeste par l’imagination dont font preuve les moines pour gagner de l’argent.

Saint Benoît met toutefois en garde que le mal de la cupidité ne s’insinue dans la gestion des affaires. L’argent et le fait de le gagner peut développer une dynamique propre et prendre possession du cœur d’un moine. La liberté intérieure par rapport à l’argent et le succès financier est la condition sine qua non pour une gestion économique spirituelle. La cupidité gêne aussi les rapports humains. Elle conduit à une division entre les hommes car on se compare aux autres et on prend ses distances par rapport à eux.

Une autre caractéristique de la spiritualité est une bonne vie commune. La façon dont vit une communauté, le fait qu’elle vivra concrètement l’amour et le respect que saint Benoît exige d’elle, se manifeste dans le travail en commun. Elle nécessite une saine communication, le respect de la dignité et des dons de chacun et l’écoute mutuelle. Lorsque le travail est bien organisé dans un monastère, il est toujours au service d’une bonne vie communautaire. Car le travail est le lieu décisif où s’exerce la vie communautaire. On a besoin là d’une communication bonne et claire, de transparence, de la volonté de travailler en équipe, de travailler ensemble et non l’un contre l’autre. Une véritable communauté exige aussi toujours une communauté de biens. Car ce que l’on possède tend à diviser, à s’isoler des autres. C’est pourquoi la transparence dans l’utilisation de l’argent n’est pas une question de morale, mais de spiritualité. C’est la condition de base pour souder une communauté avec honnêteté.

Au cours des trente années que j’ai passé comme cellérier, il m’a semblé toujours important, en accord avec mon Abbé Fidelis, qui voyait les choses comme moi, de créer une bonne atmosphère de travail, vécue dans la clarté, de rendre la gestion du monastère transparente pour chacun pour être finalement au service du climat spirituel du monastère. Des discours moralisateurs selon lesquels on devrait économiser plus ne créeront pas une spiritualité de la pauvreté. Mais des calculs clairs font apparaître les endroits où nous avons l’illusion de la pauvreté et ceux où nous vivons vraiment avec sobriété. Il y a des monastères qui brandissent leur pauvreté comme un étendard mais ne remarquent pas que leur pauvreté leur revient chère. La clarté, la transparence, le respect des frères et des collaborateurs, une bonne communication, la liberté intérieure vis-à-vis de l’argent, le refus d’exercer un quelconque pouvoir par l’argent, tout ceci contribue à un bon climat spirituel dans une communauté. L’Abbé Fidelis a toujours pensé que nous devions promouvoir la spiritualité du monastère par la gestion.


2 – D’où vient l’argent ?

    Le monastère tire ses revenus de quatre sources : le travail qui économise de l’argent (par exemple la lessive, le ménage, la cuisine, les réparations), la vente de biens qu’il produit, l’utilisation inventive de l’argent et les dons. Il doit exister un rapport convenable entre ces quatre piliers.

    - le travail des moines

Dans chaque monastère on doit accomplir des tâches quotidiennes comme nettoyer les bâtiments, maintenir en état les espaces verts, soigner le jardin, cuisiner et les autres services quotidiens comme la vaisselle, le service de sacristain, la porterie. Afin que la communauté d’un monastère puisse vivre en paix, les services doivent être bien organisés. Les services doivent être répartis de façon équilibrée entre les moines pour éviter tout mécontentement. Cela nécessite de s’écouter tous les jours les uns les autres et d’être là l’un pour l’autre. Ce travail quotidien offre un champ d’action favorable pour s’exercer à la solidarité et au sens communautaire. Pour les tâches quotidiennes dans un monastère, il existe deux philosophies. Les uns pensent que ces travaux doivent être effectués par les membres du monastère, les autres pensent qu’il est tout à fait sensé de faire appel à des employés pour certaines tâches, si les moines pouvaient effectuer ainsi leurs propres tâches de façon plus efficace. C’est une question de talent. Il est certes préférable d’utiliser les talents propres des moines au lieu de consommer toute l’énergie à des tâches quotidiennes. Mais en aucun cas il ne faut laisser s’instaurer la mentalité qui tient à se faire servir. Je ne peux déléguer des tâches quotidiennes que si je gagne plus d’argent d’une autre façon.

    - production et services tournés vers l’extérieur

Il ne s’agit pas ici seulement de la production de biens comme par exemple dans l’agriculture et l’artisanat. Cela vaut aussi pour le travail intellectuel, par exemple l’accompagnement spirituel, l’éducation et l’école, la rédaction de livres etc. font partie de la production les activités pour lesquelles les moines touchent un salaire du diocèse ou d’autres lieux. Un monastère ne peut pas vivre aujourd’hui uniquement de sa production, mais celle-ci doit être un pilier important de la vie du monastère. La vie quotidienne doit au moins être assurée par la production. Ce serait une mesure saine pour déterminer le coût de la vie courante. En aucun cas la vie quotidienne ne doit être assurée par des dons ou des investissements.

Les économistes distinguent la production des services. Si autrefois la production était le fondement d’une économie, c’est aujourd’hui le secteur des services qui joue ce rôle. Le monastère doit lui aussi être rémunéré pour les services qu’il rend à l’extérieur, non seulement les aides qu’il apporte mais aussi les entretiens et les conseils.

Un élément important est pour nombre de monastères le service de prise en charge pastorale qu’ils offrent par exemple au diocèse. Ils signent avec le diocèse des contrats de prise en charge pastorale par exemple pour le service d’une paroisse, pour les services de confession dans l’église de l’abbaye, pour l’aumônerie des élèves ou pour le travail comme frères hôteliers. Ce genre de contrats assure aux monastères des revenus réguliers.

    - une utilisation créative de l’argent

Le monastère possède des biens, des bâtiments, des terres. Il a besoin des fonds solides qu’il acquiert au cours des années. Pour placer l’argent de façon judicieuse, il a besoin de connaître les mécanismes de la finance actuels. Le monastère devrait utiliser à bon escient les possibilités qui sont offertes aujourd’hui pour placer l’argent. Il est toutefois important de ne pas perdre le sens de la mesure. On ne doit pas faire tout ce que l’on peut. Le monastère doit aussi prendre des risques mais dans certaines limites. Il y faut une bonne évaluation et travailler sur le long terme. Ici aussi s’applique la maxime de l’économie d’entreprise : « investir, c’est renoncer à consommer ». Celui qui investit doit économiser sur sa consommation. La créativité dans l’utilisation de l’argent devrait équilibrer la production, afin que les frères ne soient pas toujours plus écrasés et opprimés par le travail.

En ce qui concerne le placement de l’argent, on devrait, d’un côté utiliser les possibilités financières actuelles comme le crédit, pour constituer lentement par la différence d’intérêts un capital pour l’assurance vieillesse, d’un autre côté on ne devrait pas oublier l’aspect éthique. Par la constitution d’un capital éthique et permanent on peut contribuer à ce que les entreprises prennent en compte de plus en plus des points de vue éthiques et gèrent de façon constante. La créativité doit être couplée à la liberté par rapport à la cupidité. Celui qui est cupide perd certainement beaucoup d’argent, car il n’en a jamais assez. La bonne mesure qu’aime tant saint Benoît vaut précisément aussi pour le rapport à l’argent.

    - les dons

    Un monastère a aussi le droit d’accepter des dons. Car cela apporte quelque chose aux hommes. Les moines prient pour leurs bienfaiteurs, et ils s’adressent à eux dans des entretiens et des lettres personnelles. Le monastère ne devrait cependant demander des dons que s’il a des projets concrets qu’il ne peut pas financer. Le monastère devrait être conscient de sa responsabilité vis-à-vis de ses bienfaiteurs. Les dons ne doivent pas compenser une mauvaise gestion et conduire à une utilisation déraisonnable de l’argent. Le monastère doit faire parvenir à d’autres plus nécessiteux un certain nombre des dons qu’il reçoit.

3 – Quel est notre rapport à l’argent ?

    L’argent est toujours limité. C’est pourquoi il est nécessaire de l’utiliser de façon judicieuse, adaptée et efficace. Cela est valable autant pour l’individu que pour la communauté dans son ensemble et pour les responsables à la direction.

* Gestion

Il est nécessaire que ceux qui gèrent tiennent des comptes clairs et aisément vérifiables, qui laissent apparaître clairement la provenance et l’utilisation de l’argent. Pour ce faire, il ne suffit pas d’organiser une colonne recettes et une colonne dépenses. Pour reconnaître l’efficacité des différents domaines de production, il faut établir une mémoire de frais. Celle-ci fait apparaître combien d’argent chaque secteur rapporte et utilise, s’il est rentable ou non. On doit informer tous les ans l’assemblée en termes appropriés de la situation financière et économique. Les cachotteries nuisent à une gestion responsable pratiquée par chaque frère en particulier.

* règlement de compétences

L’Abbé et le conseil doivent établir un règlement clair pour dire de combien dispose chaque frère, l’Abbé, le cellérier, chaque maître d’ouvrage, le conseil, le chapitre. En outre il faut établir des règles claires pour définir qui peut prendre combien d’argent à la banque et de quelle autorisation il a besoin pour cela.

* budget

Une façon judicieuse de bien utiliser l’argent limité serait d’établir un budget et un projet d’investissement. Un budget est nécessaire lorsque tous les ans on a les mêmes recettes et les mêmes dépenses, par exemple pour l’école, l’hôtellerie, l’assemblée, certains secteurs d’activité.

Les secteurs de production établissent moins un budget qu’une évaluation du chiffre d’affaire et une évaluation correspondante des frais. Chaque secteur de production a besoin d’indices pour atteindre le but fixé. On ne parle pas ici de budget mais de planification des finances.Le budget ne doit cependant pas être utilisé bureaucratiquement, c’est-à-dire qu’il n’est pas absolument nécessaire que l’on dépense tout ce qui était prévu. On devrait bien plutôt avoir comme but de dépenser positivement l’ébauche de budget, c’est-à-dire de faire plus de recettes et moins de dépenses que prévu.

Un budget doit être équilibré, c’est-à-dire que doit et avoir doivent atteindre la même somme. Si les recettes sont plus élevées que les dépenses prévues, la différence provenant de réserves existantes doit être ajoutée au budget. Si ce n’est pas possible, il faut alors souscrire un prêt. Mais chaque monastère devrait s’assurer avant de souscrire un prêt comment et quand il pourra le rembourser. On ne peut souscrire que ce que l’on pourra rembourser.

Le budget doit être établi avec les responsables et signé par toutes les personnes concernées. En outres, un monastère a besoin d’un plan d’investissement. Le mieux est qu’il soit établi pour cinq ans. C’est le montant des gains et des amortissements qui détermine combien le monastère peut investir chaque année. Toutefois, on ne doit pas investir dans le bâtiment la somme totale des gains et des fonds d’amortissements.

Une partie doit être investie aussi dans des produits financiers pour constituer des réserves.

* chacun doit rendre des comptes

Chaque frère doit rendre des comptes sur ses dépenses et ses recettes. Dans le cadre de la comptabilité cela apparaît dans les postes des dépenses. Il doit rendre des comptes également pour les recettes personnelles (dons ou autres gratifications) et les dépenses (aussi pour l’argent qu’il prend à la caisse). Une utilisation aisément vérifiable, mais pas mesquine de l’argent est la condition sine qua non pour qu’il n’y ait pas de caisses noires, que l’on doit absolument éviter. Le détenteur des comptes en banque est toujours le monastère, jamais un individu.

* la caisse

Le monastère gère une caisse pour l’argent liquide. On doit avoir aussi peu d’argent liquide que possible. Le diocèse de Würzbourg exige par exemple que la somme totale en argent liquide ne dépasse pas 500 €. Les paiements doivent être effectués autant que possible sans utiliser d’argent liquide. La caisse doit être marquée tous les jours afin qu’il n’existe pas de différence entre les recettes et les dépenses. Pour toute recette et toute dépense il faut rédiger une double pièce de caisse qui sera signée du payeur et du preneur et doit être donnée en mains propres à l’un et à l’autre et aussi conservée dans le livre de comptes. La pièce de caisse doit comporter la raison du paiement, le destinataire et le jour et le lieu du paiement. Une affiche sur la caisse doit indiquer clairement quelles pièces de caisse doivent porter la signature du cellérier et celle du Supérieur.


4 – Les organes de gestion dans le domaine économique

    L’Abbé doit discuter régulièrement avec le cellérier et les frères co-responsables de la situation financière du monastère et des questions en suspens. Les investissements et la planification, les projets économiques doivent également être discutés en conseil. Par ailleurs il est judicieux que l’Abbé se fasse aider par un conseil économique. Le conseil économique n’a qu’une fonction consultative. Ses tâches sont :

    - les problèmes d’économie d’entreprise comme la coopération entre les entreprises ou lieux de dépenses, les questions de rentabilité, les perspectives d’avenir des entreprises, la consultation d’experts pour les différents domaines

    - l’analyse des bilans et le compte rendu devant le conseil et l’assemblée.

    - la transmission des résultats de consultation et de propositions de solutions de problèmes économiques particuliers au conseil et à l’assemblée pour une prise de décision

    - conseil pour les placements d’argent

    - l’acceptation de tâches pour soutenir le cellérier dans le sens du § 151 du droit particulier

Il peut y avoir d’autres organes : ÖKORAT (conseil écologique) qui discute du rapport judicieux à établir avec la création et surtout l’énergie et qui travaille à faire des propositions pour une utilisation écologique des ressources. Il revient à chaque monastère de réagir avec sensibilité aux défis de notre temps et de constituer les organes compétents pour chaque situation. Des personnes compétentes de l’extérieur peuvent collaborer à ces organes.

Conclusion

    Le chapitre 57 de la Règle qui porte sur les artisans travaillant au monastère, montre que la gestion économique a une dimension spirituelle pour saint Benoît. Il sait que c’est précisément dans le domaine économique que la cupidité et l’orgueil peuvent s’insinuer sans cesse. L’argent suit une dynamique propre. On tire gloire de ce que l’on gagne. L’argent devient plus important que le travail. C’est pourquoi saint Benoît exige de l’humilité de la part de ses artisans. L’humilité signifie dans ce cas que le travailleur a une relation à ce qu’il fait et ne considère pas seulement la réussite ou le bénéfice qu’il apporte au monastère. Car alors il ne s’intéresserait plus au travail et finalement plus à Dieu, mais seulement à lui-même.

    Une tendance de notre société est que la publicité pour un produit devienne plus importante que sa qualité et qu’on accorde plus de valeur à l’emballage qu’au produit lui-même. Les bénédictins ne suivent pas cette tendance. L’important pour eux, c’est une solide gestion économique, la joie de voir le travail de leurs mains. Si saint Benoît met en garde contre la tromperie qui se glisse dans le domaine économique, il pense à la différence entre le produit et la publicité qui en est faite. Saint Benoît dit que cela rend l’âme malade (RB 57, 6 : leur âme tombe malade). À l’inverse, il dit qu’un travail approprié fait du bien à l’âme.

    Le principe bénédictin : « afin que Dieu soit glorifié en tout » se trouve à la fin du chapitre qui traite du travail du monastère. Cela montre le lien organique qui unit spiritualité et domaine économique. Le souci convenable de la vie matérielle du monastère, la bonne coopération entre les moines, la liberté intérieure face au succès extérieur, l’écoute réciproque, l’intérêt pour le travail, accepter de se laisser provoquer par, accepter l’exigence des tâches quotidiennes, tout ceci n’est pas seulement l’expression de la spiritualité bénédictine, mais aussi un terrain d’exercice important pour notre chemin spirituel. Ce qui est décisif dans tout le domaine économique, c’est que Dieu soit glorifié en tout. La façon dont nous travaillons et dont nous gérons l’aspect économique, rend visible la gloire de Dieu. Celui qui travaille en serrant les dents, ne répand qu’agressivité et dureté. Celui qui fait mal son travail ne montre que de la négligence et de la dispersion. Celui qui ne voit que le succès, ne voit pas ce qu’il fait ni les personnes pour qui il le fait. Ce qui est décisif, c’est que tout en travaillant nous regardions vers Dieu et que nous laissions transparaître sa gloire. La gloire de Dieu doit transparaître dans notre agir, non seulement pour nous, mais pour les hommes autour de nous. Ainsi, le comportement économique d’un monastère est proclamation de la gloire de Dieu ou bien obscurcissement de cette gloire. Une communauté monastique doit aspirer sans cesse à faire briller la gloire de Dieu dans ce monde, non seulement par des paroles, mais dans ses tâches quotidiennes et sa gestion économique.

Traduction : E. Müller
Le Père Anselm Grün est moine de l’abbaye de Munsterschwarzach. Il est très connu comme auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.