Association BECOSA

2017

 

Instruction sur les rapports

entre les croyances religieuses traditionnelles africaines,

les pratiques sataniques et la profession monastique

 

 

L’instruction suivante est née d’une constatation absolument inquiétante : alors que beaucoup de croyances et de pratiques traditionnelles des tribus d’Afrique du sud sont admirables, il existe aussi des pratiques contraires au christianisme et qui sont affligeantes. L’expérience a révélé que plusieurs profès se sont retrouvés entraînés dans des pratiques traditionnelles sans qu’ils en aient vraiment considéré le contenu religieux. Nous espérons que l’instruction suivante pourra constituer une base pour une discussion plus approfondie sur les relations entre foi chrétienne, profession monastique et croyances traditionnelles.

 

Préambule

Nous reconnaissons et apprécions beaucoup les croyances religieuses traditionnelles et les pratiques des diverses tribus de l’Afrique australe ; spécialement leur sens du sacré, leur croyance en un créateur suprême qui partage quotidiennement les joies et les chagrins de son peuple, l’accent porté sur l’accueil, la communion entre les personnes, le respect de la sagesse des aînés et de la création en général. C’est pourquoi nous ne chercherons dans ce document qu’à nous intéresser aux croyances religieuses, culturelles et pratiques qui sont contraires à notre foi en Jésus Christ et à notre profession monastique.

Nous savons qu’il y a des gens qui, bien que chrétiens et membres de communautés bénédictines, continuent de se fier à des croyances et des coutumes qui, même si elles peuvent paraître inoffensives, sont en fait mauvaises. On reconnaît à ces pratiques le pouvoir de fortement perturber ces personnes et d’autres. Les Écritures mettent clairement en garde contre la participation aux pratiques de divination et de sorcellerie (Ex 22, 18 ; Dt 18, 10-12 ; Lv 19, 26-31 ; 20, 27). Directement ou indirectement, ces pratiques, même si elles sont enracinées dans une tradition culturelle, sont contraires à notre foi chrétienne ; elles peuvent favoriser chez le peuple une influence démoniaque ; elles peuvent éloigner de Dieu et conduire à la mort spirituelle.

Nous remarquons que les limites entre la foi chrétienne et les croyances religieuses traditionnelles (et leurs pratiques) ne sont pas toujours claires, en particulier en ce qui concerne le « monde des esprits », les relations avec les ancêtres défunts et leur influence sur la vie humaine et la bonne conduite. Le décret « Ad Gentes Divinitus » (1965) du concile Vatican II nous fait prendre conscience que, même si nous devons rechercher et respecter les « semences du Verbe » qui existent dans les coutumes populaires d’autres nations, nous avons l’obligation de les purifier, de les transformer à la lumière de l’Évangile et de « les ramener sous l’autorité du Dieu Sauveur » (Ad gentes n° 9-11).

C’est dans cet esprit que nous devons examiner avec beaucoup d’attention les cérémonies religieuses africaines traditionnelles entourant la naissance, la maladie, les relations familiales, le décès… d’autant plus que certaines peuvent comporter des croyances ou pratiques contraires au christianisme. Comme nous l’avons mentionné plus haut, participer à ces pratiques coutumières ou tenter de les intégrer à la foi chrétienne ouvre une brèche par laquelle les forces démoniaques pourraient gagner en influence, provoquer la confusion et susciter un mal spirituel profond.

Enracinés dans l’Écriture[1], les Pères et Mères du désert[2], l’enseignement des Pères de l’Église[3] et la tradition monastique proclament le caractère éminent de la foi en Jésus Christ et de sa victoire sur le mal (RB Prol. 14-17, 28). Selon les termes de saint Benoît, nous entrons au monastère « pour combattre sous les ordres du Christ, le vrai roi, notre Seigneur » (RB Prol. 3). En tant que chrétiens nous ne devons ni prêcher la superstition, ni donner autorité, pouvoir ou attention à Satan – qui est un ennemi vaincu – ou aux esprits ancestraux.

Nous vivons, en tant que moines chrétiens, dans et sous l’emprise de la Croix, et alors que nous devrions toujours être conscients de la réalité de Satan (1 P 5, 8) et des démons, nous ne devrions jamais en devenir préoccupés ni imaginer qu’eux, ou l’esprit des ancêtres décédés, puissent avoir une influence ou un pouvoir plus grands que ceux de Dieu (Jc 4, 7-8). Nous devons nous focaliser sur le fait que le Christ (He 12, 1-3) a vaincu cet ennemi (Ph 2, 6-11) et nous a donné la même autorité et le pouvoir de le faire (Mt 10, 1). Dans nos programmes de formation il faut prendre le temps d’examiner sérieusement les questions concernant les croyances culturelles traditionnelles, et d’approfondir notre prise de conscience chrétienne de la démonologie.

 

Croyances religieuses africaines traditionnelles

Au cœur de la religion africaine traditionnelle se trouve la croyance fondamentale en la présence d’un puissant monde d’esprits qui ont un impact direct sur la vie quotidienne et le bien-être de chaque humain. Conséquence de cette croyance : on considère que la maladie, les problèmes et le malheur sont causés par les relations directes entre une personne et les « esprits », en particulier les esprits des ancêtres. Les gens et parfois les animaux sont censés être « possédés » par les esprits ancestraux. Par le biais de sorts et autres pratiques, des malédictions peuvent s’abattre sur des individus et des familles entières. Pour résoudre les difficultés dues à la maladie, aux problèmes conjugaux ou financiers, aux malédictions etc., on croit qu’il faut demander l’aide de guérisseurs traditionnels, devins, sorciers, ou sorcières.

Examinons d’abord ce que nous entendons par des termes tels qu’herboriste traditionnel, guérisseur (nanga), devin (sangoma), sorciers/sorcières. Il y a beaucoup de confusions entre ces différents termes, même chez les spécialistes contemporains, car une même personne peut tenir plusieurs rôles traditionnels différents. Bien que les gens fréquentent aujourd’hui plus facilement les hôpitaux et fassent appel à la médecine occidentale, on croit toujours que certaines maladies et certains malheurs peuvent être traités uniquement par des guérisseurs traditionnels.

Beaucoup de ces guérisseurs ou herboristes sont de fait reconnus par les gouvernements de leurs pays respectifs et se sont organisés en associations. Ces guérisseurs utilisent souvent un mélange de plantes médicinales et de médicaments occidentaux. Certains, si ce n’est pas tous, prétendent être possédés par un « esprit guérisseur ». D’autres sont formés par des guérisseurs plus âgés et plus expérimentés et acquièrent ainsi progressivement leurs talents.

Il est clair qu’ils croient que le sort de chacun est directement déterminé par sa relation avec le « monde des esprits », et que certains esprits, surtout ceux des ancêtres décédés, sont censées pouvoir contrôler totalement le monde des vivants. S’il est indéniable que les plantes et herbes traditionnelles ont en effet des propriétés curatives, il est inquiétant pour un chrétien de constater que certains pensent que des « esprits », en particulier ceux des défunts, contrôlent le monde et assument l’entière responsabilité du bonheur de quelqu’un, souvent contre sa volonté.

La croyance fondamentale que la maladie, la malchance et autres malheurs sont directement liés à une bonne entente entre une personne et les gardiens de l’esprit qui contrôlent toute la vie est contraire à notre foi chrétienne en la suprématie de Dieu.

Le « devin », ou « sangoma » passe pour avoir une connaissance particulière du monde des esprits et peut donc aider à révéler aux gens pourquoi une famille ou l’un de ses membres connaît des difficultés. Dans les cas graves, un devin possédé par un esprit « guérisseur » est consulté. Les devins utilisent différentes méthodes pour découvrir l’origine d’une maladie, d’une mort ou de problèmes, mais la plus commune fait appel à la possession de l’esprit et à l’examen des ossements.

Parfois le « devin» est appelé « sorcier » : il combine le travail de guérison, la médiation avec le monde des esprits, l’identification des «possédés » d’une communauté et celle des esprits malins. Pour ce faire, le sorcier utilise des « contre-sorts » qui atténuent les problèmes causés par la présence du mal : ceci nous amène à considérer un nouvel aspect de la croyance religieuse africaine traditionnelle dans l’action des sorciers.

Les sorciers sont considérés comme ayant des pouvoirs « magiques » provenant de l’aide reçue des « esprits mauvais ». Ils se limitent souvent à lancer des sorts et des malédictions qui causeront des maux ou des problèmes à la victime ou parfois favoriseront la situation financière du bénéficiaire. Aussi les sorciers sont-ils considérés comme des gens dangereux qui utilisent leurs pouvoirs magiques à des fins préjudiciables.

Les sorciers sont toujours considérés comme des personnes mauvaises qu’il faut craindre. Dans certaines cultures africaines, la « sorcellerie » est transmise dans des familles ou des tribus données ; c’est donc un héritage, un cadeau : on est censé être né « avec ». Il y a des sorciers qui, même en ne lançant aucun sort, semblent posséder des pouvoirs psychiques pouvant nuire à autrui.

Ce que cette brève réflexion révèle, c’est que dans la religion africaine traditionnelle, il y a d’une part ceux qui utilisent des herbes comme médicaments pour guérir et rétablir l’harmonie et d’autre part ceux qui utilisent des pouvoirs magiques, sacrifient des animaux, lancent des sorts de possession d’esprit et portent préjudice aux personnes et à leurs biens.

Ces différentes méthodes sont liées à la croyance en un monde d’esprits, surtout ceux des ancêtres décédés, ce qui est incompatible avec la foi chrétienne.

 

Le satanisme aujourd’hui

La croyance dominante et fondamentale en la puissance d’un monde d’esprits invisibles et sa capacité à faire le mal et nuire est la cause de beaucoup d’anxiété, de peur et de superstition. Mais elle est également cause du succès de ce qui touche au satanisme. Dans le monde occidental, beaucoup ont choisi de ne pas tenir compte de l’existence du mal personnifié, que nous appelons le diable : ils ont fait de lui un personnage comique.

Il est indéniable que sorcellerie, satanisme et occultisme ont pris de l’importance dans le monde entier. Le satanisme a ses propres sites officiels, facilement accessibles sur internet, où l’on peut acheter ce qui est nécessaire pour la magie noire, les malédictions sataniques, ou les rituels de mal profond. De nombreuses régions d’Afrique connaissent un regain d’intérêt pour la pratique des rituels sataniques, souvent destinés à acquérir le pouvoir, une bonne position, des richesses et de l’influence.

À la lumière des Écritures et de l’enseignement de l’Église catholique, nous constatons que la croyance en l’existence des « anges » est une question de foi (CEC 328-350). Les anges ont été créés par Dieu au début des temps (Job 38, 4, 7) pour servir Dieu et participer à son œuvre. Les anges sont souvent décrits dans les Écritures comme des « étoiles ».

Dieu a créé avec intelligence (raison), conscience et volonté. Dieu a créé pour l’amour : les anges ont donc volonté et liberté, parce que l’amour n’est tout simplement pas possible sans liberté de choix. Comme toutes les créatures de Dieu qui ont reçu le don de la liberté, ces êtres célestes étaient libres de rejeter Dieu et certains l’ont fait en effet : ce sont eux que nous appelons « anges déchus ». Ils s’opposent désormais à la volonté et au plan de la Sainte Trinité.

Ces « anges déchus » continuent d’avoir les qualités et le potentiel qu’ils avaient reçus lors de leur création par Dieu, mais maintenant ils les utilisent pour saper le travail de salut de Dieu. Leur chef est appelé Satan, ou, comme l’Écriture le nomme parfois, « le prince de ce monde », « le père du mensonge », « le diable », « le malin »[4]. Satan n’est pas le seul ange déchu, il a des anges de moindre rang qui sont entrés en rébellion avec lui et que nous appelons « démons » ou « esprits impurs » ou « mauvais esprits ». La tâche de ces anges déchus est la destruction spirituelle de l’humanité (CEC 391).

Le mal est donc une corruption, une dégradation, une « chute » de quelque chose qui fut d’abord bon. C’est pourquoi le christianisme rejette la croyance que Dieu et Satan sont sur le même plan, l’un étant tout simplement bon et saint, l’autre mauvais et impie. Cette hérésie a été condamnée par l’Église mais elle existe toujours, même dans l’esprit de certains chrétiens. Dieu et Satan ne sont pas égaux. Dieu est le créateur et Satan est une simple créature. Le diable n’a ni pouvoir ni autorité.

C’est pourquoi, depuis le début de son ministère, Jésus déclare qu’il y a combat entre le bien et le mal (Mc 1, 12-13 ; Mt 4, 1-11). Après avoir affronté Satan dans le désert, Jésus se charge d’en délivrer nos vies. Il rencontre les démons et leur commande avec autorité de s’éloigner (Mc 1, 21-28). C’est pour délivrer l’humanité et restaurer nos relations brisées avec la Trinité, que Jésus s’est incarné (Jn 8, 44). Nier la réalité de Satan et l’activité démoniaque revient en fait à nier l’œuvre salvifique de Jésus et spécialement la Croix qui est le signe suprême de sa victoire (Ph 2, 8).

Le ministère de guérison et de délivrance n’a pas disparu avec l’Ascension de Jésus : Il a transmis à ses disciples l’autorité et le pouvoir de chasser les esprits impurs (Mt 10, 1-8 ; Jn 16, 7-11). Comme saint Marc le rapporte dans son Évangile, l’un des principaux signes qui accompagneront ceux qui croient en Jésus sera le pouvoir de chasser les démons (Mc 16, 17).

Aussi, quand l’Église demande, au nom de Jésus, qu’une personne ou un objet soit protégé contre les forces du mal, elle le fait avec grande confiance, sachant que cette prière sera entendue et qu’elle est conforme à la volonté de Dieu. Le ministère de délivrance et d’exorcisme est une partie de l’œuvre du Dieu Rédempteur.

Dès son baptême, chaque chrétien a part à cette œuvre de rédemption et est donc engagé dans le « combat spirituel » dont parle Paul dans Ephésiens 6, 10-20. Pourtant les croyants baptisés sont toujours en lutte avec les puissances du mal. 1 Pierre 5, 8 dit : « Le diable rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer ». Bien qu’ayant une tendance naturelle à faire le bien, ayant été créés à l’image et la ressemblance de Dieu, et bien que régénérés par le baptême, nous avons toujours à affronter le mal ; celui-ci se présente de diverses façons, les principales étant la tentation, l’oppression et la possession.

Chacun d’entre nous est quotidiennement soumis à diverses formes de tentations, mais elles ne proviennent pas toutes du diable. Nous sommes attirés par des envies de base comme la faim, le plaisir, le pouvoir, des désirs sexuels déviants, etc., et nous imaginons que ces choses qui nous attirent nous rendront heureux. Les dysfonctions de notre maturité affective et la déchéance de notre nature humaine font que nous pouvons tous, trop facilement, céder la place à des modèles faux et destructeurs de notre comportement.

Le diable, conscient de nos faiblesses, en joue et, avec des suggestions séduisantes, peut nous proposer des actes ou des choix qui ne conduisent pas au bonheur ultime. Mais il est important de se rappeler que le diable peut seulement suggérer : il ne peut pas lire dans nos pensées ou nous obliger à faire ce que nous ne voulons pas faire. Il peut seulement proposer et nous laisse faire le choix.

À un niveau plus profond de la lutte, il y a ce qu’on appelle « l’oppression ». C’est ce qui nous arrive quand nous nous sentons quasi submergés, ou incapables de contrôler ce qui nous attire, et que nos désirs semblent nous conduire, même si nous savons qu’ils sont mauvais pour nous-mêmes ou pour d’autres. Nous sommes alors, comme Paul l’écrit dans Romains 7, « esclaves du péché ». Mais dans le cas « d’oppression » les personnes peuvent encore contrôler leur volonté et sont capables de réfléchir à leur comportement. Dans ce cas un « exorcisme mineur » ou une prière de délivrance peut être d’une grande utilité spirituelle. Ces prières de libération ou de délivrance peuvent être faites par n’importe quel prêtre. Par l’entremise de Jésus nous pouvons voir comment les démons réagissent à sa présence et obéissent à son commandement direct de s’écarter.

Les Pères du désert parlaient souvent des « démons » qui infestent nos vies : peur, anxiété, orgueil, colère, soif, etc. Ces sentiments deviennent des points d’entrée pour le pouvoir du mal et créent des nids de péchés. De même les dépendances telles que drogues, alcool, crime, pornographie… peuvent émousser la conscience des chrétiens et conduire à l’impression d’être pris dans un piège.

Le troisième et dernier cas où nous pouvons rencontrer une activité démoniaque est celui de la possession. Dans ce cas une personne, en partie ou même en totalité, passe sous le contrôle direct du Malin. Cela peut se produire en raison d’une vie de péché, de pratiques occultes ou même d’un abandon volontaire au Malin de sa propre liberté dans le but d’obtenir pouvoir, argent ou sexe.

La possession est rare mais c’est une possibilité réelle, surtout quand les personnes se sont elles-mêmes livrées volontairement au diable. En Mc 5, 1-20 on a le tableau d’une personne possédée, une personne totalement détruite par des puissances maléfiques qui la consomment et qui l’ont dépouillée de sa dignité. Quand Jésus chasse cet esprit impur, nous apprenons que son nom est « Légion » parce qu’ils sont nombreux. Ce point est à noter : très souvent il y a plus d’un démon impliqué dans les cas de possession.

Deux choses doivent toujours être retenues. Premièrement : Satan est un être réel que nous aurons à rencontrer et affronter. Deuxièmement : la victoire a déjà été remportée par Jésus, le diable est un ennemi vaincu. Notre devoir, en tant que chrétiens, est d’appliquer le pansement de la rédemption à la blessure causée par le mal. Alors que le « combat spirituel » est vrai, nous devons toujours avoir confiance en celui à qui nous appartenons par le baptême et une vie de foi sacramentelle.

 

Compréhension monastique de la guerre spirituelle

Nous avons souscrit volontairement à l’« école du service du Seigneur » (Prol. 45) et « préparé nos cœurs pour la bataille de la sainte obéissance » (Prol. 40). Nous sommes « revêtus de la foi, avec l’Évangile comme guide » (Prol. 21) et, professant nos vœux, nous renouvelons le don de nos vies fait au baptême. Le choix personnel et libre de vivre selon la règle de saint Benoît, sous un supérieur et dans la communauté, nous conforme sans cesse plus étroitement au Christ et nous apprend chaque jour « à ne rien préférer à l’amour du Christ » (RB 4, 21 ; 72, 11). Nos vœux sont une décision consciente de vivre notre baptême d’une manière particulière ; ils ajoutent au cadeau que nous avons reçu dans les eaux du baptême[5].

Saint Jean-Paul II, dans son Exhortation apostolique Redemptionis Donum (1984), souligne : « Sur le fondement sacramentel du baptême dans lequel elle est enracinée, la profession religieuse est une nouvelle “sépulture dans la mort du Christ” : nouvelle, parce qu’elle est faite avec une prise de conscience et de choix ; nouvelle, en raison de l’amour et de la vocation ; nouvelle, en raison de la « conversion » incessante »[6]

Par la profession monastique nous avons la chance d’entrer à nouveau dans la grâce de notre baptême et de l’expérimenter. Nos vœux, loin d’être de simples intentions ou promesses, sont une « relation d’alliance » ; un « pacte d’amour » que nous désirons vivre avec intégrité, sans réserve. Nos vœux nous entraînent au cœur même de notre relation avec la Trinité, commencée au baptême puis dans l’œuvre de la rédemption.

Dans cet esprit nos vœux révèlent qui nous sommes, ils révèlent notre identité, mais celle-ci est malheureusement changée, déformée, si nous ne parvenons pas à vivre selon la vérité de la foi chrétienne. Il en est ainsi quand nous faisons des compromis entre notre foi et les croyances traditionnelles et les pratiques qui entraînent, consciemment ou non, dans l’occultisme. Nos vœux témoignent que notre vocation n’est pas une carrière que nous choisissons de poursuivre et qui pourrait être modifiée ou adaptée ; ils manifestent « le cœur de notre vie, et qui nous sommes » (Evangelii Gaudium n° 273). Avec ces considérations présentes à l’esprit, nous proposons les lignes directrices suivantes :

 

Lignes directrices

  1. Nous cherchons à approfondir notre compréhension et notre engagement dans la vie d’amour que nous avons entreprise par le biais de nos vœux de baptême et de vie bénédictine.
  2. Nous nous focalisons sur le Christ et lui donnons la première place dans nos cœurs, nos vies et nos choix. Nous renouvelons donc notre engagement à la lectio divina et à la vie sacramentelle de l’Église comme sources principales de notre formation personnelle en Christ.
  3. Saint Benoît accorde une grande importance à la vie en communauté (RB 72) ; nous reconnaissons que l’Accusateur peut s’infiltrer dans notre communauté, y causant la discorde, suscitant des fautes et des disputes.
  4. Nous reconnaissons et honorons les cultures d’où nous avons été appelés et nous cherchons à comprendre et à utiliser ce qui est profitable chez elles.
  5. Toute culture doit être examinée à la lumière de la croix du Christ et baptisée en Lui.
  6. Tout en constatant la richesse de notre culture, nous reconnaissons qu’il existe des croyances et des pratiques particulières qui ne sont pas chrétiennes.
  7. Nous affirmons que faire appel à « l’esprit des ancêtres » et les inviter à venir visiter quelqu’un à l’occasion d’une naissance, d’un mariage, d’une maladie, ou après la mort, n’est pas conforme à notre foi au Christ.
  8. Fréquenter des griots ou des sangomas dans le but de se procurer des « médicaments spéciaux », jeter des sorts ou y avoir recours en cas de maladie ou d’autres problèmes est inadmissible pour une personne qui a été baptisée et qui s’est vouée au Christ.
  9. Nous reconnaissons que toute sorcellerie a le potentiel d’entraîner au satanisme.
  10. Toute personne qui est chrétienne et qui s’est vouée à Dieu ne peut se permettre de se faire initier ou de pratiquer quelque forme que ce soit de sorcellerie : elle violerait en effet sa foi chrétienne et sa vie de vœux.
  11. Satan existe réellement et nous savons que c’est la mission des démons de troubler et de provoquer des dissensions. C’est ce que veut dire en fait le mot « démon » : diviser et provoquer un manque d’harmonie.
  12. Nous reconnaissons la réalité de Satan mais affirmons en même temps que lui et les collègues démoniaques sont déjà défaits par le Christ. Nous ne devrions jamais avoir peur du mal mais simplement lui résister.
  13. Pour discerner les vocations nous devrions examiner avec soin et tact les pratiques religieuses et culturelles auxquelles le demandeur a pu être confronté. Si un candidat à la vie religieuse s’avère être « possédé » c’est une raison d’envisager sérieusement de surseoir à sa formation.

 

Nous inclurons dans nos programmes de formation une étude sérieuse des pratiques culturelles et religieuses : étude des points positifs mais aussi des sujets de conflits possibles.

  1. Nous devrions nous dire que si elle est rare, la possession par le démon est possible. Toute personne que nous soupçonnons de contacts avec la sorcellerie traditionnelle ou les cultes sataniques devrait être amenée à entreprendre un temps de reconversion et à renouveler les vœux de son baptême. Elle devra renoncer à son passé et se re-tourner vers le Christ.
  2. À moins qu’on ne suspecte un problème grave pouvant entraîner l’internement, on vérifiera d’abord l’état de santé de la personne et on s’assurera qu’elle ne présente aucune maladie physique ou mentale. Les antécédents familiaux seront également étudiés.
  3. Classiquement les signes de possession sont :
  4. a) une aversion pour les choses sacrées telles que : l’eau bénite, les crucifix, le Saint-Sacrement, Notre-Dame, les noms de Jésus et Marie, etc.
  5. b) Un comportement étrange : les possédés semblent entrer en transe ; leurs yeux regardent vers le haut, vers la partie supérieure de la tête.
  6. c) Ils parlent ou comprennent une langue inconnue d’eux.
  7. d) Ils présentent une force supérieure à leurs capacités.
  8. e) Ils ont connaissance de choses qui les dépassent.

 

Seul un prêtre autorisé par l’évêque devrait procéder à un exorcisme (Code de droit canonique n° 1172, 1 ; n° 37).

Cela doit se faire à l’extérieur de tout espace sacré, par respect pour la dignité de la personne et de la communauté (voir Praenotanda exorcismis et supplicationibus quibusdam editio typica 1999, n 33 2004).

L’exorcisme ne doit être pratiqué que suite à une enquête minutieuse qui comportera des rapports médicaux et psychologiques (Praenotanda exorcismis et supplicationibus quibusdam, editio typica 1999, n° 1-19).

On ne devrait pas exorciser quelqu’un qui est en formation sans avoir consulté ses parents ou sa famille.

Nous devrions chercher avant tout à construire des communautés de foi plutôt que de créer une ambiance fausse et dangereuse de superstition, rumeur et peur. Nous prendrons au sérieux les prières quotidiennes présentées par l’Église pour la protection.

 

[1] Mc 1, 12-13 : 5, 1-20 ; 16, 17 ; Mt 4, 1-11 ; 1 P 5, 8.

[2] The Sayings of the Desert Fathers (1981) Sr. Benedicta Ward, SLG, 3, 5 6, 9, 10, 19, 22, 42, 67, 71, 123.

[3] Saint Justin, martyr, écrit dans son Dialogue avec Tryphon : « N’importe quel démon à qui l’on commande au nom du Fils de Dieu sera surmonté et défait ». Irénée : « Par l’invocation du nom de Jésus Christ, Satan est chassé hors des hommes ». Origène, dans son ouvrage Contre Celsus : « La force de l’exorcisme se trouve dans le nom de Jésus ». Tertullien : « Laissez être traduite devant le tribunal une personne qui est manifestement sous possession démoniaque. L’esprit mauvais, invité à prendre la parole par les disciples du Christ, confessera facilement qu’il est un démon » Apologeticum chapitre 23. Catéchisme de l’Église catholique : 328-350 ; 391-398 ; 5338-5340 ; 550. Voir aussi Lumen Genium n° 48 ; Gaudium ets Spes n° 2, 37, Ad Gentes n° 3, Sacrosanctum Concilium n° 6.

[4] Voir les passages de l’Écriture se référant aux différents noms donnés au diable : Ap 12, 8-9 ; 37 ; Mt 4, 3 ; 26, 36-44 ; Jn 1, 9-10 ; 8, 44 ; 12, 31 ; 14, 30 ; Gn 3, 4, 13 ; Col 1, 13 ; etc.

[5] Perfectae Caritatis n° 5.

[6] Redemptionis Donum n° 7.

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