Extraits de l'article paru dans le livre du cinquantenaire de l'AIM « Si loin si proche ».

BECAN
Association bénédictine et cistercienne au Nigeria

Peter Edhwrudjakpor, osb

 

L’Association BECAN est un forum de dialogue continu entre ressemblances et différences, forum de dialogue sur la façon d’être moines et moniales cisterciens et Bénédictins, dans le Nigéria d’aujourd’hui, et sur la façon d’atteindre l’objectif commun à toute vie monastique.

La mise en route de la BECAN (Association bénédictine et cistercienne au Nigeria) reflète plusieurs facteurs présents de façon évidente dans le milieu où elle est née, et toujours actuels. Dans ce pays, la vie monastique est à la fois récente et étrangère. C’est la raison pour laquelle les difficultés abondent, socioéconomiques pour la plupart, comme dans la majeure partie des pays du continent africain. Les pionniers du monachisme nigérian ont donc perçu la nécessité d’un support fraternel et mutuel,la nécessité de liens plus forts entre les diverses communautés monastiques.

Bien que cela n’ait pas été mentionné parmi ses fondements, la BECAN a vu comme l’un de ses objectifs la construction de liens plus forts entre les monastères nigérians, pour faire face avec plus de confiance aux nombreux défis que ceux-ci rencontrent. Les premiers pères et mères de la BECAN ont reconnu la culture traditionnelle du peuple et sa propre richesse, imprégnée de valeurs dont certaines sont liées aux valeurs chrétiennes et aux valeurs monastiques. La question qui se posait alors était celle du dialogue entre le monachisme occidental fraîchement arrivé et la culture africaine, la culture nigériane. La plupart des pionniers du monachisme nigérian sont encore vivants, et on admet communément que l’idée d’une Association qui réunirait Bénédictins et Cisterciens ici au Nigéria, est l’idée de deux personnes : Mère Mary Charles Anyanwo, osb, du monastère du Mystère Pascal à Nike, Enugu, et Père Columba Breen, osb, du monastère Saint Benoît à Eke, Enugu.

Cependant, « le premier événement marquant dans l’histoire de BECAN fut un séminaire monastique, qui eut lieu au monastère bénédictin d’Eke le 17 avril 1979. Les participants à cette session furent : P. Mark, F. Paul, F. Gérard et P. Thomas (USA), du monastère d’Awhum ; M. Patricia de Umuoji, M. Charles de Nike, et de Eke : P. Columba Cary-Elwes, P. Columba Breen, P. David, F. Colman Hingerty, F. Vincent Mordy et F. Peter (d’Igueben) »(extrait d’un chapitre de l’ouvrage de P. Andrew Nugent, osb, qui a pour titre « From Eke to Ewu : Entering the Promised Land » dans l’histoire du monastère de Ewu : Silver Jubilee reflections – 2004).

Depuis lors, des réunions régulières se sont tenues dans les divers monastères de l’association, qui s’est développée en passant des quatre représentantes de la branche féminine aux seize monastères actuels, tous unis par la Règle de saint Benoît. Et l’association continue à être source d’enrichissement et d’encouragement pour toutes les communautés membres, comme le voulait l’intuition de départ.

Actuellement une des façons dont les supérieurs qui prennent part à la réunion annuelle s’informent, partagent, s’aident et s’encouragent mutuellement est la pratique du « Rapport de Maison » que chaque communauté présente habituellement et qui est distribué à tous les Supérieurs. C’est un aspect important du travail de la semaine de réunion. Le rapport doit aborder chaque aspect de la communauté, depuis l’économie et les finances, jusqu’à la vie de prière, les relations entre le monastère et son environnement, aussi bien que les tensions de la communauté vis-à-vis des observances. À la fin de la lecture de chaque rapport de communauté, on laisse du temps pour des observations, une réflexion, des commentaires et d’éventuelles suggestions. La qualité de ce rapport est souvent un indicateur du niveau d’ouverture et de confiance que chacun trouve dans la BECAN,perçue comme une famille. De nos jours, il y a plus de confiance et d’ouverture, et les Supérieurs maintenant n’ont plus une attitude de défense ou de protection, comme c’était le cas autrefois.

Il y a aussi un progrès fondamental dans la manière dont BECAN perçoit son rôle. Dans le passé, l’association se percevait comme une « association libre ». Donc aucune communauté n’interférait dans la vie d’une autre. A cette époque, les murs autour de chaque communauté étaient très épais, avec des drapeaux rouges flottant très haut. De nos jours, le concept est tout différent. Le premier signe effectif que la BECAN prend son rôle au sérieux a été la publication d’une circulaire à la fin de la Réunion de la BECAN, en 2008, au mnastère du Mystère Pascal, à Nike, en avril, signée par tous les Supérieurs présents. Entre autres choses, on peut lire dans cette circulaire :

« Les supérieurs de la BECAN délèguent à chaque supérieur le soin de porter à l’attention des membres des communautés ce qui aura émergé de cette rencontre annuelle. Se considérant elle-même désormais non seulement comme une association libre mais comme une famille fortement unie, on peut maintenant faire appel à la BECAN lorsque quelque chose doit être corrigé dans l’une de ses maisons. L’association peut toujours déléguer un supérieur comme médiateur, qui sera chargé d’apporter paix et harmonie dans toutes les maisons. »

Ce fut un grand progrès par rapport à la situation antérieure, où chaque maison était complètement indépendante, ce qui avait pour résultat qu’en cas de trouble ou de choses à corriger, personne n’avait la possibilité d’intervenir, ni de donner un avis. Ceci n’aidait pas la famille, qui réalisait que, finalement nous étions tous affectés par les tremblements de terre, les contestations ou le chaos en communauté. Nous partageons toutes les joies, mais également, nous partageons toutes les blessures les uns des autres.

La dernière rencontre de la BECAN s’est tenue à Enugu en avril 2011, et a porté un pas plus loin cet abandon de la notion « d’association libre ». À cette réunion, les supérieurs ont insisté sur le fait qu’à l’avenir, on accorderait plus d’espace et de temps pour étudier les réels conflits, difficultés et défis des communautés, et moins à l’étude des activités économiques dans les rapports annuels. Ensuite les supérieurs ont insisté pour qu’un statut soit rédigé qui servirait de directoire pour la BECAN, précisant son rôle et son objectif. Troisièmement, lors de cette session, une équipe de trois membres a été désignée, jouissant d’une certaine forme d’autorité (qui sera décrite dans le statut). Elle a la possibilité d’intervenir et d’agir au nom de la BECAN comme corps, au cas où certains problèmes lui sont confiées.

Depuis 2009, après la réunion qui s’est tenue à Awhum, à l’abbaye cistercienne du Mont-Calvaire, les supérieurs ont créé une bourse commune. Chaque communauté cotise annuellement pour constituer ce fonds. L’idée est de partager ce fonds entre la gestion de la BECAN et celle du groupe de formateurs de la BECAN. L’Association a également décidé d’établir un plan commun de formation pour les moines et les moniales. Le projet est en cours d’élaboration. Le programme de cet Institut a été défini pour qu’il puisse se dérouler dans l’un des monastères de la BECAN.

L’importance de la formation dans la vie de chaque communauté a conduit la BECAN à créer un forum spécifique pour les formateurs de la BECAN. Ce forum est plus large, puisqu’il comprend toute personne ayant un rôle dans la formation initiale. Les activités du forum, simplement connu sous le nom de « Formateurs de la BECAN », sont régulées par les supérieurs, mais de façon indirecte. Cette session annuelle d’une semaine a lieu chaque seconde semaine de novembre. Cette réunion est à la fois une occasion de soutien mutuel et d’échange d’idées sur la formation, et un lieu de formation en groupe, de renouveau et de mise à jour pour les formateurs eux-mêmes. Tous les cinq ans, les formateurs organisent eux-mêmes une réunion de formation monastique d’un mois, qui s’intitule toujours : « session de Formation des Formateurs ».

Traduction : Sr Marie-Pascale Dran

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