Congrès international des formateurs et formatrices à la vie consacrée
Rome (7-11 avril 2015)


Frère Augustin Lusivikadio, OCSO, N.-D. de l’Emmanuel, Kasanza (RDC)

 

Dans le cadre de l’année de la vie consacrée, Rome a accueilli, du 07 au 11 avril 2015, un congrès international pour les formateurs et formatrices des instituts religieux de droit pontifical. Dans notre ordre cistercien de la stricte observance il y a eu trois participants seulement, entre autres, la sœur Béatrice de Laval, en France, sœur Liesbeth de Tautra, en Norvège, et frère Augustin de Kasanza, en RDC.  Le congrès était très intéressant et bénéfique.

Cet événement a été organisé par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et société de vie apostolique. Au total, 1200 délégués venus du monde entier pour réfléchir et débattre de l’identité des personnes consacrées et surtout des nombreuses exigences que la société contemporaine soulèvent en matière de formation. Un rendez-vous précieux pour connaître les différentes perspectives de formation, un moment de réflexions et de croissance sur la façon d’aborder les nouveaux défis dans ce temps actuel.
Voici donc quelques échos du programme de notre semaine très enrichissante :
- Grande veillée de prière du mardi 7 avril aux couleurs internationales, avec trois moments forts :

1. La parole est lumière avec la nécessité de se laisser illuminer par Dieu.
2. La parole est joie, le livre des Evangiles est intronisé avec des lumières et coupes d’encens.
3. La parole nous façonne, souligne la tâche des formateurs et formatrices dans leur rôle de « pont » entre la liberté de l’homme et la liberté de Dieu et la formation qui doit toucher le cœur et l’intelligence.

Le mercredi, ouverture du congrès par Mgr José Rodriguez Carballo, secrétaire et modérateur, sous la présidence de Mgr Joao Braz, cardinal et préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et sociétés de vie apostolique. Et les journées se sont succédées, entre les conférences toujours traduites en cinq langues, les ateliers – laboratoires, les rencontres, les échanges et retrouvailles dans une ambiance très fraternelles et de simplicité. Le samedi matin, l’Eucharistie à Saint-Pierre et l’audience avec notre pape François qui, en la semaine Pascale, n’a pas hésité à nous renvoyer dans nos « Galilées » et périphéries ». Un grand moment de grâce et de communion aussi avec tous sœurs et frères dans la vie consacrée. L’objectif de ce congrès international était de mettre en contact les différentes cultures pour réfléchir sur le fondement de l’identité de la vie consacrée dans l’Eglise et dans le monde, et sur les exigences de formation dans les contextes contemporains. Il s’agit de former des personnes disponibles qui se laissent former par les événements de la vie, qui apprennent à chercher la volonté de Dieu dans toutes les situations, dans toutes les personnes qu’elles rencontrent, dans les pauvres et les faibles et qui se laissent enseigner par eux.

Qu’entend-on par formation ? Le Père Amedeo Cencini, religieux canossien, enseignant à l’université pontificale grégorienne et à l’université salésienne à Rome, explique : « la formation est l’action du Père qui vise à former en nous les sentiments et la sensibilité de son fils ». Une formation qui a cet objectif ne peut que durer toute la vie : c’est l’idée de la formation continue.

Voici donc comment les journées se sont succédé en sessions animé par différents intervenants :

1re session - Mercredi 8 avril 2015 : « Rappeler le passé avec gratitude, vivre le présent avec passion, embrasser l’avenir avec espérance » (Papa Francesco, Lettre apostolique pour l’année de la vie consacrée) S.E Joao Braz, card. De Aviv, préfet.
« Ayez en vous les mêmes sentiments que le Christ Jésus (Phil 2, 5). Avec le cœur du fils sur les routes du monde. Prof. Michelina Tenace.

2e session : « Jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Gal 4, 19). Formés par le Père pour toute la vie dans la puissance de l’Esprit Saint. P. Amedeo cencini FDCC.

3e session – jeudi 9 avril 2015 : « En lui, choisis, appelés, rachetés » (Eph1, 4-7). Le processus de formation : unification en Christ pour ce monde. S. Claudia Pâna y lilio, FSP.

« Vous ne comprenez pas encore ? » (Marc 8,21). De la docilité à la docilibitas. Apprendre à apprendre. P. Ricardo Volo, CMF.

4e session – vendredi 10 avril 2015 : « Que votre charité, croissant toujours plus, s’épanche en vraie science qui vous donnera de discerner le meilleur (Ph 1,9). A la manière de l’Evangile, témoins joyeux dans les périphéries. S. Lola Arrecta, CCV.

« J’y suis allé plusieurs fois, je connais tous les chemins par cœur, j’y suis allé souvent » (Tb 5, 6). Formation des formateurs : nécessité pour chaque institut. Itinéraires de formation, critères, finalité. P. Michaël MC Guire, SJ.

5e session : Partage d’expérience : Table ronde, P. Sebastiano Picolla, O.cist, sous secrétaire.

Le 11 avril 2015 : Célébration eucharistique, basilique papale de Saint-Pierre, présidée par S. E Joâo Braz De Aviv, suivie par l’audience du Saint-Père, dans la salle Paul VI. Une exhortation très enrichissante dont voici un petit résumé :

« La vie consacrée est belle, c’est l’une des trésors les plus précieux de l’Eglise, enraciné dans la vocation baptismale. Il est donc beau d’en être les formateurs, parce que c’est un privilège de participer à l’œuvre du Père qui forme le cœur du Fils en ceux que l’Esprit a appelés. La mission est importante, mais il est tout aussi important de former à la mission, former à la passion de l’annonce, former à cette passion d’aller partout dans toute périphérie pour dire à tous l’amour de Jésus-Christ, spécialement à ceux qui sont loin, le raconter aux petits et aux pauvres, et se laisser aussi évangéliser par eux. Tout cela requiert des bases solides, une structure chrétienne de la personnalité que les mêmes familles aujourd’hui savent rarement donner. Et de-là accroît votre responsabilité. Une des qualités des formateurs est celle d’avoir un grand cœur pour les jeunes, pour former en eux des grands cœurs, capables d’accueillir tout le monde, des cœurs riche de miséricorde, pleins de tendresse. Engendrer une vie, accoucher d’une vie religieuse. Et ce n’est pas vrai que les jeunes d’aujourd’hui sont médiocres et pas généreux ; mais ils ont besoin d’expérimenter le fait qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20, 35), qu’il y a une grande liberté dans une vie obéissante, une grande fécondité dans un cœur vierge, une grande richesse dans le fait  de ne rien posséder. D’où le nécessité d’être amoureusement attentif au chemin de chacun et évangéliquement exigeants en chaque phase du chemin de formation, à commencer par le discernement vocationnel. Et là est le discernement : savoir dire non. Mais ne pas renvoyer : non, non. Je t’accompagne vas-y, vas-y, vas-y… Et comme l’on accompagne l’entrée, il faut accompagner aussi la sortie, afin qu’il ou elle trouve sa voie dans la vie, avec l’aide nécessaire. Pas cette défense qui représente du pain aujourd’hui et la faim pour demain. La formation initiale, le discernement est la première étape d’un processus destiné à durer toute la vie, et le jeune doit être formé à la liberté humble et intelligente de se laisser éduquer par Dieu le Père chaque jour de la vie, à tout âge, dans la mission comme dans la fraternité, dans l’action comme dans la contemplation.

Merci, chers formateurs et formatrices, dans votre service humble et discret, du temps donnés à l’écoute – l’apostolat « de l’oreille », écouter, du temps con-sacré à l’accompagnement et au soin de chacun de vos jeunes. Dieu a une vertu – si l’on peut parler de la vertu de Dieu, une qualité, dont on ne parle pas beaucoup : il s’agit de la patience. Dieu sait attendre. Et toujours dans cette beauté de la vie consacrée : certains – je l’ai écrit ici, mais apparemment même le Pape est censuré – disent que la vie consacrée est le paradis sur terre. C’est tout au plus un purgatoire : mais il faut aller de l’avant avec joie.

Je vous souhaite de vivre avec joie et dans la gratitude le mystère, avec la certitude qu’il n’y a rien de plus beau dans la vie que d’appartenir pour toujours et avec tout son cœur à Dieu, et donner sa vie au service de ses Frères. Je vous demande s’il vous plaît de prier pour moi, afin que Dieu me donne aussi un peu de cette vertu qu’il possède : la patience.


Session de clôture (forum)

– La formation dans la vision interdicastère. S.E Benamino Card.stella, préfet, Congrégation pour les clergés.

– Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. S.E Vincezo ZANI, secrétaire, Congrégation pour l’éducation chrétienne.

 

Message final du congrès international

A la fin du congrès, l’expérience que nous venons de vivre ensemble, à travers la réflexion en profondeur, nous demande de mettre la parole en relation avec notre vie de consacrés : nos communauté et fraternités, nos instituts, nos cultures et nos pays d’origine, dans notre service dans l’Eglise et dans le monde. Pour y arriver il faut méditer et vivre les béatitudes.

Du congrès à la vie : quelques priorités

Accueillez donc, comme une attention de ce dicastère, des orientations à considérer comme des priorités pédagogiques et spirituelles, en votre vie de formateurs.

1. Soyez des formateurs et formatrices heureux, contents de rendre le service qui vous est demandé et manifestez votre joie, pour la transmettre aux jeunes.
2. Prêtez attention à la formation du cœur, pas seulement à la formation du comportement, en vous rappelant que « cor ad cor laquitur ». C’est la passion pour Jésus qui vous rend formateurs.
3. Ne présumez pas de vous–mêmes, soignez votre formation continue, soyez prêts à apprendre chaque jour l’art de former les cœurs.
4. N’oubliez pas que c’est le Père qui forme en chaque jeune la personnalité du fils par la puissance de l’Esprit : vous êtes des médiateurs de cette action Trinitaire.
5. Soyez des formateurs à plein temps, donnant le meilleur de vous-mêmes.
6. Dédiez votre temps à des rencontres régulières avec le groupe et surtout avec les personnes individuelles.
7. N’ayez pas peur d’accompagner vos jeunes sur le chemin de la pâque de Jésus.

Chers formateurs, chères formatrices, l’Eglise vous aime, elle vous apprécie et prie pour vous. Sans votre service, la vie consacrée ne pourrait pas exister, ou elle aurait un avenir incertain. Sans votre patience et votre discernement, le peuple de Dieu risquerait de ne plus voir cette voie lumineuse capable de faire briller dans un monde qui passe, le monde définitif transfiguré par les béatitudes. Merci.