Les Bénédictines à Taïwan

S. Luca Chin, osb


cartechine98En 1930 les bénédictines de Saint-Joseph du Minnesota, (Etats-Unis) ont envoyé 6 sœurs en Chine en renfort auprès des bénédictins pour enseigner à l’Université Catholique Fu-Jen, Beijing. Au bout de quelque temps elles ont été transférées à Kai-feng, Province de He-nan avec le projet de démarrer un noviciat comme leur fondation en Chine.

En 1947, avec la révolution chinoise, les sœurs ont dû quitter la Chine pour Taïwan. En 1962 nous avons démarré notre noviciat avec trois novices, et aujourd'hui nous sommes dans le district de Taipei, dans la ville de Dan shui, au sommet d’une colline au pied d’une montagne. Elle a été choisie comme un lieu traditionnel pour un monastère bénédictin avec une vue superbe jusqu'à la mer et le détroit de Taïwan. Aujourd'hui la ville grandit tout autour de nous, avec beaucoup de gratte-ciel. En outre, au fil des années, les arbres ont poussé. Mais l’endroit est encore très calme, avec beaucoup de plantes naturelles et de l’air frais.

En 1975, nous sommes devenues Prieuré dépendant. Sœur Bernard Marie Liang a été notre première Supérieure Régionale élue. Elle est aussi notre première vocation chinoise de Beijing. En 1988, nous sommes devenues un monastère indépendant.

A nos débuts, les sœurs ont enseigné à l’Université Nationale de Taïwan : elles enseignaient la doctrine catholique aux personnes intéressées. Lorsque nous avons eu davantage de sœurs chinoises, nous avons aidé la paroisse le dimanche et nous avons aussi assuré un apostolat auprès des étudiants catholiques dans les écoles secondaires et les universités. Nous avons un centre d’activités pour les étudiants où ceux-ci peuvent venir pour le week-end et pour les vacances. Nous avons eu aussi une maison d’accueil pour les enfants, en 1961-1973, pour aider des familles pauvres à élever leurs enfants (de la naissance jusqu'à l’âge de 3 ans). Si elles abandonnaient leur enfant, nous les aidions à trouver une famille d’adoption. Depuis 1963 nous avons une hôtellerie pour les jeunes filles dans la ville de Taipei, pour les étudiantes, particulièrement celles qui n’habitent pas en ville.

Comme la situation économique de Taïwan s’est améliorée, la plupart des familles peuvent maintenant élever leurs enfants, c’est pourquoi nous avons fermé notre maison d’accueil pour les enfants. En 1976, nous avons ouvert un centre de retraite, où nous organisons des programmes et offrons un lieu de rencontre pour des groupes et des retraites, fréquenté essentiellement par des groupes de Catholiques et d’autres Chrétiens.

Au début, pour un pays non-chrétien, nous avions beaucoup de vocations – 3 ou 4 par an. Avec l’évolution générale de l’Eglise et de la société, les vocations sont devenues rares. Depuis 1976, nous sommes devenues un monastère dépendant. Les sœurs américaines sont progressivement retournées aux Etats-Unis, seules deux anciennes sont restées : sœur Ronayne et sœur Mariette. Sœur Ronayne a fait partie du premier groupe de sœurs, elle est restée plus d’un demi-siècle en Chine. Elle est décédée en 1991.

En 1988, lorsque nous sommes devenues un monastère indépendant, nous avons commencé avec 14 membres. Maintenant nous sommes 10. Les sœurs aînées sont parties pour le ciel et quelques jeunes sont sorties tandis que quelques vocations nouvelles se sont présentées. C’est pour cette raison que nous avons réorienté nos activités : nous donnons des retraites et des accompagnements, dans notre centre de retraite. Nous avons un jardin avec des légumes et des fruits. Avec les fruits nous faisons des confitures et du vinaigre que nous vendons. Ceci constitue une partie de nos revenus, avec les retraites et l’hôtellerie des étudiantes.

En 2003, nous avons commencé un programme d’oblature dans le but de poursuivre le rayonnement de notre spiritualité auprès des personnes de l’extérieur. Les oblates sont pleines de zèle et désireuses de faire connaître la spiritualité bénédictine. Elles nous aident aussi dans nos œuvres apostoliques, telles l’hôtellerie des étudiantes et le centre de retraite.

Au début, notre style de vie était copié sur celui de notre Maison Mère des Etats-Unis. Lorsque nous sommes devenues un Prieuré dépendant, nous avons réfléchi sur la meilleure manière de vivre notre vie bénédictine d’une manière qui corresponde à notre culture chinoise. Nous nous sommes mises à étudier notre propre culture, notamment la pensée de Confucius. Avec l’aide d’un prêtre jésuite nous avons consacré un certain temps à étudier les similarités entre les Quatre Livres de Confucius et nos Ecritures chrétiennes, et comment elles se renforcent mutuellement. Nous nous sommes peu à peu senties appelées à un style de vie plus contemplative et nous apprenons à la vivre tout en aidant de notre mieux notre société. Le style de vie bénédictin, met l’accent sur la liturgie, l’hospitalité et la vie communautaire. Ces trois caractéristiques bénédictines correspondent parfaitement à notre culture. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes ne veulent plus vivre avec leurs parents, ils aiment être indépendants. Mais la plupart des Chinois souhaitent le mode de vie traditionnelle, vivre avec la famille. L’hospitalité tient une place importante dans la plupart des familles chinoises. C’est une joie de recevoir la visite de ses amis.

Dans notre travail pastoral, nous essayons de transmettre notre style de vie bénédictine à ceux avec qui nous avons des contacts. Par exemple, les étudiantes de notre hôtellerie apprennent à vivre en groupe dans la paix et l’harmonie et à former ensemble une famille. Nous essayons toujours d’aider les personnes que nous voyons à rencontrer Dieu dans leur vie. Par exemple, dans nos retraites outre une hospitalité bienveillante, nous leur offrons une introduction à notre prière et notre lectio. Nous sommes un pays non-chrétien, mais la plupart de ceux que nous rencontrons sont respectueux et intéressés par notre foi.

Notre projet pour l’avenir est que nous espérons pouvoir rétablir la vie bénédictine sur le continent Chinois. Nous prions pour que la politique de la Chine à l’égard des religieux devienne plus tolérante, ce qui permettrait à des communautés religieuses de reconstruire leurs communautés sur le continent. Nous nous y préparons en approfondissant notre vie monastique, en renforçant notre vie communautaire, en étant à l’écoute attentive du Saint-Esprit et en priant qu’un jour nous puissions retourner là-bas. C’est ce que nous visons tout en nous préparant à travailler sur le continent et en poursuivant notre apostolat ici à Taïwan.


Traduction : S. Marie-Claire