Les communautés religieuses en Chine

Sœurs Baulu Kuan, osb, Katherine Kraft, osb, Rita Budig, osb, monastère Saint Benoît - Minnesota (USA)

 

Préface

La Commission bénédictine pour la Chine (BCC = Benedictine China Commission) a été établie en 1996 lors du Congrès des Abbés. Les trois objectifs du BCC sont :

1) Favoriser la compréhension de la Chine ;

2) Fonctionner comme une source pour trouver des manières de servir l'Eglise à l'intérieur et à l'extérieur de la Chine pour les monastères bénédictins.

3) Trouver des fonds pour soutenir l'Eglise en Chine.

Je suis la seule sœur bénédictine des Etats-Unis assistant d’une manière informelle à ces réunions, je représente les religieuses. Les sœurs de Tutzing sont, elles aussi, représentées. J'ai été la liaison entre la Chine et l'Ouest. Depuis une dizaine d’année, pour mettre en œuvre ces 3 objectifs, j’ai organisé un voyage d'étude tous les ans. Pendant ces voyages nous visitons des sites historiques, religieux et éducatifs relatifs aux bénédictins et à l'Eglise de Chine. Nous devons mieux comprendre le passé et le présent de la Chine ; nous devons aussi nouer des liens avec la culture chinoise qui est si riche.

Chine1Depuis 1993, l'abbaye Saint-Jean, à Collegeville au Minnesota, a contribué, avec des missionnaires de Maryknoll, à initier dans leur école de théologie des séminaristes, des sœurs et des prêtres chinois qui participent aussi à la vie monastique. De même cette abbaye a envoyé des moines pour donner des cours et organiser des ateliers dans certains des grands séminaires en Chine. Le bureau de la Chine catholique aux Etats-Unis, par l’intermédiaire de l'abbaye de Saint-Jean, a reçu une subvention de l’AIM International (Alliance Inter Monastères Int.) pour commencer le processus de la traduction en mandarin des textes et des commentaires théologiques de base écrits dans des langues occidentales. L'équipe pour ce projet est constituée d’un moine de Saint-Jean, un théologien qui a enseigné à l'école de théologie et de l'éditeur des « Liturgical Press ». Cette action répond à un grand désir d’aider à la traduction des manuels théologiques destinés aux sœurs, séminaristes et les prêtres. De son coté l’abbaye de Saint-Vincent, à Latrobe, en Pennsylvanie, accueille pour leurs études des séminaristes et des prêtres chinois et envoie des moines enseigner en Chine.


L'abbaye allemande de Sainte-Odile a patronné des voyages d’études pour des évêques chinois et des prêtres dans des monastères bénédictins en Europe. Elle a organisé, tous les ans, des débats sur la théologie et la formation, des retraites pour les responsables chinois des séminaires. Elle a aussi financé et organisé un voyage d'étude en Terre Sainte destiné aux directeurs spirituels chinois de séminaires. Un certain nombre de monastères Camaldules d’Europe et des Etats-Unis envoient régulièrement des moines en Chine pour organiser des retraites et aider à la direction spirituelle.

Une aide limitée est fournie aux religieuses chinoises qui ont pourtant les mêmes besoins. La communauté des bénédictines de Taiwan a soutenu des sœurs en Chine. De même ces 16 dernières années, Maryknoll a envoyé un certain nombre de religieuses chinoises à l'Ecole de Théologie de Saint-Jean. Les sœurs chinoises sont des femmes avec une foi profonde. Il y a un nombre important de vocations, malheureusement il y a peu de possibilités pour l'enseignement et la formation spirituelle. Espérons que les communautés de bénédictines établies depuis longtemps sur le vieux continent suivront l'exemple des moines et viendront en aide aux religieuses en Chine.

Certaines communautés en Chine accueilleraient bien volontiers une sœur bénédictine pour enseigner la théologie ou la spiritualité. La langue n'est pas un problème car un certain nombre de sœurs en Chine connaissent l'anglais et sont capable de le traduire.

L’objectif de ce document est de fournir des informations sur l'Eglise de Chine et de voir ce que : « Quelques communautés religieuses font pour soutenir l'Eglise chinoise, les prêtres plus spécialement » et de « demander aux membres de la Conférence des Supérieurs bénédictins d’envisager sérieusement un partage de leurs ressources avec les religieuses en Chine. »

« La récolte est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. »

 

Introduction

Chine2La Chine est un vieux pays avec une longue histoire, un pays initialement gouverné par diverses dynasties. L'ère des dynasties s'étend de la Dynastie Xia (2100 av. J-C), à la Dynastie Ch'ing (1911). La Chine est devenue une République avec le parti Nationaliste Kuomintang. En 1949, une guerre civile a donné naissance à la République Populaire de Chine marquant le début de Communisme. La Révolution Culturelle (1966-76) clôtura environ 30 années de politique isolationniste de la Chine. Pendant cette période, cette politique avait coupé la Chine du reste du monde.   

Aujourd'hui, la Chine est la patrie de plus d'un milliard d’habitants. C'est un pays où des millions d’innocents ont souffert ; pourtant, c’est une terre où le peuple a su surmonter des obstacles inimaginables pour prospérer et s’épanouir grâce à leur dur labeur, leur persévérance et leur sagesse. La Chine d'aujourd'hui est aussi une nation complexe. Les récents développements économiques et sociaux sont arrivés rapidement, le peuple chinois est fier à juste titre de cet exploit. En Chine, les visiteurs étrangers doivent être particulièrement attentifs aux différences culturelles et politiques.

Plus les bénédictins essayent d’entrer en contact avec les religieuses chinoises, plus nous découvrons, dans les enseignements de Confucius, des éléments semblables à notre Règle. Le plus important dans chacune de nos rencontres avec ces femmes est d’être à leur écoute, sans préjugés, sur tout ce qu'elles ont à nous dire au sujet de leurs vies et de leurs expériences. Nous devrons résister à la tentation d'identifier leurs besoins et proposer des solutions. Au contraire, nous voulons dialoguer, en respectant les individualités, les idées et les différences culturelles. C’est avec une telle écoute respectueuse que peuvent apparaître la compréhension mutuelle, l'appréciation des différences. C’est ainsi que l’on peut découvrir un processus d'épanouissement et de soutien mutuel.

 

Situation actuelle des religieuses en chine

La situation présente des communautés de religieuses en Chine ne peut être comprise que si l’on garde à l’esprit l'histoire complexe et la situation actuelle de l'Eglise catholique en Chine. C’est une Eglise divisée entre l'Eglise catholique officielle approuvée par le gouvernement et l'Eglise catholique clandestine. Les communautés de religieuses sont soit des communautés qui se sont établies récemment, soit des communautés qui ont été re-fondées après avoir été interdites pendant la révolution culturelle. Ces communautés sont composées de novices dans la vie religieuse, désireuses de servir l'Eglise, mais sans références dans la vie monastique et sans le parrainage de religieuses plus expérimentées. Cependant il reste quelques sœurs plus âgées ayant appartenu aux communautés fondées par les Franciscains, ou à d'autres Congrégations internationales qui avaient des missions en Chine avant la Révolution Culturelle. Ces communautés sont diocésaines, sous la tutelle de l'évêque local, elles ont été fondées ou re-fondées pour répondre aux besoins locaux.

Chine3Le travail des sœurs est varié : catéchisme, visites à domicile, dispensaires, centre d’accueil pour les économiquement faibles, soin des personnes âgées et des orphelins, jardins d'enfants, art religieux, fabrication de vêtements liturgiques, travail dans l’édition, travail administratif dans les évêchés ou les paroisses. Les ressources des sœurs sont souvent limitées aux subsides provenant de la paroisse ou de l'évêché et quelquefois du revenu des dispensaires, de l'artisanat et de la fabrication des vêtements liturgiques.

Les religieuses chinoises peuvent avoir des ressources matérielles limitées, mais elles ont une foi inébranlable. Certaines expriment le désir de recevoir plus d'enseignement (études théologiques, examen des documents de Vatican Il, formation religieuse et spirituelle, la vie communautaire, droit canon…). Certaines communautés ayant des ressources, envoient des sœurs à l'étranger pour qu’elles obtiennent des maîtrises et des doctorats en théologie, ou en droit canon. Cependant, les sœurs chinoises ont moins de ressources et d’occasions de formation et que les séminaristes et les prêtres chinois.

La position de l'Eglise catholique est relativement complexe en Chine, tout ce qui est dit à besoin d'être nuancé et réfléchi. Ce qui est valable dans une région ne l'est pas nécessairement dans une autre. Il y a des secteurs où l'Eglise a une certaine liberté et d’autres où elle est étroitement contrôlée par le gouvernement. Il y a des paroisses urbaines prospères et des paroisses rurales en difficultés, des religieuses et des prêtres instruits et d’autres ayant peu d’accès à l’enseignement. Quelques séminaires sont relativement bien pourvus en bâtiments, ressources et formation ; d'autres, ont des ressources plus limitées. Néanmoins, il y a un besoin urgent de livres en chinois dans tous les secteurs : la théologie, la spiritualité, les études bibliques, l'histoire de l'Eglise, l'éthique, la théologie dogmatique, la vie religieuse et la formation, et de professeurs qualifiés. Dans certains cas il est aussi nécessaire d’être équipé en informatique et d’avoir l’accès internet.

On a le sentiment que les évêques et les prêtres de l'Eglise de Chine « marchent avec précaution sur une corde raide», en évaluant les limites tout en maintenant le dialogue. L’Eglise en Chine a dû apprendre à vivre sous un gouvernement qui craignait sa puissance et son influence ; ce qui n’est pas une position facile pour exister. C’est toujours impressionnant de rencontrer des personnes dont la foi est restée solide malgré les persécutions, la souffrance, la censure et même les tentatives d’éradication. Nous restons en admiration devant cette foi et cette détermination "d'être l'Eglise" dans de telles circonstances.

 

Les éléments fondamentaux de la vie religieuse

Chine4Ci-dessous sont listées certaines des tâches de la vie religieuse habituellement effectuées par les communautés religieuses. Leur examen peut être une façon d’amorcer le dialogue avec les religieuses chinoises.

A. Histoire de la communauté : Installation, origine, charisme

1. Ecrire/étudier l'histoire des débuts de la communauté et de son évolution.

2. Identifier les femmes qui étaient là lors de la fondation et donner leur histoire. (Interviewer les sœurs âgées sur l'histoire de la communauté.).

3. Identifier le charisme de la communauté dans l’esprit de Vatican Il et des documents postérieurs traitant de la vie religieuse : Perfectae Caritatis, 1965), Directives sur la Formation dans des Instituts Religieux (1990) et Vita Consecrata (1996)) particulièrement sur la vie consacrée comme engagement à l’annonce du Christ et aux valeurs spirituelles de l'Evangile.

B. Règle de vie et documents de la communauté

1. Etudier la Règle de vie de la communauté et l’adapter en accord avec Perfectae Caritatis et d'autres documents du Vatican sur la vie religieuse.

2. Identifier les bases théologiques et spirituelles de cette règle de vie communautaire.

3. Elaborer un document décrivant comment doit être vécue la spécificité de cette règle de vie selon son charisme et sa tradition.

4. Mettre en place des normes pour guider la communauté dans son organisation et ses activités quotidiennes.

C. Formation initiale et continue

1. Développer un programme de formation (initiale et continue) et former des sœurs responsables pour assurer cette tâche.

2. Assurer la formation continue en théologie fondamentale, Ecriture Sainte, études des documents sur Vatican II, spiritualité, vie religieuse et vœux, direction spirituelle vie communautaire.

3. Constituer la bibliothèque de la communauté (références théologiques courantes).

4. Former les sœurs tant sur le plan théologique que sur le plan professionnel pour qu’elles puissent répondre aux besoins de leur « ministère » et à ceux de la communauté.

D. Gouvernement de la communauté, direction et prise de décisions

1. Mettre en place les instances pour l'élection/nomination des Supérieurs de la communauté.

2. Décrire les fonctions et le rôle des personnes qui gouvernent.

3. Comment conduire une prise de décision- Rôle des Supérieurs et des membres de la communauté.

4. Décrire les rapports entre la communauté et l'évêque local.

E. Finances

1. Etablir un programme prévisionnel assurant la stabilité financière de la communauté.

2. Etablir un budget et impliquer les sœurs dans la planification et la responsabilité de ce budget.

F. Organisation et travail

1. Identifier les tâches principales dans la communauté.

2. Définir, par le dialogue, la fonction et le travail de chacune.

 

Les moyens proposés pour soutenir les religieuses chinoises

1. Proposer d’envoyer une sœur parlant le chinois, au courant de la culture chinoise et de la position de l'Eglise catholique en Chine pour donner un enseignement et assurer une formation dans des domaines divers. Eventuellement, elle pourra aussi organiser des retraites pour les religieuses chinoises.

2. Proposer une sœur qui pourrait effectuer ces mêmes activités avec l'aide d’un traducteur chinois.

3. Enseigner aux sœurs chinoises la théologie avec des programmes de formation déjà utilisés en Chine (probablement dans les séminaires chinois).

4. Participer à l'enseignement des sœurs chinoises aux Etats-Unis ou au Canada pour qu’elles obtiennent des maîtrises ou des doctorats.

5. Proposer à une (ou plusieurs) sœurs chinoise de vivre dans un monastère aux Etats-Unis ou au Canada pour faire une expérience de : la vie et l’organisation en communauté, la prière, la liturgie, la formation initiale et continue, l’archivage, la bibliothèque, les soins aux personnes âgées, etc.

6. Rester en contact et coopérer avec La Commission des bénédictins de Chine (BCC = Benedictine China Commission), AIM, Maryknoll et d'autres organisations qui ont une certaine expérience dans le soutien aux monastères et qui participent à l'enseignement, à la formation et aussi à la sélection de candidats potentiels pour aller étudier à l'étranger.

7. Contacter la Conférence des bénédictines des Etats-Unis et du Canada pour une aide éventuelle.


Documents supplémentaires

Voyage d’étude - rapport de 2006

Chine5Après seulement vingt jours en Chine il est difficile de parler avec autorité de la Chine et l'Eglise Catholique de Chine. Voici les impressions d'un étranger qui a eu la chance de visiter la Chine pendant 20 jours et de dialoguer avec des évêques, des prêtres, des séminaristes et des religieuses. Ce déplacement a été effectué par S. Baulu Kuan, osb, membre de la Commission bénédictine sur la Chine.

Les étapes du voyage avaient été soigneusement planifiées pour apprécier la riche culture de la Chine ancienne et son développement rapide actuel. La juxtaposition du passé avec le présent est de tous les instants et est parfois discordante. Par exemple : des gratte-ciels modernes aux côtés de temples Bouddhistes antiques ; les 49 000 taxis de Shanghaï bousculant les pousse-pousse rouillés, des hôtels 5 étoiles près de taudis croulants, la dernière mode côtoyant une pauvreté sordide, des centres commerciaux modernes adjacents avec des vendeurs de rue, des banquets fastueux et des mendiants affamés, de grandes universités et le manque d'instruction de base, la technologie de pointe et le travail manuel pénible. La Chine est une terre de contrastes forts et spectaculaires. Il n'y a pas une Chine, mais plusieurs.

Le but principal de ce voyage d'étude était d’approfondir notre connaissance de l'Eglise catholique dans la Chine contemporaine en visitant des séminaires, des couvents, des églises ; et aussi en dialoguant avec des évêques, des prêtres, séminaristes et des religieuses. Nous avons rencontré deux évêques, Aloysius Jin, sj, évêque du diocèse de Shanghaï et Monseigneur Martin Wu récemment nommé évêque du diocèse de Zhou-Zhi. Nous avons été invités dans 4 séminaires : Le séminaire catholique national de Pékin, le séminaire catholique de Jilin, le séminaire catholique de Hebei et le séminaire catholique She-Shan à Shanghaï. Dans chaque séminaire, nous avons eu des discussions avec les directeurs et les séminaristes.

Pour moi, le point fort fut ma rencontre avec des religieuses à Pékin, Jilin, Meihekou, Xi'an, Shanghaï et Qi-bao. Toutes ces sœurs appartiennent à des communautés religieuses diocésaines sous l’autorité de l’évêque local. Quelques sœurs, plus vieilles, avaient appartenu aux communautés fondées par les Franciscains ou a d'autres congrégations internationales qui avaient des missions en Chine avant la Révolution Culturelle.

Je voudrais citer tout particulièrement, deux groupes de religieuses. Dans une zone rurale de la Chine, 5 sœurs bénédictines, appartenant à la Congrégation de Tutzing, ont travaillé dans un hôpital où leur action était limitée et contrôlée. Malgré des obstacles majeurs, elles ont voulu rester car elles étaient inquiètes pour les pauvres qui ne pouvaient pas avoir accès aux soins médicaux. Chaque semaine, elles conduisaient leur unité médicale mobile hors de la ville vers les zones rurales pour fournir des soins médicaux gratuits. (Les sœurs ont évacué Meihekou pendant l’été 2009.)

Dans l’équipe : la sœur kinésithérapeute conçoit des attelles spéciales pour les enfants handicapés et les enfants nés avec une paralysie cérébrale, la sœur médecin examine les patients, la sœur assistante médicale s’occupe du laboratoire, la sœur pharmacienne distribue les médicaments et la cinquième sœur est la responsable de l'hôpital.

Dans un grand centre urbain, l’autre groupe de sœurs chinoises a récemment montré un grand courage en résistant au gouvernement local quand ce dernier a essayé de les exproprier. Une nuit, elles ont été battues car elles avaient manifesté publiquement pour protester contre cette action du gouvernement. Ce coup de force a atteint la presse locale et mondiale, mettant ainsi fin, temporairement, à la prise de possession de leur bien.

Toutes ont exprimé le désir et le besoin de recevoir plus d'enseignement, particulièrement sur la théologie, la formation religieuse et spirituelle ainsi que sur la vie en communauté. (J'ai pu faire une présentation aux sœurs de Pékin sur la prière, mais seulement après en avoir reçu l'autorisation.)

Le mélange entre les visites des sites historiques de la première présence de l'Eglise en Chine et les dialogues avec les membres de l'Eglise chinoise contemporaine dans des paroisses en activité nous a fourni l’occasion de comprendre ce que nous avions vu et entendu. Nos contacts ont été limités. Malheureusement, nous avons eu peu de contact avec les simples paroissiens bien que nous ayons assisté, dans plusieurs églises, à la liturgie du dimanche.

L'évêque Aloysius Jin Luxian, sj, de Shanghaï, nous a captivés quand il nous a dit : « J'ai vécu en Chine pendant 91 ans et je ne connais toujours pas de Chine. La Chine change. Ne croyez pas tout ce que vous entendez au sujet de l'Eglise en Chine.  Par exemple : que l'Eglise nationale est infidèle au Vatican et que l'Eglise clandestine y est fidèle. Au lieu de cela, regardez, écoutez et dialoguez avec les membres de l'Eglise chinoise. Vous ne saurez rien de la Chine si vous ne visitez que les grands centres urbains. Allez dans les zones rurales, où la plupart du peuple chinois vit ; là, la vie diffère visiblement de celle de Pékin, Shanghaï et Xian. Pour être un évêque en Chine, il faut être "aussi avisé que le serpent et aussi blanc que la colombe" ».

J’ai bien compris qu’il voulait dire que ce n’était pas facile d'acquérir une compréhension précise de l'Eglise de Chine ; il faut éviter les généralisations rapides et les jugements faciles. La situation de l'Eglise catholique en Chine est très complexe, tout ce que l'on dit a besoin d'être nuancé et mis au conditionnel.    

En résumé la Chine, tout comme l'Eglise de Chine change rapidement. Quand nous avons demandé aux personnes rencontrées quel était leur souhait pour l'Eglise ? Certains ont exprimé le désir d’une Eglise unie et réconciliée avec l’Eglise nationale. D'autres ont décrit l’appétit de beaucoup de chinois, particulièrement les jeunes, pour un sens plus profond de la vie, accompagné d’un intérêt croissant pour la religion et la spiritualité. Cependant d'autres ont exprimé leur inquiétude devant la montée du consumérisme et du matérialisme. Leurs espoirs et leurs préoccupations semblent être similaires aux espoirs et aux préoccupations de l'Eglise catholique dans le monde entier.

Il nous faut prier pour l'Eglise de Chine et penser sérieusement aux moyens que nous pourrions mettre en œuvre : en enseignant la philosophie, la théologie ou la spiritualité dans un séminaire ou un couvent ; en aidant à la formation religieuse, en organisant une retraite, en soutenant une sœur ou un séminariste pour l’obtention d'un diplôme de 3e cycle, en invitant une sœur chinoise à vivre dans notre communauté pendant une période prolongée, en traduisant des livres en chinois, en travaillant dans un hôpital ou un dispensaire. Il nous faut profiter de chaque occasion pour apprendre à connaître la Chine et l'Eglise de Chine. Il y a tant de richesse et de potentiel là-bas !

Katherine Kraft, osb Monastère de Saint Benoît
membre du voyage d'étude en Chine, 1-21 juin 2006

 

 

Les bénédictins en Chine : une vue d’ensemble

La Chine est un vieux pays avec une histoire et une civilisation de plus de 3500 ans. La « Route de la soie » fut le premier axe de commerce international s’étirant d'est en ouest, Il fonctionna le deuxième siècle avant J-C. Les religions ont joué un rôle crucial sur « la Route de la soie » centrée sur la capitale antique de Xi'an/Chang'an, qui signifie « la Paix Éternelle ». Pendant la Période D'or de la Dynastie T'ang (618-906), Xi'an/Chang'an était le centre intellectuel et religieux de la Chine et la maison du Bouddhisme, du Taoïsme, du Confucianisme, du Christianisme et de l'Islam. Dès 638, des missionnaires en provenance d'Assyrie ont apporté le Christianisme en Chine. C’est à cette période que la Pagode de Dagin, la première église chrétienne chinoise édifiée comme une pagode bouddhiste, a été construite. Une stèle commémorative a été érigée devant cet édifice.

Au début du 14e siècle les franciscains et les dominicains ont participé à l’évangélisation de la Chine. Un diocèse a été établi dans la province de Fujian. Le jésuite Matteo Ricci est arrivé à Macao en 1582. Ensuite il a établi des maisons à Pékin, Shanghaï, Nanking et ailleurs.

Les membres de la Société du Verbe Divin sont arrivés dans le Shantung du sud en 1882, suivi par les Missionnaires Maryknoll qui se sont établis dans le Guangdong, au Sud la Chine, au début du 20e siècle. À la demande des intellectuels catholiques chinois, le Pape Pie XI a invité des bénédictins américains à établir la première Université Catholique de Pékin en 1922. Le monastère Saint-Vincent de Latrobe, en Pennsylvanie, a répondu à la demande du Pape en 1924, en faisant le projet d’une université et d’une communauté monastique à Pékin. En 1929, l'abbaye Saint-Jean de Collegeville, dans le Minnesota, y a envoyé trois moines pour enseigner. D'autres abbayes américaines ont fait de même. En 1930, Le monastère Saint-Benoit, à Saint Joseph, dans le Minnesota, a été invité à fonder une université de femmes à Pékin : l'université de Fu Jen ; six sœurs ont été désignées. Deux ans plus tard, elles ont ouvert la première université catholique pour des femmes en Chine. Un certain nombre d'autres abbayes et couvents bénédictins américains ont contribué financièrement et spirituellement au développement de cette action.

En 1883, les trappistes de l'abbaye de Tamié, en France, sont arrivés à Yang Kai Ping, dans le Chaher (Mongolie intérieure) pour fonder le monastère Notre-Dame de la Consolation. En 1928, ils ont fondé un autre monastère, Notre-Dame de la Joie, à Tchengtingfu, près de la Ville de Shijiazhuang, capitale de la province Hebei. Quand la construction du monastère fut achevée, avec l'aide des ouvriers du village, le monastère a fourni à ces ouvriers un terrain à proximité pour qu’ils puissent construire leurs propres maisons. Ils l'ont appelé le Village de Saint-Benoît (Bendu Chun). La plupart d’entre eux sont devenus catholiques et sont restés, jusqu'à ce jour, attachés aux valeurs bénédictines.

L'abbaye de Sainte-Odile en Bavière, a commencé une mission dans le nord-est de la Chine au début des années 1920. Une abbaye et un diocèse ont été établis à Yenki/Yenji, dans la Province de JiIin. Au milieu des années 1990, un hôpital, au service des indigents, a été ouvert à Meihekou dans le Jilin. La Congrégation internationale des sœurs de Tutzing (en Allemagne) l'a pourvu en personnel et a créé plus tard un hôpital de campagne pour dispenser des soins médicaux aux personnes des zones rurales éloignées. Dans la même région, dans le petit secteur agricole de Kouquian, l'église de la sainte Croix a été construite. Récemment, la construction d’un établissement de formation professionnelle et d’une maison pour personnes âgées ont été démarrées en même temps qu'une petite église à Meihekou pour la communauté paroissiale locale. En 1926, l’abbaye Saint-André en Belgique, a ouvert le séminaire dans le quartier de Xi Shan (Mont de l’ouest), à Nanchong, dans la province du Sichuan, plus tard il sera déplacé à Chengdu. Les bénédictins enseignaient à Sichuan à l'Université et à l'Académie des beaux-arts.

Le voyage annuel d’étude des bénédictins en Chine a été organisé par la Commission des bénédictins de Chine (BCC) pour : favoriser une meilleure compréhension de la Chine, être un soutien de l'Eglise en Chine et lever des fonds d'assistance pour la Chine. De cette manière, la Chine et les pays de l’Ouest coopèrent pour la mission de l'Eglise de Chine. Le but principal du voyage d'étude, qui fait partie intégrante du BCC, est de proposer aux participants : la connaissance de la culture chinoise ancienne, débutant au troisième millénaire, et le rôle des bénédictins pendant cette période. Le voyage fait visiter des sites historiques, religieux et éducatifs liés aux bénédictins et à l'Eglise de Chine. C’est la meilleure façon de comprendre le passé et le présent de la Chine et d’établir des passerelles pour la compréhension et l'appréciation de la culture chinoise qui est si riche. Les visites ont fait découvrir dans des grandes villes et quelques villages éloignés : le Taoïsme, le Confucianisme, des temples et monastères Bouddhistes et des musées. Le monachisme n'est pas nouveau en Chine.

Le voyage annuel d'étude, en est maintenant à sa dixième année. Habituellement 12-15 participants du monde entier sont invités. Il comprend des moines, des sœurs, des séminaristes, des oblates et des enseignants. Les sites du voyage sont choisis en fonction du but et des sujets voulus par le BCC ; la durée, selon les sites et les activités est de 2-3 semaines au début de l'été.

 

L’Eglise catholique en chine

Depuis le début des années 80, la République Populaire de Chine a continué à amorcer des contacts et répondu aux ouvertures faites par la communauté internationale dans les secteurs politiques, sociaux, culturels, économiques et autres, le milieu religieux compris. Beaucoup de secteurs de la société des Etats-Unis se sont engagés à nouveau avec la Chine et le peuple chinois qui relève les défis de la modernisation dans le troisième millénaire chrétien.

Depuis la fin des années 80, l'énorme augmentation de l’activité tant institutionnelle que communautaire dans les Eglises chrétiennes a été pour plusieurs une découverte surprenante. L'Eglise catholique chinoise ayant été coupée de toutes relations avec l'Eglise universelle, pendant plus de cinquante ans n'a pu recevoir facilement des informations précises et fiables. L'Eglise catholique, en continuant à lutter seule avec ses propres divisions internes, causées par des pressions politiques gouvernementales, a vu le nombre de ses fidèles tripler depuis 1949. Depuis 15 ans, un grand intérêt a été ressenti pour les vocations à la vie religieuse et au sacerdoce. Dans les cercles intellectuels, l'intérêt pour le christianisme se répand, il se manifeste par l'établissement de départements d'études religieux dans beaucoup de grandes universités chinoises.

Malgré le harcèlement des croyants de toutes cultures (qui varie selon l’époque et la région) ; la statistique pour l'Eglise catholique chinoise montrait, en 2004, les efforts courageux des catholiques chinois pour reconstituer et renouveler leur Eglise, tant comme une institution que comme une communauté de foi.    

Dans la tradition d’une longue relation missionnaire entre les catholiques chinois et américains, il est important que l'Eglise des Etats-Unis soit sensibilisée par ces événements. Et que dans ce 21e siècle, elle saisisse cette nouvelle occasion missionnaire pour travailler avec la Chine, comme des Eglises-sœurs, pour témoigner de l'Evangile.

 

La Chine catholique en statistiques

Nombre d’églises : plus de 5000

Nombre de diocèses : 138

Evêques :

Eglise officielle : 70

Eglise clandestine : 50

Prêtres :

Eglise officielle : 1400

Eglise clandestine : 1100

Religieuses :

Eglise officielle : 1500

Eglise clandestine : 1000

Séminaires :

Eglise officielle : 24

Eglise clandestine : 10

Séminaristes :

Eglise officielle : 1.600

Eglise clandestine : 800

Noviciats de religieuses :

Eglise officielle : 40

Eglise clandestine : 20

Religieuses novices :

Eglise officielle : 1500

Eglise clandestine : 1000

 

Sources

L'Eglise catholique en Chine. Bureau américain de la Chine Catholique, 1999.

Fox C, Thomas. « Les catholiques chinois cherchent leur identité par ces temps troublés », National Catholic Reporter. 29 Jan 1999: p. 11.

Fr. Jean Charbonnier, éd. Guide pour l'Eglise catholique en Chine. Singapour : Bestprint Printing Co., 1997.

Centre du Saint-Esprit, Hong-Kong, 1999.

Tang, Edmond et Wiest, Jean Paul. « L'Eglise catholique en Chine Moderne », PersDectives. Maryknoll, N.Y. Orbis books, 1993.

Interviews des sœurs chinoises des couvents de Beijing, Xian, Nanchun, Wuhan, Suzhou, Hangzhou et Shanghaï par sœur Baulu Kuan, osb, 1999-2000.

Traduction : D. Denant