Voyage en Chine continentale

Dom Jean-Pierre Longeat, osb,
Président de l’AIM

 

 

Suite du compte rendu de voyage à l’occasion de la rencontre de l’association bénédictine de l’Est asiatique et de l’Océanie (BEAO) paru dans le Bulletin 116, pp. 61-66.

 

 

Dans le prolongement de la réunion internationale du BEAO à Taïpei (Taïwan), le père Mark Butlin et moi-même avons eu la possibilité de visiter quelques aspects de la Chine continentale et quelques réalités monastiques dans ce pays. Il n’est pas possible de restituer ce voyage dans le détail et tout spécialement les nombreux échanges que nous avons eus. Cependant, il est utile de rendre compte des grandes lignes de cette impressionnante plongée dans l’Empire du Milieu.

Au lendemain de notre arrivée à Pékin, nous commençons par une visite émerveillée de la Grande Muraille de Chine, histoire de se mettre en condition !

Dans l’après-midi, nous nous rendons dans une des grandes églises au nord de Pékin, connue sous le nom de cathédrale du Saint-Sauveur, où nous pouvons rencontrer le curé et parler longuement avec lui. L’église vient de bénéficier d’une restauration complète. L’allée qui conduit à l’église est bordée d’anges jouant de la trompette, c’est déjà Noël ou presque. Une cérémonie de premières Vêpres va ouvrir le Temps de l’Avent. Tout le monde s’affaire.

Rappelons qu’en septembre 2018, un accord a été signé entre le Saint-Siège (qui a reconnu sept évêques de l’Église patriotique) et la Chine qui ne nommera plus d’évêques sans l’accord du Vatican. Il y aurait actuellement entre 10 et 15 millions de catholiques en République populaire de Chine. L’Association catholique patriotique de Chine dénombre 97 diocèses officiels. Mais l’Église catholique elle-même en compte jusqu’à 138, avec de nombreux sièges vacants.

Pour le premier dimanche de l’Avent, nous célébrons la messe à l’actuelle cathédrale de Pékin dédiée à l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, au sud de la ville.

ChineFuJenAprès la messe avec une assistance très nombreuse et une belle liturgie, nous allons visiter les bâtiments restés en l’état de l’université Fu Jen. Cette grosse institution a été établie à Pékin en 1933 par des moines de Saint-Vincent de Latrobe en Pennsylvanie.

Nous nous rendons ensuite au séminaire de Pékin dont le recteur a fait l’essentiel de sa formation théologique à Saint-Vincent de Latrobe. Nous croisons les cinquante séminaristes ; nous visitons le lieu spacieux et bien organisé. La bibliothèque qui vient d’être construite est très adaptée ; l’église est vaste et sert aussi de paroisse où un certain nombre de séminaristes sont en service pastoral.

En la fête de saint François-Xavier, en ce 3 décembre, nous partons de très bonne heure vers la Mandchourie où nous devons rencontrer la communauté de la Sainte-Croix à près de deux heures de la ville de Changchun.

Nous sommes à côté de Songhur, à 60 km environ de Jilin. Le prieuré est le fruit d’une longue histoire. En effet, les moines de Saint-Ottilien (Allemagne) avaient fondé un monastère à Yenki, devenu par la suite vicariat apostolique. Mais entre 1946 et 1952, les moines furent persécutés et sous contrôle des autorités civiles. Certains revinrent en Allemagne, d’autres s’enfuirent en Corée du Sud où ils établirent un monastère qui poserait les racines de celui de Waegwan, lequel existe encore de nos jours et est florissant. En 2001, après cinquante ans d’absence du territoire chinois, la congrégation de Saint-Ottilien revint fonder un monastère dans la région de Jilin, d’abord dans une paroisse, puis maintenant dans la maison où nous nous trouvons. C’est un prêtre chinois venu se former à Saint-Ottilien qui, après avoir prononcé ses vœux solennels, fut le maître d’œuvre de cette initiative.

Les moines vivent la règle de saint Benoît. Une maison pour personnes âgées est liée au monastère ainsi qu’un centre de ressourcement pour les prêtres des diocèses voisins. Les moines sont aussi chargés de la paroisse où ils avaient leur première implantation.

Le lendemain, nous partons vers la ville de Jilin où nous allons découvrir en premier lieu la cathédrale qui a été rénovée il y a peu de temps. Nous allons ensuite au séminaire du diocèse de Jilin où nous sommes reçus par le recteur et l’économe du lieu. Nous partageons la table avec les séminaristes. Ils sont au nombre de soixante-dix, pour une vingtaine de diocèses. Cet établissement a une très bonne réputation. Le recteur a fait ses études de théologie en partie à Rome. Il a un esprit ouvert et se montre accueillant à des réalités qui lui sont étrangères.

Puis, nous prenons le chemin du retour en nous arrêtant à l’église que possèdent encore les moines sur le lieu de leur premier établissement et qu’ils desservent. Au repas du soir nous commentons abondamment la journée.

Le mercredi 5 décembre, nous rejoignons l’aéroport de Changchun pour retourner à Pékin où nous visitons la Cité impériale : éblouissement !

Le jeudi 6 décembre, nous nous envolons vers Chengdu, la capitale du Sichuan. Nous devons nous rendre dans la ville de Xishan où nous allons visiter l’ancien monastère fondé par dom Jehan Joliet et les moines de Saint-André de Bruges.

ChineXishanPrioryLe monastère n’est pas loin de la ville, nous l’atteignons par une petite route qui nous mène au pied d’un mont où se tient en son sommet le cimetière chrétien du lieu. Les bâtiments monastiques ont conservé leur apparence. Ils ont été construits dans les années trente. Ils sont maintenant la résidence de l’évêque de Nanchong. Ils abritent aussi une maison pour personnes âgées. Là a été construit un sanctuaire avec un immense chemin de croix qui conduit jusqu’à la tombe des deux premiers prieurs, de quelques moines, de quelques sœurs et d’autres chrétiens.

Nous nous entretenons longuement avec l’évêque et nous visitons les lieux en détails. Le chapitre, les cellules, le réfectoire…. puis nous allons par le chemin de croix jusqu’aux tombes des fondateurs. Selon la coutume chinoise, ils ont été incinérés et placés dans des niches funéraires ornées d’une plaque illustrant leur sagesse.

Le premier fondateur est dom Jehan Joliet. Il est né en France à Dijon en 1870. Après avoir fait des études navales chez les jésuites, il devint officier de marine et découvrit la Chine dans l’exercice de ses fonctions. Il fut fasciné par la richesse et la profondeur de la culture de ce pays. Il fut choqué par le peu d’estime que les missionnaires avaient alors de cette culture et il réfléchit à une possible évangélisation dans le respect des mentalités du lieu. Il entra en 1894 à l’abbaye de Solesmes alors réfugiée en Angleterre sur l’île de Wight, avec l’espoir de pouvoir un jour fonder en Chine. Il fut par la suite en contact avec dom Théodore Nève, l’abbé de Saint-André de Bruges, et partit finalement avec un moine de Saint-André en terre chinoise avec la mission de fonder. Le monastère devait être totalement chinois avec une perspective de prière contemplative et d’études. La fondation eut lieu en 1929 dans la province du Sichuan, en un lieu nommé Xishan. Dom Joliet en fut le premier prieur. Cependant au bout de quelques années, une divergence de vues sur la perspective de l’inculturation, poussa dom Joliet à quitter sa charge et à se retirer comme ermite. Il mourut en 1937. Il laisse une pensée originale, très en avance sur son temps.

Après le déjeuner nous retournons vers Chengdu où nous devons également rencontrer l’évêque dans la soirée. Il n’est en charge que depuis deux ans. Il nous parle de son ministère.

Le lendemain nous rejoignons Shanghaï. Nous avons rendez-vous avec un jésuite français présent à Shanghaï après avoir passé de longues années à Taïpei. Nous restons avec lui pendant près de deux heures. C’est un véritable feu d’artifice. Nous nous promettons de nous revoir en France. Nous aurions encore beaucoup de choses à nous dire !

Nous nous rendons ensuite à la cathédrale de Shanghaï qui a été fondée par les jésuites. Nous arrivons à la fin de la messe célébrée en chinois. L’Église est archicomble ; elle a été totalement rénovée ces dernières années. Après la messe, le curé de la cathédrale et un prêtre ami nous font visiter les lieux dont la maison diocésaine où vivent un certain nombre de prêtres.

Nous marchons le long du fleuve dans le quartier mythique du Bund. Nous nous rendons le soir même par avion à Hong Kong. Le lendemain, le Père Abbé de Lantao, dom Paul Kao, vient nous chercher pour rejoindre son monastère sur l’île de Lantao.

La fondation du monastère remonte à 1946. Elle a été menée à bien par deux groupes de moines ayant fui la Chine continentale à la suite des persécutions du régime communiste. Une communauté d’une quinzaine de moines dont l’un avait une formation d’architecte, bâtit ce monastère dans un lieu quasi désert où les efforts de transports des pierres et d’aménagement des chemins relevaient de l’exploit. Les bâtiments consistent en un rectangle formé par deux ailes où se trouvent les lieux réguliers, les cellules et deux corridors de jonction à leurs extrémités. Au-delà se dresse l’église comme une proue de bateau au-dessus de la mer avec son clocher de pierres en guise de mât. Une autre extension récemment restructurée correspond à l’infirmerie. En contre-bas, l’hôtellerie spacieuse accueille des retraitants nombreux. Elle consiste en quelques seize chambres avec des salles de réunions et un réfectoire.

Nous rencontrons la communauté pour l’office et le déjeuner. L’après-midi avance très vite. Dans la soirée Mark présentera le travail de l’AIM à la communauté. Le lendemain, il se rendra à Macao pour rencontrer la nouvelle fondation des trappistines de Vitorchiano. Pour ma part, je repars pour Paris où après seize heures de voyage, je reprends pied sur le sol français !