Voyage au Brésil - novembre 2017

Père Jean-Pierre Longeat,
Président de l’AIM

 

CIMBRA50ansLe mercredi 22 novembre 2017, je me rendais à São Paulo en vue de participer à l’assemblée jubilaire de la Cimbra, association nationale des monastères brésiliens de la famille bénédictine qui fêtait à cette occasion ses cinquante ans de fondation. J’arrivais le lendemain, 23 novembre, dans le monastère de Vinhedo où devait avoir lieu la rencontre. Celui-ci est en bordure de la ville dans un espace de verdure très agréable avec des bâtiments divers répartis sur l’ensemble du domaine.

L’accueil est chaleureux et au moment du déjeuner, je retrouve déjà quelques visages connus, rencontrés à Rome ou ailleurs. La rencontre doit commencer par les vêpres. Celles-ci sont un peu développées avec l’hymne nationale à la Vierge d’Aparecida, patrone du pays, et une longue litanie à saint Benoît. Le dîner nous permet de nous rencontrer plus personnellement. Je croise sœur Teresa Paula du monastère d’Encontro, fondation de Béthanie, en Belgique. Elle est d’origine portugaise mais parle un impeccable français ayant été Prieure générale de la congrégation de la Reine des apôtres. Elle a vécu en divers lieux et finalement au Brésil depuis 1979. J’aurai l’occasion de visiter son monastère dans la suite du séjour.

Le soir, une petite réunion d’introduction nous permet de mieux nous situer. La secrétaire de la CIMBRA présente un travail à partir des archives de cette association pour évoquer les cinquante années passées depuis la naissance de la CIMBRA, puis nous nous retirons pour la nuit.

 

Vendredi 24 novembre

Les laudes sont célébrées à 6 h 30 ; elles sont suivies de la messe présidée par dom Edmilson Amador Caetano, ancien abbé cistercien devenu évêque.

Après le petit-déjeuner, nous nous réunissons en assemblée plénière pour entendre une conférence de cet évêque. Son expérience de moine, d’abbé, de président de la CIMBRA et d’évêque lui donne un regard très large sur l’expérience acquise depuis la fondation de la CIMBRA. Il insiste sur le fait de prendre en compte les évolutions des mentalités dans la société moderne afin de faire évoluer nos structures monastiques. Il voit dans la CIMBRA un fruit du concile Vatican II. Ce point est majeur pour lui. Il invite à faire la distinction entre ce qui est essentiel, ce qui est accidentel et ce qui est superficiel.

Ses constats sur la situation actuelle des monastères sont très ouverts et bien utiles pour les communautés. Il resterait à préciser les moyens à mettre en œuvre pour aider les communautés à s’adapter sans perdre leur identité.

Dans la deuxième partie de la matinée a lieu une table ronde avec quatre témoins qui entretiennent un lien différent avec la CIMBRA : une sœur d’origine européenne (celle d’Encontro, justement), un jeune moine trappiste qui a suivi plusieurs sessions de formation de la CIMBRA ; une sœur de Tutzing dont le long parcours personnel a entretenu de nombreux contacts avec la CIMBRA, et finalement, le prieur du monastère de Vinhedo.

 

CarteBresilSamedi 25 novembre

La messe est présidée par le président de la congrégation brésilienne, dom Filipe da Silva, qui est abbé de l’abbaye de São Bento, de Rio de Janeiro. J’aurai l’occasion de visiter sa communauté. Les réflexions de la matinée sont alimentées par une conférence de dom Bernardo Bonowitz, abbé de la Trappe de Novo Mundo et vice-Président de la CIMBRA. Son exposé est assez stimulant et fixe des objectifs aussi concrets que spirituels pour les années à venir.

Après cela, ont lieu des ateliers sur des pistes de travail possibles pour l’avenir de la CIMBRA. Les propositions sont nombreuses. Mais les participants demandent surtout de la continuité.

En début d’après-midi, la présidente de la CIMBRA, Mère Vera Lucia Parreiras Horta, donne sa propre vision. Cette abbesse du monastère de Salvador de Bahia intervient avec beaucoup de douceur et de force.

Enfin, vient le tour du Père Abbé Primat, dom Gregory Polan, qui, lui aussi, a profité du rassemblement de la CIMBRA pour se joindre au groupe des supérieurs et visiter quelques communautés. Son exposé porte sur les vocations dans le milieu monastique. Il cherche à redynamiser les communautés et à faire en sorte qu’elles se rendent attractives. Il propose des rencontres communautaires par petits groupes sur des sujets de la vie commune ou plus profondément sur l’expérience spirituelle de chacun. Il dit que cela a été un bienfait considérable dans sa propre communauté.

Le soir, nous sommes invités aux premières vêpres du Christ-Roi dans la communauté de Vinhedo. Nous entrons solennellement en procession et à l’entrée dans l’église, outre les grandes orgues qui se déchaînent, une belle chorale s’est jointe aux moines pour chanter l’office. La communauté est composée de vingt-cinq à trente moines. Dom Bernardo préside les vêpres. L’atmosphère est simple et enthousiaste. Nous sommes tous heureux de ce moment de prière.

Nous dînons ensuite au réfectoire de la communauté avec tous les frères. Beaucoup sont jeunes. Nous parlons très librement. Ils ont préparé de bonnes pizzas et de bons desserts. Je suis en face d’un frère qui était précédemment chirurgien-dentiste, un autre était danseur professionnel de samba, de tango et autres réjouissances brésiliennes ; un autre n’a que dix-neuf ans. À la fin du repas, il est prévu que j’aille en voiture avec le Père Abbé Primat à l’abbaye de São Geraldo, à São Paulo. Mais je n’ai pas le courage de ce parcours en voiture à cette heure tardive. Je vais rester dormir sur place et partirai le lendemain matin avec le bus commun. Le lendemain en effet, après la messe du Jubilé, je dois donner une conférence à São Geraldo.

 

Dimanche 26 novembre

Durant la nuit, je repense au contenu de ma conférence. Je n’en suis pas très content. Au réveil, vers 5 h 30, je me mets à tout réécrire. Je parviens à finir cette réécriture après les laudes et le petit-déjeuner et je saute dans le bus à 8 heures.

Messe à São Geraldo : la célébration est très solennelle présidée par le Cardinal Orani João Tempesta, archevêque de Rio de Janeiro, qui est lui aussi un ancien abbé cistercien. La communauté bénédictine de São Geraldo n’est constituée que de douze moines mais les bâtiments sont imposants avec, par ailleurs, un collège réputé de deux mille élèves. À la messe, les fidèles remplissent le grand édifice. Le chœur des moines chante en grégorien. La liturgie est très ample.

cimbraconfAprès la célébration, un verre est partagé près de la salle d’exposition où sont présentés des documents sur les cinquante dernières années du monachisme au Brésil et sur le travail de la CIMBRA. Nous nous rendons ensuite dans l’auditorium de trois cents places où s’installent tous les moines, sœurs et moniales ainsi que de nombreux oblats pour écouter la conférence que je dois donner sur l’avenir de la vie monastique.

Je propose une réflexion sur sept accents qu’il me semble important de souligner pour aujourd’hui et demain. Je m’appuie sur le travail de l’Équipe internationale de l’AIM qui a produit un document à ce sujet en proposant une relecture interne de la vie des communautés. À l’issue de la conférence, nous nous rendons enfin au réfectoire pour partager un repas de fête préparé par les services du collège.

Puis c’est le retour à Vinhedo dans l’après-midi. Après un moment de pause, nous dînons rapidement à 18 h 30 avant de partir pour l’aéroport de Campinas. Je dois me rendre en effet par avion avec le père Bernardo Bonowitz et la Mère Liliana Schiano Moriello, de Boa Vista, jusqu’à la ville de Curitiba pour rejoindre dans la nuit le monastère de Novo Mundo. Nous y arrivons vers minuit et demi et nous partons vite nous coucher pour ne pas être fatigués le lendemain.

 

Lundi 27 novembre

Je célèbre la messe avec une personne laïque à l’hôtellerie. Les frères sont extrêmement attentifs à ce que tout se passe pour le mieux. Il est rare de voir tant d’attentions dans une communauté masculine. Après le petit-déjeuner, le maître des novices me fait visiter le monastère et ses alentours.

Le cadre est tout à fait exceptionnel. Les bâtiments se trouvent au centre d’une centaine d’hectares de forêts ou de terres agricoles. L’isolement est vraiment complet et le silence est tout à fait impressionnant. Le monastère a été construit en deux étapes. La première date de la fondation en 1979. Ce sont des constructions en briques avec des galeries reliant les différents espaces. L’autre date d’il y a une dizaine d’années. Elle est d’aspect beaucoup plus moderne mais s’intègre bien dans l’ensemble. L’église est devenue trop petite car les fidèles sont nombreux au moins le dimanche. Les moines ont donc entrepris un agrandissement qui leur donnera la possibilité d’accueillir au moins deux cents fidèles environ. L’hôtellerie n’est pas très grande.

NovoMundoTout respire la simplicité, l’aération et le bon goût. Le monastère possède deux ermitages à proximité. Les revenus de la communauté sont liés en grande partie à l’exploitation agricole qui emploie deux salariés en plus des frères. Cette communauté est composée d’environ vingt-cinq membres. Ils sont en majorité jeunes. Un membre fondateur américain est encore présent, il est très âgé mais toujours vigoureux et bien présent. Le noviciat a toujours des candidats.

Je suis impressionné du climat d’écoute et de respect qui règne en ce lieu. Pour le déjeuner, un repas de fête a été préparé dans la partie extérieure sous forme de pique-nique. Les discussions vont bon train et vers la fin du repas, plusieurs groupes nous offrent quelques chansons ou autres attractions.

Il y a dans l’après-midi une rencontre avec la communauté. Je parle un peu de l’AIM, donne quelques aperçus de la situation en Europe. Les questions sont variées. Mais ce qui touche le plus sont les exemples concrets et la part de témoignage.

 

Mardi 28 novembre

Dès le matin après les laudes, la messe et le petit-déjeuner, nous nous rendons au monastère de l’Encontro. À mon arrivée, la communauté composée d’une douzaine de sœurs m’accueille chaleureusement. Ce monastère a été fondé par la communauté de Béthanie (Loppem, Belgique). Toutes les sœurs parlent français, ce qui me facilite bien la vie.

EncontrocteJe suis heureusement surpris par la grande liberté des sœurs et leur joie de vivre. Après m’être installé à l’hôtellerie, je visite le monastère avec Mère Prieure. L’architecture est remarquable. Les bâtiments respirent. Cláudio Pastro, cet artiste brésilien bien connu, est intervenu dans l’aménagement de ce lieu qu’il affectionnait particulièrement. Les représentations de La Rencontre, c’est-à-dire de la Présentation de Jésus au temple – mystère sous le patronage duquel le monastère se trouve – sont omniprésentes. La prieure me dit que pour vivre heureux dans un monastère, il faut de l’espace pour ne pas se « tamponner » en permanence. De ce point de vue, l’Encontro est très réussi.

Le déjeuner est pris en commun au réfectoire des sœurs. La cuisine est excellente comme c’est souvent le cas au Brésil.

Dans l’après-midi, nous nous retrouvons pour une rencontre avec la communauté. Elle me demande de redonner la conférence que j’ai faite deux jours auparavant. En fait, je ne développe pas tout et j’essaie de leur faire faire des travaux pratiques sur l’un des thèmes  : « La communauté ». L’atmosphère est bonne et plusieurs sœurs manifestent leur intérêt pour une approche aussi reliée à la vie de tous les jours.

Les vêpres et le dîner précèdent un temps de « récréation » avec la communauté. Les sœurs sont curieuses de tout. C’est un bonheur de les voir aussi naturelles et aussi vivantes.

 

Mercredi 29 novembre

La messe est célébrée à 6 heures précédée des laudes. Après le petit-déjeuner, les sœurs se rassemblent pour les adieux. C’est là une communauté vraiment fraternelle. Depuis la sœur Marie-Chantal du haut de ses quatre-vingt-dix-neuf ans, qui ne cesse de manifester un enthousiasme d’une vitalité incroyable, jusqu’à la petite dernière qui débute son postulat avec beaucoup de détermination et de questionnement mélangés. Nous nous disons au revoir avec effusion, à la brésilienne. L’avion part à 10 h 40, les routes sont un peu encombrées, nous filons vers l’aéroport : c’est sœur Maria-Paula qui conduit. C’est une ancienne du Studium de Vanves. Nous nous étions donc déjà rencontrés en France.

SBRioJaneiroL’avion se pose à Rio sans difficulté. Le Père Matias Fonseca de Medeiros, de l’abbaye de São Bento, m’accueille à l’aéroport. Nous nous dirigeons vers son monastère. C’est une véritable forteresse du 17e siècle en bordure de la mer.

L’abbaye est très visitée par les touristes. Il y a là trois cents salariés. D’un côté, le bruit de la ville est omniprésent. De l’autre, c’est la mer avec une base marine impressionnante. Un peu plus loin, on voit et on entend les avions se poser sur la piste du plus petit aéroport de Rio. Après le repas et un temps de repos, le père Matias me fait visiter les bâtiments. Tout est impressionnant. L’église baroque comporte des boiseries sculptées et dorées qui s’entrelacent sur les murs.

Après cela, j’ai un moment pour me reposer avant l’office de vêpres qui est chanté entièrement en latin. La communauté est composée d’une trentaine de moines dont un certain nombre sont assez jeunes. Le Père Abbé, dom Filipe da Silva, est un homme paisible ; le rythme liturgique de la communauté est très recueilli. J’ai revu l’ancien Père Abbé, dom José Palmeiro Mendes, que je connaissais pour l’avoir rencontré aux Congrès des abbés, à Rome, et à l’abbaye de la Source (Paris) où il séjournait lors de ses passages en France.

Le dîner suit les vêpres dans le réfectoire aux belles proportions. Le menu est varié et de très bonne qualité. La lecture de table est celle du livre du cardinal Sarah sur le silence. Après le repas, nous nous réunissons en salle de communauté pour un temps d’échange sur l’AIM. Les questions vont dans tous les sens et je suis même obligé de donner un état du monachisme en Europe de l’Ouest. Nous parlons du Viêt-Nam, de l’Inde, de l’Afrique et de beaucoup d’autres choses. Puis, nous célébrons complies suivies d’une grande procession litanique à la Sainte-Vierge avec une station finale devant la statue de l’Immaculée Conception.

 

Jeudi 30 novembre

En cette fête de saint André, le père Matias célèbre son jubilé d’or de profession. La messe est présidée par le Cardinal-Archévêque de Rio, Mgr Orani Tempesta, OCist, et concélébrée par deux de ses évêques auxiliaires ; l’ancien abbé de São José do Rio Pardo, dom Paulo Celso Demartini, OCist, ainsi que le prieur de Santa Rosa, dom Cristiano Collart, en plus du P. Abbé Filipe et des moines du lieu. C’est l’occasion pour moi de témoigner au père Matias de ma profonde fraternité et de le remercier pour sa collaboration au bulletin de l’AIM en langue portugaise.

RioCrecheAprès le petit-déjeuner, la supérieure d’une communauté de Tutzing vient pour me conduire dans une favela au cœur de laquelle se trouve un crèche-école soutenue par sa communauté.

La montée dans la favela nous fait pénétrer dans une atmosphère bien particulière. Elle est composée de quelques 80 000 habitants, mais c’est la plus calme des favelas de Rio. La visite de la crèche m’aide à percevoir le travail des sœurs en relation avec des laïcs. C’est vraiment
impressionnant. J’aurais envie d’y passer au moins la journée mais cela ne sera pas possible. Nous sommes obligés de partir au bout de deux heures ; je reste imprégné de ce que j’ai reçu en ce lieu. Nous rejoignons ensuite la maison où vivent les sœurs de la communauté de Tutzing qui ont la responsabilité d’une école de trois cents élèves.

Je partage le déjeuner avec les sœurs. Elles sont environ une dizaine. Après le repas, nous visitons le collège. Les sœurs veulent faire une demande d’aide à l’AIM pour différents aménagements. Nous en discutons longuement. En fin d’après-midi, c’est le retour vers l’abbaye de São Bento.

 

Vendredi 1er décembre

Après les laudes, la messe et le petit-déjeuner, il est temps de se préparer pour reprendre l’avion, cette fois à destination de Salvador da Bahia. Arrivé là-bas vers 12 heures, je suis attendu par deux frères de l’archi-abbaye de São Bento. Ce monastère située en plein cœur du centre historique de la ville regroupe une trentaine de moines. C’est une bâtisse imposante qui s’élève au milieu de quartiers pauvres. La visite des bâtiments dans l’après-midi m’impressionne. Le couloir des cellules s’étend sur quatre-vingt-dix-huit mètres de long. On retrouve un tel couloir sur les trois étages du monastère. Une partie est réservée à l’hôtellerie, une autre à l’administration et une autre au logement des moines. Un certain nombre de pièces servent au stockage ou sont inoccupées. Par ailleurs, un collège est lié au monastère.

SBSBahiaC’est aussi un lieu touristique avec une belle bibliothèque ouverte au public. De ce fait, les employés sont nombreux.

Je participe aux vêpres dans l’église très dépouillée bien que de style classique. Rien à voir avec l’église de São Bento de Rio. Je partage ensuite le repas avec la communauté. C’est un repas de fête en l’honneur de ma visite : nappes blanches sur les tables, vin et plats variés. Le tout dans une atmosphère très fraternelle. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’Archiabbé, dom Emanuel d’Able do Amaral, à bien des reprises durant le Congrès des abbés, à Rome, alors même qu’il était aussi Président de la congrégation brésilienne. C’est un homme simple et d’abord facile avec qui il est possible de parler en vérité. Il m’invite chaleureusement à revenir au monastère passer au moins une semaine.

Après le dîner, nous nous rendons à l’autre bout de la ville pour rejoindre le monastère des moniales où je dois rester deux jours. Là aussi, accueil chaleureux.

 

Samedi 2 décembre

Cette nouvelle journée va être chargée. Après les laudes et le petit-déjeuner, Mère Vera Lucia Parreiras Horta, l’abbesse du lieu, veut me faire visiter l’école de danse que les sœurs ont monté pour les enfants pauvres du quartier. Le monastère se trouve en effet en bordure d’une favela où sévit la violence comme dans beaucoup d’autres. L’activité de danse proposée par les sœurs permet à des jeunes garçons et filles de se restructurer tant physiquement que mentalement. J’ai droit à un beau spectacle où différents groupes de jeunes donnent de belles prestations de danse classique.

SalvadorDanseAprès quoi, Mère Abbesse me présente le cours de catéchèse. Les enfants ont préparé une présentation du Mystère de Noël. Les parents sont là aussi. Les contacts sont simples et, visiblement, ce point de rendez-vous pour les familles apporte beaucoup de réconfort. Je salue chaque enfant et nous repartons bien vite car je dois retrouver à 10 h 30 Marie, une amie de ma région natale, qui a passé toute sa vie au Brésil dans un engagement radical au cœur des quartiers les plus pauvres comme médecin et comme animatrice sociale et pastorale. Elle a notamment développé une pédagogie avec un théâtre de marionnettes.

La route est longue jusqu’à la favela où elle a sa maison. Nous passons dans toutes sortes de quartiers à propos desquels Marie a bien des histoires à raconter. Je suis admiratif de cette capacité pour une européenne comme elle (qui a d’ailleurs gardé un magnifique accent limousin !) d’avoir adopté à ce point une autre culture dans ce qu’elle a de plus profondément populaire. Nous arrivons enfin. Marie habite dans une rue très étroite, bien sûr en pente. La voiture doit faire des prouesses pour trouver à se garer sans trop de danger.

Nous entrons dans la maison. Elle est aménagée de manière très originale, très dépouillée pour s’intégrer dans le quartier mais avec le meilleur goût possible. Il y a même un petit jardin au fond duquel se trouve comme un ermitage où je pourrai me reposer un peu.

Nous discutons beaucoup sur la vie dans cette favela, sur le travail avec les enfants, sur les réactions de charité qui restent les meilleurs témoignages dans la relation humaine au cœur même de la plus grande misère. Marie est venue au Brésil à l’appel de Dom Hélder Câmara ; elle devait y rester deux ans, elle y est demeurée toute sa vie.

De retour au monastère, je concélèbre une eucharistie à la mémoire d’un prêtre brésilien très estimé dans le diocèse pour son engagement artistique, pastoral et social. La messe est présidée par l’évêque auxiliaire du diocèse de Bahia ; plusieurs prêtres concélèbrent. Une nombreuse assistance est présente et très participante.

Puis ce sont les premières vêpres du premier dimanche de l’Avent. Ouvrir l’Avent au Brésil n’est pas chose banale. Je suis très heureux de cette nouvelle résonance spirituelle. Le soir, je partage un dîner festif avec les sœurs dans leur réfectoire.

 

Dimanche 3 décembre

En ce jour, je dois concélébrer la messe dominicale avec un moine de São Bento. Malheureusement, il a du retard. On craint qu’il ne puisse arriver. Il est totalement bloqué dans des embouteillages. Mère Abbesse me demande si je peux au moins commencer voire célébrer entièrement la messe en français avec traduction. Finalement, il arrive un peu plus tard. Cependant l’expérience de cette messe franco-portugaise avec traduction simultanée par une femme, en l’occurrence Mère Abbesse, m’a laissé entrevoir une tout autre approche du ministère : plus partagé au niveau liturgique, plus complice, plus naturel.

ItapecericaImmédiatement après la célébration, nous partons pour la ville d’Itapecerica da Serra où l’on trouve tout proche, un monastère de moniales, Nossa Senhora da Paz. Les sœurs sont au nombre d’une trentaine. Elles portent un habit gris avec un long voile très soigné.

C’est une fondation de l’abbaye de Santa-Maria (São Paulo). Bien vite nous nous rendons au chapitre pour une rencontre avec la communauté. L’entrée dans la salle est très impressionnante, tellement les sœurs sont rangées en bon ordre de part et d’autre. Un dialogue s’ouvre dans une atmosphère extrêmement fraternelle avec des questions et des témoignages en tous genres. Beau moment de communion dans la vérité ! Nous nous rendons ensuite aux vêpres. Celles-ci sont célébrées selon le schéma B de l’office bénédictin avec, pour une partie au moins, quelques chants de l’antiphonaire monastique récemment édité.

Les vêpres sont suivies d’un repas très solennel avec nappes blanches et service impeccable par trois moniales. Ce qui me frappe le plus dans ce monastère d’Itapecerica, c’est l’amour du détail soigné. Tout est parfaitement en place tant sur le fond que sur la forme.

 

Lundi 4 décembre

La matinée se passe en visite du monastère. La conception architecturale et l’aménagement sont parfaits. Il faut dire que cette communauté a eu la chance d’avoir pour ami puis comme oblat le grand artiste brésilien Cláudio Pastro[1] dont les œuvres sont omniprésentes dans le monastère et qui a donné son conseil pour tous les aménagements. Il est mort maintenant et son corps repose près de l’église des sœurs. Il possédait durant les dix dernières années de sa vie une maison proche du monastère dans laquelle il vivait : elle ressemble a un petit couvent merveilleusement conçu.

Durant la visite à l’intérieur de la clôture, toutes les sœurs sont présentes. Vraiment le climat de fraternité est impressionnant. Les adieux sont en conséquence.

StaMariaSPauloIl est temps de repartir en fin de matinée pour aller déjeuner et passer un moment chez les sœurs de Santa Maria, le premier monastère de moniales du Brésil au 20e siècle. Elles étaient implantées à l’origine au cœur de la ville de São Paulo mais elles ont déménagé et se trouvent maintenant dans un lieu plus retiré. Le monastère est construit en béton selon une conception très moderne. L’architecte est le même que celui du prieuré de Vinhedo.

À notre arrivée, la communauté se rassemble avec Mère Escolástica Ottoni de Mattos, abbesse depuis quelques années. Elle a fait ses études à Paris et a logé dans le studium de Vanves financé par l’AIM. Nous nous étions déjà rencontrés et les retrouvailles sont très joyeuses. Mère Escolástica a vraiment donné un nouveau souffle à cette communauté qui souffrait de vieillissement et d’un manque de dynamisme. Depuis, des jeunes ont rejoint la communauté.

Nous déjeunons au réfectoire en silence. Mère Escolástica a choisi une musique de table : ce sont les concertos pour hautbois d’Albinoni. Ce choix ne pouvait mieux tomber pour me faire plaisir car je les affectionne particulièrement. Le fait de les entendre dans ce cadre me remplit de bonheur. Le repas est très bien préparé avec qualité et simplicité.

Après quoi, nous visitons rapidement les lieux dont la grande bibliothèque très bien tenu dans un bâtiment tout à fait adapté avec des tables de consultation qui donnent sur la nature grâce à de grandes baies vitrées.

Nous allons au chapitre pour une rencontre avec la communauté. Je demande aux sœurs que quelques-unes racontent leur vocation : cela donne une vue originale et stimulante sur la vie des communautés au Brésil avec des situations très variées. Nous pourrions rester longtemps dans un tel échange. Mais l’heure tourne. Mère Abbesse veut me montrer les ateliers de leurs produits monastiques (chocolats, liqueurs…), puis nous rejoignons l’aéroport, chargés de présents. Il ne me restera plus qu’à revenir pour prendre la mesure d’autres dimensions de ce vaste pays.

À l’issue de cette première visite, ce qui me marque le plus, c’est le fait qu’un grand nombre de communautés monastiques au Brésil ont été fondées il y a plusieurs siècles. De ce fait, chacune de celles-ci a le devoir de faire vivre et de transmettre un patrimoine matériel et spirituel relativement important. C’est un aspect qui rend plus abondant et plus riche leur héritage mais qui par ailleurs alourdit leur marche et leur capacité de renouveau dans une société en constante mutation. Les communautés de l’hémisphère Nord connaissent cela également d’une manière plus sévère encore et en subissent de lourdes conséquences. Au Brésil, il y a bien sûr davantage de jeunesse et d’autres réalités monastiques avec quelques communautés nouvelles dont certaines sont dans un beau dynamisme, mais ce n’est pas la règle générale. L’Europe et l’Amérique du Nord sont certes dans des difficultés de renouvellement plus lourdes, mais le Brésil avance vers le même genre de situation avec la progression de la sécularisation, la priorité de l’économique et le succès des courants évangéliques. Il y aurait sûrement avantage à creuser les bases d’initiatives nouvelles pour donner une impulsion très adaptée au mouvement monastique dans ce monde nouveau.

 

[1]  Cf. Bulletin de l’AIM n° 112, 2017, pp. 67-72.

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