BECAN FORMATORS INSTITUTE (BFI)

Au monastère bénédictin Reine de la Paix - Ozubulu, Nigeria

4 novembre - 4 décembre 2012

 

Le BECAN est une structure commune aux Bénédictins et aux Cisterciens du Nigeria. On en trouvera une description dans le livre du cinquantenaire de l’AIM ou sur le site de l’AIM. A l’intérieur du BECAN, il existe un Institut de formation pour les formateurs, le BFI (Becan Formators Institute). La dernière session a eu lieu en septembre 2012. Plusieurs participants en donnent un écho dans cet article et montre ainsi comment un réseau monastique peut fonctionner sur un point particulier dans une région du continent africain. D’autres exemples de structures similaires auraient été possibles.

 

Par frère Peter Eghwrudjakpor, osb

La session des formateurs du BECAN Institute (BFI) a généralement lieu tous les cinq ans. En cette année 2012, c’était la quatrième édition. Le premier BFI s’est déroulé en 1997, le deuxième en 2002 et le troisième en 2007. On peut dire assurément qu'il a évolué à bien des égards, de gloire en gloire.

Cette année, il y avait quarante-cinq participants, vingt-huit femmes et dix-sept hommes de dix-neuf communautés. Les seize monastères appartenant à l’association des bénédictins et des cisterciens du Nigeria étaient représentés. De plus, il y avait des délégués de trois autres communautés : une religieuse bénédictine de la communauté d’Elukwatini pour l'union des communautés bénédictines de l'Afrique australe (BECOSA), un moine de Notre-Dame de Bamenda, monastère cistercien au Cameroun, et deux religieuses de Poor Clare Monastery à Ljebu-Ode dans l'ouest du Nigeria. C'était la première fois qu’une communauté ne suivant pas la Règle de saint Benoît était autorisée à participer à la BFI. La richesse de la diversité des traditions et des cultures fut un gain pour cette session et eut un énorme succès.

BECAN3Pour ce temps de formation, il y avait cinq intervenants : le père Joseph Nwosa, le père Mark Butlin, osb, le frère Colman Ó Clabaigh, osb, la sœur Phippa Manweller, OCist, et la sœur M. Jane Aririguzo, IHM. Les sujets qu'ils ont abordés étaient très variés, dont une enquête sur le mouvement monastique au cours des siècles, la formation, la direction spirituelle et le discernement, la prière et la conversion, des thèmes tirés des Pères cisterciens, certaines questions spécifiques et des éléments canoniques sur la vie religieuse entre autres.

Dans le contexte de la société nigériane contemporaine, cet institut monastique a été et reste très important, vital même. Il est évident que la formation doit être prise très au sérieux au Nigeria actuellement. Notre société est fortement influencée par le néo-paganisme et la religion dominante est centrée sur « le miracle du Sang de Jésus », issu du pentecôtisme fondamentaliste. Les autres grands domaines qui entretiennent la confusion dans notre société ont trait au syncrétisme, à la pauvreté et à la corruption, ainsi qu’à l'assaut des technologies modernes et de la communication que nous partageons avec de nombreuses parties du monde.

Outre les présentations sous forme magistrale, les participants ont eu l'occasion de partager leurs expériences personnelles et d’échanger des idées sur des questions touchant en particulier à la formation, au cœur des réalités complexes du Nigeria contemporain.

Les participants furent en général heureux et reconnaissants de ce qu'ils ont reçu de cette session. La majorité d'entre eux étaient nouveaux dans le travail de formation, avec très peu ou pas d'expérience. Par conséquent, cette session peut être considérée comme très opportune, un don de Dieu. La plupart des participants ont vu cette session comme une occasion favorable à l'acquisition de compétences, avec les outils nécessaires pour une croissance personnelle et un développement autonome. Au final, il y a été aussi beaucoup question de renouveau spirituel, ce fut là un apport majeur de la session.

Une grande part de ce qui a été présenté et le style dans lequel cela a été fait ont été éclairants et stimulants pour l’engagement, plusieurs en ont témoigné. De ce fait, l’Institut porte bien son nom : « Formation des formateurs ».

Aujourd'hui, le monachisme au Nigeria est confronté à d'énormes défis, et plusieurs monastères sont passés par le creuset. Une grande partie de nos problèmes ne sont pas sans lien avec la formation. Une part des fruits espérés de cet atelier est que les participants acquièrent une aide à titre personnel, et soient mieux équipés pour être plus efficaces dans la tâche de formation, avec de plus grandes capacités à faire face aux défis engendrés par les sociétés contemporaines.

En résumé, on pourrait énumérer certains domaines qui ont été particulièrement utiles dans ce BFI. Il s'agit notamment :

a. d’un contexte propice à la réflexion, à l’acquisition de connaissances et au partage,

b. d’un contenu enrichissant,

c. d’une mise en commun consistante pour l'acquisition de compétences et d’outils utiles pour la formation,

d. d’un mélange de cultures et de traditions diverses,

e. d’un sens de l'unité, de la communion, dans une même famille/une même communauté en dépit des différences.

Le résultat final a été un bouquet de diverses formes de beauté. Les participants ont eu une liturgie commune, les repas en commun, des loisirs tous ensemble, et les tâches ont été assumées à tour de rôle. Les participants se sont sentis également renforcés dans leur cheminement personnel et dans leur engagement monastique après avoir visité d'autres monastères et des centres spirituels pendant les week-ends.

Au terme, l'atmosphère était remplie de joie et du désir de partager ce qui avait été acquis. Chacun souhaitait mettre en œuvre ce qu’il avait reçu durant les enseignements.

Comme par le passé, tous les présents ont unanimement exprimé leur gratitude pour l'AIM, pour son parrainage de la session 2012 des formateurs monastiques du BECAN Institute.

 

Par sœur Cecilia Ekwunife, osb,

Nous avons été grandement et profondément enrichis par cet atelier à travers les cinq témoins qui ont traité les sujets suivants :

F. Joseph Nwosa sur l’accompagnement et la direction spirituels. Il a commencé par une référence aux différents types de candidats qui se présentent à nos portes. Il nous a parlé du discernement des vocations – des étapes initiales, intermédiaires et finales dans le discernement. Il nous a éclairé sur trois éléments qui peuvent se présenter dans la formation : la conformité, l'identification et l'intériorisation. Il a souligné et approfondit l'importance de la maturité affective des candidats. Il a traité les quatre domaines de la formation : humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale, ainsi que leurs fondements anthropologiques, théologiques et pédagogiques. Le point culminant de son enseignement a été le thème de la formation comme transformation. Pour ce qui est de la direction spirituelle, il a analysé son origine et son but, ainsi que les blocages possibles. Il a également abordé la question du conseil (coach) et de la psychothérapie.

BECAN2F. Mark Butlin, osb, a traité du sens de la conversion et de la façon de vivre au sein de la communauté monastique, un appel à une spiritualité de communion en profondeur. Il a insisté sur la nécessité de la réflexion dans notre vie monastique, de la rencontre avec Dieu, et de la vertu du principe de réalité. Ceci a conduit à l'enseignement de l'expérience de conversion, de l'expérience du chemin monastique, il y a eu un groupe de travail sur la définition de la conversion avec une très profonde richesse de vocabulaire sur ce thème. P. Mark a également présenté la conversion et le baptême comme un point de départ dans le processus de changement et de croissance en rapport avec les signes de croissance et de changement dans le processus de conversion. Il a parlé aussi de l'objet et du but de la conversion ainsi que de ses agents : Jésus, le Saint-Esprit, la Parole de Dieu, la gratitude et la Sainte Eucharistie. Il a mentionné quelques-uns des éléments du sacrement de la réconciliation. Il a approfondi avec nous une spiritualité de communion en profondeur et il nous a présenté un style de lectio divina, la lectio divina comme une expérience vécue.

Le frère Colman Ó Clabaigh, osb, nous a permis de revoir le déploiement du monachisme et de sa profusion depuis sa naissance jusqu’à nos jours : la vie des Esséniens et des «Thérapeutes» ; saint Antoine d'Égypte, saint Pacôme, les Pères et les Mères du désert, saint Basile et le monachisme cappadocien, Jean Cassien, les écoles monastiques du monde méditerranéen, saint Benoît de Nursie, saint Benoît d’Aniane et sa réforme, le monastère de Cluny et sa réforme, l'émergence de groupes érémitiques, les chanoines augustins, les ordres militaires, les camaldules, les chartreux, les ermites et les anachorètes, la tradition cistercienne, les frères, les dominicains, les carmes, les femmes et le monachisme, la réforme des monastères de femmes ; la décadence et le déclin du monachisme médiéval, les mouvements de réforme monastique. La réforme catholique, le concile de Trente, les jésuites, la congrégation bénédictine anglaise, les attaques hostiles de l'église (la Révolution américaine et la Révolution française). Différentes réformes du 19e siècle ; enfin, le monachisme au Nigeria.

Sœur M.-Philippa Manweiler a assuré la conclusion d’ensemble et a été en mesure de relier tous les thèmes des intervenants de la session. Elle a commencé par quelques événements de l'histoire de l'Église, et cela en relation avec la Règle de saint Benoît. Elle a aussi approfondi le processus de conversion propre à la vie monastique, et les défis de communion dans la vie quotidienne. Elle a ouvert le propos des quatre Pères cisterciens : saint Bernard, Guillaume de Saint-Thierry, Guerric d'Igny et Aelred de Rievaulx (sa règle pour la vie recluse). Elle l’a finalement centré sur le thème de l'Avent et de l'Incarnation.

Enfin, un canoniste de l'Institut catholique de l'Afrique occidentale, sœur M.-Jane Aririguzo, IHM, a animé la dernière réunion. Voici quelques-uns des sujets de son intervention : l’acte canonique de la consécration religieuse selon Vatican II, les effets juridiques de la vie consacrée, le sens de la consécration religieuse, la relation entre la consécration baptismale et à la vie consacrée, et enfin, les implications théologiques de notre consécration religieuse.

 

Par le frère Cyril M. Osamade, ocso

Ce séminaire annuel des formateurs est tout à fait exceptionnel, il a été une révélation pour moi personnellement en tant que membre de la session. C’était la première fois que je participais à ce séminaire du Becan Institute qui a lieu une fois tous les cinq ans. Nous avons eu des sujets intéressants sur la formation des candidats. Ce fut un privilège de partager avec des hommes et des femmes qui ont une expérience de la vie monastique /religieuse depuis de nombreuses années et qui sont intervenus abondamment à partir de la richesse de leur expérience vécue. Ce qui suit sont les fruits récoltés durant ce séminaire pour les formateurs monastiques :

La formation : Diverses questions sur la formation actuelle des candidats ont été partagées, le thème dominant de la session était : « Quel type de formation donnons-nous à nos candidats aujourd'hui ? » S’en suivaient alors un certain nombre de points d’attention pour une formation ajustée des candidats :

1. notre formation devrait être centrée sur le Christ.

2. Nous devons former avec l’exemple de nos vies ; nous devons marcher tout au long du chemin avec ceux qui sont en formation, et nous efforcer d'enseigner à partir de notre vie, parce que «Une bonne vie est la meilleure des religions ».

3. Nous devons enseigner la vraie doctrine de l'Église.

4. Suivre la valeur évangélique.

5. Donner une notion correcte de la vocation.

6. Aider les candidats à se développer dans la connaissance de soi.

7. Reconnaître la place des personnes à former dans le processus de formation, etc.

Il peut y avoir une tension pour une formation adressée à tous : cela devrait conduire les candidats à une « relation personnelle avec Dieu ». C'est toute la personne qui est l’objet de la formation. Parmi les trois types de savoir « conformité, identification et intériorisation », la dernière est celle qui doit être cultivée dans la formation des candidats, car elle permet à ceux qui se forment, d’intégrer et d’intérioriser les valeurs à recevoir et de les vivre dans leurs relations avec les membres de la communauté. En outre, les formateurs doivent être bien instruits dans les domaines de la formation humaine, car on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas : Dat quod nemo non habet.

BECAN1L’expérience : il s’agissait de l'expérience vécue et partagée. On nous a dit de monter la garde sur la « réalité visuelle » qui est basée sur ce qui est vu et observé plutôt que sur des simples idéologies de la vie. La réalité visuelle n'est ni réelle ni vraie. Nous devons découvrir les réalités de la vie. De ce fait, la spiritualité de la conversion est la clé de l'expérience monastique. Thomas Merton avait raison quand il a dit : « Quand nous nous arrêtons et réfléchissons, nous arrivons à toucher la réalité de la vie ». Nous avons besoin de nous arrêter et de réfléchir afin d’agir correctement et raisonnablement. La perspective de saint Benoît sur  la conversatio morum est en rapport avec l’expérience de la vie quotidienne, c'est le centre de nos vœux monastiques, et il est à la fois la fin et le but de notre voyage monastique. Cette conversatio, cette conversion nous rend de plus en plus proche de la personne du Christ. Selon ce qui a été dit durant la session : « La tâche principale du monachisme est de s’appuyer sur l'expérience ». La vie chrétienne et la vie monastique sont toutes deux un « voyage » ; c’est une perspective dynamique et non statique. La conversion est un processus, il s’agit d'un lâcher-prise, d’une metanoia – c’est-à-dire un engagement radical et continu à l’égard de Dieu et ce qui est bon.

L’histoire monastique : A ce sujet, quelques sujets ont été abordés comme un éclairage sur notre grande tradition. Une question fondamentale a été posée : pourquoi étudier l’histoire monastique ? C’est travailler à la communion des saints que de connaître nos racines, d’approfondir nos connaissances, de connaître notre patrimoine/matrimoine, nos fondateurs et de regarder vers l’avenir en apprenant du passé. En résumé, nous apprenons dans le but de nous identifier avec notre tradition. Tradition vient du mot latin traditio qui signifie la remise de ce que nous avons appris nous-mêmes. L’intervenant nous a aidé à retracer l'histoire monastique de l'Egypte à Ozubulu, ce lieu où nous étions accueillis cette année pour le séminaire des formateurs. Il a parlé longuement sur la vie ascétique, sur l’idée de renoncement issu des ascètes. Selon lui, les premiers exemples de l’ascèse chrétienne se trouvent chez des femmes, des veuves et des vierges, cf. Actes 9, 36-41. Il a affirmé qu’un grand nombre de chrétiens a adopté la vie ascétique comme un moyen de suivre le Christ de plus près.

En conclusion, nous avons eu le privilège de terminer avec un canoniste des CIWA (Instituts catholiques d'Afrique de l'Ouest). Elle a partagé une intervention sur : « La valeur de la consécration religieuse selon le Concile Vatican II ». Elle a souligné en conclusion que la vie consacrée à Dieu implique toute la personne et que cet acte de consécration marque un changement profond de la personne. Ce changement est ontologique. Notre vie est une consécration totale à Dieu parce qu’il implique un abandon total de soi à Dieu. Elle a montré que le Canon 573 du nouveau code, dit que, la consécration actualisée par la profession des conseils évangéliques, est identifiée à un don total à Dieu. Par cette consécration nouvelle et particulière, même si elle n'est pas sacramentelle, les personnes consacrées font leur la manière de vivre pratiquée par le Christ chaste, pauvre et obéissant, en l’imitant. Ainsi ils constituent une partie de la sainteté de l'Église.

 

Par le frère Michael Asogwa, osb

La tâche de la formation (P. Joseph M. Nwosah)

Il est assez difficile de parler clairement et de manière précise du cheminement du candidat à la vie monastique, sans une connaissance préliminaire du développement de la personne. Fr. Joseph M. Nwosah, le directeur du Centre de Formation Nazareth, à Isiagu, dans le diocèse d’Awka, a ouvert le séminaire du BECAN cette année avec des discussions sur le développement humain, l'accompagnement spirituel et le discernement vocationnel. Il estime que « c'est toute la personne qui doit être formée », la personne humaine dans sa totalité. La formation, comme la transformation, doit se préoccuper avant tout de former le « cœur », qui est le siège aussi bien de toutes les activités humaines que de la non-activité. La première place est donnée à la « prière du cœur », comme outil principal de formation. De cette manière, le Saint-Esprit peut devenir le formateur principal. Le formateur humain étant un agent indispensable est aussi nécessaire en raison de l'économie de l'Incarnation. Dans ce contexte, le discernement des vocations devient un regard d’ensemble priant sur la réponse aux appels de l’Esprit Saint dans la durée, de la part de ceux qui sont formés.

« Une personne est une unité dans sa complexité. Il y a donc interaction entre les différents aspects de la personne humaine. La formation intégrale est le seul choix possible, à savoir la formation de tous les aspects de la personne humaine, corps, esprit et sentiments, mûs par l’Esprit de Dieu qui habite en nous. Le Père Joseph encourage les formateurs à cibler la croissance de la maturité affective des candidats. Il pense qu’une personne qui devient ce qu’elle est appelé à être vaut mieux qu’une personne qui ne sait pas ce qu’elle est appelé à être. Le but d’un formateur est la croissance intégrale du candidat. Les rencontres entre les personnes en formation et les formateurs sont des rencontres remplies de grâce. Les formateurs ont besoin de se percevoir avant tout comme des « facilitateurs de croissance ». Le P. Joseph préfère ce terme à celui de « directeur spirituel ».

Sur la relation entre le formateur et la communauté, le père Nwosa affirme que cela est une aide lorsque les formateurs peuvent donner un rapport à la communauté touchant à la progression des candidats sur la base des efforts et des difficultés et ce que l’on a fait au sujet de ces difficultés. La relation avec les supérieurs est basée sur la communion, l’information sur les avancées, l’invitation et la relance. La formation religieuse est fondée sur la collaboration pleine et harmonieuse entre le candidat, le formateur et le Saint-Esprit. Les trois doivent travailler en harmonie. Le Père Joseph soutient que la responsabilité ne peut être déléguée, le supérieur est le premier représentant du Christ. Le candidat est le principal protagoniste dans le processus de formation, tandis que le formateur est un agent indispensable. Le protagoniste est par excellence le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est actif chez le formateur et chez le candidat. Le Père Joseph note que toute formation est une auto-formation. Il a énuméré trois éléments d'auto-formation, à savoir, la connaissance de soi, la conviction personnelle, et la formation de soi : pour cela un guide nécessaire est indispensable. La formation comme transformation implique le fait que les formateurs doivent encourager les candidats à se former eux-mêmes. Il n'est pas suffisant d’in-former, s’il n’y a pas de forme chez celui qui reçoit l’enseignement. L’intérêt personnel et la responsabilité sont très importantes car comme dit le proverbe africain : « Vous pouvez mener un cheval à l’eau mais vous ne pouvez pas le forcer à boire ». La vocation est une réponse personnelle à l’appel de Dieu : c’est une invitation et une mission de la part de Dieu seul. La formation est une partie de la réponse à l’appel. La formation doit avoir un but objectif ; elle n’est pas simplement une question de choix individuel.

Le Père Nwosa a énuméré sept points d’attention du discernement vocationnel. C'est ce qu’il a expliqué à l'aide de la théorie des demeures chez sainte Thérèse d'Avila.

– La foi est le fondement de la vie religieuse et la condition de son maintien et de sa croissance.

– La foi appelle à un engagement personnel envers le Christ vécu dans l'action.

– C’est une foi qui revitalise la personne dans son ensemble et produit un changement intérieur exprimé dans la confiance en Dieu, et conduit à une relation interpersonnelle avec Dieu.

– Les formateurs doivent être conscients qu’ils ne peuvent pas donner ce qu’ils n’ont pas ; ils sont encouragés par leur consécration religieuse à vivre ces expressions de la foi, qui sont très signifiantes pour notre temps.

– Les formateurs devraient éviter tout compromis.

– Ils devraient attendre des candidats le fait qu’ils acceptent les dimensions les plus profondes de la prière et de l’intégration d’un mode de vie lié à la vie religieuse.

– L’intégration dans la vie religieuse est avant tout un don de Dieu, mais le formateur a un rôle à jouer dans la réponse des candidats. La docilité et la sincérité sont les présupposés de base pour pouvoir être reçu au noviciat. L’assimilation et l’appropriation des valeurs sont nécessaires dans le processus d’intériorisation.

Le P. Joseph a terminé en insistant sur le fait que ces valeurs ne sont pas enseignées en classe, mais qu’elles sont reçues d'une manière naturelle.

 

Sur la conversion (Père Mark Butlin, osb)

Les formateurs ont été répartis en huit groupes de cinq et six personnes. Chaque groupe a été invité à partager quelques réflexions sur nos expériences dans les domaines suivants :

a) Que signifie pour nous la conversion dans la vie chrétienne ?

b) Écrivez une expérience de conversion dans votre vie chrétienne et dans la vie monastique.

Lorsque les groupes sont revenus pour mettre en commun leur travail, il y a eu une variété de réactions et de réflexions qui fut riche aux yeux de tous les participants. Il a été dit en grand groupe que le voyage monastique est une expérience de conversion. Ce voyage est orienté vers Dieu. C’est un processus qui consiste à s’abandonner et à mourir à soi-même, pour permettre à l’homme nouveau de grandir en Christ. La conversion est la suppression des blocages à la croissance dans le Christ. Il s’agit en vivant centré sur le Christ, d’une union totale et d’un engagement avec Dieu. La conversion est radicale, elle ne s’arrête pas. La conversion, c’est devenir une nouvelle personne, une nouvelle création qui implique la bonté. La conversion est une transformation de la vie quotidienne, en vivant notre vie de tous les jours avec une grande implication dans l’écoute de l’Esprit Saint. C’est être prêt à s’en remettre à la direction du Saint-Esprit. Il s’agit d’une transformation liée à notre vœu baptismal. La conversion entraîne la conscience et le choix, un tournant qui implique la foi et la raison.

Après l’assemblée générale où ont été partagé les expériences de conversion, le père Mark a insisté en disant que le point de départ de la conversion est ce qui nous mène à la vie éternelle. Le point de départ de la conversion est la conscience de soi. Il commence par l’amour pour Dieu : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. La foi grandit quand elle est vécue comme une expérience de l’amour reçu. La conversion est dynamique, elle n’est jamais terminée, nous sommes toujours débutants – cf. RB 73. C’est un voyage qui n’est jamais complètement fini dans cette vie. La conversion est au cœur du message chrétien, les chrétiens sont ceux qui en viennent à croire à l’amour de Dieu. Et la vie monastique est une vie d’amour, elle participe activement à l’amour de Dieu.

Sur l’expérience de la conversion, à partir de l’échange dans chaque groupe, voici ce qui a été transmis à l’ensemble par les secrétaires de chaque groupe : nous avons découvert que la conversion implique le combat spirituel pour une reddition de soi-même. Cette lutte implique un défi qui appelle une forte volonté, une grande détermination et une non moins grande persévérance. Parfois, nous sommes percutés au moment de la conversion, nous avons besoin d’un coup d'accélérateur pour bouger dans notre vie. Cela conduit à entrer dans une perspective d'humilité. La conversion est une transformation radicale qui conduit à beaucoup de changements dans la vie de la personne.

 

Partage sur les fondations monastiques (Frère Colman Ó Clabaigh, osb)

Vers la fin de son intervention Colman a demandé à chaque communauté de dire quelque chose à propos de la fondation de son monastère. Il n’était nullement évident de savoir d’emblée où nous mènerait cette histoire de nos différentes fondations monastiques. Chaque participant a passé une quinzaine de minutes à essayer de trouver la meilleure façon de présenter les valeurs humaines et spirituelles de chacun de nos groupes monastiques aux autres membres de la session. L’histoire de Saint-Benoît d’Ewu a agi comme un catalyseur, et à partir de là une atmosphère de confiance et de compréhension s’est développée dans le groupe et a permis aux autres de partager un peu de leur propre vie intérieure. Nous avons appris à donner sans crainte et à tirer le meilleur les uns des autres ; ce fut aussi le fruit de la sympathie et de l’affection mutuelle, même si chaque évaluation est propre à chaque communauté. Aucun d’entre nous n’aurait pu rendre compte de cette façon si nous n’avions pas été encouragés par les autres, grâce au soutien, au rire, à la critique et à la perspicacité.

C’était plus qu’un travail de thérapie de groupe ; nous sommes arrivés à la prise de conscience que l’évêque Okoye et le Cardinal Arinze ont joué un rôle majeur dans la fondation de la vie monastique au Nigeria. De même le partage honnête de certains de nos échecs et de nos faiblesses donnait à chacun de nous, dans nos différents styles, une nouvelle confiance pour y faire face et intégrer qu’ils font partie de la façon dont Dieu nous conduit à la plénitude. En fait, cela a renforcé la foi que Dieu est plus réel que tout sur le chemin monastique. Beaucoup de participants ont été conduit à se considérer comme une part de la tradition monastique qui nous est venue d’Egypte, d’où le titre « de l’Egypte à Ozubulu ». Nous avons tous pris conscience qu’il y a des éléments tout humains dans les fondations monastiques. Par ailleurs, le fait qu’il y ait différentes sortes de vie monastique dans l’histoire a fait grande impression sur nous. Chaque personne a pu dire une ou deux choses qui était nouvelles pour elle ; Colman a ensuite rappelé au groupe que chacun d’entre nous est chargé de transmettre la tradition. Après ce temps, il y avait un grand zèle pour dire aux autres l’histoire de nos fondations monastiques.

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