LETTRE DU MONASTÈRE SAINTE-MARIE DE BOUAKE
Décembre 2006
Très Chers Parents et amis,
Comme d’habitude, nous venons vous partager au terme de cette année, les temps forts de notre vie communautaire. C’est une fois de plus l’occasion pour nous de vous renouveler toute notre reconnaissance pour vos multiples sollicitudes.
Vous le savez fort bien, notre communauté située en zone déclarée « zone de guerre » depuis septembre 2002 vit au quotidien ce que produisent la misère et les effets de la crise socio-politique ; comme le dit un proverbe wolof : « Seul celui qui est présent peut témoigner. »
Au-delà de toutes ces grandes détresses, notre Espérance demeure grande car nous nous savons aimé de Dieu et de vous.
A- NOTRE VIE EN COMMUNAUTE
1- Le quotidien :
Les frères vivent le quotidien simplement dans leur quête du Dieu Unique et dans les services fraternels, aussi bien communautaires qu’extérieurs ; chacun en fonction de ses possibilités et des sollicitations de ceux qui viennent à lui. Malgré tout cela nous maintenons nos activitéss et notre rythme de vie. Devant tout ce que nous avons à faire, les cas de fatigue ne sont pas rares, d’où quelque fois des problèmes de santé.
2- La santé :
Les cas de paludisme ont été fréquents, parfois même accompagnés de fièvre typhoïde qui ont nécessité plusieurs petites hospitalisations. Nous avons un médecin qui passe une fois par quinzaine pour examiner les frères qui sont dans les besoins. Pour des cas un peu plus compliqués, les frères se rendent à ABIDJAN ou à YAMOUSSOUKROU pour rencontrer des spécialistes. Malgré les maladies passagères, la joie est toujours au rendez-vous.
3- Nos joies :
Après un temps passé à l’abbaye de KOUBRI pour une expérience, notre frère Cyrille nous est revenu, le 26 février dernier. Nous pouvons rendre grâce à Dieu avec le Frère Jacques qui a fait sa première profession le 15 août dernier. Parents et amis résidant à BOUAKE étaient avec nous pour ss’associer à la joie du don de notre frère. La vie n’étant pas seulement faite de joie, les peines ont eu aussi leur espace dans nos quotidiens.
4- Nos peines :
En plus de ce que la situation du pays nous donne à vivre, nous avons été frappés par certaines situations particulières à savoir :
Mardi 3 janvier, annonce du décès du Père Mawulawé, Abbé du monastère de DZOGBEGAN et visiteur de la province.
Dimanche 8 janvier, annonce du décès du Frère Eugène de DZOGBEGAN résidant à En Calcat.Le samedi 14 janvier, nôtre Frère Théophile profès simple depuis quatre ans quitte la communauté pour sa famille. Il était portier et linger jusqu’à son départ.
Le vendredi 12 mai, à la station de l’après midi, le Père Prieur nous annonce le retour à Dieu du Frère Jean Martin de DZOGBEGAN. Avec lui, la communauté des frères du TOGO enregistre trois décès en l’intervalle de cinq mois.
De loin nous sommes restés unis à nos frères dans cette douleur qui les a frappés.
Nous pouvons vous parler de l’un de nos ouvriers, Mr. Jonas du poulailler. Parti sur notre demande pour rendre service à la communauté des Filles de la Croix, vers le nord, précisément à BONIEREDOUGO, il s’est fracturé le pied droit depuis le mois de mai de cette année et il n’a pas encore recouvré la santé.
Dans tout ce que nous vivons, les gens sont toujours proches de nous. Nous sommes visités par certains de nos amis, malgré les tracasseries des voyages, avec les multiples barrages aussi bien en zone loyaliste que sous contrôle des forces nouvelles.
5- Visites :
Mardi 10 janvier vers 9H du matin, nous recevions la visite de madame Hortense AKA Anghui, maire de la commune de Port-Bouet , au sud de la ville d’ABIDJAN. En séjour chez les moniales, elle est venue nous saluer et encourager pour notre présence en ce lieu.
Le Père Ange Marie NIOUKY, abbé de KEUR MOUSSA est passé nous saluer et nous réconforter, il est resté du 21 au 24 avril. Nous avons été très contents de sa présence parmi nous.
Le vendredi 21 avril, notre fidèle ami, Mgr Bruno KOUAME, évêque émérite d’ABENGOUROU est venu nous saluer. Le samedi 28 octobre dernier, au lendemain de l’enterrement de notre archevêque Monseigneur Vital KOBENAN YAO, il nous a réuni au monastère de la Bonne Nouvelle, chez nos sœurs, pour célébrer ses 50 ans de sacerdoce et ses 25 ans d’épiscopat.
Nos sœurs ont su garnir cette fête : repas partagé, gâteau et vin mousseux en l’honneur de Monseigneur, un temps de joie pour nos deux communautés.
Le jeudi 11 mai, à 15h, nous recevions la nouvelle mère abbesse de PRADINES, la mère SCHOLASTIQUE, pour une visite fraternelle. Elle nous a donné quelques nouvelles de certaines communautés féminines et surtout de la fédération des moniales. Par la même occasion, elle a salué les bonnes relations entre nos deux monastères et souhaité l’intensification des relations entre moines et moniales.
Le samedi 14 octobre, vers 17h, Monseigneur Paul AHOUANAN, notre nouvel archevêque est venu nous saluer. En effet depuis sa prise de fonction dans l’archidiocèse, il n’était pas encore venu chez nous.
En plus des simples visites, l’hospitalité bénédictine nous fait accueillir certaines personnes à l’hôtellerie.
6- L’accueil :
Du fait de la situation politique, l’accueil est très timide, quelques prêtres, religieuses et laïcs y viennent pour leurs retraites.
La pauvreté, n’ayant pas pris de vacances et intensifiant ses activités, nous fait accueillir à la porterie, beaucoup de personnes en détresse: santé, alimentation, voyage, scolarité ...
Il y a eu par rapport aux années passées, une ambiance toute particulière à l’hôtellerie, des recollections de jeunes et des pèlerinages pour le temps de carême (AHOUGNANSSOU- SAINT MARTIN ; SAINT JOSEPH MOKASSA), il s’agit surtout des paroisses de la ville.
Financièrement, tout cela ne donne pratiquement rien, mais spirituellement notre satisfaction est grande de savoir que les jeunes ont souci de l’entretien de leur vie spirituelle et de leur relation avec DIEU.
Nous avons eu la joie d’accueillir la conférence des Supérieurs Majeurs Religieux de Côte d’Ivoire chez nous, les mercredi 17 et jeudi 18 mai ; un temps très fort pour nous : les frères du sud rendent visite aux frères du nord ! Nos sœurs de La Bonne Nouvelle sont venues partager cette joie qui s’est couronnée par la célébration de l’Eucharistie. Nous avons accueilli une trentaine de supérieurs de communautés masculines, certains ont logé chez les moniales compte tenu de nos
capacités d’accueil réduites.
7- Notre Économie
Le poulailler, c’est à dire la production des œufs, est pour le moment notre ressource principale, les autres activités sont en latence du fait de la crise. Avec l’avènement de la grippe aviaire, ce secteur s’était trouvé menacé. La psychose a été grande bien que la maladie ne se soit pas déclarée dans notre zone. Les produits de la ferme ne s’écoulaient plus facilement. Pendant six mois (février-juillet), les choses n’ont pas été faciles pour nous ; les recettes ne suffisaient plus à entretenir les poules. Cette situation a perturbé ce secteur, plusieurs fermetures et pertes d’emplois. La reprise reste toujours difficile, surtout pour les petits éleveurs.
Du fait des destructions massives surtout au sud, zone de productions des poussins, les couvoirs ne fonctionnent plus correctement, d’où de véritables problèmes d’approvisionnement en poussins.
Depuis le mois d’août, nous attendons des poussins qui ne nous sont pas totalement parvenus.
Notre économie déjà médiocre se complique, alors que nous exploitions près de 15000 sujets. Le temps est venu pour nous de réfléchir sur d’autres activités, mais dans un pays en guerre qu’est ce qui pourrait encore se faire ?
Pour le moment, nous avons décidé de suspendre le projet de production de poussins compte tenu de la situation causée par cette épizootie.
Nos clients à majorité des femmes, mères de famille qui n’ont que ce commerce des œufs pour leur vie, sont bloquées. Certaines ont perdu même leur fonds de commerce et redémarrent difficilement.
Maintenant la psychose est en train de baisser mais l’équilibre n’est pas encore trouvé pour ce secteur.
L’État de Côte d’Ivoire a pris l’engagement de vacciner toutes les poules, mais rien n’est encore fait dans notre zone, alors que seul ce programme national mis en place à cet effet dispose du vaccin.
Dans les lettres de Bouaké des années passées, nous vous parlions du vieillissement de notre parc auto et de l’acquisition de nouveaux véhicules en 2005. Les conditions sécuritaires n’étant pas encore réunies, les nouveaux véhicules restent toujours stationnés à YAMOUSSOUKRO. Nous continuons de nous débrouiller avec nos guimbardes, elles sont pratiquement tout le temps au garage.
Nous avons acquis un tracteur pour remédier à la situation quant aux transports des choses du poulailler, il nous est arrivé le 26 août. C’est l’occasion ici de saluer nos frères des monastères d’Europe, toujours attentifs à nous venir en aide. Leur générosité nous permet de passer nos moments difficiles. Oui, « le Seigneur est bon pour qui met son espérance en lui » (Lm3.25).
8- Voyages
Vendredi 6 janvier, départ du frère Louis à KOUBRI au Burkina Faso pour la session de musique organisée pour les monastères de la sous région.
Le 12 janvier le Père Prieur part pour DZOGBEGAN au Togo pour participer aux obsèques du Père abbé MAWULAWE, il continuera ensuite au SENEGAL pour participer à la rencontre de réflexion sur le travail en milieu monastique organisée par L’AIM.
Dans la troisième semaine du mois d’avril, le Père Prieur était au BENIN pour participer à la rencontre du conseil des visiteurs. À son retour, il nous annonce la visite canonique pour le mois de septembre 2006. Sur son chemin, il a participé à une réunion de l’AMORSYCA sur ABIDJAN.
9- Nos chantiers
Après quelques pieds de tecks plantés, nous poursuivons notre programme de renouvellement du verger qui date de la fondation. Ainsi donc, nous nous approvisionnons à la station de recherche située dans la zone de KORHOGO, en bons produits végétaux. Des agrumes et des manguiers sont mis en place depuis deux ans déjà.
Deux hectares sont plantés, nous sommes très contents de l’évolution de nos plants. Au niveau des agrumes, les premiers fruits ont été déjà consommés.
Nous produisons assez de papayes pour notre consommation et nous partageons avec ceux qui viennent à nous.
Nous entretenons notre verger et l’environnement, mais nous ne négligeons pas notre entretien culturel.
10- Formation permanente et retraite annuelle :
Du 7 au 9 juin, nous avons eu une session sur la législation du travail avec l’un des responsables du syndicat des travailleurs de Côte d’Ivoire, de la section de Yamoussoukro.
Après lui, c’est à la mi juin que, pendant trois jours, le Père Serge de la Pierre Qui Vire et aumônier des bénédictines de TOFFO au BENIN, nous a aidé à pénétrer l’esprit de Vita Consecrata, Exhortation Apostolique de Jean Paul II. Quelques jours après son départ, nous apprenions le décès de sa mère.
Du 8 octobre au 15 octobre, la communauté a eu sa retraite annuelle, elle a été prêchée par un dominicain de la fraternité d’ABIDJAN, le Père BRICE BINI. Il nous a entretenu sur la vie religieuse comme expression de l’Évangile aujourd’hui et modèle de la vie évangélique pour l’Afrique.
11- La visite canonique :
Du dimanche 17 septembre au mercredi 27 septembre, nous avons eu notre visite canonique présidée par le Père Abbé André OUEDRAOGO de KOUBRI au BURKINA FASO assisté du nouveau Père Abbé de DZOGBEGAN au TOGO, le Père Abbé THEODORE COCO.
Au terme de cette visite, le Père DAMASE, notre cellérier et ancien Père Abbé de l’Abbaye de la PIERRE QUI VIRE a été désigné comme Prieur administrateur de notre monastère et installé le mercredi 27 septembre. C’est l’occasion ici de dire merci à sa communauté qui nous le livre à nouveau. Il a nommé par la suite le Frère Emmanuel comme son sous-prieur et le Frère Hermann comme son cellérier.
Le Père Jean Marie DIARRASSOUBA, ancien Prieur prendra un temps au monastère de KOUBRI, vers la fin de l’année.
Il est aussi important de parler de la vie du noviciat.
Il compte en ce moment quatre profès simples, un novice et deux stagiaires (Augustin pour 6 mois, Innocent pour 3 mois).
L’année scolaire 2005-2006 s’est bien terminée pour les frères du studium, huit bonnes sessions ont pu se tenir.
La nouvelle année 2006-2007 vient de s’ouvrir avec sa première session du 16 au 20 octobre.
Les professeurs nous viennent du sud pour la plupart (UCAO ; Grd séminaire ; Dominicains ; communauté de Saint Jean) et des prêtres diocésains de Bouaké.
Le Père DIEUDONNE, maître de novices et chargé des études, s’est félicité pour cet exploit.
Il faut souligner aussi la participation des frères novices aux sessions de l’inter noviciat organisées au niveau national pour les futurs religieux.
Concernant notre archidiocèse, il y a certainement quelque chose à partager :
Le jeudi 12 janvier 2006, l’archidiocèse de BOUAKE voit la nomination d’un coadjuteur en la personne de Mgr Paul AHOUANAN, évêque de YAMOUSSOUKRO.
Le samedi 22 avril, il est accueilli officiellement au cours d’une messe à la cathédrale. Toute la communauté y était à l’exception du Père Prieur, en voyage au BENIN.
C’est une étape importante dans l’histoire de l’archidiocèse. En effet, la guerre a déstabilisé la pratique, il faut inventer une pastorale adaptée pour redonner confiance et espérance à cette population en détresse.
Le 23 septembre, Monseigneur Vital KOMENAN YAO, notre archevêque métropolitain s’est éteint. Nous le savions malade depuis un certain temps, maladie accrue par la situation de crise que vit le pays. Ce grand homme et pasteur d’unité qu’il était, voyant ses brebis dispersées et errant sans abris, vivait vraiment en serviteur souffrant.
Il est mort le soir même de l’installation du nouvel évêque de YAMOUSSOUKRO. Il avait ces derniers temps parcouru tout son diocèse de l’Est à l’Ouest pour administrer le sacrement de confirmation. Oui Saint Benoît, notre père a vraiment raison quand à la suite de l’Évangile, il invite ses moines à voir chaque jour la mort en face, car c’est le retour au CHRIST pour chacun de nous.
Les 25-26 et 27 octobre, un hommage lui a été rendu par une messe de Requiem qui a rassemblé plusieurs personnalités politiques, administratives et religieuses du pays, avec le Premier Ministre en tête. Il repose à jamais dans sa cathédrale.
Le clergé ivoirien et l’épiscopat africain y étaient fortement représentés.
Nous pouvons rendre grâce à Dieu qui veut toujours le bonheur de ses fils que nous sommes, et ne veut pas nous laisser dans une tristesse prolongée. À nouveau il nous donne des diacres et des prêtres pour les 15 et le 16 décembre.
Le nouvel archevêque métropolitain, Mgr Paul Siméon prévoit les ordinations diaconales chez nous le vendredi 15 décembre et les ordinations sacerdotales pour le 16 décembre à la cathédrale de BOUAKE.
Nous pouvons aussi rendre grâce à Dieu avec vous pour tout ce qui se fait par les agents pastoraux de notre archidiocèse et surtout saluer leur courage, en cette période difficile de l’histoire de la Côte d’Ivoire.
En plus de la Parole de vie qui est célébrée chaque jour dans toutes les paroisses, il faut ajouter le grand souci que les uns et les autres ont de la promotion de la personne humaine qui passe par : l’assistance aux malades, les distributions de vivres, l’encadrement des enfants de la rue et des jeunes filles, les soutiens aux sidéens…
C’est l’occasion ici de souligner les conversions qui s’opèrent progressivement, les paroisses qui étaient vidées par la guerre commencent à reprendre leur rythme normal.
Les témoignages de bienfaisances sont nombreux, surtout de la part de non-chrétiens qui comprennent que la charité fait parti de l’être même de notre Église et non des simples actes de solidarité.
Ceux qui l’ont expérimenté profondément disent que la charité des chrétiens ne connaît pas de frontière.
BOUAKE, deuxième capitale économique de la CÔTE D’IVOIRE, a perdu son rang depuis septembre 2002. L’administration normale n’existe plus, les entreprises ne fonctionnent plus, peut-être seulement deux pour cent sont en activité. Les centres de santé font ce qu’ils peuvent sans grands moyens, la couverture sanitaire n’est pas encore efficace.
Il faut ajouter au problème économique, très crucial, l’absence de revenus du fait du chômage excessif. Ceux qui ont des petites parcelles de terre se sont convertis en agriculteurs, producteurs de légumes et de vivriers.
Le marché est bien fourni en vivres mais les moyens ne sont pas disponibles pour la satisfaction des familles. Du coup, les producteurs eux-mêmes vendent en dessous de leurs coûts de production, ce qui cause la disparition du capital investi pour la plupart.
Les écoles sont tenues par des bénévoles non qualifiés, ce qui joue sur la qualité de l’enseignement donné. Certains élèves sont obligés d’arrêter pour des questions de frais de scolarité et de fournitures scolaires, d’où un accroissement du taux de déscolarisation. Certaines ONG essaient de restaurer certains établissements pillés et cambriolés, mais le problème crucial de ressources humaines qualifiées n’a pas trouvé de solution du fait de l’insécurité, les enseignants titulaires hésitent à venir.
L’on prévoyait une rentrée scolaire nationale pour cette année-ci mais les risques de blocages surviennent à nouveau. Alors quel avenir pour les enfants de cette zone ?
Au niveau de l’université, il y a une tentative d’ouverture pour plus de quatre milles étudiants de la zone, mais les choses sont encore timides, au moment de la rédaction de cette chronique, on y parle même de grève des enseignants du primaire.
Les barrages sont réduits sur les routes mais tout de même coûteux pour les voyageurs et les transporteurs. Sur chaque barrage, il faut donner ce que l’on appelle « l’effort de paix » c’est-à-dire de l’argent ; ce qui alourdit le coût du voyage des personnes et des marchandises.
Le banditisme sous toutes ses formes y est au rendez-vous : braquage, agressions, pillages, drogue, prostitution, viol…
Le VIH Sida, est en pleine expansion, avec le phénomène des filles mères et bien d’autres choses
liées aux phénomènes de société.
C’est un peu là le quotidien de notre zone, qu’il nous faut porter dans nos prières de tous les jours.
Les scénarios de sortie de crise ne manquent pas, d’accord en accord, de résolution en résolution nous venons de parvenir ce premier novembre à la résolution 1721 qui vient après la 1633 qui n’a pas eu d’effet.
Cette dernière résolution qui prolonge la transition, c'est-à-dire le maintien du président de la république au pouvoir et l’élargissement du pouvoir du premier ministre pour encore un an, a tout de suite connu des blocages à sa naissance, elle serait « née même par césarienne » comme le disent certains éditorialistes. À en croire le conseil de sécurité des Nations Unies, elle serait la dernière. Elle n’est pas une résolution de trop mais les divergences dans sa lecture risque d’en faire, une de plus.
Une économie très dégradée, avec un chômage avancé du fait des fermetures d’entreprises, avec une pauvreté grandissante et un banditisme croissant, des grèves à répétition, réclamant un mieux être (enseignants, personnel de la santé, étudiants, producteurs de cacao, etc.), plus de 44% de la population est plongé dans la pauvreté et pourtant le pays regorge de tant de potentialités.
Chacun chante la paix mais elle n’est jamais chantée à l’unisson, c’est-à-dire chacun ne sait véritablement pas ce qu’il veut. Depuis 2002 jusqu’à maintenant, la classe politique abuse de la population, rien de concret et rien de vrai. Ces leaders, prennent-ils le temps d’ouvrir les yeux pour voir la misère grandissante ? Ont-ils la sagesse pour dépasser leurs intérêts égoïstes pour travailler pour le bien commun ? Aiment-ils vraiment ce pays qu’ils veulent gouverner ?
Parler de recherche de paix avec eux n’est- il pas du temps perdu et de la distraction, puisque aucune volonté réelle de recherche ne s’affiche dans leurs propos ?
Comment faire comprendre que la paix du monde passe dans le cœur de chacun, comme le disait le Pape Paul VI ?
Au climat socio politique suffisamment pollué est venu s’ajouter la pollution de l’environnement avec les phénomènes des déchets toxiques déversés à Abidjan la nuit du 19 au 20 août.
Oui, les scénarios des hommes ont atteint leurs limites, mais Dieu est à l’œuvre parce qu’il entend le cri de ses enfants, il voit la misère de son peuple, nous pouvons lui faire confiance car lui seul peut nous sortir de cette situation et non les armes.
Selon le dernier rapport de la FAO (fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), plus de neuf cents millions de personnes dans le monde n’ont pas à manger.
Nous vous avions parlé dans les chapitres précédents du manque de ressources financières qui installe certaines personnes dans la dépendance au point de ne pas arriver à se prendre en charge.
Nous recevons tous les jours à notre porterie des personnes qui viennent demander à manger pour elles. Nous ne pouvons pas faire grande chose, si ce n’est de donner quelques kilogrammes de riz, peut-être juste pour un repas.
C’est vrai qu’avant la guerre ce phénomène existait mais maintenant il est devenu plus fréquent du fait du taux de chômage élevé.
Nous avons mis toutes les parcelles qui entourent le monastère à la disposition de certaines familles pour produire des vivriers afin de couvrir un peu leurs besoins alimentaires.
Nous cherchons auprès des partenaires comme le PAM (programme alimentaire mondial) des vivres pour soutenir les vulnérables du quartier d’OLIENOU, proche de notre monastère.
Dans son programme relatif à la période de soudure, le PAM nous avait octroyé 56 tonnes de vivres pour venir en aide, pendant 2 mois (juillet et août) à 500 ménages, soit des vivres pour 2500 personnes.
La générosité de certains amis nous permet aussi de répondre aux besoins des personnes à notre façon.
En plus de l’agriculture qui se pratique sur nos terres et dans le souci de travailler pour une sécurité alimentaire, nous encourageons la production des légumes par la recherche de financement auprès des bailleurs de fonds pour soutenir cette activité tenue à majorité par des femmes, devenues chefs de ménage par la force des choses.
Cette année, le partenariat avec le monastère de CARE – BANQUE MONDIALE – JEFESCI a permis le financement de 2 hectares de maraîchage. Les cultures sont en cours, ce même partenariat a permis aussi la mise en place de six hectares de maïs pour le second cycle.
En plus du maïs et des légumes, nous soutenons aussi la production de soja, d’igname et de manioc autour de nous, et cela en lien avec d’autres projets et stations de recherches (PALCIL/PNUD- CENTRE SUISSE).
Dans le souci de pérenniser toutes ces activités et pour les aider à assurer le développement de leur quartier, c’est-à-dire OLIENOU, nous avons mis en place un comité projet de neuf membres. Il a été formé par les habitants eux-mêmes, chaque entité ethnique y est représentée.
Il se réunit périodiquement pour réfléchir sur les problèmes du quartier et chercher des solutions, car dit-on : « Rien ne vaut les biens acquis par soi-même. ». Responsabiliser aide à grandir davantage que faire à la place.
Le projet de teinture des femmes du quartier fonctionne aussi, quelques pagnes sont produits sur commande.
La construction de la machine dont nous vous parlions dans les chroniques passées avance très bien du côté de L’ICAM (école des ingénieurs d’Arts et Métiers de TOULOUSE en France).
Nous avons reçu au mois de juillet le rapport de soutenance du binôme qui a fait un travail merveilleux, avec l’appui conseil de notre fidèle ami, Mr. François Lambert.
Nous félicitons l’équipe de cette école qui petit à petit donne naissance à cette machine à partir de leur créativité. Nous saluons aussi l’arrivée du dernier binôme qui va travailler cette année scolaire à l’achèvement de cette machine.
Vu la précarité des quartiers et des villages voisins, et la situation sanitaire dégradée de la zone, vu nos nombreuses sollicitations dans le domaine de la santé, après une longue réflexion, la communauté pense ouvrir à nouveau le dispensaire qui avait rendu service à la population environnante pendant un temps assez long.
Nous sommes en recherche de financement pour sa réouverture, nos sœurs ont ouvert un petit dispensaire chez elles, elles sont toujours débordées.
Voilà très chers parents et amis, vous tous qui restez proches de nous, quelques flashes de notre vie au monastère Sainte Marie de Bouaké.
Une fois de plus, merci à tous et à chacun, vous tous qui êtes toujours attentifs à nous.
Nous prions avec vous pour que les choses aillent mieux.
Pour terminer cette chronique, nous vous invitons à dire avec nous cette prière :
« O Soleil levant, splendeur de la lumière éternelle et Soleil de justice, Viens pour éclairer ceux qui sont assis à l’ombre de la mort. Viens, Seigneur, viens nous sauver ! »
Nous vous souhaitons UNE SAINTE ANNEE 2007 !
CCP France TOULOUSE 4 448 50 Z«
Monastère bénédictin Ste Marie -BOUAKE »
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